mardi, 09 février 2010

Margherita Dolcevita de Stefano Benni.

Février 2010 010.jpg

Voici un livre coup de coeur!

 

Margherita a 15 ans, quelques kilos en trop et une passion pour la lecture et l’écriture - elle écrit des poèmes et coince sur la première phrase de son roman, qu’elle remanie continuellement. Entre ses parents hauts en couleur, son frère aîné, son grand-père, son chien et son amie imaginaire, tout se passe le plus normalement du monde jusqu’à l’arrivée de nouveaux voisins dont la maison, un gros cube noir, pousse en quelques jours, tel un champignon vénéneux. Hommage à l’esprit d’enfance et à la passion de la littérature - la Zazie de Queneau y côtoie Lolita de Nabokov, l’ombre de Shakespeare y croise celles d’Edgar Poe et de Boulgakov -, Margherita Dolcevita est aussi la dénonciation d’un monde qui se perd dans l’incompréhension, le racisme ordinaire et la culture de l’éphémère.

J'aime beaucoup le style de Stefano Benni, son aptitude à décrire de manière fantaisiste un monde similaire au nôtre  pour dénoncer le capitalisme sauvage. C'est un pur moment de bonheur: ce roman dénonce les travers de notre société sous couvert d'une légèreté féérique. L'histoire décrite par Margherita Dolcevita s'apparente au conte, comme un miroir déformant notre société actuelle et le culte de l'éphémère et du commerce. Benni offre une ramarquable galerie de personnages comme autant de caricatures artificielles.

"Quand les enfants grandissent et deviennent adultes, ils comprennent très vite que ce qu’on leur avait dit quand ils étaient petits n’est pas vrai, et pourtant ils resservent à leur progéniture l’éternel mensonge: à savoir que tout le monde veut laisser aux enfants un monde meilleur – une rengaine qui dure depuis des siècles, et le résultat c’est la Terre, cette petite cloque de haine."

 

Face à un monde corrompu, décadent qui tend à pousser au désenchantement et au cynisme, Margherita, adolescente vive, intelligente, poétique et drôle, constitue une lueur d’espoir. Sa façon d'inventer des histoires m'a séduite:

"L'art, c'est cela: fuir la normalité qui veut te manger." 

 

Je vous invite à découvrir ce coup de coeur paru en 2002 et traduit par Marguerite Pozzoli chez Actes Sud, vous découvrirez une description très subtile d'une maison de famille, la parfum français "Fais-moi mal", une lettre hilarante à l'attention d'une prof de maths et tout sur la série Eternal Love!   bannière 3.jpg               

 

 

jeudi, 04 février 2010

L'Un et l'Autre de Jean-Sébastien Blanck

Février 2010 006.jpg
L'Un était marronnier, l'Autre châtaignier. Tous deux habitaient la même forêt, l'Un en face de l'Autre et ainsi la vie aurait pu s'écouler, comme pour tous les arbres du monde. Mais la nature avait affligé l'Un et l'Autre d'un grand malheur: ils se détestaient. Et depuis des siècles qu'ils se cotoyaient, ils n'attendaient qu'une chose: que l'homme ou la tempête le débarasse enfin du voisin honni.
Voici un délicieux moment de lecture! Je voue une véritable passion pour les arbres et cette petite fable m'a séduite par son côté malicieux. Jean-Sébastien Blanck nous offre une délicieuse satire de l'intolérance et de la rivalité entre peuples voisins. La syntaxe est gracieuse à la manière d'un Jean de La Fontaine et le vocabulaire très riche. C'est un très beau livre illustré par l'aquarelliste Manuel Purdia, les illustrations sont tour à tour mystérieuses, douces et magiques.
Le message de ce livre est fort intéressant et  peut être étudié avec les enfants dès le cycle 3; notamment pour les thèmes de la tolérance envers autrui, du respect de la nature. Cet ouvrage offre une superbe caricature de la jalousie. Le style de l'auteur offre la possibilités de nombreuses séances en maîtrise du langage et invite également à la la lecture en réseau des Fables de La Fontaine.
Publié chez Alzabane Editions.  éditions alzabaneéditions alzabane
Je remercie Guillaume Teisseire de l'opération Masse critique Babelio et l'auteur pour l'envoi de ce livre.ico_critique.jpg


mercredi, 03 février 2010

Le Livre des choses perdues de Connolly

Février.jpg

Inconsolable depuis la mort de sa mère, David, douze ans, se réfugie dans les livres pour fuir le remariage de son père et oublier la naissance de Georgie, son demi-frère. Une nuit, alors que depuis quelque temps, déjà, des phénomènes étranges se produisent, David croit entendre la voix de sa mère. Il la suit et découvre un passage caché derrière des buissons, au fond du jardin. Il le franchit et se retrouve alors propulsé dans un univers parallèle, un monde étrange et hostile peuplé de trolls, de Sires-Loups, de créatures hybrides et d’autres personnages issus de ses lectures et de son imaginaire…Grâce à l’aide du Garde-Forestier et de Roland, un preux chevalier, il va, après bien des épreuves – combats, énigmes à résoudre, pièges à déjouer… – rencontrer un vieux roi qui conserve ses secrets dans un volume mystérieux, Le Livre des choses perdues, sésame qui permettrait à David de regagner le monde réel. Mais l’Homme Biscornu, être maléfique qui épie David depuis son arrivée, ne l’entend pas ainsi. Il a pour lui bien d’autres desseins…

- Editions Archipel -

Cette quatrième de couverture avait tout pour me plaire et lorsque Leiloona a proposé de faire voyager ce livre, je l'attendais impatiemment. Et pourtant...

Ce récit initiatique m'a un peu déboussolée, j'ai suivi les aventures épiques du jeune David en me concentrant notamment sur le réseau intertextuel instauré par Connoly et les multiples références aux contes classiques.Cependant, les longues descriptions des Sires-Loups et des créatures fantastiques m'ont fait perdre le fil et l'intérêt développé dès l'incipit.

" Les histoires sont différentes : elles se mettent à vivre dès qu'on les raconte. Sans une bouche humaine pour les lire à voix haute ou une paire d'yeux écarquillés sous les draps, les parcourant à la lumière d'une lampe de poche, elles n'ont aucune existence réelle dans notre monde. [...] Elles restent endormies, dans l'espoir de se réveiller un jour. Mais quand quelqu'un se met à les lire, elles commencent à se transformer. Elles s'enracinent dans l'imagination du lecteur et peuvent le métamorphoser. Les histoires veulent être lues, disait la mère de David dans un murmure. Elles en ont besoin. C'est pour cette raison qu'elles quittent leur monde pour se frayer un chemin jusqu'au nôtres. Elles veulent qu'on leur donne la vie. "

 Peut-être suis-je déçue car j'attendais trop de cette lecture notamment sur le pouvoir des livres... je ne sais pas, j'ai conscience de tenir un très bon livre mais pourtant la magie n'a pas  opéré sur moi. J'ai apprécié le manichéisme permanent entre le bien et le mal qui gouverne les tentations de l'enfant David et ses angoisses. Le pouvoir des contes et la magie engendrée dans l'imaginaire de l'enfant sont parfaitement développés mais la description du monde merveilleux est si foisonnante qu'elle est devenue pour moi lassante. Parfois, j'ai eu cette impression de tenir entre les mains un synopsis d'une production cinématographique, comme celle du Monde de Narnia notamment. Cette épopée se passe pendant la guerre mais la noirceur échappe à l'enfant, elle est lointaine et masquée par son propre parcours où foisonnent tous les sentiments et craintes, celles de  l'abandon, de la solitude. Connolly a subtilement mis en valeur la côté cruel des contes et c'est peut-être cela qui a rendu ma lecture laborieuse et déroutante. C'est un très bon conte mais pour moi,le côté sombre et épique a perturbé la beauté et la richesse du message intrinsèque de l'oeuvre.

Je remercie Leiloona pour le prêt, ce livre reprend sa route et j'espère qu'il trouvera une lectrice plus enthousiaste.

 

samedi, 30 janvier 2010

The Hours

 

The Hours raconte une journée cruciale des vies respectives de trois femmes de différentes époques, dont les destins sont interconnectés par le roman de Virginia WoolfMiss Dalloway. Dans son journal de 1922, celle-ci écrit :

« J’y esquisse une étude de la folie et du suicide ; le monde vu par la raison et la folie côte à côte. »

Le film retranscrit cette juxtaposition de la vie ordinaire et des souffrances morales incommunicables.

the hours.jpg  

 

Virginia Woolf (Nicole Kidman) , grande romancière du début du XXe siècle, accablée par la maladie mentale, s'ennuie dans la banlieue de Richmond, au Royaume-Uni, où son mari Leonard l'a emmenée pour qu'elle se repose de l'agitation de Londres. Elle commence une nouvelle oeuvre, Mrs Dalloway, qui sera la plus grande réussite de sa carrière. Le film débute et finit par son suicide dans la rivière proche. Elle laisse à son mari un mot où elle le remercie pour sa patience et lui dit qu'elle n'aurait pu être plus heureuse.

The Hours 1.jpg

 Laura Brown (Julianne Moore), mère au foyer dans l'Amérique des années 1950, souffre d'angoisses et d'un mal-être profond. Elle lit le roman Mrs Dalloway et comprend que le suicide mettrait fin à ses tourments. Son jeune fils, Richie, est le seul à percevoir l'état de sa mère et en est bouleversé. Elle choisit finalement de vivre mais au prix de l'abandon de sa famille, abandon dont elle ne regrette pas l'ignominie puisque commandé par la vie.

the hours 3.jpg

 Clarissa Vaughan (Meryl Streep), éditrice de New-York au XXIe siècle, s'occupe depuis des années de son meilleur ami Richard, atteint du sida, tout en vivant son homosexualité avec son amie Sally. Elle organise une réception en l'honneur du prix littéraire reçu par Richard. Mais celui-ci se jette par la fenêtre. Richard l'appelle Mrs Dalloway et elle est en effet la version moderne de Clarissa Dalloway, l'héroïne du roman de Virginia Woolf. Elle s'interroge sur le bonheur et s'enlise dans une existence futile.

Je n'avais pas encore pris le temps de regarder cette adaptation du roman de Michaël Cunningham The Hours, titre que Virginia Woolf souhaitait inititialement pour son roman Miss Dalloway. On observe ce temps qui s'écoule, cette déambulation de ces trois femmes et l'écho qui se tisse entre elles, comme un fil d'Ariane littéraire: Miss Dalloway. Entre Clarissa Vaughan/Dalloway qui s'agitent sans choisir et Richard/Septimus qui choisissent la mort, un troisième personnage, Laura Brown, qui choisit la vie.  Woolf l’écrit, Brown le lit et Vaughan le vit. Ces trois pas de danse exécutés en parallèle m'ont séduite et j'ai très envie de me plonger dans le roman de Virginia Woolf.

VirginiaWoolf.jpg

 

Film de Stephen Daldry sorti en 2002.

mercredi, 27 janvier 2010

Aldabra la tortue qui aimait Shakespeare de Silvana Gandolfi.

Aldabra.jpg
C'est l'histoire d'une petite fille Elisa, qui chaque jour, rend visite à sa grand-mère Eia, à l'autre bout de Venise. Passionnées de théâtre shakespearien, elles passent des après-midi entiers à déclamer. Mais Elisa va être la spectatrice d'une bien étrange métamorphose, car la vieille dame se glisse peu à peu dans la peau d'une tortue géante de l'archipel d'Aldabra.
« L'astuce, pour tromper la mort, c'est de se transformer ».

Tels sont les mots de la surprenante mamie Eia à sa petite-fille. Silvana Gandolfi aborde dans ce roman fantastique et fantaisiste la vieillesse, le rapport entre la mère et son enfant. La grand-mère et la mère sont des thèmes qui sont rarement aussi bien traités, sans ostentation mais efficacement. Et puis il y a Shakespeare, qui reste le fil, le lien entre ces trois générations jusqu'à la scène de dénouement, superbe et si émouvante ! La question de la schizophrénie , thème difficile, est abordée de manière  très réfléchie. Un récit plein de tendresse sur le temps qui passe, mais également sur l’immortalité et les choses qui nous sont vraiment nécessaires pour continuer à vivre.
Un très beau voyage dans l'imaginaire.
Roman publié chez Seuil jeunesse et traduit de l'italien par Nathalie Bauer.
bannière 3.jpg

lundi, 25 janvier 2010

Pinocchio de Carlo Collodi

pinocchio.jpg
Je suis en pleine relecture des contes classiques dans le cadre du Swapôcontes d'Emmyne. Je me suis replongée dans un album de mon enfance, Pinocchio, conte adapté de Carlo Collodi, publié en 1964 et illustré par A. Mattoni. Mon livre a un peu souffert mais il m'a occupée pendant de nombreuses heures dans ma chambre de petite fille.
Pin.jpgL'his­toire du conte est in­dis­so­ciable de la tra­di­tion po­pu­laire orale.Né en 1826, Carlo Lo­ren­zi­ni est un jour­na­liste ita­lien à l'en­ga­ge­ment po­li­tique fort. Il mi­li­ta no­tam­ment pour l'in­dé­pen­dance ita­lienne ou la réunion de la Tos­cane et du Pié­mont ; il fonda même deux jour­naux hu­mo­ris­tiques et sa­ti­riques : Il Lam­pione et La Sca­ra­mac­cia. Quelques écrits sans grande sa­veur plus tard, Lo­ren­zi­ni, sous le pseu­do­nyme de Carlo Col­lo­di, adap­ta en ita­lien les Contes de Per­rault. C'était en 1875 et ce n'est que 6 ans plus tard qu'il écri­vit les pre­mières lignes de son conte phare. En 1887,  la pu­bli­ca­tion de la ver­sion dé­fi­ni­tive des Aven­tures de Pi­noc­chio (Le Av­ven­ture di Pi­noc­chio) com­porte 36 cha­pitres, cha­cun pré­cé­dé d'une phrase le ré­su­mant.
pinocchio 1.jpg
Au cours de ces aven­tures, Pi­noc­chio, qui re­grette constam­ment ses mé­faits, ouvre les yeux au monde et com­prend petit à petit que l'école est né­ces­saire sous peine de de­ve­nir un âne, au sens propre comme au sens fi­gu­ré, qu'il faut sa­voir ga­gner son ar­gent, ce­lui-ci ne pous­sant en effet pas dans les champs. Man­ger ce qu'on a dans son as­siette, ne pas suivre les in­con­nus, par­ta­ger, aider son pro­chain, au­tant de pré­ceptes qui rentrent dif­fi­ci­le­ment dans la tête en bois du pan­tin, comme dans la tête de l'en­fant qui dé­couvre Pi­noc­chio.
pinocchio3.jpg

Col­lo­di aborde de façon dé­tour­née plu­sieurs maux de la so­cié­té. La jus­tice est ex­pé­di­tive, les braves gens par­fois aveugles et les perfides tou­jours prêts à tirer par­tie du naïf.
L'his­toire de ce pan­tin de bois est un re­flet de l'en­fant qui doit aban­don­ner son âme pour de­ve­nir ma­ture dans un monde dif­fi­cile, une his­toire qui parle à cha­cun d'entre nous.C'est très moralisateur, comme le sont souvent les contes, mais Pinocchio reste intemporel. 
pinocchio 3.jpg
J'ai aimé me replonger dans ce conte italien avec ses illustrations "vintage" et raconter au Petit Korrigan l'histoire du petit pantin  qui l'accompagne dans sa chambre, au dessus de son lit.Pinocchio est devenu un pantin parlant avant d'être un bébé, il s'est confronté à la vie brutalement avant qu'elle-même ait pu l'apprivoiser, il aura fallu le passage dans le ventre de la baleine pour découvrir la douceur et l'importance de l'autre.
La version originale, publiée récemment aux éditions Rue du monde et illustrée par Nathalie Novi, est magnifique également.
       pino.jpg defi_classique Mariel Les carabistouilles de Marie.jpgbannière 3.jpg

vendredi, 22 janvier 2010

Blue cerises

Janvier 2010 004.jpg
(Toile réalisée en Mixed-media )
J'ai vu ces quatre petits livres sur la blogosphère et tant de lecteurs enthousiastes que je me suis plongée dans la lecture avec curiosité.
Quatre ados,
Quatre amis,
Quatre histoires,
Un seul secret.
Quatre petits livres écrits par quatre auteurs différents et la magie de cette série est de pouvoir commencer par n'importe quel opus! Les quatre histoires sont liées. J'ai commencé avec Amos  et découvert Le Pacte des cerises.
Le pacte.jpg
(clic clic)
Les aventures des Blue cerises commencent aux vacances de Toussaint: Satya, Zik, Violette et Amos vont chacun faire une rencontre surprenante. Agés de seize ans, nos ados, le vague à l'âme, nous confient leurs premiers émois et tourments.
Zik et son ange sur le toit, va suivre ce personnage énigmatique pour parvenir dans une cave où elle découvre, subjuguée un incroyable concert de rock.
Satya et Indiana, une étrange fille mystérieuse, qui comme Le Petit Poucet laisse des petits cailloux sur son chemin et invite Satya à pénétrer dans son monde. Avec elle, il découvre les " attentats poétiques ", la petite danseuse de Degas, Emily Dickinson et la nuit à la belle étoile et sa force de vivre. J'ai refermé ce tome en pleurant... c'est dire car cela m'est très rare!
Violette, protégée par son oncle Ernesto, découvre le premier amour et l'âpreté du monde masculin parfois.
Et puis Amos, qui aime les garçons et doit se protéger sous des faux-semblants. Amos et sa passion pour le tir à l’arc, bouleversé par un futur départ au Québec.
Voici quatre pièces d'un même  puzzle, libre à vous de commencer par l'histoire de Satya, Zik, Amos ou Violette.
J'ai apprécié l'originalité de cette création car les quatre volumes offrent une perspective différente dans la lecture, et puis j'adhère beaucoup à cette volonté des auteurs d'aborder des thèmes actuels tout en  se référant à des monuments de la culture générale dans divers domaines comme le cinéma, les arts visuels...
J'ai refermé ces petits livres et me suis empressée de commander la saison 2 !
 Chapeau bas aux auteurs pour cette belle initiative!
b cerise.jpg
« Amos : Cibles mouvantes » Sigrid Baffert
« Satya : L’attentat » Jean-Michel Payet

« Zik : L’ange des toits » Maryvonne Rippert

« Violette : L’amour basta » Cécile Roumiguiére

Collection dirigée par Cécile Roumiguière.



Editions Milan – Collection Macadam- Mai 2009.
blue cerise.jpg
 

dimanche, 17 janvier 2010

Sans gravité de Vendela Vida

Vendela 005.jpg
(Triptyque réalisé par Isa)
"Dans ma tête, l'histoire est toujours au présent, elle commence toujours à deux heures et quart. Je me promène le long de l'allée du parc quand j'entends derrière moi un homme dire : "Madame ?". Puis, l'homme,  l'entraînant un peu l'écart, sur un banc, lui pointe un revolver sur la tempe.
"Je veux mourir", "Je veux pas mourir seul"
"Je veux mourir avec quelqu'un."...
Ellis, fraîchement débarquée à New-York, inscrite en histoire de l'art à Columbia, est sortie miraculeusement indemne de cette rencontre. Elle décide de réciter quelques vers de poésie à cet homme et le convainc de ne pas se donner la mort. La jeune étudiante n'en est pas moins profondément ébranlée. Sa vie semble lui glisser entre les doigts, elle a peu d'amis, ne s'entend guère avec sa colocataire et multiplie les relations instables. Cette rencontre perturbe le cours de sa vie et on assiste au point de vue de son entourage sur cet évènement. Chacun juge, émet une hypothèse, tandis qu'Ellis s'interroge.Elle semble seule, emprisonnée dans ses pensées comme  un personnage dans un tableau artistique de Duchamp.
"Je jette un oeil par une fente et aperçois le corps d'une femme nue, prostrée, abandonnée au flanc d'une colline. De la main gauche, elle tient une lampe à pétrole, dont la flamme brûle toujours.
De l'endroit où je suis, je ne vois pas son visage. Il faut que je le voie. Qui lui a fait ça ? Est-ce qu'elle était en train de pique-niquer ?  Je tire fort sur les battants  de bois patiné. Ils ne s'ouvrent pas. Je ne peux voir la femme qu'au travers d'une petite fente, mais je ne peux ni m'en approcher, ni la regarder, ni la toucher."

 

Ma lecture fut laborieuse, voilà une dizaine de jours que ce livre m'accompagne et me laisse perplexe. Je suis restée muette face aux vicissitudes d'esprit de cette étudiante. J'ai aimé son parcours, l'excipit est merveilleux. Ellis avance, Vendela Vida offre le pardon et ce livre se termine sur quelques anecdotes, la vie continue...C'est un beau premier roman mais je suis restée en dehors de l'histoire, un rendez-vous manqué peut-être...

Editions de l'Olivier - Janvier 2005 - traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Adèle Carasso et Stéphane Roques.

mercredi, 13 janvier 2010

TAG!

Resolutions2010.jpgCelsmoon m'a tagguée! Janvier est le mois des bonnes résolutions et ce TAG propose de recenser trois résolutions que je ne tiendrai pas en 2010:

1-Ne plus me passionner pour de nouvelles choses...Au rang de mes passions, la lecture, la langue italienne, le monde tsigane, les fées, les légendes bretonnes,l'art-thérapie et tant d'autres choses encore!Je suis une grande passionnée mais difficile de me limiter  dans de nouveaux centres d'intérêt, je ne m'ennuie jamais.

2-Ne plus attendre pour répondre aux mails, je laisse facilement ma boîte déborder! Mais il sera difficile d'y remédier, j'aime prendre mon temps...

3-Ne plus acheter de thé  avant d'avoir terminé les précédents, un peu comme pour les livres! Ne plus acheter ni emprunter tant que ma PAL ne diminue pas!

Je passe le TAG à qui le souhaite!

Merci Celsmoon

celsmoon 002.jpg
Depuis quelques semaines, machine à coudre et aiguilles tintinabulent chez Celsmoon et cette semaine j'ai reçu mon SLAT!!!
Une pochette pleine de douceur qui me rappelle celle de mon enfance, "la malette" que j'emmenais à l'heure de l'étude pour prendre mon goûter. Celle-ci emportera mes livres et j'en suis ravie!
cels 5.jpg
Et puis Petit korrigan a reçu lui aussi sa pochette! Il en est très fier, elle abrite ses images reçues à l'école!
Un grand merci Celsmoon!!! D'autres aiguilles tintinabulent aussi chez moi...

dimanche, 10 janvier 2010

Gatlif

gat1.jpg

"Liberté" de Tony Gatlif

Théodore, vétérinaire et maire d’un village situé en zone occupée pendant la seconde guerre mondiale, a recueilli P’tit Claude, neuf ans, dont les parents ont disparu depuis le début de la guerre. Mademoiselle Lundi, l’institutrice fait la connaissance des Tsiganes qui se sont installés à quelques pas de là. Ils sont venus pour faire les vendanges dans le pays. Humaniste et républicaine convaincue, elle s’arrange avec l’aide de Théodore, pour que les enfants Tsiganes soient scolarisés.De son côté, P’tit Claude se prend d’amitié pour Taloche, grand gamin bohémien de trente ans qui se promène partout avec son violon sur l’épaule. Mais les contrôles d’identité imposés par le régime de Vichy se multiplient et les Tsiganes, peuple nomade, n’ont plus le droit de circuler librement : Théodore cède alors un de ses terrains aux bohémiens, désormais sédentarisés.

Tandis que les enfants Tsiganes suivent les cours de Mademoiselle Lundi, P’tit Claude est de plus en plus fasciné par le mode de vie des Bohémiens – un univers de liberté où les enfants sont rois. Mais la joie et l’insouciance sont de courte durée : la pression de la police de Vichy et de la Gestapo s’intensifie et le danger menace à chaque instant. Comme ils l’ont toujours fait depuis des siècles, les Tsiganes devront reprendre la route…

Sortie nationale le 24 Février. Je l'attends avec impatience de même que le livre proposé par Babelio pour l'opération Masse critique mais il semblerait que l'éditeur Perrin ait reculé sa sortie...      gat.jpg

Je suis impatiente car passionnée par ce monde des tsiganes. J'ai beaucoup appris auprès des enfants que j'accompagne, je consacre mon année à un projet de recherches en littérature de jeunesse sur le monde des enfants du voyage et suis toujours à l'affût de publications sur ce thème. Si toutefois vous avez des suggestions, je suis preneuse!

               gat2.jpg

vendredi, 08 janvier 2010

Contes siciliens collectés par Giuseppe Pitré

 

 

contes.jpg
(Sur l'étoile d'hiver: Mostaccioli, petits biscuits siciliens fourrés aux figues).

Dans « Le Prince d’amour », Frédéric Morvan présente les contes que Giuseppe Pitré et ses amis ont récoltés directement auprès des conteurs de l’île. En Sicile, ce sont surtout les femmes qui transmettent les contes, et la meilleure conteuse est la vieille nourrice de Pitré, la Messia. Elle raconte à merveille des histoires du XVIIIème siècle qu'elle tient de ses grands-parents.À son répertoire :

« Catherine la Sagesse », aussi cultivée que maligne, qui se fit épouser quatre fois par le même homme.

«Le Seigneur des fèves et des pois », une sorte de « Chat botté ».

 «La Palombe» qui ne se raconte qu’en Sicile. Comme nous sommes entourés par la mer, voici encore « Pippinu le petit pêcheur » et son énorme mérou.

« Colas-poisson », homme jusqu’à la taille et poisson en deçà, qui plonge de plus en plus profondément pour satisfaire la curiosité du cruel roi de Messine.

J'ai beaucoup aimé ces petites contes siciliens qui attendaient depuis des années sur ma PAL!. C'est le Swap ô contes d'Emmyne qui m'a convaincue de les lire! J'ai passé un doux moment de lecture, je souhaitais lire de vraies histoires, celles qu'on raconte...Je voulais retrouver des histoires inventées, rien de trop subjectif alors ce recueil tombait à point.Ces contes siciliens sont le reflet de cette île gréco-latine occupée successivement par des Arabes, des Normands, des Français, des Espagnols. Ces "fiabe" (contes) offrent toute une  panoplie du merveilleux avec rois, reines, princesses, sorcières et dragons.

J'ai aimé particulièrement la ritournelle dans "La Soeur du conte". Je regrette un peu de ne pas avoir retrouvé une empreinte forte de la culture sicilienne dans ces contes, même s'ils sont très beaux. En revanche, la présence de la Mer Méditerranée dans chacun des contes est très symbolique. Cola Poisson y plongea pour aller chercher la couronne du roi de Messine, il y nage peut-être encore...

Un peu de merveilleux pour retrouver mes racines siciliennes tout en dégustant un des mostaccioli de ma grand-mère à la lumière d'une bougie.

bannière 3.jpg

J'ai envie de poursuivre ma découverte des contes de tous les pays dans cette jolie colletion Neuf de L'Ecole des Loisirs.

(Traduction Frédéric Morvan).

mardi, 05 janvier 2010

Le Pigeon de Patrick Süskind

pigeon 001.jpg
Jonathan Noël, quinquagénaire, est un vieux garçon qui vit seul. Traumatisé par les persécutions nazies et le départ de sa maman pendant la guerre, il vit dans la routine  du quotidien. Sa chambre de bonne est un îlot de sécurité.Le quinquagénaire occulte ce passé douloureux en prenant un soin extrême à ce que rien ne vienne perturber un quotidien organisé avec la précision du métronome.
 «De toutes ces péripéties, Jonathan Noël tira la conclusion qu’on ne pouvait se fier aux humains et qu’on ne saurait vivre en paix qu’en les tenant à l’écart.»

 

Il se sent protégé par ce mode de vie. Il redoute les changements.Il ne quitte ce havre douillet que pour aller travailler en tant que vigile sur le parvis d’une banque.

Pourtant, un beau matin, un évènement banal va bouleverser son quotidien. Alors qu'il quitte sa chambre,il tombe inopinèment sur un pigeon dans le hall de son immeuble. Cette rencontre va perturber sa vision du réel.

«Lorsque lui arriva cette histoire de pigeon qui, du jour au lendemain, bouleversa son existence, Jonathan Noël avait déjà dépassé la cinquantaine, il avait derrière lui une période d'une bonne vingtaine d'années qui n'avait pas été marquée par le moindre événement, et jamais il n'aurait escompté que pût encore lui arriver rien de notable, sauf de mourir un jour. Et cela lui convenait tout à fait. Car il n'aimait pas les événements, et il avait une véritable horreur de ceux qui ébranlaient son équilibre intérieur et chamboulaient l'ordonnance de sa vie.»

 

Dès lors, on va suivre les délires paranoïaques de Jonathan tout au long d'une journée. J'ai repéré ce roman chez Emilie, étudiante en psychologie. J'ai lu Le Parfum dont j'ai peu de souvenirs mais je trouve que l'intérêt de ce court roman réside dans la tension dramatique parfaitement mise en scène par l'auteur.Le malaise va grandissant et l'attitude de fuite est remarquable. Patrick Süskind montre combien un évènement peut ranimer la douleur des souvenirs. La rencontre avec le pigeon rappelle celle des champs de bataille, du soldat face à l'ennemi .

«Il était posé devant sa porte, à moins de vingt centimètres du seuil, dans la lueur blafarde du petit matin qui filtrait par la fenêtre. Il avait ses pattes rouges et crochues plantées dans le carrelage sang de boeuf du couloir, et son plumage lisse était d'un gris de plomb: le pigeon. Il avait penché sa tête de côté et fixait Jonathan de son oeil gauche. Cet oeil, un petit disque rond, brun avec un point noir au centre, était effrayant à voir. Il était fixé comme un bouton cousu sur le plumage de la tête, il était dépourvu de cils et de sourcils, il était tout nu et impudemment tourné vers l'extérieur, et monstrueusement ouvert; mais en même temps il y avait là, dans cet oeil, une sorte de sournoiserie retenue; et, en même temps encore, il ne semblait être ni sournois, ni ouvert, mais tout simplement sans vie, comme l'objectif d'une caméra qui avale toute la lumière extérieure et ne laisse passer aucun rayon en provenance de son intérieur. Il n'y avait pas d'éclat, pas de lueur dans cet oeil, pas la moindre étincelle de vie. C'était un oeil sans regard. Et il fixait Jonathan.»

 

L'oeil du pigeon incarne toutes les peurs humaines . Certains passages sont jubilatoires dans la tension que met en scène l'auteur pour décrire des petites choses en apparence anodines mais dramatiques pour notre vieil homme.Un bon livre sur le sentiment de peur qui tétanise nos vies et une possibilité d'en rire.

Je remercie mon frère pour ce beau moment de lecture.

Découvrez la playlist Lhasa avec Lhasa De Sela

 

 

samedi, 02 janvier 2010

Si c'est un homme de Primo Levi

levi 003.jpg
(Double page issue du livre Paroles d'étoiles de Guéno et Pecnard)
Lire Primo Levi Si c'est un homme a rappelé à ma mémoire mon épreuve du baccalauréat littéraire en 1993 sur le devoir de mémoire. On sait d'avance que la lecture sera difficile car ce livre relève de  "la littérature concentrationnaire". Le récit se présente comme un récit autobiographique d'un rescapé des camps nazis. L'auteur raconte son arrestation, sa déportation et sa vie dans le camp d' Auschwitz de Décembre 1943 à Janvier 1945.
Ce livre est un témoignage poignant d'un déporté parmi d'autres déportés. Primo Levi est victime mais aussi observateur et livre une description du Lager et de ses conditions de vie.
Si c'est un homme offre une réflexion sur la souffrance  et sur la fraternité. Le Lager est un miroir de la société humaine. Le détenu est non seulement un homme déshumanisé mais aussi un homme mis à nu. Les portraits des autres hommes portent à la lumière la force de survivre  au quotidien du camp, en passant du mépris à la reconnaissance de l'autre.
J'ai beaucoup aimé la beauté du chapitre où le narrateur entreprend de réciter à Jean un passage de La Divine Comédie de Dante et, au moment même où il récite les vers en italien, il prend conscience du pouvoir de la poésie. Le poème écrit par Dante au XIV ème siècle se fait l'écho de la souffrance des hommes du Lager et la force d'Ulysse est comparable à leur détermination.
C'est un livre au sujet sombre,où le narrateur témoigne admirablement de la vision manichéenne de l'avenir à l'époque ( l'Appendice est riche d'enseignements) mais source d'une grande réflexion sur cette période de l'histoire.
"Pendant quelques heures, nous pouvions être malheureux à la manière des hommes libres."
Livre traduit de l'italien par Martine Schruoffeneger, lu dans le cadre de mon Défi de littérature italienne et pour le Blogoclub de lecture organisé par Sylire et Lisa.
bannière 3.jpg
 

Petite info!

Il était une fois...

un swap consacré aux contes classiques.

*

swapcontes

*

ALLEZ VOIR CHEZ  EMMYNE

Inscrite! .^_^.

..............................................

Je suis encore en retard pour le Blogoclub de lecture!

Mon billet sur Primo Levi arrive tantôt...

jeudi, 31 décembre 2009

L'arbre de voeux

nvel an 004.jpg
(Carte de voeux envoyée par une lectrice discrète,merci beaucoup!;))
2009 s'achève...une année remplie de lectures! Je retiens quelques coups de coeur Caos Calmo de Sandro Veronesi, La Petite cloche au son grêle de Paul Vacca, Les Années  d'Annie Ernaux, Dis oui Ninon de Maud Lethielleux, Dans l'or du temps de Claudie Gallay, Le temps des miracles d'Anne Laure Bondoux, Fragments de bleu de Catherine Leblanc et Ruines du ciel de Christian Bobin.
Ma pile à lire m'attend pour 2010! Quelques beaux défis se préparent: "Lire en VO" organisé par Bladelor, "J'aime les classiques" par Mariel, "A lire et à manger" par Chiffonnette et  puis mon "Défi (personnel) de littérature italienne". De belles lectures communes à venir avec le "Blogoclub de lecture" de Sylire et Lisa.
LireEnVo.jpgLogo challenge 1.jpgdefi_classique Mariel Les carabistouilles de Marie.jpg
bannière 3.jpg
L'année 2010 sera ponctuée de rendez-vous à chaque saison avec Katell pour le Swap au long cours, organisé par Bladelor.
Swap au long cours.jpg
Beaucoup de projets en 2010: prendre des cours par correspondance de langue italienne, préparer mon MASTER en littérature de jeunesse sur le thème des enfants du voyage et puis vous lire chaque jour avec plaisir, découvrir de belles personnes grâce à cet espace...
Mirontaine, sourire aux lèvres,sautille sur son fil, continue à se confier aux oiseaux et à se poser au pied de l'arbre des voeux, la tête plongée dans les livres...
2009 se termine sur une rémission de la vilaine orpheline, 2010 sera marquée par une renaissance suite à la fermeture d'une parenthèse ...
BONNE ANNEE 2010!
 

mardi, 29 décembre 2009

Fragments de bleu de catherine Leblanc.

Fragments de bleu 008.jpg
Dans ce roman, la narratrice nous chuchote son histoire, elle semble nous parler. En réalité, elle s'adresse à l'homme avec lequel elle partage sa vie depuis trente ans. Tout en finesse et sensibilité, la plume dévoile des fragments de vie au fil du temps et offre  de purs moments de poésie
"Printemps, été, automne, hiver, quatre horizons, quatre voyages, forment des paysages changeants, mobiles, renouvelés. On se replie dans le gris, on se déploie dans les couleurs, on avance, on tourne avec les jours, on marque les temps pour que la valse nous entraîne."
Catherine Leblanc fait l'éloge de la nature, elle évoque également le tourbillon de la vie, celui qui apporte des joies comme celle d'une naissance (la naissance de David m'a beaucoup émue) mais aussi des peines intimes (le départ d'un être aimé, la maladie d'une amie...) et universelles (les guerres, la détresse des réfugiés...).
"L'avenir revenait comme une amande au coeur du présent".

 

Ce livre est magnifique, je n'avais pas envie de le refermer. Je voulais poursuivre mes petits pas sur le fil invisible de la vie , celle qui offre des "fragments de bleu" comme des pépites, partout dans ce  monde infini.

"Même en lambeaux, la vie repart".

Je tenais à citer dans ce billet un très beau passage, j'ai déjà parlé sur cet espace de mon amour pour les arbres, et ces quelques lignes ont embué mes prunelles

"Viens, je veux rencontrer dans ta bouche la forêt, sentir sous ta peau le battement des rochers. Ecouter ton souffle, entendre l'océan. Reconnaître ton corps, unique au milieu du monde et me laisser emporter.

Viens, l'hiver attendra! le soleil tourne en nous. Eparpille cette paille dorée. Contre le mur, des roses s'ouvrent encore. L'été se brise doucement.

Viens, mon amour, viens dans la beauté des choses. Il y a un espace entre naître et mourir, un fragment de bleu que tu peux descendre du ciel".

 

J'ai envie de citer chaque page, ce livre est un bijou.

Merci Cathulu ! - La lecture d'Aifelle - Le site de l'auteure -

 

 

 

 

 

 

lundi, 28 décembre 2009

Swap au long cours: l'hiver!

Noël 2009 010.jpg
Quelques heures avant la veillée de Noël, j'ai reçu le colis de Katell pour le Swap au long cours sur le thème de l'hiver!
Ce fut Noël avant l'heure: une jolie lanterne et un père Noël odorant sont venus réchauffer ma maison, une thé aux épices adoucir mon palais et une tisane elfique accompagne mes soirées, une confiture fraise chocolat faite maison réveille mes papilles!
Petit korrigan a dégusté ses petits sujets de Noël de la chocolaterie de Guinguamp tout en lisant deux beaux albums: Le Premier grand voyage de Noël chez Milan jeunesse et un album de Voltz  Sacré sandwich!
Quant à moi, trois beaux livres sont venus agrandir ma PAL: Smilla ou l'amour de la neige de Peter Hoeg, Train de nuit pour Lisbonne de Pascal Mercier et L'Hiver indien de Frédéric Roux.
Une petite kimidoll est venue colorer mon hiver ainsi qu'un très joli carnet! Deux pelotes de laine de l'artisanat écologique vont occuper mes soirées d'hiver!
Noël 2009 016.jpg
Voilà c'était le dernier colis pour l'année 2009, ce swap m'a accompagnée tout au long de l'année et a ponctué chaque saison de moments très forts, aussi Katell et moi avons décidé de pousuivre ensemble ce swap au long cours et nous nous réjouissons d'avance des échanges à venir.
Katell a clôturé en beauté ce temps de l'Avent: UN GRAND MERCI!
Merci à Bladelor pour toute l'organisation du Swap au long cours!
                              
Swap au long cours.jpg
Un aperçu de mon colis arrivé chez Katell...
Décembre 2009 001.jpg

jeudi, 24 décembre 2009

Joyeux Noël

Noël 2009 004.jpg
Mirontaine, Petit korrigan et son papa vous souhaitent un
Joyeux Noël!
Noël 2009 018.jpg
Je reviens très vite vous parler du Swap au long cours!
Merci Katell!

lundi, 21 décembre 2009

Esther Kahn d'Arnaud Desplechin

esther khan.jpg
 Je suis une grande admiratrice du réalisateur Arnaud Desplechin. J'ai beaucoup aimé Comment je me suis disputée ma vie sexuelle et je souhaitais voir Esther Kahn  réalisé en 2000.
Les deux heures vingt-trois d'Esther Kahn sont adaptées d'une nouvelle d''Arthur Symons d'une trentaine de pages. A la fin du 19e siècle en Angleterre, la jeune Esther Kahn attend que quelque chose survienne dans sa vie. La découverte du théâtre lui permet de s'émanciper du carcan familial et de se réaliser.Esther Kahn se concentre autour d'un personnage solitaire. Parce qu'elle est différente des autres membres de la famille, la jeune Esther se voit exclue par les siens, traitée de singe par sa mère, considérée comme un chien par son frère et ses sœurs. Si Esther est perçue comme étrange par les autres c'est que face à des personnages mettant en avant leurs facultés intellectuelles, Esther, dyslexique, se présente en "entité corporelle". Car Esther est d'abord un corps de jeune fille encore sauvage et animale, un corps qui crache, pleure, saigne avant d'être un esprit qui réfléchit.
C'est "une déesse aux yeux de génisse"...
esther13g.jpg
On retrouve dans ce film quelques pépites des films de Truffaut notamment avec L'Enfant sauvage comme un fil rouge, mais aussi avec  L'histoire d'Adèle H  pour son caractère romanesque et sa voix-off.  Esther est mesurée comme Victor de L'enfant sauvage ,une scène du visage d'Esther lisant une lettre rappelle celle de la fille de Victor Hugo dans l'Histoire d'Adèle H. Lors des rencontres d'Esther avec ces personnages, entre en jeu à trois reprises une clef symbolique: celle d'un appartement remise par le père ouvrant sur une nouvelle vie d'indépendance, celle d'une salle de théâtre confiée par Nathan menant vers un apprentissage puis celle d'une chambre d'hôtel enfin laissée par Philip dans l'ascenseur, invitant à s'engager dans une relation sexuelle et amoureuse.  Esther poursuit sa quête et sortira de l'enfance en reconnaissant son identité de femme :
"I am a woman after all " .
Esther est vite recueillie par le monde du spectacle. Dès sa première audition, une affiche annonce déjà l'éclatante victoire de la jeune fille : "saved from the streets" est-il écrit sur le mur dans le dos d'Esther.
J'admire les décors: les ruelles sombres et silencieuses des docks et le monde du théâtre, que j'adore, aux éclats rouges et or, avec les courbes rassurantes de son balcon et le protecteur rideau de scène.
esther7g.jpg
Un très beau film que j'ai envie de voir et revoir encore...

Un film d'Arnaud Desplechin
avec Summer Phoenix, Ian Holm, Fabrice Desplechin.
 

dimanche, 20 décembre 2009

L'Annonce de Marie-Hélène Lafon

annonce.jpg
"Le papier est bon âne. Ce qu'on lui met sur le dos, il le porte." 
Je me suis plongée dans ce roman de Marie-Hélène Lafon, comme emportée par l'histoire qui unit Paul et Annette. Tous deux sont à la recherche de l'autre: celui qui fera oublier un passé douloureux à Bailleul dans le Nord et celle qui acceptera la rudesse d'un foyer à Fridrières dans le Cantal.
Une annonce publiée dans le journal va permettre à Annette et Paul de se rencontrer et de composer avec leur famille: Eric, le fils d'Annette et Nicole, la soeur de Paul et ses deux frères. Une famille qui partage la même maison, la même rusticité des hivers à la campagne, les mêmes accomodements raisonnables.
La syntaxe est troublante, Marie-Hélène Lafon fait l'économie des mots, pourtant elle nous entraîne dans de jolies descriptions. Le couple "taiseux" va se dessiner avec très peu de mots, Eric va apprendre à "faire heureux" dans cette nouvelle famille.
Un très bon roman, pas seulement un roman du terroir mais un éloge de la maison chargée d'un passé et ouverte sur l'avenir du couple qui se dessine au fil des pages. La plume est très précise pour décire le poids du temps, des traditions, de la lecture du journal sur la "toile cirée marquetée de fleurettes mauves", d'un quotidien simple mais si beau. 
Roman publié chez Buchet-Chastel, merci à Argantel pour le prêt.

vendredi, 18 décembre 2009

L'Avent

bredele2.jpg
On prépare l'Avent en réalisant des Bredele, les petits biscuits alsaciens pour Noël.
Le swap de l'hiver va bientôt partir chez Katell dans le cadre du swap au long cours.
Beaucoup de lectures à venir...mais les billets sont au ralenti: nous préparons l'Avent!
bredele3.jpg
 
Découvrez la playlist Stacey Kent avec Stacey Kent

mardi, 15 décembre 2009

Caos calmo d'Antonello Grimaldi.

 

              caos3.jpg

Pietro (Nanni Moretti) et son frère Carlo (Alessandro Gassman) passent un après-midi à la plage, lorsqu’ils entendent les cris de détresse de deux baigneuses et se portent à leur secours. L’épisode se conclut de manière équivoque, mais Pietro a du mal à oublier le visage de celle à qui il a sans doute sauvé la vie. De retour chez lui, il trouve une ambulance garée dans sa cour : son épouse est morte soudainement et sa fille Claudia pleure en lui demandant où il était passé. Dès ce moment, son comportement va changer. Il s’éloigne de son travail et se consacre à Claudia qu’il conduit chaque matin à l’école. Puis, il va s’asseoir sur un banc situé dans le petit parc en face de la salle de classe. Il fait de même le lendemain et les jours suivants. Il attend que la douleur se manifeste et observe le monde. Il découvre petit à petit les facettes cachées des gens qui l'entourent et l'abordent. Ses chefs, ses collègues, ses parents, ses amis, tous cherchent à comprendre ce drôle de "chaos calme" qui l'habite. Réfugié dans un jardin public, Pietro devient un vieux sage, visité par ses pairs en quête eux aussi de réponses à leurs affres existentielles. Grimaldi offre une bande musicale destinée aux trentenaires (les plaintes de Rufus Wainwright ou Radiohead), la mise en scène donne une  forme gigogne à cette fable très proche du texte de Sandro Veronesi.

 

caos.jpg

J'ai beaucoup aimé cette adaptation, encore une fois très respectueuse du roman. Nanni Moretti interprète magnifiquement le personnage de Pietro tour à tour insolite, insolent, drôle parfois grave. J'avais peur que le film soit sombre mais il ne l'est pas, j'ai rangé le DVD de la même manière que lorsque j'ai refermé le livre avec un sourire aux lèvres.               

                                Chaos-Calme.jpg

Ce qui m'amuse le plus c'est le calme de Pietro, cet homme endeuillé, qui fait face avec un calme olympien à toutes les situations et devient même le confident des tourments existentiels des autres.J'aime son recul face aux futilités.Il reçoit ses collègues sur un banc, devant l'école, observe les rites de la vie quotidienne, devient complice muet d'une jeune fille promenant son chien, d'une mère sortant son enfant trisomique, revisite son passé.

caos1.jpg



Film réalisé par Antonello Grimaldi, adapté du roman de Sandro Veronesi Caos calmo. (Prix Femina étranger).chaos-calme-sandro-veronesi.html

 


lundi, 14 décembre 2009

Un Chant de Noël de Charles Dickens

Décembre 2009 017.jpg
Ce conte met en scène un personnage cynique et égoïste:Scrooge. Il considère le temps comme de l'argent. En ce soir de Noël, il décide de passer les fêtes seul, enfermé dans sa chambre. Il est aigri, il vit sans joie, sans famille et sans amis. Durant la journée, Scrooge a été abominable avec toutes les personnes qui se réjouissaient de Noël et médisait leur réjouissance vis à vis de cette fête. Mais quelques heures avant la veillée, le fantôme de son défunt associé Marley va  apparaître et trois spectres vont lui rendre une petite visite pour essayer de raviver la flamme de Noël, retrouver l'esprit de cette fête magique. Les fantômes des Noëls passés, des Noëls présents et des Noëls futurs vont aider Scrooge à voir les bonheurs de la vie autrement, à vivre avec un esprit solidaire, afin d'éviter à Scrooge une triste fin et un sort funeste.
J'ai eu quelques difficultés à me concentrer au début du conte(le temps probablement de s'adapter à l'écriture des grands classiques anglais et les phrases très longues!) puis très vite je me suis laissée emporter par le charme de l'écriture de Dickens. Le thème de l'individualisme, toujours d'actualité, me semble bien à propos. On peut penser que quelques clichés subsistent dans ce conte sur la magie de Noël mais j'ai beaucoup aimé le Noël de la famille du clerc:l'envie de se retrouver ensemble, d'oublier les tristesses et de profiter les uns des autres, d'en faire une vraie fête que chacun a préparé avec soin (le gâteau de la maman, les vêtements des petits, les boissons chaudes...), le tout sans argent et sans même en ressentir le besoin.
"Ce n’était pas une belle famille ; ils n’étaient pas bien vêtus ni les uns ni les autres ; leurs souliers étaient loin d’être imperméables ; leurs habits n’étaient pas cossus ; … Cependant, ils étaient heureux, reconnaissants, satisfaits les uns des autres et contents de leur sort ; et au moment où Scrooge les quitta, ils semblaient plus heureux encore à la lueur des étincelles que la torche de l’Esprit répandait sur eux . "
 Noël comme la fête du partage, loin d'un monde purement matérialiste...cette idée me séduit!  Pour moi Scrooge n'est pas le véritable héros de ce conte, c'est plus l'Esprit de Noël, superbement décrit par Dickens dans cette Angleterre de l'époque victorienne.
Je vous conseille la lecture de ce conte, même si l'intrigue se dessine très vite,le style de narration nous emporte rapidement.
Livre lu dans le cadre du Défi lancé par Marieldefi_classique.jpg (1 livre lu sur 13). J'ai même très envie de voir l'adaptation cinématographique de Robert Zemeckis mais en attendant je regarde Muppet Christmas Carol !
http://i128.photobucket.com/albums/p181/jesshalliwell/NOELCHEZLESMUPPETS.jpg

vendredi, 11 décembre 2009

Cléofée, tricoteuse de mots de Lili Pissenlit et Barbara Brun

Cléofée.jpg
Cet album est un coup de coeur!!! Je l'ai repéré chez La Soupe de l'espace . Je savais qu'il abordait le thème d'une petite fée,Cléofée, qui tricote des mots à l'orée de la forêt.
Lili Pissenlit raconte l'histoire de Cléofée qui a un don particulier: elle tricote des mots à l'image de chacun.
"Elle était le porte-clefs de la clé des mots...Des mots pour parler, se fâcher mais aussi pour se réconcilier et tout oublier et puis des mots pour se dévoiler, pour s'aimer avec toujours un sujet, un verbe...un compliment ."
On suit le travail des petites aiguilles qui tintinabulent au fil des pages et on découvre de la poésie et beaucoup de jeux de mots!
Décembre 2009 010.JPG
(Copyright éditions MiC_MaC)
Les illustrations de Barbara Brun sont très douces et tentées d'humour!

Pour le dindon, un veston tricoté d'allitérations au point de mousse qui pousse les mots qui gloussent…
"pour qui sont ces serpents qui sifflent sur nos têtes…"

Décembre 2009 012.JPG
(Copyright éditions MiC_MaC)
La couverture de cet album est très belle: une petite fée, un fil autour d'un arbre et les lettres des mots qui volent: je ne pouvais que craquer!
Cet album me rappelle celui d'Agnès de Lestrade et Marie Caudry La Petite tricoteuse d'histoires publié chez Nathan.

jeudi, 10 décembre 2009

La magie de Noël...

Noël.jpg
Petit korrigan attend patiemment!
Il a écrit sa lettre et lit une histoire de Noël chaque soir de l'Avent...
Découvrez la playlist If on winter's night avec Sting

Comment je suis devenu stupide de Martin Page

martin page.jpg
 
J'ai découvert ce livre dans la bouquinerie Quilit Quilit. La couverture m'a d'abord intriguée. Comme très souvent, j'aime beaucoup les illustrations choisies par la maison d'éditions Le Dilettante. Je ne connaissais pas Martin Page lorsque j'ai repéré ce titre, ce livre reposait dans ma PAL depuis deux années au moins. Une fois de plus, je regrette de ne pas l'avoir lu plus tôt car ce livre offre un bon moment de divertissement.
Comment je suis devenu stupide raconte l'histoire d'Antoine, 25 ans, il est très intelligent, mais il ne se sent pas confortable dans ce monde. Ses connaissances, son intelligence lui pèsent et il ne peut pas les surmonter.
Il décide de devenir stupide. Il vit des  expériences comme l’alcoolisme, la tentative de suicide, le délire, qui sont des étapes pour accomplir son « désir » de  stupidité. Ces expériences sont des paliers sur le chemin de la connaissance. Il démissionne de l’université, rencontre ses amis et va voir des matchs de football ou manger au MacDonald,  il mène alors une vie "normale". Quelques personnages influencent le destin d’Antoine: l’apparition de Raphaël stimule son goût de l’argent, le psychiatre lui offre un médicament miraculeux "l'Heurozac"! Il offre à notre héros un autre monde. Antoine va alors devenir  un « grippe-sou, égoïste, sans autre souci que l’argent, sans autre tourment et grande question existentielle que la façon d’en gagner le plus possible. » Et prendre de l’Heurozac ! Bien sûr, cette facile opposition entre le bonheur véritable et le bonheur induit par l’argent tourne un peu à la caricature notamment dans l'épisode où Antoine travaille pour Raphaël, un ancien camarade qui a créé une société de courtage. Antoine s’embourbe dans le capitalisme qui rappelle Extension du domaine de la lutte de Michel Houellebecq. 

Le rêve avec le fantôme du chanteur  Dany Brillant est important dans la vie d’Antoine, parce que sa chanson parle "des joies simples de la vie". Ce passage aussi loufoque soit-il est un pur moment de drôlerie. Ce roman conjugue ironie, dérision et humour.  
Comment survivre dans le monde cruel du libéralisme triomphant quand on est, comme Antoine, un jeune homme lucide et moral ?
 "L'intelligence rend malheureux, solitaire, pauvre, quand le déguisement de l'intelligence offre une immortalité de papier journal, et l'admiration de ceux qui croient en ce qu'ils lisent."

 

 Comment je suis devenu stupide déborde d’ironie sur une société de consommation qui valorise les comportements stupides, au détriment de la réflexion et du développement personnel. Le style de l’auteur est fluide, léger et frais. Ce conte contemporain se termine par une jolie touche de théâtralité surréaliste avec la rencontre entre Antoine et Clémence.

Je pense poursuivre la découverte de cet auteur avec le titre On s'habitue aux fins du monde.

 

 

 

 

lundi, 07 décembre 2009

La Petite chartreuse

 
la_petite_chartreuse_2004_reference.jpg              la petite chartreuse.jpgla_petite_chartreuse_2004_refere.jpg
J'ai visionné ce film de Jean-Pierre Denis ,adapté du roman de Pierre Péju: La Petite Chartreuse. J'avais un très bon souvenir du roman de Péju et je trouve l'adaptation très respectueuse du livre.
Etienne Vollard, un libraire passionné, mène une existence solitaire jusqu'au jour où il renverse accidentellement Eva, une fillette de huit ans. Auprès d'Eva convalescente et de sa mère démissionnaire (Marie-Josée Croze), Vollard "le conteur d'histoires", va tout mettre en oeuvre pour soigner ces deux âmes meurtries.
C'est une très beau film sur la rédemtion d'un homme rustre, qui ne sait pleurer. Un homme, qui reprend goût à la vie grâce à sa rencontre avec la fillette. Le jeu d'acteur d' Olivier Gourmet est remarquable. L'amour des livres est judicieusement représenté ainsi que leur pouvoir rédempteur. Les passages où Vollard fait la lecture à voix haute sont d'une grande beauté. 
Un film teinté d'espoir et de tendresse au doux registre poétique.

dimanche, 06 décembre 2009

Tag

lirejuliette.jpg
 Mango m'a tagguée sur les sept choses que j'aime...
1-Quand Petit Korrigan se pelotonne contre moi au petit matin.
2-Recevoir un courrier et pratiquer l'art postal.
3-M'initier au mixed-media en réalisant des ATC.
4-Observer mes chats se prélasser.
5-Préparer un bentô.
6-Apprendre avec les enfants du voyage.
7- ....LIRE, LIRE et LIRE encore et toujours!!!
Je passe ce TAG à qui le souhaite...

samedi, 05 décembre 2009

L'Enfant multiple d'Andrée Chédid

 manège.jpg
(Manège "La vie est belle" réalisé par mes petites mains / amigurumis créés par Isa )

L'Enfant multiple est l'histoire d'un jeune garçon Omar-Jo, de père musulman égyptien et de mère chrétienne libanaise. Il quitte le Liban, un pays écartelé par la guerre après un attentat à la voiture piégée qui cause la mort de ses parents ainsi que sa mutilation: il y a perdu le bras gauche et s'est retrouvé avec le visage quelque peu déformé. Émigré en France chez des cousins, Omar-Jo fait la connaissance d'un forain triste et rabattu. Maxime a l'air aussi désemparé que son manège à l'ouverture du récit. Le jeune garçon va donc sauver non seulement l'entreprise de Maxime mais aussi le forain lui-même.

Je découvre les textes d'Andrée Chedid et L'Enfant multiple est un roman porteur d'espoir. L'enfant Omar-Jo relie présent et passé pour envisager un futur optimiste. Il emmène à la fois les autres personnages (Cheranne, Maxime, Joseph...) dans son manège mais aussi le lecteur. C'est un très beau texte, je regrette de ne pas l'avoir lu plus tôt. Je suis passionnée par le monde des itinérants, et j'ai suivi le parcours initiatique d'Omar-Jo au sein du monde forain avec plaisir.Le manège est un cercle qui tourne. C'est la métaphore de la vie, du cycle qui se répète. Cependant, cette vie jadis poussiéreuse et malheureuse est enjolivée par Omar-Jo et ses spectacles. Il change les larmes en sourires par ses gestes, son cirque.

Un roman bouleversant où l'auteur donne un grand message d'espoir pour le peuple libanais. Son écriture est gracieuse, charmante et poétique. Elle oscille tour à tour entre légèreté et gravité. Andrée Chedid est une grande conteuse et nous offre une belle leçon de vie.

Voici un long extrait, certes...mais si beau. 

"Lorsqu'il sentait son public avec lui, applaudissant et riant de ses loufoqueries, Omar-Jo changeait brusquement de répertoire.
D'abord, il faisait taire la musique ; ses pitreries se fracassaient contre un mur invisible. Ensuite, il laissait un silence opaque planer au-dessus des spectateurs.
D'un seul geste, il arrachait alors les rubans ou les feuillages qui dissimulaient son moignon. Puis, il présentait celui-ci au public, dans toute sa crudité.
Il ôtait son faux nez. En se frottant avec un pan de sa chemise, il se débarbouillait de son maquillage. Sa face apparaissait d'une pâleur extrême ; enfoncés dans leurs orbites, ses yeux étaient d'un noir infini.
Il s'était également dépouillé de ses déguisements qui s'entassaient à ses pieds. Il les piétina avant de grimper sur leurs dépouilles comme sur un monticule, d'où il se remit à parler.
Ce furent d'autres paroles.
Elles s'élevaient du tréfonds, extirpant Omar-Jo de l'ambiance qu'il avait lui-même créée. Oubliant ses jongle-ries, il laissait monter cette voix du dedans. Cette voix âpre, cette voix nue qui, pour l'instant, recouvrait toutes ses autres voix.
L'enfant multiple n'était plus là pour divertir. Il était là aussi pour évoquer d'autres images. Toutes ces douloureuses images qui peuplent le monde.
Mené par sa voix, Omar-Jo évoque sa ville récemment quittée. Elle s'insinue dans ses muscles, s'infiltre dans les battements du coeur, freine le voyage du sang. Il la voit, il la touche, cette cité lointaine. Il la compare à celle-ci, où l'on peut, librement, aller, venir, respirer ! Celle-ci, déjà sienne, déjà tendrement aimée.
Ici, les arbres escortent les avenues, entourent les places. De robustes bâtiments font revivre les siècles disparus, d'autres préfigurent l'avenir. Une population diversifiée flâne ou se hâte. Malgré problèmes et soucis, ils vivent en paix. En paix!
Là-bas les îlots en ruine se multiplient, des arbres déracinés pourrissent au fond de crevasses, les murs sont criblés de balles, les voitures éclatent, les immeubles s'écroulent. D'un côté comme de l'autre de cette cité en miettes, on brade les humains!
Omar-Jo se déchaîne, ses paroles flambent. Omar-Jo ne joue plus. Il contemple le monde, et ce qu'il en sait déjà! Ses appels s'amplifient, il ne parle pas seulement pour les siens. Tous les malheurs de la terre se ruent sur ce Manège.
Tout s'est immobilisé. Les chevaux ont terminé leur ronde. Le public écoute, pétrifié.
Maxime, perplexe, n'ose pas faire taire l'étrange enfant.
Après ces cris d'angoisse, il ne reste d'autre issue que de renouer avec la vie.
Omar-Jo ressort de sa poche son vieil harmonica et, retrouvant son souffle, il en tire, une fois de plus, des sons mélodiques et vivaces."

manège2.jpg