lundi, 21 mai 2012

La Mémoire des autres d'Annelise Corbrion.

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Commencez par vous préparer une bonne tasse de thé anglais et pénétrez dans l'ambiance de ce premier roman d'Annelise Corbrion.

L'histoire se passe à Londres. Emma est infographiste, spécialisée dans la retouche des photos anciennes. Elle vient de perdre ses parents et se réfugie bien souvent chez son amie Lexie.  Elle aime à inventer des vies aux personnes figées sur le papier photo. Son métier est de rendre l'éclat à ses vies passées. Mais si, un jour on lui donnait l'opportunité d'entrer en communication avec toutes ces personnes inconnues? Par une trame narrative plutôt bien construite, Annelise Corbrion parvient à nous emporter dans cette histoire surréaliste.

Les courriels deviennent le fil qui relie les morts et les vivants. Les fantômes sont tous figés sur le papier qu'elle prend plaisir à restaurer. En même temps qu'elle donne de la vivacité aux couleurs, les fantômes du passé la hantent. Leur but: restaurer la vérité sur un meurtre, offrir la lumière sur une étrange disparition, permettre de retrouver une broche si importante dans la vie d'un homme décédé dans les années 40.

Un très bon roman, comme un défi à l'oubli, dont j'ai particulièrement apprécié l'ambiance. Quand le passé a rendez-vous avec les technologies récentes, c'est très réussi chez Annelise Corbrion!

Depuis 2008, le Prix Nouveau Talent distingue chaque année un auteur en lui permettant de publier son premier roman dans une grande maison d'édition et d'être reconnu. L'autre particularité de ce prix littéraire est de récompenser un récit dans lequel  les modes de communication et déchanges sont un élément déterminant de la trame narrative. J'avais beaucoup aimé en 2009 le roman de Caroline Vermalle L'Avant-dernère chance.

Je remercie Dorothée Corbier de la Fondation Bouygues Telecom et Sarah Durieux pour l'envoi du livre.


Interview Annelise Corbrion, lauréate 2012 du... par LesNouveauxTalents

 

mercredi, 16 mai 2012

Les Tétins de Sainte Agathe de Giuseppina Torregrossa.

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Quel bonheur ce petit roman de Giuseppina Torregrossa! Elle nous conte l'histoire de la famille sicilienne d'Agatina au coeur de Palerme. Le roman s'ouvre sur la recette des cassatelle "Les Tétins d'Agathe", petites spécialités en l'honneur de la sainte que les siciliens fêtent chaque année le 5 Février.

"Au moment du café, les cassatelle étaient accueillies par des applaudissements. Le grand plateau débordait de ces petites montagnes invitantes, disposées deux par deux. Elles incitaient d'abord à toucher, puis à lêcher le sucre glace et enfin à mordre avec délicatesse, pour ne pas les blesser. Quand je croquais, la crème à la ricotta, au sucre et au chocolat envahissait ma bouche, je la sentais s'étaler sur mon palais ; je fermais les yeux et le plaisir s'étendait à tout mon corps de petite fille (...)"

La recette reste un secret entre Agatina et sa grand-mère. Les minne ("seins" en italien et mot qui désigne les gâteaux de Sainte Agathe) ont cette faculté de conjurer le mauvais sort gâce à la protection de Sainte Agathe. Cette sainte fut martyrisée: on a ordonné l'ablation de ses seins parce qu'elle s'est opposée au consentement d'un homme.

Sous le soleil de la Sicile, mêlée au parfum de la ricotta, des agrumes et de la canelle, c'est l'histoire d'une filiation, une histoire de la vie mouvementée des femmes siciliennes. Dans une langue savoureuse et malicieuse, de Catane à Palerme, ce sont toutes les traditions siciliennes qui nous sont confiées. Tandis que les femmes pétrissent les cassatelle en forme de sein, toute l'éducation féminine se livre au fil des années, de mères en filles.

En toile de fond, l'auteur évoque la montée de la mafia sicilienne et l'industrialisation mafieuse de Palerme.

Agatina est la dernière de cette lignée de femmes et on assiste impuissant à sa destinée vertigineuse malgré sa réussite professionnelle. Elle exerce le métier de gynécologue et soigne les maladies "delle minne", celle qui a emporté son arrière grand-mère, qui a frappé ses tantes et qui lui a valu cette année singulière dans son propre chemin de vie. Dans cette petite galerie de portraits féminins, le courage des femmes culmine qu'elles soient soumises ou émancipées. La société sicilienne est évoquée sans fioritures, l'évolution des moeurs, de la dévotion à la liberté sexuelle, se déploie dans la famille Badalamenti.

J'ai beaucoup aimé ce voyage dans les ruelles poussiéreuses de la Sicile, île de mes origines. La cérémonie culinaire des Tétins de Sainte Agathe est une jolie mise en abyme de la destinée des femmes, qui mènent le monde des hommes par la beauté "delle minne", ceux-là même qui étourdissent les machos siciliens et qui parfois sont source d'inquiétude.

"Les Tétins de sainte Agathe étaient une assurance sur ma santé, la douce amulette qui m'accompagnerait dans ma vie de femme". Ce roman est tour à tour, drôle, sensuel et gourmand!

Née à Palerme en 1956, Giuseppina Torregrossa vit entre la Sicile et Rome, où elle a exercé pendant plus de vingt ans la profession de gynécologue, s’occupant entre autres activement de la prévention et du traitement
du cancer du sein.

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Roman publié en 2009 en Italie Il Conto delle minne publié par Mandalori, édité en France chez Jean-Claude Lattès en 2011, sorti poche en 2012.

lundi, 30 avril 2012

Le Dernier des juges , entretien de Roberto Scarpinato et Anna Rizello.

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Voici un livre salutaire: l'entretien entre Roberto Scarpinato, mémoire vivante de la justice anti-mafia et Anna Rizello. Lors de l'édition de Citéphilo 2008 à Lille, où elle était interprète, elle a rencontré le sicilien Roberto Scarpinato, "le dernier des juges". De cette rencontre est né un livre d'entretiens menés et traduits par la jeune femme et paru en Juin 2011 aux éditions La Contre Allée. 

Quarante-huit pages pour établir le constat saisissant de l'organisation du système mafieux italien. Roberto Scarpinato est procureur général du Parquet à Caltanissette (Sicilia), dernier survivant de la génération des juges Falcone et Borsellino, brutalement assassinés par la mafia en 1992. Il est également l'un des procureurs du procès Andreotti (sur ce sujet, je vous conseille le très bon film de Paolo Sorrentino "Il Divo" primé à Cannes en 2008).

Roberto Scarpinato au delà de la magistrature est avant tout un intellectuel humaniste qui interroge la corrélation entre la justice, le pouvoir et la religion sur les questions mafieuses. Depuis vingt-trois ans sous escorte permanente, il a une grande faculté d'analyse et d'imagination. Il livre dans cet entretien le contraste saisissant entre sa solitude et son besoin de communiquer. Il mène une action de sensibilisation du public sur les problèmes de la mafia.

Roberto Scarpinato explique l'état historique de la corruption en Italie. L'histoire italienne, depuis le XVIème siècle est marquée par la criminalité du pouvoir.Il explique que la mafia ne peut exister sans pouvoir politique. La portée des propos du juge Scarpinato va bien au delà du territoire italien puisque la mafia s'est diffusée dans le monde entier.On assiste à la russification de la méthode mafieuse, c'est " la force gagnante du troisième millénaire". La mafia est la nouvelle entreprise qui mène le marché.

Scarpinato en dernier survivant des juges anti-mafia veut donner du sens à la disparition du juge Falcone (mort en 92). Falcone est le premier juge qui a déchiffré la mafia. Il a évoqué la criminalité non commune de son organisation. Depuis 1994, la mafia est en étroite relation avec le pouvoir et prend donc un autre visage.

Selon Falcone et Scarpinato, la mafia est un phénomène humain qui a donc un début et une fin. Ils ont foi en la lutte de la majorité désorganisée sur cette minorité avide du pouvoir.

Inutile d'être passionnée comme moi sur ce sujet, cela va bien au delà de mes origines siciliennes pour apprécier cet entretien. J'ai aimé la manière particulière de Scarpinato d'interpréter cette mafia. Sa voix sur la question de la justice est singulière lorsqu'il souligne sa volonté "à défendre le droit à la fragilité humaine par rapport au cynisme". Le droit est analysé comme un moyen de libérer la parole de la fragilité. 

Palerme est décrite comme le lieu éthique par excellence dans une vision très manichéiste entre le bien et le mal. A Palerme, il est nécessaire de faire un choix, de quel côté on décide d'agir, acceptation ou non du jeu mafieux. Vivre à Palerme c'est vivre dans une intensité telle que nous sommes toujours à la frontière entre la vie et la mort.

Je voulais souligner aussi la question de la mort dans ce court entretien. Scarpinato mène une existence blindée, il est potentiellement comme Roberto Saviano, la prochaine victime. Dans cette vie singulière, il y voit la possibilité d'être dans la réflexion au sujet de la mort. Une citation a attiré mon attention: "Vivez comme si vous deviez mourir demain et pensez comme si vous étiez éternel". Cette maxime de l'Ecclésiaste  façonne son univers mental. L'intensité du moment est primordiale, puisque Scarpinato évoque son "déficit de futuration".Il donne donc de l'intensité à chaque instant de sa vie.

Ce livre est la parole retranscrite d'un homme qui se sait mortel, sous le joug d'une possible tentative d'assassinat mais néanmoins il poursuit cette lutte absolue et nous fait part de sa pensée.

Ce livre va plus loin que le domaine du droit, c'est un point de vue humaniste qui convoque un grand nombre de disciplines ( la philosophie, les sciences politiques, la sociologie, la littérature avec Machiavel, l'histoire...) car le langage juridique ne peut suffire pour expliquer le phénomène de la mafia.

J'ai beaucoup aimé la diversité des points de vue qu'il exploite, ce n'est pas seulement le travail d'un juge mais celui d'un Homme.

 

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Le texte est accompagné d'une explication de la photographe Letizia Battaglia (voir le documentaire  ici)dans lesquelles la phto a été réalisée. Sur le toît du Palais de Justice, le juge Scarpinato nous regarde, entouré de ses gardes du corps. Ce regard comme ses propos sont une invitation à faire comprendre aux gens la corruption.

 

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Ce texte passionnant annonce la publication ce mois-ci aux Editions La Contre Allée du livre Le Retour du Prince, enfin traduit en France ainsi que Cosa Nostra, entretien unique du juge Falcone publié en 91, quelques mois avant son assassinat.

Roberto Scarpinato et Anna Rizello seront présents ce mardi premier Mai au Salon du livre de la ville d'arras, organisé par ttp://www.coleresdupresent.com/

Pour élargir le sujet, je vous conseille vivement le lien de la maison d'édition Éditions La Contre Allée  mais aussi la thèse de Fabrice Rizzoli

Mafias italiennes et relations internationales.

 

mercredi, 25 avril 2012

Banquises de Valentine Goby.

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Voici un très bon roman sur le thème de la disparition et la découverte d'une très belle plume, celle de Valentine Goby. 

C'est un roman très sensible qui aborde la détresse d'une famille suite à la disparition de Sarah à l'âge de 22 ans. Depuis qu'elle a pris un avion pour le Groenland trente ans plus tôt, sa soeur Lisa tente de marcher sur les pas de la disparue. En 1982, personne ne sait ce qui est arrivé à cette jeune fille et le sac à dos retrouvé sur un bateau ne peuvent aider sa famille à élucider le mystère de cette disparition. La mère se noie dans le chagrin, le père dans la culture de l'oignon et Lisa dans l'anorexie. Depuis lors, Lisa est devenue transparente aux yeux de sa mère au sens propre comme au figuré.

Valentine Goby commente le voyage de Lisa au Groenland sur les traces de sa soeur aînée. Un très beau voyage sur la banquise avec des paysages malmenés par le réchauffement climatique et l'âpreté des scènes de vie à Uunmmannaq. Les flashs back retracent le bouleversement familial suite à la disparition. J'ai apprécié davantage encore le voyage immobile des pensées de Lisa dans ce processus de reconstruction.

Cette femme se sent vide, à tout moment, elle risque de se briser à la manière des banquises. Ces étendues de glace du Groenland laissent à leur surface tout ce qu'elles engloutissent au fil des années, comme la métaphore des désespoirs de Lisa.

« Vingt-sept ans d’absence. Vingt-sept anniversaires qui ont pris le dessus, année après année, sur le jour de naissance : ils n’ont plus compté l’âge écoulé de Sarah mais mesuré l’attente. Vingt-sept ans, donc. Depuis longtemps Lisa déserte le rituel du 11 juillet, le repas maigre chez ses parents avec lumignon sous la photo de sa sœur. Désertion, c’est exactement ça, jeune femme elle a pensé je sèche, maintenant elle ne craint pas les mots et, en effet, elle quitte le front, elle ne lutte plus que dans le cercle étroit de sa propre famille, nucléaire, et tout de suite ça la protège du reste du monde. »

Banquises, de Valentine Goby, éditions Albin Michel. 

Valentine Goby sera présente au salon du livre de la ville d'Arras ce premier mai, toutes les infos sur le site:http://www.coleresdupresent.com/ 

Un grand merci à l'équipe de  Libfly  pour l'envoi.

Libfly_Club

 

lundi, 23 avril 2012

Pertes humaines de Marc Molk.

 

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Marc Molk est peintre, Pertes humaines est son premier roman. Oeuvre très originale dans laquelle l'auteur évoque sous forme de fiches les disparitions humaines qui ont marqué sa vie selon trois critères: coefficient de perte, part de responsabilité et chances de renouer. C'est un devoir de mémoire pour ce trentenaire sensible où la question de l'intime a rendez-vous avec celle d'autrui. C'est une véritable histoire qu'il nous raconte au fil des fiches à la manière d'un exercice de style à la Queneau.

« Il y a des gens comme cela qui savent de vous des choses si fondamentales qu’ils en tirent un ascendant sur le reste de vos jours dont il est nécessaire de se tenir éloigné » (page 91). 

Roman autobiographique ou auto-fictionnel dans lequel on s'amuse beaucoup avec les différents personnages: Aurélie, Nadine, la petite fille rousse, Alcor, Valérie, Raymond, Miloud...L'auteur fait l'inventaire des personnes absentes de sa vie. Il brosse un très beau portrait de lui-même dans cette force plurielle des personnages manquants.

 

Trente-trois fiches comme autant de portraits ciselés, classées par ordre chronologique, avec des flashs back entre l'enfance et l'âge adulte.

Voici un texte très original, un humour corrosif allié à une sensibilité toute particulière (comme celle de Martin Page) sur les conditions qui mènent certaines personnes à quitter le fil de notre vie.

Son site: www.molk.fr
« Pertes humaines »: Publié le 15/8/2006 chez Arléa.

samedi, 21 avril 2012

Je m'appelle Mina... de David Almond.

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J'ai repéré ce roman jeunesse chez Gaëlle. J'étais curieuse de découvrir le journal intime de Mina.

Mina est une petite fille d'une dizaine d'années qui aime jouer avec les mots. « Les mots devraient flâner et vagabonder. Ils devraient voler comme les chouettes, voleter comme les chauves-souris, et se faufiler comme les chats. Ils devraient murmurer, crier, danser et chanter. »

Elle adore la nuit et la liberté. Elle écrit son journal intime avec beaucoup de fantaisie. Elle nous raconte ses réflexions et ses désirs. A l'origine de ce journal, vient un événement qui a bouleversé la vie de Mina. Elle a été retirée de l'école à cause de son comportement trop bizarre, dixit la maîtresse. Depuis lors, Mina fait l'école en pyjama à la maison, avec l'aide de sa maman.

Elle évoque l'ombre de son père disparu. Avec une imagination débordante, perchée en haut de son arbre elle scrute la vie des voisins. C'est avec une grande liberté qu'elle noicit les pages de son journal où s'enchaînent poésies, réflexions, jeux de mots, activités hors pistes.

J'ai beaucoup aimé ce roman jeunesse très poétique de cette petite fille sensible qui se pose énormément de questions sur la vie, la mort, l'école et le pouvoir des mots.

Comme j'accompagne quelques enfants en homeschooling, j'étais curieuse de voir comment David Almond allait décrire le quotidien d'une enfant déscolarisée et à l'écart des autres. Certes, Mina raille les turpitudes d'esprit de sa maîtresse (le passage sur l'inspection obligatoire des enfants déscolarisés est très amusant!)et ne veut pas être un mouton de Panurge. Néanmoins, j'ai beaucoup apprécié la nuance des propos dans le passage sur l'établissement spécialisé. Un visage plus humain est accordé à l'institution éducative et on comprend bien que Mina est un personnage inadapté à l'univers uniforme des écoles.

Voici un livre original par sa forme: alternance de pages blanches, pages noires, pages vides, de listes...L'inventivité verbale est omniprésente et la traduction rend toute la vivacité des propos de Mina.  


Un très beau voyage à travers l'enfance qui me donne l'envie de découvrir Skellig, autre roman de David Almond dont Mina se fait l'écho. Mina est un personnage à mi-chemin entre la Ninon de Maud Lethiellieux dans Dis oui Ninon et Toto Chan la petite fille à la fenêtre de Tetsuko Kuroyanagi. Une petite fille pétillante et qui se montre enthousiaste sur les questions de la vie qu'elle aborde avec beaucoup de philosophie.

 Traduit (anglais) par Diane Ménard, Gallimard Jeunesse, 2012.

Un grand merci Gaëlle !

 

jeudi, 19 avril 2012

L'Epuisement de Christian Bobin.

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" Vous achetez beaucoup de livres. Vous ne les finissez pas tous. C'est une infirmité chez vous, une maladie chronique, celle de ne pas finir une lecture, une conversation, un amour. Ce n'est pas nécessairement l'effet d'une négligence ou d'un ennui. C'est que parfois, pour une lecture,pour un entretien ou un amour, la fin arrive avant la fin. Et c'est quoi, la fin d'un livre. C'est quand vous avez trouvé la nourriture qu'il vous fallait, à ce jour, à cette heure, à cette page. Il y a mille façons de lire un livre".

 

Christian Bobin, L'Epuisement, éditions Le Temps qu'il fait.

mercredi, 18 avril 2012

On s'habitue aux fins du monde de Martin Page.

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Suite à une rencontre avec Martin Page et Jakuta  Alikavazovic organisée par Escales des lettres, j'ai eu très envie de poursuivre ma lecture des oeuvres de Martin Page. Entré d'une manière fracassante en littérature avec Comment je suis devenu stupide, un très bon roman poétique et fantaisiste, j'ai choisi cette fois On s'habitue aux fins du monde .

Elias Carnel reçoit un prix pour l'ensemble de ses financements cinématographiques, à l'âge de vingt-huit ans. Il va pourtant jeter son prestigieux trophée à la Seine et s'ouvrir aux aventures les plus inattendues. Il jette sa vie en somme.Il a d'ailleurs passé plus de temps à s'occuper de la vie des autres que de chercher à remplir sa propre vie.C'est une manière  pour lui de se protéger. Son petit monde va peu à peu s'écrouler: sa compagne alcoolique Clarisse le quitte, Arden Gaste son supérieur le malmène, Martial Caldeira l'ami-gourou du cinéma l'écrase... Les personnages ubuesques remplissent sa vie hantée de vides. Meurtri, Elias s'entoure d'un petit monde désenchanté tels Margot, Darius, Marie la secrétaire, Victor et ce détective qu’il paye pour enquêter sur lui-même. Toute sa vie se délite dans les impasses et les désillusions.

Tel Buster Keaton, Martin Page brosse des portraits inconvenants dans un registre burlesque mélancolique*. Les situations surréalistes se multiplient.J'aime beaucoup ce style drôle et piquant des tous ces personnages en dérive. Au delà du cynisme, les anti-héros de Martin Page nous semblent très proches. La déjantée Zoé (amoureuse des bibliothèques et des cimetières) illumine cette toile romanesque utopiste.  L'écriture dénonce la société arriviste et met en garde sur les éventuels dangers sous-jacents dans le monde du cinéma (métaphore vivante du faux-semblant) mais pas seulement.Le monde du cinéma semble être le microcosme idéal pour cette mise en abyme de la superficialité sociale.

Un grand coup de coeur pour ce roman publié aux éditions Le Dilettante et paru en poche.

J'aime beaucoup la sincérité des mots de Martin Page et sa sensibilité. Lors de cette rencontre organisée par   http://www.escalesdeslettres.com/, il a évoqué le livre Pertes humaines de Marc Molk dont je vous reparle prochainement ainsi que le livre co-écrit avec Jakuta Alikavazovic Nous avons des armes et nous ne savons pas nous en servir publié chez Nuit myrtide.

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 * Petit aparté, je suis allée voir récemment la pièce "Memory" de Vincent Delerm, spectacle original, nostalgique d'un type, Simon, qui a des difficultés avec le temps qui passe. Je trouve des similitudes entre Elias et Simon pas seulement pour la toile de fond avec Woody Allen et Buster Keaton mais surtout pour leur côté cocasse et mélancolique. 

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  Un très beau clin d'oeil à la chanteuse Lhasa est venu parfaire ce spectacle drôle et sensible comme peuvent l'être les romans de Martin Page.

 

mardi, 17 avril 2012

Sollicciano d'Ingrid Thobois.

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 Norma-Jean, quinquagénaire, se rend chaque Jeudi à la prison de Sollicciano en Toscane. Elle rend visite à son ancien élève Marco. Cette femme reste un  mystère pour son entourage. Cette femme a fui son refuge confortable à Paris pour un modeste appartement près de Florence.

Ce roman renferme de multiples récits croisés, quelques bribes de vies décousues. Le personnage de Norma-Jean est fascinant. Elle est professeur de philosophie à Paris et épouse de Jean, son psychanalyste. L'auteure offre un portrait cinématographique à la Hitchcock, avec une ampleur psychologique angoissante.

La progression dramatique est constante, Ingrid Thobois emprunte la voix de chacun de ses personnages, tour à tour. Elle délivre les secrets pas à pas de ce triangle amoureux.C'est un très bon roman sur l'enfermenent, celui de derrière les barreaux mais également l'enfermement en soi.L'intrigue oscille entre passé et présent et donne plus d'intensité encore à ce drame psychologique.

« Je partageais avec Norma-Jean un immense besoin d’autonomie et de solitude, aussi avions nous choisi un appartement où deux couples auraient presque pu vivre sans se croiser.
Au bord du sommeil ma respiration était forte, celle de Norma-Jean irrégulière ; il me fallait changer vingt fois de position tandis que son cuir chevelu la démangeait ; je rejetais la couette – j’avais chaud -, et elle la ramenait – elle avait froid. Épuisés, nous finissions par allumer nos lampes de chevet. Assis contre la tête du lit, pantins bordés, les mains de part et d’autre des sarcophages formés par nos jambes, nous évitions de nous regarder. Les paupières gonflées, nous fixions sur le mur d’en face la sérigraphie de Marilyn par Andy Warhol, cherchant la clef de notre repos dans cette figure bleue, son teint et sa chevelure de noyée.
Nous avions beau nous respecter, nous aimer peut-être – si seulement les années n’écornaient pas ce mot – nous nous encombrions. A vingt ans, nous nous serions séparés pour cette unique raison. A près de cinquante ans, nous avions trouvé la solution : investir dans la literie en quantité et qualité. Nous installâmes des lits un peu partout dans l’appartement, qui nous garantissaient de pouvoir nous endormir seuls, et surtout de nous réveiller seuls – le poids du monde se rappelle si vite à nous le matin ».

J'ai bien aimé l'ellipse autour de ce mystérieux secret même si parfois je me suis perdue au fil des pages dans les flashbacks.

Roman lu dans le cadre du Prix Biblioblog.

lundi, 16 avril 2012

Assommons les pauvres de Shumona Sinha.

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Ce roman a des accents baudelairiens. Son titre est emprunté aux Petits poèmes en prose,  où Baudelaire avait imaginé qu’il donnait une correction à un vieux mendiant faisant l’aumône afin de s’assurer de la capacité de réaction de celui-ci.

Etrangère en France, le personnage principal de Sinha assomme un immigré un peu trop entreprenant avec une bouteille de vin.  Elle est interprète auprès de demandeurs d'asile :" Mon devoir se limite à traduire les propos des uns et des autres, ni plus ni moins".

Conduite au commissariat où elle est interrogée par un policier répondant au nom kafkaïen de Monsieur K., celle-ci raconte sur près de 150 pages comment elle en est arrivée là.

Son récit est composé de retours récurrents entre hier et aujourd'hui, entre l’intime et le public avec une succession de portraits.

 Interprète depuis plusieurs années à la division Asie de l’Ofpra, Shumona Sinha expose le malheur des demandeurs d'asile venus du Sud comme une allégorie de la condition humaine: le droit à la liberté, la misère intellectuelle et spirituelle, les mensonges de ses compatriotes bengalis prêts à tout pour rester en France, leurs "rêves tristes comme des chiffons" .

Chaque matin, en arrivant à son travail, elle retrouve cette misère du monde. Comment subir cette violence sans tomber dans l'écueil de la rudesse d'un exil? L'errance des demandeurs d'asile est réduite aux formulaires administratifs.

 

"Je sais combien le sentiment de lassitude, d'inutilité nous accablait ces jours-là. Toujours le même jeu qui recommençait. Les requérants, les officiers et moi, nous étions tous assommés, cerveau engourdi et bouche fade. Je me vois lever mes yeux rouges au-dessus des papiers miteux qui seront grignotés par les rats, couverts de larves, engloutis par la terre et la boue."

Au fil des pages, l'atmosphère devient de plus en plus étouffante comme pour mimer la douleur de l'errance. L'auteur analyse un milieu entier, la machine des demandes d’asile et en saisit les paradoxe de ses rouages. Ni la misère ni la "nature vengeresse" ne sont des raisons valables pour permettre l'asile politique.

 

J'ai frissonné en refermant ce livre, poignant de vérité. Ce roman n'est pas sans rappeler Celles qui attendent de Fatou Diome où les personnages étaient plus nuancés. L'écriture de Sinha est poétique et imagée, elle offre un regard cynique sur l'expérience migratoire, la misère des prétendants à l'asile. 

 Roman lu dans le cadre du Prix Biblioblog.

Shumona Sinha sera présente au Salon du livre d'Arras ce premier Mai.

dimanche, 08 avril 2012

Journal d'un corps de Daniel Pennac.

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J'aime beaucoup l'écriture de Daniel Pennac notamment la saga des Mallaussène et j'étais assez curieuse de découvrir sa dernière parution Journal d'un corps  publié chez Gallimard. 

D'ordinaire, il aime enchanter l'enfance et la poésie des mots avec nostalgie et dérision. Le sujet de son dernier roman est de raconter la vie d'un homme, par le biais du corps. Nous avons entre les mains le journal de cet homme qui nous confie ses découvertes sexuelles, ses déceptions amoureuses et toutes les expressions de son corps de sa prime enfance (13 ans) à son dernier souffle(87 ans).

Comment tenir en haleine le lecteur avec le journal d'un corps? Pennac réussit habilement à décrire les turpitudes du corps, la fierté masculine, l'angoissante question féminine. Le corps velléitaire dépasse la banalité du propos grâce à une écriture fluide où l'intime est dévoilé.

J'aime beaucoup le récit sans artifices de la vie d'un homme ordinaire, néanmoins imaginaire puisqu'il meurt en 2010. La question de l'authenticité est éludée. La littérature atteint dès lors la vérité profonde comme celle de la peur originelle qui ouvre le roman.La peur du jeune garçon de se faire dévorer par les fourmis. Face au miroir, il se trouve inexistant.Il doit donc se construire un corps, une enveloppe charnelle.Il va remplir sa vie de mille morts et renaissances.

La découverte de la sexualité m'a beaucoup fait rire mais ce roman m'a émue également au delà des détails triviaux. Ce qui d'ordinaire est tu, s'inscrit noir sur blanc. Ecrire à partir de l'élément physique, non plus seulement de l'intellect, voilà un pari très réussi sous la plume de Pennac. 

lundi, 02 avril 2012

Une photo, quelques mots...

 

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Elle sort fébrilement le papier de l’enveloppe. La peur la tenaille, elle lui coupe le souffle, elle brûle ses entrailles. Elle espère beaucoup de ces quelques chiffres. Elle glisse la feuille au dessus de son journal. La discrétion, toujours… comme une  fidèle compagne. Ne rien dire, ne rien montrer, tout dissimuler. Depuis peu, elle est parvenue à sortir de chez elle sans son couvre-chef. Affronter les regards, afficher sa renaissance dans ces quelques centimètres de cheveux. Ses proches lui sourient car elle semble bien en vie. Pour elle, c’est encore la tempête. Il faut bien se soumettre à ce bal des surveillances. Montrer patte blanche, se mettre à nu. Ne pas savoir, plus rien envisager, ni projet, ni promesse. En bon petit soldat, elle a franchi chacune des étapes, elle mérite bien ce temps de quiétude et de renouveau. Elle croise une femme, les bras chargés de chocolats, pestant car elle est sur son chemin. Elle risque de  faire perdre à cette femme quelques minutes précieuses de son temps. Bientôt la fête de Pessah, elle ne sait pas encore si elle fera semblant de la fêter pour son enfant ou si elle pourra rire et honorer ce  rituel de passage.   Alors, elle décide de s’asseoir sur la rambarde. Elle sait que le temps peut à tout jamais s’arrêter en cet instant. Elle ne court plus comme cette dame après la futilité. Elle commence à lire, saute les lignes et cherche les codes qui font bondir son cœur : CA 15-3 dans les normes, marqueur ACE normal…

Elle quitte la rambarde, sourire aux lèvres. Elle s’offre un panier garni de chocolats pour fêter sa victoire. Les projets se bousculent dans sa tête et tandis qu’elle plonge sa main dans le panier, elle attrape un petit crabe en chocolat qu’elle dévore sereinement.

                                      Mirontaine

 

Texte écrit dans le cadre de l’atelier proposé par Leiloona,“Une photo (de Kot), quelques mots”.

 

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dimanche, 25 mars 2012

Les Prétendants de Marco Lodoli.

 

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Les Prétendants est composé de trois textes : La Nuit, Le Vent, Les Fleurs.

Leur point commun : la nuit romaine comme toile de fond. Marco Lodoli entraîne ses lecteurs dans un univers singulier, plutôt sombre et surprenant. La vie, la mort, le temps, la nuit et Rome offrent des histoires étranges où l’imagination est reine. L’histoire commence de manière ordinaire puis au fil des pages la marginalité se déploie jusqu’au point de non retour, jusqu’au pays de la peur.

Il est très difficile de commenter ce livre sans lui ôter sa beauté transcendée par l’art de Marco Lodoli lorsqu’il distille un malaise poétique. La peur de la faucheuse s’entremêle aux rêves.

Dans le premier récit La Nuit,  Costantino, semble aux prises avec l’inéluctable. Les deux hommes de main du Fou – Fedele et Ottavio – lui offrent une dernière nuit de ripailles avant son exécution. Cela fait pourtant des dizaines d'année que Costantino obéit scrupuleusement au Fou : d'abord coursier d'étranges colis, puis jardinier d'un domaine inhabité, il a laissé le fou diriger sa vie. Mais Costantino ne réussit pas à étouffer ce désir d'amour et de bonheur qui le tiraille depuis l'adolescence.

Dès l’incipit, on pense à une sordide histoire de mafia mais très vite se profile un univers surréaliste.

Le Vent est assez différent. Lucas arpente chaque nuit la capitale  à la recherche de quelques clients. Mais ce soir-là c'est un étrange passager qui prend place dans sa voiture et commence pour Lucas et ses proches une folle course contre la montre. Le Vent est  le récit le plus amusant de la trilogie. Il interroge le processus de création littéraire. En effet, dans une amusante mise en abîme, Marco Lodoli s'invite dans l'action et s'interroge sur son statut d'écrivain.

Avec Les Fleurs, la quête du sens en écriture s’intensifie. Le narrateur, simple postier d'un petit village, a tout abandonné pour se consacrer à la poésie. Il quitte son métier et son village. Arrivé à  Rome, il attend d'être remarqué par le directeur de la revue La Tanière. Mais l'attente va s’éterniser.

Les intrigues sont différentes mais la ville de Rome apparaît dans chaque récit comme un lieu  de tous les possibles. Les rencontres sont angoissantes.

J’ai beaucoup aimé l’interprétation d’une transcendance qui manipulerait chaque individu ( le fou, le directeur de la revue puis Marco Lodoli lui-même). Les personnages se montrent comme des marionnettes.

Louise Boudonnat, la traductrice, ajoute : «  ils sont les prétendants à l'impossible : aller plus loin que l'amour, que la mort, que l'écriture. »

Le style poétique de Marco Lodoli est très surprenant. Mais il faut aller au-delà des métaphores, du merveilleux et des hallucinations pour apprécier la beauté de ces histoires à dormir debout.

Un très bon livre sur le pouvoir de l’imagination.

Merci à  Dialogues Croisés pour cette très belle découverte.

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mardi, 13 mars 2012

Pas revoir et Neige rien de Valérie Rouzeau.

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Très récemment, un billet chez Cathulu a attiré mon attention. Elle évoquait la sortie d'un numéro consacré à la poétesse contemporaine Valérie Rouzeau dans Le Matricule des anges.

Je me suis procurée ce magazine et très vite j'ai souhaité découvrir les textes de Valérie Rouzeau. J'ai choisi Pas Revoir et Neige rien réédités chez La Table ronde.

Avec Pas revoir, la poète(sse) se dévoile inventrice talentueuse. Elle met en mots le départ de son père ferrailleur, on entend au présent la douleur d'une perte. Elle parle le langage rude des banlieux et convertit en écriture ses images. Son travail de traductrice (les poèmes de Sylvia Plath notamment) l'amène à triturer la langue et donne sens et vivacité aux mots.

Donner du sens aux thèmes comme l'enfance, la mort, l'amitié, la vie, l'amour et le rien, l'écriture de Valérie Rouzeaus s'inscrit comme une manière d'être au monde. Elle offre des pirouettes verbales qui s'incarnent en une image choc. Lire les textes de Valérie Rouzeau c'est osciller entre tendresse et drôlerie.L'humour devient "un cache-tristesse" (Thierry Guichard).

 

Ne plus tenir debout quelquefois tu disais.
Depuis quoi j'ai rêvé que je te relevais que je te relevais et que tu retombais.
Dans la pièce la plus froide tu te serais cassé.
Quand bien même je t'aurais mis debout et tenu aux épaules et parlé à l'oreille apporté des lilas ça n'aurait pas marché.
D'ailleurs je t'ai pleuré dessus ça ne t'a pas remué ni quand j'ai pris ta main dans mes mains bonnes à rien ni rien.
Tu te serais cassé.
Trêve d'éternité.

Je vous invite vivement à écouter cette lecture de Pas Revoir.→ (sur le site de Libération) Valérie Rouzeau lisant des extraits de Pas Revoir


Buissonnnière de l'école poétique, Valérie Rouzeau aligne des vers très longs, des groupes de "souffle essouflé". Ses textes s'animent par un ton en rupture et un langage précipité.Les poèmes de Pas Revoir jouent sur la négation "pas" répétée et le mot "papa".

Neige rien explore le quotidien, notamment celui des démunis. C'est le rendez-vous de la poésie avec une critique sociale. La colère s'exprime par la couleur rouge lors d'une première impression aux Editions Unes.

Les mots deviennent des béquilles nécessaires pour tenter d'avancer.

 Dehors 

Un mot sans savoir où on est trop
Yeux feuilles vin rouges
Sentiment serrement dans sa cage
Etoiles: décrochez-moi ça. 

Une très belle découverte, merci Cathulu! 

mardi, 06 mars 2012

ça nous apprendra à naître dans le Nord d'Amandine Dhée et Carole Fives.

 

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Je l'ai bien aimé ce petit livre publié dans la maison d'éditions La Contre Allée. C'est une oeuvre de commande sur un quartier ouvrier de Lille, celui de Fives. Ce quartier est en pleine mutation, il suscite le respect et l'admiration pour le passé lillois ouvrier. Mais le regard posé sur ce quartier est tour à tour sensible mais aussi comique. Au fil des bistros, Amandine et Carole entrent dans le quotidien de la culture populaire au delà des friches industrielles. Elles proposent des lectures chez l'habitant et au fil des rencontres, le récit se construit.

J'ai beaucoup aimé la parole donnée aux femmes de ce monde ouvrier porté par les hommes. L'une cherche des informations inexistantes sur les femmes de l'industrie textile à Fives. Elle joue sur le fait qu'elle ne trouve pas d'informations à ce sujet et cette absence d'archives en révèle encore davantage sur le quartier.

L'humour est très subtil pour outrepasser l'admiration. Le passage entre le passé récent et les habitants d'aujourd'hui témoigne de la mutation du quartier. Les habitants se cherchent.

C'est un très bel exercice d'écriture sur le quotidien, ni historique, ni sociologique mais un regard subjectif pour mettre en lumière un quartier.

J'ai apprécié également les propos des auteurs sur la commande en écriture et la difficulté d'écrire sur un sujet imposé.

C'est un très beau cadeau de la part de Liliba, un livre qui me touche tout particulièrement puisque ma mère était ouvrière en filature dans ce quartier lillois dans les années 70!

Ce livre m'a donné l'envie de découvrir D'Azur et d'acier de Lucien Suel.

mercredi, 29 février 2012

Rien ne s'oppose à la nuit de Delphine de Vigan.

 

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J'étais plutôt frileuse en commençant ce roman. J'ai donc préféré attendre que la pression médiatique s'estompe afin de l'apprécier à sa juste valeur.

C'est le premier livre de Delphine De Vigan que je découvre. Elle choisit ici d'écrire sur sa mère et sa nécessité(ou plutôt sa difficulté) d'écrire sa famille. C'est ce dernier point qui m'attirait vraiment en ouvrant ce roman.

Lucile, la mère de l'auteure, s'est suicidée quelques années plus tôt et Delphine De Vigan tente de remonter le fil émotionnel de sa propre enfance mais aussi celle de Lucile. Elle mène l'enquête auprès des siens en les interrogeant, en enregistrant leurs paroles, en consultant les photos et les souvenirs de cette famille dans les années 70.

Elle reconstruit le lourd passé de sa famille et simultanément quelques chapitres évoquent son rapport à l'écriture. Une sorte de "work in progress" entrecoupe le récit et apporte beaucoup de densité au propos de Delphine de Vigan. L'enfance de Lucile,au coeur d'une famille nombreuse,verra surgir de nombreux drames: décès, incestes et silences pesants.

L'écriture de Delphine est toute en contraste saisissant entre l'effervescence émotionnelle de sa famille et le choix des mots. Une tonalité très sobre virevolte avec une grande douleur, sourde et profonde.

Comme de nombreux lecteurs avec ce type de récit, je craignais l'excès de pathos.Il n'en est rien. La bipolarité de Lucile, par la magie des mots, nous emporte dans une dimension cathartique.

"J'éprouve encore des sentiments pour mes enfants, mais je ne peux pas l'exprimer. Je n'exprime plus rien. Je suis devenue laide, je m'en fous, rien ne m'intéresse sinon d'arriver enfin à l'heure de dormir avec les médicaments. Le réveil est horrible. Le moment où je passe de l'inconscient au conscient est un déchirement. Se forcer à prendre une douche, trouver des oripeaux acceptables."

Tout au long de ce roman, je me suis interrogée sur la nécessité pour les auteurs de se livrer. J'ai trouvé quelques réponses dans l'introspection de l'auteure sur son travail d'écriture. 

"A une amie avec laquelle je déjeunais, alors que je terminais ces retranscriptions, toujours à l'arrêt dans l'écriture, je m'entendis expliquer: ma mère est morte mais je manipule un matériau vivant."

Comme le désirait Justine, la soeur de l'auteure, le roman se termine de manière positive puisque ...

"Lucile[Poirier] est morte comme elle le souhaitait: vivante." 

Merci  Melo !

jeudi, 23 février 2012

Le TAG des onze questions.

 

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" On dit Merci Liliba et on s'y colle, j'ai vu que vous ne l'aviez pas encore fait... "

- Livrer onze informations puis répondre aux onze questions -

1/ Je suis d'origine sicilienne.

2/ Je ne sais pas vivre sans la compagnie d'un chat.

3/ A dix ans, je voulais devenir bonne soeur.

4/ A onze ans, je voulais ressembler à Robert Smith.

5/ Je collectionne les boîtes de thé.

6/ J'ai peur des papillons.

7/ Je suis une grande solitaire.

8/ Les gens de mon village ne savent rien de moi.

9/ Je réponds souvent dans ma tête aux questions des clients dans une librairie.

10/ Quand je rencontre un auteur, je me contente de lui dire mon prénom.

11/ J'ai remporté une guerre.

 

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1. Y-a-t-il un moment de votre passé que vous aimeriez revivre, du genre, on rembobine la cassette et on appuie sur replay pour tout recommencer d'une autre façon ?

J'aimerais revivre un repas partagé avec Xia, une amie chinoise,lors d'une escapade parisienne. Les promenades le long du Canal Saint Martin, sous le ciel gris avec F.

2. Pourquoi avoir créé un blog ? Qu'est-ce qui vous a motivé pour commencer ?

Probablement pour ne plus noircir des cahiers de lecture sans retour, sans partage. En fait, c'était un désir spontané, pas forcément réfléchi.  

3. Votre plus gros défaut ?

La passion peut devenir un défaut parfois.

4. Et votre qualité première, celle dont vous êtes fière ?

L'empathie.

5. Si vous étiez un personnage de roman (ou de film), vous seriez...

Lucile Poirier pour sa liberté, ses choix.

6. Qu'est-ce qui vous fait éclater de rire ?

Les remarques de mon fils sur la vie.

7. Vous avez une idée ou une envie, êtes-vous du genre à déplacer les montagnes pour arriver à vos fins, ou bien attendez-vous que les choses viennent à vous ?

Je suis pugnace face aux montagnes en général mais pas devant la bêtise humaine.

8. Si vous étiez très riche (par exemple, vous gagnez au loto, on peut toujours rêver, non ?), que changeriez-vous dans votre vie ?

Mes bibliothèques...elles pourraient monter jusqu'au plafond!

9. Pourquoi votre meilleure amie est-elle votre meilleure amie ?

Parce que même à l'autre bout du monde, elle sait être là, tout simplement.

10. La famille, pour vous, ça représente quoi ?  Deux bretons.

11. Racontez-moi un truc inavouable !

J'aimerais vivre dans une yourte, peuplée de livres, au coeur de la forêt.

(et sinon j'ai beaucoup chanté Alléluïa l'année de mes dix ans sous le regard amusé des grenouilles de bénitier ;))

 

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mardi, 21 février 2012

Eclat du solitaire de Christian Bobin.

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« Une tête qui porte plus de peine qu’une vie peut en supporter. »

 

Une première image: l'autoportrait de Gilles Dattas. Un dessin réalisé dans les toilettes d'un musée par l'homme désabusé.

Ce visage est partout dans la rue, dans le métro. C'est le visage de l'homme qui vient de perdre son travail, de la femme trahie...

"Ce visage est le nôtre quand nous saisit le diable de la lassitude et que notre vie s'en va comme de l'eau, comme du sable, comme rien."

La deuxième image: celle que nous ne verrons pas , celle d'un bouquet de pivoines flamboyantes d'une vie écrasée.

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Bobin rassemble les fleurs et les mots pour célébrer la vie et l'art. L'humain devient fantôme, il double le réel et console de la mort.

Tel est l'éclat du solitaire.

Fata Morgana, 2011.

 

Jenna Fox, pour toujours de Mary E Pearson.

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Jenna sort du coma. Etrangement, elle se rappelle de nombreux souvenirs de sa petite enfance malgré son amnésie. Pour quelles raisons ses parents sont venus se réfugier à l'Ouest des Etats-Unis?  Pourquoi sa grand-mère Lily la fuit? Pourquoi ses parents ont-ils filmé ses anniversaires jusqu'à l'âge de 17 ans? Jenna semble bien plus que les vidéos d'enfance qu'on l'oblige à regarder. Le roman progresse de réponse en question. Nous vivons avec l’héroïne, à ses côtés, à la première personne, l’élucidation du mystère.

Jenna est prisonnière de sa propre vie. Ce roman d'anticiption oscille entre thriller et réflexions philosophiques. L'aspect dystopique et SF de ce roman n'ont pas ma faveur en terme de lecture; néanmoins j'ai su apprécier les thèmes soulevés avec brio par l'auteur: l'identité, les limites de la technologie, de la bioéthique et du désir de vie éternelle.

Mary E. Pearson dresse avec finesse un très bon roman d'anticipation qui ouvre la voie à la réflexion sur la vie et ses valeurs.

"N'est-ce pas ce qui fait la vie? Des morceaux. Des lambeaux. Des moments. Suis-je moins parce que j'en possède moins? Ou ceux que je possède sont-ils les plus importants?"

Merci à  Nota Bene pour ce choix judicieux lors du Swap 2012.

Ce livre est paru aux éditions Les Grandes personnes, réédité chez Gallimard jeunesse pôle fiction. J'ai très envie de lire la suite L'Héritage Jenna Fox.

mardi, 31 janvier 2012

Lignes de faille de Nancy Huston et adaptation théâtrale de Catherine Marnas.

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Ce livre est un grand coup de coeur!

Une construction romanesque très singulière: quatre chapitres pour quatre portraits d'enfants, remontant la ligne d'un arbre généalogique, des membres d'une même famille l'année de leurs six ans. Quatre enfants se racontent, de fils en pères ou de filles en mères, et nous décrivent leur entourage.

Deux petits garçons (Sol 2004 et Randall 1982)et deux petites filles(Sadie 1962 et Kristina 1944) qui de drame en drame, vont nous faire traverser à rebours 60 ans d'histoire familiale et mondiale.

Suivant le fil d'un naevus qui se transmet de génération en génération, le récit nous conduit en Allemagne à la fin de la seconde guerre mondiale, où Kristina, l'arrière grand-mère de Sol, nous délivre la clé de voûte, le lourd secret de famille.

J'ai très vite été absorbée par ce roman polyphonique même si parfois la maturité de Solomon me perturbait du haut de ses six ans.

"En les écoutant je repense à cette idée de théâtre et me demande si au fond les gens ne passent pas leur temps à jouer des rôles, non seulement lors des mariages mais tout au long de leur existence" Sadie.

J'avais hâte de voir la potentialité théâtrale de ce roman dans la mise en scène de Catherine Marnas.Elle est très respectueuse du texte. Les décors sont minimalistes mais néanmoins très judicieux.La pièce dure quatre heures mais la prouesse des acteurs nous emporte littéralement.

Je vous invite vivement à lire ce roman où les blessures secrètes et intimes du passé marquent à notre insu nos existences actuelles.

vendredi, 27 janvier 2012

L'Oiseau, un film de Yves Caumon.

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Tu es seule sur Lille et tu as quelques heures devant toi. Tu as très envie de te faire une toile...pas Beigbeder, pas de  film larmoyant, pas de gros budget. Tu te diriges donc vers un petit cinéma d'auteurs et tu te réfugies dans une petite salle voir L'Oiseau de Yves Caumon.

Anne n'a pas d'amis, pas d'enfants, pas d'amants. Elle fait semblant de vivre. Un jour, un oiseau entre dans son appartement.

Quand et comment cette fille, drapée de solitude, va-t-elle ouvrir les yeux, comprendre ce qui lui arrive?

Anne, incarnée par sandrine Kiberlain, est filmée de manière singulière. On est près de ce personnage hors de portée. Sa vie de recluse offre un drame lumineux, solaire presque charnel.

Il est question du deuil mais dans la quête sempiternelle du "vivre encore".

Les personnages masculins sont vulnérables tels des ogres enfantins.

Le monde pour Anne est devenu inintelligible. La réconciliation passe par l'harmonie entre l'eau, le fleuve, la mer. Ce film fait écho à L'Arbre de Julie Bertucelli.

Des bruits...comme premiers véhicules des sensations au cinéma.

Comment revenir à la vie grâce à l'oiseau?

Un très bon film en salle depuis le 25 Janvier 2012.

 

vendredi, 20 janvier 2012

L'Autre moitié de moi-même d'Anne-Laure Bondoux.

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C'est simple, tu déambules au Salon du livre de jeunesse de Montreuil, tu t'arrêtes sur le stand Bayard et tu apprends qu'Anne-Laure Bondoux sera présente. Son écriture t'a tellement charmée dans Le Temps des miracles que tu ne peux reposer son dernier livre. Tu sais qu'il ne s'agit pas cette fois d'un livre pour la jeunesse. Tu découvres un écrit beaucoup plus personnel, un peu à la manière d'Annie Ernaux. Tu parcours rapidement les pages, tu t'arrêtes sur quelques photos qui te rappellent tes propres photos d'enfance dans les années 70. Des bulletins scolaires prometteurs, des endroits insolites et importants dans la vie de cette femme écrivain. Tu penses que ce roman nécessaire pour comprendre, analyser et remédier à une panne d'inspiration sera sans nul doute une charmante compagnie pour débuter l'année.

Tu échanges quelques mots avec l'auteur sur les enfants du voyage que tu accompagnes, sur l'adaptation avec la communauté Rom du roman Le Temps des miracles. Mais c'est un autre voyage que me promet Anne-Laure Bondoux, plus intimiste, très constructif .

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"Jusqu'ici, j'aimais écrire des romans. J'aimais inventer des intrigues, explorer des contrées lointaines, donner  vie à des personnages perdus qui cherchaient un sens à leur existence.

 Aujourd'hui, c'est moi qui suis perdue, et c'est moi qui pars en voyage..."

 

J'ai refermé ce livre, en pensant que j'aimerais revoir Anne-Laure Bondoux pour parler, non plus des enfants du voyage, mais de ce magnifique roman. Est-elle si différente de la nôtre son histoire? On ne peut s'empêcher de s'identifier à ce passé identitaire commun, ces rituels familiaux de province. Sa plume dans ce qu'elle a de plus intime m'a rappelé celle d'Annie Ernaux dans Les Années.

Ce roman est essentiel, je vous invite vraiment à découvrir ce voyage d'Anne-Laure Bondoux. 


Interview Anne-Laure Bondoux : L'autre moitié de... par Bayard_Editions

vendredi, 06 janvier 2012

Swap Nouvel an 2012!

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Pour ceux qui ne connaissent pas le swap nouvel an, toutes les explications sont ici.

J'étais très heureuse de participer  à ce swap organisé par Hérisson!

A l'ouverture, de très jolis paquets empaquetés, voyez plutôt:

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J'étais très impatiente de découvrir les choix de  Nota Bene. C'est toujours un très bon moment d'échanges le swap, on passe de longs moments à arpenter le blog de notre swappée, on relit une multitude de fois son questionnaire et on fait des sorties shopping en pensant à elle. 

Nous avions fait ce voeu de nous concentrer sur la littérature jeunesse, notre passion commune.

L'intérêt du Swap c'est d'élargir ses horizons littéraires, sortir des sentiers battus et apprécier les choix réalisés à notre attention.

Grâce à une très belle lettre, Nota Bene a souhaité me faire entrer dans l'année 2012 en toute sérénité. 

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(Miss Virgule aime beaucoup les courriers!)

"Le temps de lire, comme le temps d'aimer, dilate le temps de vivre" (Daniel Pennac, Comme un roman) .

La citation est si juste et trouve tout son écho dans mon quotidien au milieu des livres.

Nota Bene accompagne chaque présent de bons mots, de citations sur le thème du temps qui passe.

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 Voici le contenu du Swap année 2012:

-le roman Jenna Fox, pour toujours de Mary E Pearson, paru aux éditions des Grandes personnes et réédité chez Gallimard jeunesse pôle fiction. Le passage cité par Nota Bene annonce déjà une belle lecture et des thèmes qui me séduisent:

"N'est-ce pas ce  qui fait la vie? Des morceaux. Des lambeaux. Des moments. Suis-je moins parce que j'en possède moins? Ou ceux que je possède sont-ils les plus importants?"

Le désir de vie éternelle, voilà qui me séduit.

-le roman Le monde dans la main de Mikaël Ollivier aux éditions Thierry Magnier. Le coup de coeur 2011 de Nota Bene! Un roman sensible, tendre et drôle.

"La plénitude était donc accessible au coeur de la réalité! Il était possible de vivre sans en attendre autre chose." Cette citation me parle énormément... j'ai hâte de découvrir l'histoire de Pierre.

-Un très beau calendrier illustré par Anne Julie Aubry.

- Un très bon thé vert japonais "Genmaïcha" qui a enchanté chacun de mes goûters de Noël.

- Un chocolat au caramel qui fond au palais!

- Un roll-on anti-stress toujours dans ma poche!

-Deux sucres d'orge engloutis par Petit Korrigan.

-Un confit de bière celte au miel! Tiens donc Nota Bene et moi avons cet autre point commun de partager nos vies avec un conjoint breton!

-Des autocollants Rue du monde que j'aime beaucoup

"Surtaxez ceux qui génèrent la crise, pas les livres"

"Le livre est un aliment indispensable aux enfants."

Un immense merci à Nota Bene pour ses choix judicieux, la mise en scène du swap dont le fil rouge fut le temps qui passe, les bonnes résolutions pour l'année nouvelle.

Merci à Hérisson pour toute l'organisation.

samedi, 31 décembre 2011

Et voilà l'année 2012!

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Je vous souhaite à tous une année douce et lumineuse avec de belles lectures, de beaux voyages au fil des pages...

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samedi, 24 décembre 2011

Joyeux Noël!

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 Sur un marché de Noël, j'ai trouvé cette statuette de Jim

Shoore. Cette année Père Noël apporte à la famille de

 Mirontaine un petit chat nommé Virgule.

 

                   Joyeux Noël à tous!

vendredi, 23 décembre 2011

En passant...

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"La retraite est une révolte. Gagner sa cabane, c'est disparaître des écrans de contrôle. L'ermite s'efface. Il n'envoie plus de traces numériques, plus de signaux téléphoniques, plus d'implusions bancaires. Il se défait de toute identité.[...]

Dans l'abondance, libre aux uns de vivre en poussah mais libre aux autres de jouer les moines et de vivre amaigris dans le murmure des livres."

Dans les forêts de Sibérie de Sylvain tesson. 

 

vendredi, 09 décembre 2011

Un petit tour à Montreuil... au SLJ.

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Rencontrer Martine Delerm et admirer ses aquarelles, entamer une conversation avec Anne-Laure Bondoux, échanger quelques mots avec Audrey Calléja au sujet d'Adèle et des 27 Premières, admirer les nouvelles publications des Editions du Poisson soluble, croiser l'un de mes profs de littérature jeunesse, parler de mes recherches sur Kitty Crowther, emporter Achile avec moi et le sourire d'Olivier Adam, donner mes derniers sous à La Maison est en carton pour enchanter mes murs d'originaux de Kitty Crowther et Audrey Calléja, avoir chaud, croiser un Hérisson par hasard et depuis chaque soir admirer de belles illustrations à la lumière d'une bougie.

lundi, 05 décembre 2011

Du Domaine des murmures de Carole Martinez.

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Plus beaucoup de temps pour bloguer mais le dernier roman de Carole Martinez mérite tant d'éloges qu'il me fait rompre ma bulle de silence.

Très longtemps je me suis passionnée par les romans médiévaux, les recherches en philologie, les travaux de Marc Bloch, Goderoy et Greimas étaient mes compagnons d'études. J'étais soucieuse en ouvrant ce roman...est-ce-que j'allais retrouver cette ambiance médiévale sans anachronismes? Je cherchais à m'évader, à lire une histoire qui m' emporte, un roman contemporain qui se distingue de toute la profusion de la rentrée littéraire dont je me lasse. Pari gagné avec l'histoire d'Esclarmonde dont la voix nous parvient malgré le passage des siècles. Esclarmonde qui, en 1187, refuse le mariage pour se consacrer à la vie spirituelle, se coupe une oreille et demande à être emmurée dans une cellule attenante à la chapelle du Domaine de Hautepierre. De là, elle communique sa sagesse à ceux qui passent et viennent la voir. De là, elle donne la vie à un enfant conçu d'un viol la veille de son enfermement, et découvre la force du sentiment maternel... 

"Je suis l'ombre qui cause.
Je suis celle qui s'est volontairement clôturée pour tenter d'exister.
Je suis la vierge des Murmures.
A toi qui peux entendre, je veux parler la première, dire mon siècle, dire mes rêves, dire l'espoir des emmurées."

Un très bon roman lu  coeur de la Maison de Jeanne, une veille bâtisse bretonne, cadre  de lecture propice à cette deuxième pépite de Carole Martinez.

mardi, 18 octobre 2011

Sobibor de Jean Molla.

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Emma, une jeune adolescente, est anorexique. Quand elle est triste, en colère ou qu'elle a des idées noires, elle mange tout ce qu'elle trouve et court se faire vomir aux toilettes. Alors imaginez sa réaction quand sa grand-mère qu'elle admire tant meurt, et qu'en emballant ses affaires, Emma découvre un vieux cahier, "Le journal de Jacques Desroches". Cette découverte fera ressurgir du passé des secrets bien gardés par ses grands-parents. Emma apprendra leur véritable histoire...

La découverte d'un journal intime permet de croiser deux subjectivités et deux intimités, celles d'un personnage en position de lecteur, et celles d'un personnage en position de diariste. Jean Molla excelle dans ce procédé narratif. Ma libraire m'a confié ce livre en me relatant ses impressions de lecture et je suis restée moi-même très heurtée par la force des personnages et le contenu de ce roman qui entremêle la petite et la grande Histoire. Ce n'est pas juste un énième roman sur l'anorexie mais une aventure de l'intériorité pour ce personnage féminin qui a le droit à un ailleurs dans l'espace-temps.

Formidable roman comme un devoir de mémoire à remettre entre toutes les mains.

Edité chez Gallimard scripto en septembre 2003.

mardi, 11 octobre 2011

Des nouvelles...

 

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 Un blog un peu en jachère...une reprise d'études avec un Master à distance...des recherches sur Italo Calvino...un Petit Korrigan qui découvre la lecture...accompagner un enfant autiste privé d'école car la grande dame Education nationale n'a plus les sous pour financer une AVS...découvrir le quotidien des enfants circassiens...corriger des productions écrites...redécouvrir la linguistique...louper un blogoLille "_"...écouter Bashung...se rendre à Gentilly pour écouter la lecture publique de mon texte La Donna Rosa...tenter de répondre aux commentaires et mails...penser à écrire à Nolwenn...manger des noix fraîches dans le parc à la sortie des classes du Petit Korrigan...rêver du départ en Bretagne prochainement...passer des heures à mon bureau...savourer une très bonne nouvelle au sujet d'un rocher...allumer des bougies le soir venu, se réfugier dans les bras d'un être cher et observer une PAL immobile...

 

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