vendredi, 27 janvier 2012
L'Oiseau, un film de Yves Caumon.
Tu es seule sur Lille et tu as quelques heures devant toi. Tu as très envie de te faire une toile...pas Beigbeder, pas de film larmoyant, pas de gros budget. Tu te diriges donc vers un petit cinéma d'auteurs et tu te réfugies dans une petite salle voir L'Oiseau de Yves Caumon.
Anne n'a pas d'amis, pas d'enfants, pas d'amants. Elle fait semblant de vivre. Un jour, un oiseau entre dans son appartement.
Quand et comment cette fille, drapée de solitude, va-t-elle ouvrir les yeux, comprendre ce qui lui arrive?
Anne, incarnée par sandrine Kiberlain, est filmée de manière singulière. On est près de ce personnage hors de portée. Sa vie de recluse offre un drame lumineux, solaire presque charnel.
Il est question du deuil mais dans la quête sempiternelle du "vivre encore".
Les personnages masculins sont vulnérables tels des ogres enfantins.
Le monde pour Anne est devenu inintelligible. La réconciliation passe par l'harmonie entre l'eau, le fleuve, la mer. Ce film fait écho à L'Arbre de Julie Bertucelli.
Des bruits...comme premiers véhicules des sensations au cinéma.
Comment revenir à la vie grâce à l'oiseau?
Un très bon film en salle depuis le 25 Janvier 2012.
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vendredi, 20 janvier 2012
L'Autre moitié de moi-même d'Anne-Laure Bondoux.
C'est simple, tu déambules au Salon du livre de jeunesse de Montreuil, tu t'arrêtes sur le stand Bayard et tu apprends qu'Anne-Laure Bondoux sera présente. Son écriture t'a tellement charmée dans Le Temps des miracles que tu ne peux reposer son dernier livre. Tu sais qu'il ne s'agit pas cette fois d'un livre pour la jeunesse. Tu découvres un écrit beaucoup plus personnel, un peu à la manière d'Annie Ernaux. Tu parcours rapidement les pages, tu t'arrêtes sur quelques photos qui te rappellent tes propres photos d'enfance dans les années 70. Des bulletins scolaires prometteurs, des endroits insolites et importants dans la vie de cette femme écrivain. Tu penses que ce roman nécessaire pour comprendre, analyser et remédier à une panne d'inspiration sera sans nul doute une charmante compagnie pour débuter l'année.
Tu échanges quelques mots avec l'auteur sur les enfants du voyage que tu accompagnes, sur l'adaptation avec la communauté Rom du roman Le Temps des miracles. Mais c'est un autre voyage que me promet Anne-Laure Bondoux, plus intimiste, très constructif .
"Jusqu'ici, j'aimais écrire des romans. J'aimais inventer des intrigues, explorer des contrées lointaines, donner vie à des personnages perdus qui cherchaient un sens à leur existence.
Aujourd'hui, c'est moi qui suis perdue, et c'est moi qui pars en voyage..."
J'ai refermé ce livre, en pensant que j'aimerais revoir Anne-Laure Bondoux pour parler, non plus des enfants du voyage, mais de ce magnifique roman. Est-elle si différente de la nôtre son histoire? On ne peut s'empêcher de s'identifier à ce passé identitaire commun, ces rituels familiaux de province. Sa plume dans ce qu'elle a de plus intime m'a rappelé celle d'Annie Ernaux dans Les Années.
Ce roman est essentiel, je vous invite vraiment à découvrir ce voyage d'Anne-Laure Bondoux.
Interview Anne-Laure Bondoux : L'autre moitié de... par Bayard_Editions
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vendredi, 06 janvier 2012
Swap Nouvel an 2012!
Pour ceux qui ne connaissent pas le swap nouvel an, toutes les explications sont ici.
J'étais très heureuse de participer à ce swap organisé par Hérisson!
A l'ouverture, de très jolis paquets empaquetés, voyez plutôt:
J'étais très impatiente de découvrir les choix de Nota Bene. C'est toujours un très bon moment d'échanges le swap, on passe de longs moments à arpenter le blog de notre swappée, on relit une multitude de fois son questionnaire et on fait des sorties shopping en pensant à elle.
Nous avions fait ce voeu de nous concentrer sur la littérature jeunesse, notre passion commune.
L'intérêt du Swap c'est d'élargir ses horizons littéraires, sortir des sentiers battus et apprécier les choix réalisés à notre attention.
Grâce à une très belle lettre, Nota Bene a souhaité me faire entrer dans l'année 2012 en toute sérénité.
(Miss Virgule aime beaucoup les courriers!)
"Le temps de lire, comme le temps d'aimer, dilate le temps de vivre" (Daniel Pennac, Comme un roman) .
La citation est si juste et trouve tout son écho dans mon quotidien au milieu des livres.
Nota Bene accompagne chaque présent de bons mots, de citations sur le thème du temps qui passe.
Voici le contenu du Swap année 2012:
-le roman Jenna Fox, pour toujours de Mary E Pearson, paru aux éditions des Grandes personnes et réédité chez Gallimard jeunesse pôle fiction. Le passage cité par Nota Bene annonce déjà une belle lecture et des thèmes qui me séduisent:
"N'est-ce pas ce qui fait la vie? Des morceaux. Des lambeaux. Des moments. Suis-je moins parce que j'en possède moins? Ou ceux que je possède sont-ils les plus importants?"
Le désir de vie éternelle, voilà qui me séduit.
-le roman Le monde dans la main de Mikaël Ollivier aux éditions Thierry Magnier. Le coup de coeur 2011 de Nota Bene! Un roman sensible, tendre et drôle.
"La plénitude était donc accessible au coeur de la réalité! Il était possible de vivre sans en attendre autre chose." Cette citation me parle énormément... j'ai hâte de découvrir l'histoire de Pierre.
-Un très beau calendrier illustré par Anne Julie Aubry.
- Un très bon thé vert japonais "Genmaïcha" qui a enchanté chacun de mes goûters de Noël.
- Un chocolat au caramel qui fond au palais!
- Un roll-on anti-stress toujours dans ma poche!
-Deux sucres d'orge engloutis par Petit Korrigan.
-Un confit de bière celte au miel! Tiens donc Nota Bene et moi avons cet autre point commun de partager nos vies avec un conjoint breton!
-Des autocollants Rue du monde que j'aime beaucoup
"Surtaxez ceux qui génèrent la crise, pas les livres"
"Le livre est un aliment indispensable aux enfants."
Un immense merci à Nota Bene pour ses choix judicieux, la mise en scène du swap dont le fil rouge fut le temps qui passe, les bonnes résolutions pour l'année nouvelle.
Merci à Hérisson pour toute l'organisation.
samedi, 31 décembre 2011
Et voilà l'année 2012!
samedi, 24 décembre 2011
Joyeux Noël!
vendredi, 23 décembre 2011
En passant...
"La retraite est une révolte. Gagner sa cabane, c'est disparaître des écrans de contrôle. L'ermite s'efface. Il n'envoie plus de traces numériques, plus de signaux téléphoniques, plus d'implusions bancaires. Il se défait de toute identité.[...]
Dans l'abondance, libre aux uns de vivre en poussah mais libre aux autres de jouer les moines et de vivre amaigris dans le murmure des livres."
Dans les forêts de Sibérie de Sylvain tesson.
vendredi, 09 décembre 2011
Un petit tour à Montreuil... au SLJ.
Rencontrer Martine Delerm et admirer ses aquarelles, entamer une conversation avec Anne-Laure Bondoux, échanger quelques mots avec Audrey Calléja au sujet d'Adèle et des 27 Premières, admirer les nouvelles publications des Editions du Poisson soluble, croiser l'un de mes profs de littérature jeunesse, parler de mes recherches sur Kitty Crowther, emporter Achile avec moi et le sourire d'Olivier Adam, donner mes derniers sous à La Maison est en carton pour enchanter mes murs d'originaux de Kitty Crowther et Audrey Calléja, avoir chaud, croiser un Hérisson par hasard et depuis chaque soir admirer de belles illustrations à la lumière d'une bougie.
lundi, 05 décembre 2011
Du Domaine des murmures de Carole Martinez.
Plus beaucoup de temps pour bloguer mais le dernier roman de Carole Martinez mérite tant d'éloges qu'il me fait rompre ma bulle de silence.
Très longtemps je me suis passionnée par les romans médiévaux, les recherches en philologie, les travaux de Marc Bloch, Goderoy et Greimas étaient mes compagnons d'études. J'étais soucieuse en ouvrant ce roman...est-ce-que j'allais retrouver cette ambiance médiévale sans anachronismes? Je cherchais à m'évader, à lire une histoire qui m' emporte, un roman contemporain qui se distingue de toute la profusion de la rentrée littéraire dont je me lasse. Pari gagné avec l'histoire d'Esclarmonde dont la voix nous parvient malgré le passage des siècles. Esclarmonde qui, en 1187, refuse le mariage pour se consacrer à la vie spirituelle, se coupe une oreille et demande à être emmurée dans une cellule attenante à la chapelle du Domaine de Hautepierre. De là, elle communique sa sagesse à ceux qui passent et viennent la voir. De là, elle donne la vie à un enfant conçu d'un viol la veille de son enfermement, et découvre la force du sentiment maternel...
"Je suis l'ombre qui cause.
Je suis celle qui s'est volontairement clôturée pour tenter d'exister.
Je suis la vierge des Murmures.
A toi qui peux entendre, je veux parler la première, dire mon siècle, dire mes rêves, dire l'espoir des emmurées."
Un très bon roman lu coeur de la Maison de Jeanne, une veille bâtisse bretonne, cadre de lecture propice à cette deuxième pépite de Carole Martinez.
mardi, 18 octobre 2011
Sobibor de Jean Molla.
Emma, une jeune adolescente, est anorexique. Quand elle est triste, en colère ou qu'elle a des idées noires, elle mange tout ce qu'elle trouve et court se faire vomir aux toilettes. Alors imaginez sa réaction quand sa grand-mère qu'elle admire tant meurt, et qu'en emballant ses affaires, Emma découvre un vieux cahier, "Le journal de Jacques Desroches". Cette découverte fera ressurgir du passé des secrets bien gardés par ses grands-parents. Emma apprendra leur véritable histoire...
La découverte d'un journal intime permet de croiser deux subjectivités et deux intimités, celles d'un personnage en position de lecteur, et celles d'un personnage en position de diariste. Jean Molla excelle dans ce procédé narratif. Ma libraire m'a confié ce livre en me relatant ses impressions de lecture et je suis restée moi-même très heurtée par la force des personnages et le contenu de ce roman qui entremêle la petite et la grande Histoire. Ce n'est pas juste un énième roman sur l'anorexie mais une aventure de l'intériorité pour ce personnage féminin qui a le droit à un ailleurs dans l'espace-temps.
Formidable roman comme un devoir de mémoire à remettre entre toutes les mains.
Edité chez Gallimard scripto en septembre 2003.
11:19 Publié dans Littérature de jeunesse | Lien permanent | Commentaires (17) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
mardi, 11 octobre 2011
Des nouvelles...

Un blog un peu en jachère...une reprise d'études avec un Master à distance...des recherches sur Italo Calvino...un Petit Korrigan qui découvre la lecture...accompagner un enfant autiste privé d'école car la grande dame Education nationale n'a plus les sous pour financer une AVS...découvrir le quotidien des enfants circassiens...corriger des productions écrites...redécouvrir la linguistique...louper un blogoLille "_"...écouter Bashung...se rendre à Gentilly pour écouter la lecture publique de mon texte La Donna Rosa...tenter de répondre aux commentaires et mails...penser à écrire à Nolwenn...manger des noix fraîches dans le parc à la sortie des classes du Petit Korrigan...rêver du départ en Bretagne prochainement...passer des heures à mon bureau...savourer une très bonne nouvelle au sujet d'un rocher...allumer des bougies le soir venu, se réfugier dans les bras d'un être cher et observer une PAL immobile...

vendredi, 30 septembre 2011
L'Innocent de Palerme de Silvana Gandolfi.

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14:30 Publié dans Défi de littérature italienne, Littérature étrangère | Lien permanent | Commentaires (11) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
lundi, 26 septembre 2011
Le Monde à ma fenêtre de Cesarina Vighy.

Z. est malade d'une maladie plutôt mystérieuse qui réduit ses possibilités de déplacement. Elle continue de vivre dans son appartement vénitien et observe le monde depuis sa fenêtre.
Comment la vie de cette femme malade peut-elle intéresser le lecteur? Peut-être simplement parce que Z. cultive un sens de l'humour face à cette terrible destinée.
Lorsque la maladie prend le dessus, Z. manifeste une curiosité aiguë, inépuisable pour le monde extérieur. Pour les autres et pour elle-même. Pour son passé tout d’abord, qu’elle esquisse au lecteur avec beaucoup d’ironie et sans aucun regret. Si, peut-être un seul, pour cet enfant illégitime qu’elle a dû sacrifier aux convenances de l’époque.
La fiction se mêle à la réalité autobiographique et le personnage de la mère despotique est développé longuement dans certains chapitres.
J'ai beaucoup aimé ce roman pour la magnificence apportée par Cesarina Vighy sur ce sujet plutôt sombre. Elle semble se dédoubler pour observer son corps de l'extérieur. J'ai aimé les nombreuses descriptions de Rome à la fin des années 50.
Vitalité et ironie sont les maître-mots de ce très beau roman italien traduit par Jérôme Nicolas, publié chez Seuil en Février 2011.

16:21 Publié dans Défi de littérature italienne, Littérature étrangère | Lien permanent | Commentaires (7) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
lundi, 19 septembre 2011
Soirée littéraire organisée par Libfly.
Jeudi 20 octobre – 19h
Gare Saint Sauveur – Lille
Diffusion en direct sur Libfly.TV
Chaque année, à la même période, la planète livres entre en ébullition !
Pour fêter ce temps fort, le site internet des lecteurs Libfly.com, le Centre régional des lettres et du livre du Nord – Pas de Calais, les libraires du Furet, l’association Libr’Aire et l’association régionale des éditeurs, organisent la première grande soirée de rentrée littéraire en région, en livres et en musique.
Dès 19h : les cafés littéraires
En présence des auteurs :
- Sorj Chalandon pour Retour à Killybegs (Grasset)
- Amandine Dhée et Carole Fives pour Ça nous apprendra à naître dans le Nord (La Contre Allée)
- Jean-Louis Fournier pour Veuf (Stock)
- Valentine Goby pour Banquises (Albin Michel)
- Alexis Jenni pour L’Art français de la guerre (Gallimard)
- Caroline Lunoir pour La Faute de goût (Actes Sud)
- Carole Martinez pour Du domaine des murmures (Gallimard)
- Michel Quint pour Les Amants de Francfort (Héloïse d’Ormesson) et Ma révérence (La Fontaine)
- Lydie Salvayre pour Hymne (Le Seuil)
- Laurence Tardieu pour La confusion des peines (Stock).
21h30 : le bal littéraire
Animé par le Quartet Jazz-Tzigane Los Globalitos.
Venez nombreux à Lille ou sur Libfly.TV assister à ces rencontres !
Lien vers l’événement sur Facebook
Le catalogue de rentrée littéraire Libfly.com / Furet
Gare Saint Sauveur - 17 boulevard Jean-Baptiste Lebas- Métro Lille Grand Palais
Entrée gratuite dans la limite des places disponibles.
09:40 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (8) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
jeudi, 25 août 2011
Un Refrain sur les murs de Murielle Magellan.
Mon roman coup de coeur de cet été! Et pourtant je ne l'avais pas emporté dans mes valises!
Roman à deux voix, celle d'Isabelle, maman divorcée de deux enfants Adrien et Romane. Elle vit mal, plutôt du tempérament réservé, neutre et ne sachant pas trop affirmer ses réelles volontés. Puis Romane, sa fille, prend la parole. On découvre une jeune fille fougueuse au tempérament de feu. Deux femmes , l'une aussi froide que la glace et l'autre aussi vive qu'une flemme.
C'est l'histoire d'un été particulier dans la vie d'une femme, celui où on laisse pour la première fois ses enfants à l'autre conjoint. Isabelle va apprendre au cours de ce mois singulier à se découvrir notamment grâce à l'arrivée de So What, personnage si mystérieux.
Murielle Magellan a une très belle plume, elle utilise beaucoup de métaphores où le roman prend tout son sens.
J'aime beaucoup les romans d'apprentissage et la manière de décrire les changements de personnalité chez Isabelle m'ont charmée. Ce roman se joue aussi de la fiction comme une mise en abyme d'un secret de femme, de mère.
« Toutes les vies permettent de défaillir si toutefois on sait les regarder à la bonne hauteur. Il y a dans chaque journée, dans chaque rencontre, des raisons de défaillir. Il faut juste en prendre la mesure. Le risque. Regarder la peau. Le souffle. L'impermanence de celui qui nous fait face. Alors oui, on est au bord de défaillir. »
Un très grand merci à Clara pour le prêt!
15:14 Publié dans Littérature française | Lien permanent | Commentaires (20) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
vendredi, 19 août 2011
Rencontre à Huelgoat!
Jolie rencontre le 7 Août à Huelgoat dans le Finistère! Une belle brochette de blogueuses se sont retrouvées pour un pique-nique sympathique au coeur des Monts d'Arrée, une randonnée sous la pluie vivifiante puis un goûter dans un café littéraire au creux de la forêt.
Autour de cette table, des personnes passionnées par la lecture, des conversations joyeuses, la lecture de Keisha au petit korrigan, les textes de Miossec mais aussi la danse de la crevette un jour de vide-grenier, le café Bicerin , la passion de Mireille pour la littérature italienne...et les nombreux sourires échangés!
Merci à Gwennaëlle pour toute l'organisation.
14:49 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (16) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
jeudi, 18 août 2011
Le dernier jour de ma vie de Lauren Oliver.
Samantha s'apprête à vivre une journée tant attendue au lycée, celle du 14 Février. Elle retrouve ses amies lycéennes, son petit ami, reçoit des roses comme à l'accoutumée et finit sa soirée par une fête alcoolisée. Et puis vint l'accident. La fumée dans la voiture, le crissement des pneus et le vide terrible. Mais le matin revient et Samantha ouvre les yeux et va revivre cette même journée plusieurs fois.
Dès l'ouverture du roman et le récit de la première journée, je me suis demandée si j'allais poursuivre la lecture tant les personnages me révulsaient. Mais Lauren Oliver a beaucoup de talent pour offrir aux lecteurs un roman sur la quête d'identité du jeune adulte. Samantha, jeune fille superficielle et haineuse va évoluer au fil du roman dans cette réitération de la même journée. Ce roman aborde la question des choix judicieux ou non, des limites à s'imposer et du poids de chacun de nos actes. Au fil des pages, le roman devient plus dense et outrepasse les délires mesquins de la jeunesse américaine futile et révoltante.
Le regard de lecteur change sur ce personnage en devenir et ce procédé littéraire m'a séduite. De plus, le thème de la mort en littérature jeunesse me fascine. Je ne suis pas très adepte de la littérature pour jeunes adultes mais je me réjouis de lire un bon roman bien construit et sans vampires!
Merci aux éditions Hachette Jeunesse et à News Book.
13:25 Publié dans Littérature de jeunesse | Lien permanent | Commentaires (7) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
vendredi, 29 juillet 2011
Blog en pause!

Rendez-vous à Hulgoat le 7 Août!
jeudi, 21 juillet 2011
En passant!
Un mois de Juillet très occupé par une belle rencontre littéraire à la Nuit du livre d'Esquelbecq en présence de Marie Desplechin et Olivier de Solminihac...
Escapade en bord de mer où j'ai pris plaisir à lire le dernier roman de Martine Laval sur les hauteurs abruptes des deux Caps et une traversée à bord du voilier Morgenstern...

Une belle rencontre organisée par Gwenaëlle en Bretagne prochainement, à laquelle je serai très heureuse de rencontrer d'autres lectrices passionnées!

Retour du livre voyageur Chienne de viede Helle Helle accompagné de très bons mots. C'est un réel plaisir de partager des lectures communes, de lire les impressions ressenties en refermant le livre.

Billets à venir sur Quinze kilomètres trois de Martine Laval, Le trottoir au soleil de Philippe Delerm, Le dernier jour de ma vie de Lauren Olivier et quelques partenariats pour la rentrée littéraire.
mardi, 05 juillet 2011
Sauvage de Nina Bouraoui.
À la fin des années 1970, Sami, un jeune garçon, disparaît au centre de la campagne algéroise. Pour ne jamais l’oublier, Alya, son amie d’enfance, écrit chaque jour son histoire, leur histoire, réinventant le passé, fixant le présent, temps de l’attente et de l'imagination.
« C’est arrivé dans l’attente d’un amour qui ne reviendrait pas. C’est arrivé dans l’espoir de devenir une personne qui trouverait sa place dans le monde. C’est arrivé tous les soirs, quand je regardais le soleil tomber derrière les plaines de la Mitidja. Chaque fois je me disais qu’il emportait une part de moi-même. Tout tourne, tout s’efface et tout recommence et je ne sais pas si l’on retrouve un jour ce que l’on a perdu ».
Sauvage est le récit de cette année-là . Dans Sauvage, son 13ème roman paru aux éditions Stock, Nina Bouraoui nous raconte les liens parfois indéfectibles entre elle et le personnage principal, joliment nommée Alya.
Il est question d'amour, d'un amour ambigü voilé sous un désir masqué entre Alya et Sami. Alya, la jeune fille sauvage, nous livre ses questionnements, une recherche omniprésente d'elle-même, sa quête spirituelle. La nature est voluptueuse dans ce roman notamment lors de la visite de la grotte. Expérience unique pour Sami qui rappelle à Alya la possibilité de mourir après avoir vu ce don de la nature.
J'admire cette soif d'absolu chez cette jeune femme qui s'éveille à l'écriture, sous couvert de recherches métaphysiques à cet âge « sauvage » de tous les possibles.
Les phrases de Nina Bouraoui sont comme des vagues violentes , elles brassent des idées sombres pour honorer un merveilleux retour aux sources.
Livre lu grâce à la Librairie Dialogues de Brest dans le cadre de Lectures croisées.

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lundi, 27 juin 2011
Darling River de Sara Stridsberg.
Darling River est une variation autour du personnage de Nabokov, Lolita.
Lo a treize ans et parcourt avec son père les routes à bord d'une vieille jaguar le long du Darling River. Le périple semble apocalyptique. Les décors sont vides, la terre aride et les forêts en feu.
Dolores, un autre personnage, est la vraie Dolores Haze de Nabokov. Sara Stridsberg imagine sa mort en Alaska, tandis qu'elle donne naissance à un enfant.
Autre personnage avec cette jeune shimpanzée dont un scientifique français tente de lui apprendre le dessin au Jardin des Plantes. Cette histoire est la source selon Nabokov de son roman Lolita.
Dernier personnage, avec cette femme énigmatique qui sillonne les autoroutes proches de la ville, serait-elle la mère que recherchent Lo et son père?
Le récit se veut amoral même si l'atmosphère est décrite avec beaucoup de légèreté. Ce roman offre une variation sur le thème de l'instinct maternel sous couvert de l'ambivalence entre les personnages.
Le regard est assez abrupte sur le monde de l'enfance et la décrépitude du genre humain. Le thème du sordide et du laid n'est pas vraiment ma tasse de thé mais je dois avouer que je me suis laissée charmer par cette plume poétique surprenante. Sara Sridsberg réussit à creuser au plus profond de l'âme humaine dans cette Amérique décadente. Un bon roman sur l'amour, le féminisme, la chair et les variations Dolorès. Dolores veut dire douleur. Selon Stridsberg, la femme serait condamnée à la douleur, celle d'enfanter, d'être fille, mère et amante. La femme apparaît comme un animal dépecé.
« La sage-femme passe le rasoir sans penser qu'entre les jambes de Dolorès toujours hâlées et gluantes et tremblantes et nues enfle une bulle de chewing-gum rose et que dans sa tête un parfum de fraises et de soleil et d'espérances explose. »
Roman surprenant qui me donne l'envie de découvrir La faculté des rêves paru en 2009.
Roman traduit du suédois par Jean-baptiste Coursaud, Stock, mai 2011.
Je remercie la Librairie Dialogues de Brest pour cet envoi dans le cadre de Dialogues croisés.

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vendredi, 17 juin 2011
Un été sans les hommes de Siri Hustvedt.
Après des années de mariage, Boris s'offre une Pause. La Pause est une jeune femme qui laisse sous le choc Mia, l'épouse bafouée.
Mia se retrouve hospitalisée dans un service psychiatrique. Siri Hustvedt choisit de s'intéresser à la promesse d'une conclusion positive sur ce noyau tragique.
Mia (I am) est poétesse et enseignante. Elle décide de se réfugier chez sa mère dans le Minnesota. Elle s'isole dès lors dans un gynécée moral et féminin décliné à tous les âges: des étudiantes adolescentes à qui elle donne des cours d'été, les vieilles amies de sa mère et une jeune voisine, mère de famille, Lola. Mia va se reconstruire grâce aux relations affectueuses que tissent toutes ces femmes réunies.
C'est un très bon roman où Siri Hustvedt choisit d'exprimer la particularité de la gent féminine sous couvert de féminisme, de psychologie et de philosophie. Les femmes sont au devant de la scène, les hommes ne sont évoqués que par le biais du souvenir ou de mails, le seul petit être masculin, le fils de Lola, est privé de paroles en raison de son jeune âge. J'ai beaucoup aimé le personnage d'Abigail, une brodeuse coquine et révoltée bien avant l'heure.
Le seul bémol dans ce livre repose sur les digressions incessantes, moments d'érudition qui brisent le rythme narratif. Quatre images viennent ponctuer le récit de Mia et apportent une touche sensible et comique.
Roman publié chez Actes Sud, mai 2011
Traduit par Christine Le Boeuf.
Merci Clara pour le prêt!
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mercredi, 15 juin 2011
Où va la nuit? film de Martin Provost.
Martin Provost a connu en 2008 un succès inattendu avec Séraphine, son premier long métrage qui raconte l'histoire d'une femme simple (incarnée par Yolande Moreau), révélée par ses dons de peintre.
Cette fois, il adapte un roman de Keith Ridgway paru en 2001 aux éditions Phébus Mauvaise Pente sur l'émancipation d'une femme battue.
Le film s'ouvre sur une mise en scène plutôt abrupte dans la forêt profonde. Rose Mayer, femme soumise, vit dans la campagne belge avec son mari alcoolique et violent. A bout de souffle, un soir, elle décide de le tuer en l'écrasant avec sa voiture.
Elle part ensuite dans la lumière de Bruxelles se réfugier chez son fils.
Rose va enfin pouvoir partir avec sa valise, cette valise qu'elle s'amuse à remplir et vider chaque jour, pour rêver à la liberté , le temps de monter et descendre l'escalier.
Le film, transposé d'Irlande en Belgique, offre un magnifique portrait de femme sublimée par la formidable interprète Yolande Moreau.
Un très bon moment passé avec ce personnage fort et complexe dans sa quête de liberté.
17:05 Publié dans 7ème art | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
mercredi, 08 juin 2011
Laura Willowes de Sylvia Townsend Warner.
Voilà plusieurs jours passés avec Laura Willowes. Nous sommes au début du siècle en Angleterre. Laura a 28 ans, elle n'est pas mariée. A la mort de son père, elle s'installe chez son frère et sa belle soeur à Londres. Elle devient très vite la douce tante « Lolly » qui s'occupe de tout ce petit monde sans penser à ses propres désirs.
Le quotidien est parsemé de petits bonheurs ordinaires, quelques excentricités langagières parfois au cours des repas mais Laura occupe ses journées entre broderies, réalisation de bouquets de fleurs et tea-time.Il est loin le temps de la communion avec la nature dans sa campagne natale, à la recherche des fleurs sauvages pour réaliser des philtres dont elle a le secret. La ville de Londres est caractérisée par sa grisaille, la monotonie s'invite dans ce quotidien et Laura Willowes s'ennuie.
«Son esprit tâtonnait à la recherche de quelque chose qui échappait à son expérience, quelque chose d’obscur et de menaçant, mais en même temps de séduisant ; quelque chose qui se cachait dans les lieux déserts, qui ressemblait au bruit de l’eau gargouillant au fond d’une gorge encaissée ou au cri d’un oiseau de mauvais augure. »
Et puis vint le moment de la découverte dans Moscow road, d'une petite échoppe fantaisiste où sont réunies des fleurs, des fruits, des légumes, dans un désordre de bric et de broc campagnard.
« Elle oublia la boutique, les autres clients, les chandeliers. Elle oublia l’air de froid de l’hiver, les gens qui marchaient sur les trottoirs mouillés. Elle oublia qu’elle était à Londres, elle oublia toute sa vie à Londres. Elle avait l’impression de se trouver seule dans un verger à la nuit tombante, les bras tendus vers le canevas de feuilles et de fruits, cherchant des doigts les courbes rebondies des fruits parmi les courbes sans relief des feuilles. »
Quelques branches de hêtres qu'elle harmonise en bouquets lui feront découvrir Great Mop. Elle oublie dès lors la monotonie de Londres et n'a plus qu'un seul souhait: s'exiler à Great Mop où les sorcières, les nuits de sabbat s'accorderont à son caractère mystérieux.
L'exil à Great Mop dévoile une rupture dans la narration et devient de plus en plus fantastique. J'aurais aimé connaître l'élan du personnage vers sa réalisation personnelle mais Sylvia Towsend Warner a choisi de conter les péripéties nosturnes de Laura, ses mystères et sa foi absolue en la liberté.
C'est un très bon roman publié chez Arcanes aux Editions Joëlle Losfeld, préfacée ici par Geneviève Brisac.
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dimanche, 29 mai 2011
4 ans, déjà.
4ans que les billets littéraires se multiplient sur cet espace. Un blog tenu en dilettante pour que subsiste toujours le plaisir de la lecture. Parfois, j'aimerais accorder plus de temps au Monde de Mirontaine mais la vie est si joliment remplie de l'autre côté de l'écran!
Merci pour votre assiduité.
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mercredi, 18 mai 2011
Le Jardin secret de Frances Hodgson Burnett.
Quelques amies m'ont mise sur le chemin de ce livre. Pour nombre d'entre elles, c'est un formidable souvenir d'enfance. Voici l'histoire publiée en 1910 et traduite par Carole Grattias en 1980.
Mary Lennox, jeune fillette anglaise de dix ans, quitte l’Inde après la mort de ses parents pour vivre auprès de son oncle dans le Yorkshire. Pour elle, rien ne change vraiment: les deux pays lui sont hostiles, et elle est toujours aussi solitaire et mal aimée, et pour cause: Mary Lennox est une fille désagréable, autoritaire, méprisante, froide et princesse. Et en plus elle est laide. Ses seules occupations sont d’explorer la demeure de son oncle, puis le parc, quand finalement elle entend parler d’un mystérieux jardin emmuré dont la clef aurait été jetée. Mary parvient à pénétrer dans ce jardin, elle fait tout pour le métamorphoser et lui rendre sa splendeur d’antan.
" - Tu sais, pour qu'elles poussent bien, expliquait Dickon à sa mère, il faut les aimer. C'est comme pour les animaux, il faut leur donner à manger quand elles ont faim, et leur donner à boire quand elles ont soif ! Les fleurs, elles sont comme nous, elles ne demandent qu'à vivre."
J'ai aimé le mystère qui plane dans ce livre. Le titre évoque déjà la dimension secrète du jardin. Le manoir est décrit de manière gothique.
La mort hante les personnages et les murs de la maison. Ce texte est nourri d'une très belle intertextualité avec le conte de Barbe Bleue (le cabinet interdit). J'ai aimé relire l'album de Kitty Crowther Moi et rien (l'oiseau bleu de l'Himalaya remplace le rouge-gorge) très jolie réécriture de l'oeuvre de Burnett.
La campagne anglaise au fil des descriptions donne à ce roman un accent bucolique et enchanteur. Un très bel hymne à la nature considérée comme un personnage dans ce roman.

J'ai pris plaisir à visionner le film de Agnieszka Holland, produit par Francis Ford Coppola en 1994. Malgré quelques libertés dans l'adaptation, la mise en images du texte de Burnett est un très bon moment de poésie. Les décors sont magnifiques et j'ai apprécié l'univers à la Jane Eyre.
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mardi, 10 mai 2011
Tous les soleils de Philippe Claudel

Je parle rarement de film non adapté de roman. Tous les soleils est une exception car il a été réalisé par l'auteur Philippe Claudel. J'ai lu quelques uns de ses romans et je reconnais son attrait pour les sujets mélancoliques. Avec ce film, il change de registre même si les petites pépites consacrées aux sujets les plus sensibles affleurent dans certaines scènes.
Alessandro, veuf, d'origine italienne vit à Strasbourg avec sa fille Irina et son frère anarchiste Crampone. Il est professeur de musique baroque et a une vie plutôt rangée. Son quotidien s'organise autour des week-ends entre amis dans un esprit bohème, des cours de tarentelle et la lecture auprès des malades hospitalisés( Anouk Aimé est formidable et lumineuse). Les personnages sont bien campés notamment celui de Crampone, le doux-dingue qui veut mettre fin au régime de Berlusconi. Irina cherche à s'émanciper et Alessandro se retrouve seul. Philippe Claudel porte à la lumière cette solitude de notre monde contemporain sous l'angle de la dérision. J'ai beaucoup ri et je vous invite à en faire autant!
Ce film est sorti en salle depuis le 30 Mars mais comme je ne fréquente que les petits cinémas d'auteurs, je ne vous en parle qu'aujourd'hui!
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jeudi, 05 mai 2011
Le jeudi c'est citation!
![soleil-levant[1].jpg](http://lemondedemirontaine.hautetfort.com/media/01/01/3308904286.jpg)
« Tout de même, les tremblements de terre, c’est étrange. Nous sommes convaincus, intellectuellement, que le sol sous nos pieds est dur et stable. On dit même : « il a les pieds sur terre », pour parler d’une personne solide. Et pourtant un beau jour, soudain, on comprend que tout ça est faux : la terre, les rochers, qui devraient être stables, se tordent dans tous les sens comme du liquide. »
Après le tremblement de terre, d' Haruki Murakami.

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lundi, 02 mai 2011
Pas ici, pas maintenant d'Erri de Luca.
(Café Bicerin, boisson piémontaise originaire de Turin, préparée à partir d'expresso, d'une pâte chocolatée chaude et de crème servis dans un verre.)
Un homme de soixante ans croise dans la vitre d'un bus sa mère. Le visage de sa mère est celui de sa trentaine. « Le possible est la limite mouvante de ce qu'on est disposé à admettre ». Il s'adresse à sa mère et évoque son enfance et son adolescence à Naples. La parole d'Erri de Luca est très touchante. Il raconte des petits souvenirs de son enfance, bercée dans un quotidien initiatique et déréglé(le bégaiement du narrateur, les lapsus, les jouets qui se brisent). Il évoque les enfants battus à l'époque, puis ses joies auprès de Filomena, la domestique. Il n'a pas connu les violences physiques mais les remontrances verbales étaient son pain quotidien d'enfant bègue « Jevvveux pas des mots ».
"Entre mère et fils le progrès n'existe pas, la civilisation n'évolue pas : les mots seront toujours réduits et ne seront que des mots, rares, préservés. Ils ne remplacent rien, ni les coups, ni les caresses."
Récit d'une enfance napolitaine où la mémoire ne console pas.La ville de Naples est baignée d'une lumière blanche, elle semble dénudée et privée de ses atours baroques.
Pas ici, pas maintenant n'est pas une évocation nostalgique, mais un « livre abrupt et fier » sur le monde et l'enfance et les réminiscences des gestes tendres d'une mère.
(Première parution en français aux Editions Verdier en 1992 sous le titre Une fois, un jour)
Non ora, non qui, 1989
Traduit de l'italien par Danièle Valin
Challenge organisé par Nane.
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jeudi, 28 avril 2011
Où on va papa? de Jean-Louis Fournier.
Le narrateur, Jean-Louis Fournier, a deux enfants handicapés. Tout au long de ce cours roman, primé en 2008 pour le Prix Femina et en 2010 pour le Prix des Lecteurs, il raconte cette réalité quotidienne avec ses deux fils.
A travers son regard de père, il écrit une longue lettre d'amour, sans véritable destinataire, puisque ceux pour qui cette lettre est écrite ne pourront jamais en apprécier la teneur. C'est une formidable leçon de vie, teintée d'un humour cocasse et caustique propre à Jean-Louis Fournier. Pas de mélodrame mais des phrases justes, incisives qui bousculent nos préjugés et touchent le lecteur. L'humour est corrosif mais nécessaire pour affronter la réalité d'un quotidien peu banal entre Mathieu et Thomas. « Où on va papa? », cette phrase est inlassablement répétée par Thomas, tandis que son frère Mathieu jette un ballon, seul lien créé entre ses parents et lui pour établir un contact. Réalité et vérité sont les deux maîtres mots de ce petit roman. Certes, l'espoir d'un bel avenir pour ces deux fils est vain, vivre une existence paisible devient difficile. Seul l'humour pourra embellir cette leçon de vie. Là où certains lecteurs soulignent la cruauté des propos de Jean-Louis Fournier, je ne relève que poésie et infinie tendresse pour Mathieu et Thomas.
« Cher Mathieu, Cher Thomas,
Quand vous étiez petit, j’ai eu quelquefois la tentation, à Noël, de vous offrir un livre, un Tintin par exemple. On aurait pu en parler ensemble après. Je connais bien Tintin, je les ai lus tous plusieurs fois.
Je ne l’ai jamais fait, ce n’était pas la peine, vous ne saviez pas lire. Vous ne saurez jamais lire. Jusqu’à la fin, vos cadeaux de Noël seront des cubes ou des petites voitures…
Maintenant que Mathieu est parti chercher son ballon dans un endroit où on ne pourra plus l’aider à le récupérer, maintenant que Thomas, toujours sur la Terre, a la tête de plus en plus dans les nuages, je vais quand même vous offrir un livre. Un livre que j’ai écrit pour vous. Pour qu’on ne vous oublie pas, que vous ne soyez pas seulement une photo sur une carte d’invalidité. Pour écrire des choses que je n’ai jamais dites. Peut-être des remords. Je n’ai pas été un très bon père. Souvent, je ne vous supportais pas, vous étiez difficiles à aimer. Avec vous, il fallait une patience d’ange, et je ne suis pas un ange.
Vous dire que je regrette qu’on n’ait pas pu être heureux ensemble, et peut-être, aussi, vous demander pardon de vous avoir loupés.
On n’a pas eu de chance, vous et nous. C’est tombé du Ciel, ça s’appelle une tuile.
J’arrête de me plaindre.
Quand on parle des enfants handicapés, on prend un air de circonstance, comme quand on parle d’une catastrophe. Pour une fois, je voudrais essayer de parler de vous avec le sourire. Vous m’avez fait rire, et pas toujours invonlontairement.
Grâce à vous, j’ai eu des avantages sur les parents d’enfants normaux. Je n’ai pas eu de soucis avec vos études, ni votre orientation professionnelle. Nous n’avons pas eu à hésiter entre filière scientifique et filière littéraire. Pas eu à nous inquiéter de ce que vous feriez plus tard, on a su rapidement que ce serait : rien.
Et surtout, pendant de nombreuses années, j’ai bénéficié d’une vignette automobile gratuite. Grâce à vous, j’ai pu rouler dans des grosses voitures américaines. »
13:59 Publié dans Littérature française | Lien permanent | Commentaires (29) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
vendredi, 22 avril 2011
La Reine Alice de Lydia Flem.
Photo issue du blog de l'auteur.
Voici un conte élégant et bouleversant, pas simplement l'histoire triste sortie de l'esprit d'un être qui a souffert inutilement. Face au miroir, la reine Alice découvre une boule sur un sein... un crabe sous le rocher. Alice passe dès lors de l'autre côté du miroir. Elle entre dans un monde dénué de confort où l'ordre des choses est inversé. Elle doit consentir par obligation pour chasser l'intrus et sublimer ce crabe en le transposant au pays des merveilles. Alice épouse le déséquilibre, elle cherche des forces alliées sur ce sentier jalonné de piques cruelles. Son périple l'emmènera dans le labyrinthe des agitations vaines puis dans la forêt du pas à pas de la convalescence. La reine Alice , comme un funambule sur son fil*, traverse de l'autre côté de soi. Elle croisera sur ce fil de la vie un ver à soie alias Cherubino Balbozar, une licorne qui lui offre un attrape -lumière (les photos vestiges du temps), sa fidèle amie la plume- stylo mais aussi de nombreuses lectures. Docteur Home lui confie une ordonnance d'une page quotidienne de Proust car il sait l'importance du minimalisme positif face au crabe. La reine Alice pénètre dans la Maison du Miroir « Hélas, il ne s'agissait en rien d'un jeu d'enfant ». Elle fait face aux assauts du chimiste, de Lady Cobalt et des mauvaises reines. Lydia Flem nous emporte dans cette fantasmagorie où la fiction sert à supplanter la réalité . La reine Alice devient la femme au turban, la quintessence d'elle-même, cette part indestructible qui avance pas à pas. Les choses sont humaines, les êtres se chosifient.
Voici un livre qui touche et émeut. Un témoignage personnel et délicat en apparence mais surtout une féérie à la Lewis Carroll, un conte en abyme , des images et des rêves familiers, cette quête entre le désir d'écrire et l'épuisement inhérent à la maladie. Lydia Flem manie la catharsis pour nous mener sur ce chemin de la renaissance et de la joie de vivre. La fiction et le réel s'entremêlent comme le turban sur la tête chauve de la Reine Alice. Avec sa plume-stylo et son attrape lumière, Lydia Flem fait tourbillonner les sentiments et les sensations pour ne retenir que la douceur de l'instant présent.
Je remercie infiniment Lydia Flem d'avoir su mettre en mots avec beaucoup de talent littéraire cette parenthèse intime.
Je vous invite à observer les photos « still life » prises grâce à l'attrape-lumière sur le blog de l'auteur.
Roman publié au Seuil , La Librairie du XXIème siècle. Février 2011.
* Toute ressemblance avec une bannière évocatrice est purement volontaire...
10:07 Publié dans Littérature française | Lien permanent | Commentaires (13) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note




























