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Mirontaine sta leggendo

  • L'arrêt du coeur, Agnès Debacker, illustrations Anaïs Brunet

    Agnès Debacker est une raconteuse d'histoires. Elle installe dans L'arrêt du coeur (ou comment Simon decouvrit l'amour dans une cuisine) une empreinte singulière. Elle traduit avec justesse et tendresse les attitudes de Simon. Le jeune garçon est confronté à la mort de Simone, une vieille dame, sa nounou. Les expressions et les petites et grandes questions face à l'indicible se bousculent dans la tête de Simon. C'est une histoire forte qui donne vie à des personnages attachants et énigmatiques, représentés avec force et douceur par Anaïs Brunet. Le dessin est aussi une forme d'écriture, même s'il est dénué de loi grammaticale. Comment répondre au flot de questions et aux angoisses suscitées par ce qui n'est, en principe, que l'aboutissement normal de toute une vie? Malgré les nombreuses images télévisuelles, la mort est un sujet que nos sociétés ont tendance à évacuer. Simon vit la mort de sa nounou comme un arrachement, par essence la vieille dame est irremplaçable. La mort de l'autre devient inévitablement un peu notre propre mort. La notion de mort se construit lentement chez l'enfant. Il ne cessera de refaire la chronologie des événements de la disparition de Simone. Ce texte de littérature jeunesse ouvre les voies d'un dialogue pas si simple car il touche au domaine du plus intime de chacun, enfant comme adulte. Intégrer la mort de l'autre, et plus encore , intégrer sa propre mort est une démarche conceptuelle ardue. Passer par le filtre de la littérature nous permet alors d'en parler, avec les mots des autres. Agnès Debacker suggère tous les échanges difficiles et esquivés entre adultes et enfants. Elle privilégie le point de vue de l'enfant et s'appuie implicitement sur les problématiques affectives liées à cet âge, dans son économie psychique attendrissante. A dix ans, on ne recourt plus au symbolisme animalier. Dans ce texte, le travail du deuil s'amorce lorsq'un processus permet à Simon de se dégager peu à peu de tous les liens qui l'unissaient à la personne disparue et à ses objets, en l'occurrence ici une théière à voeux. C'est une dynamique de sens qui agit dans la tête de l'enfant. L'interiorisation progressive de l'objet d'attachement permet à Simon de se libérer. L'insolite richesse lexicale et poétique permet de suivre le récit presque le sourire aux lèvres. C'est le talent de la littérature, la magie littéraire, qui permet à l'autrice d'adopter réellement le point de vue de l'enfant parce qu'elle s'ouvre sur les ressources imaginaires du narrateur et sur les remparts défensifs coutumiers à l'enfant. Ce texte propose habilement un processus de symbolisation sur la base d'interactions constantes entre le registre imaginaire et le registre symbolique. L'avancée personnelle de Simon sur le plan psychique, affectif et intellectuel, n'est viable qu'au prix d'un équilibre constant entre ces deux registres. Le pari est réussi et Simon parvient à gérer l'absence de l'intérieur. La théière à voeux est un espace transitionnel ou potentiel qui permet à Simon, confronté à des sentiments complexes, d'affronter ses craintes liées aux représentations encore immatures de la mort, faire face à la résurgence de croyances magiques. Un livre pour enfant c'est cette forme d'art pensée pour communiquer. Et depuis ma lecture, je transmets avec plaisir l'histoire de Simon aux enfants voyageurs que j'accompagne. L'arrêt du coeur d' Agnes Debacker illustrations Anaïs Brunet, collection MeMo Polynies. Un grand merci à Chloé Mary pour la richesse. 

  • Antonia journal 1965-1966 di Gabriella Zalapì.

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    On se glisse entre les draps noirs qui recouvrent chaque miroir du gynécée moral d’Antonia. Palerme, Sicile 1965. Une terre difficile, rugueuse, calcaire et volcanique.
    Les heurts de l’île ne sont pas tendres. La géographie palermitaine se confond à l’asphyxie de la vie domestique d’Antonia. Acre la vie qu’elle respire aux côtés de Franco, le mari insaisissable.
    « Le temps qui passe est du mercure ».
    Les confidences de cette femme, possible cousine de la Modesta di Goliarda Sapienza montent, page à page, de cette terre concrète, comme des fumées lentes. Feu de bois, feu de forêt, feu de cœur. Mais ces fumées montent dans un ciel clair et vide et prennent une consistance étrange. L’auteure écrit Antonia par l’image. Toutes les photos du journal d’Antonia, comme suspendues, sont mystérieuses.
    Comment une femme sicilienne peut-elle sortir de l’enfermement ?La fiction permet de combler les absences. La langue est simple, posée comme pour mieux mimer le processus de la mémoire. Gabriela Zapanì prend son temps. Le temps de l’île, des paysages minéraux à la végétation courte et robuste à la manière des femmes de l’île dans leur vie quotidienne. Cette dimension revêche et tactile de l’enfermement.
    On ausculte le journal d’Antonia comme le corps tanné de la Sicile. On entend cogner le rythme du cœur profond , celui de cette parole patriarcale qui bourdonne dans les ruelles siciliennes et dans la tête des femmes. On lit la modernité problématique dans laquelle la Sicile bute sur ses propres contradictions et à laquelle se confronte Antonia. Le soufre est l’orfroi de l’île, le souffle son officine.
    Dehors un peu de fraîcheur pour Antonia. Des pierres roulent parfois sur le côté quand l’île est peine.
    Puis le journal se referme , lieu du surgissement des souvenirs
    ...Antonia, raccontami ancora i tuoi segreti....

    Antonia, journal 1965-1966 di Gabriella Zalapì , ZOE.

  • Le Tour de l’oie d’Erri de Luca.

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    Je lis encore et toujours l’auteur de la ville des sangs, là où même les morts ne se tiennent pas tranquilles. Face à la mer, loin du « chiasso », le vacarme, Erri de Luca écrit comme il fait silence. En sa compagnie A’ iurnata è ‘nu muorzo. La journée est une bouchée.
    De livre en livre, sa parole croit en force et en désir. Elle imprègne. Dans le livre ouvert, Le Tour de l’oie, repose le gracieux. Je sais la mer en face de moi et la lecture devient une violente secousse de l’être. Sur certaines pages, gli sono scoppiate le lacrime. Erri ouvre ciel et mer aux bras. Il remue les lèvres d’une langue assassinée dans un dialogue avec un fils imaginaire.
    « Les mots, mon fils, n'inventent pas la réalité, qui existe de toute façon. Ils donnent à la réalité la lucidité soudaine qui lui retire son opacité naturelle et ainsi la révèle.

    Les mots sont l'instrument des révélations. »

    Il sait toucher la matière des mots par des faits ajustés. Erri de Luca écrit des histoires pour des livres.
    « Dans mes écritures, je suis débiteur de voix, je les écoute dans une partie interne de mon oreille, dans les osselets du labyrinthe où je retrouve aussi les personnes absentes. »
    Les livres d’Erri sont pour moi l’incarnation provisoire d’une adresse sans nom. C’est par la petite portion lumineuse des confidences d’un père à l’enfant qu’il n’a pas eu que l’on pressent leur lien secret à venir. C’est un texte de surgissement où l’auteur laisse à jamais dans son silence celui qui ouvrit le profond désir de l’écriture.
    « Je ne lis pas pour rendre visite à des auteurs. Chaque livre se prête à la variante de celui qui le lit. Telle est ma façon de lire, l’ajout personnel qui change le résultat. » Sa langue est évidée du superflu, elle se superpose au peu de mots, au goutte-à-goutte de la langue di Gianmaria Testa. Elle est l’oubli ou l’absorption qui chasse les vilaines choses de l’esprit.
    Quand je referme un livre d’Erri de Luca, j’apprends à faire confiance à la poussée de silence qui me réveille chaque matin, et m'éloigne du dégoût de la parole, parfois devenue monnaie de singe.

  • La Conversation amoureuse d’Alice Ferney

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    Dans le bruissement d’une conversation amoureuse qui les reflète toutes, un homme et une femme sont livrés à la magie des mots et au dangereux bonheur du secret qu’ils s’inventent.
    Le livre s’ouvre sur un couple de futurs amants qui marchent dans la rue. On ne peut pas renoncer à un nouvel amour même si la pureté d’un lien conjugal sans mensonge est désirable. Mais pour Pauline Arnoult, face au charmant Gilles André, comment savoir, au moment de s’élancer, si l’on paraphe un serment ou une bagatelle ?
    Tandis qu’ils bavardent, la narration relate un repas entre amis où Pauline et Gilles seront absents. Un amour fleurit souvent dans le terreau d’un désespoir. Nul n’échappe à ce qui blesse. L’imbroglio des cœurs et des êtres est un sort commun. Dans la conversation amoureuse, chaque mot devient un collier de mots et les gens qu’on aime sont aussi ceux qui nous torturent. Pauline, mariée, porte en elle la trace lumineuse d’un homme en plus. C’est une émanation de secret. Le sentiment de vivre une rencontre affirme sa grâce naturelle. Au fil des pages, ce jeu du viril et du féminin, leurs feintes, leurs doutes et leurs émois, leurs masques et leurs secrets, le sentiment de renaissance, ce tressaillement, l’emballement de la vie ordinaire. Alice Ferney décrit ce vertige, cette griserie capable de vous refaire cent fois la partie.

     

    Ce livre confie la présence qu’un homme peut prendre dans une vie, celle dont il faut souffrir l’absence et l’intermittence. Ce sont les mots qu’un homme prononce et qui restent suspendus quelque part en elle. C’est l’histoire d’un homme qui mange sa vie parce que les mensonges sont des petits voyages dans l’au-delà de l’amour.

  • Des âmes simples de Pierre Adrian

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    " Les caméras dispersent le bruit du monde...Elles n'aiment pas la lumière parce qu'elles ne la connaissent pas. Le monde veut ce qui brille, et la lumière vraie ne brille pas. Dans la vallée,  du moins, on ne la voit pas. Il faut s'arrêter,  prendre le temps de chercher.  Mais ici, on ne fait que passer. Une vallée est un passage. On fait étape.  On ne s'y arrête pas. Et pourtant...cette lumière. "

     

    J'ai une fascination pour les textes qui évoquent le repli, loin des figurines des réseaux sociaux. Ce livre m'a emmené au creux de la vallée d'Aspe  là où la terre s'apprend d'abord par ses douleurs. On suit les deux hommes. Pierre Adrian sur les pas du père Pierre, près des vies minuscules,  à l'ecoute de ce guide de l'intérieur.  Comment sont les âmes au creux de la vallée? Un texte qui murmure la foi en l'humanité. 

    Des âmes simples de Pierre Adrian.

  • Nos Éclats de miroir de Florence Hinckel, Nathan

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    " Écrire,  c'est tricoter avec les laines des pensées : formes, couleurs,  fils, sensations,  idées abstraites.  Les agencer, puis les couvrir d'une couette douillette.  Ou au contraire,  les trancher avec un sabre."

     

    Cleo a lu le journal d'Anne Franck. Elle décide de poursuivre la correspondance en s'adressant à la fillette juive. Des confidences actuelles d'une adolescente à une autre disparue. Une tonalité très juste sur les difficultés au sortir de l'enfance: une amitié vampire,  une maman fugueuse, un papa très beau et beaucoup de poésie. 

    A la fin du livre, Florence Hinckel fait figurer deux pages de son journal intime comme une jolie mise en abîme. 

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    Un livre pertinent qui offre beaucoup de possibilités de production d'écrits avec les enfants.

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  • Ce soir je le fais, ce soir je le quitte de Cathy Ytak, Rouergue, collection doado.

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    Un texte à deux voix qui se rencontrent,  se confrontent,  se superposent.  Celle de Simon le soir d'une première fois. Cette expérience tant attendue, espérée,  sublimée. On se donne l'apparence d'une confiance toute masculine.  Le sexe fort ne doit pas faiblir. On prendra un peu d'alcool pour se donner la gniaque. A se voiler la face, on la perd totalement.  On perd aussi son érection. On ne sait plus qui on aime, qui on désire : un autre sexe?Ce texte crie en filigrane " les filles, les filles, c'est pas facile d'être un homme aussi". En écho la voix d'Emma. Elle est aimée de Loïc. Il la nomme son bébé.  Mais à l'ère de  l'amour 2.0, les filles ne veulent plus être ce petit être à protéger. Les filles ont des désirs de jeunes femmes non rangées. Les filles aussi savent que " les élans de mon corps ne sont pas ceux de mon coeur ". Ce livre bouscule, il a la force et le tempo d'un slam. Chaque mot cogne joliment,  sans faux semblants. C'est un livre qui percute comme souvent le font les émotions à l'adolescence. C'est court et essentiel comme les nuits fauves, celles qui ponctuent la vie des premières fois. 

  • Les Murs bleus de Cathy Ytak.

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    1969. Les pas d’Antoine à nouveau sur les pavés parisiens après sept ans d’exil. Appelé pour l’Algérie, déserteur, cet instituteur a fui l’ignominie d’une guerre qu’il refuse pour Sertão, au Brésil. A ses côtés, un petit garçon de cinq ans, aveugle.

    Comment écrire la guerre d’Algérie quand on sait combien ces années touchent à la temporalité passée et à venir des colonisés comme des colonisateurs et à leur humanité?

    « La France autrefois, c’était un nom de pays, prenons garde que ce ne soit, en 1961, le nom d’une névrose », écrivait Jean-Paul Sartre. La guerre d’Algérie a opposé une poignée de nationalistes à l’Etat français, tous gouvernements confondus, sûr du rôle positif de la colonisation et empêtré dans une injonction contradictoire : répondre au souhait d’indépendance des Algériens dans un contexte mondial de décolonisation et gérer le destin du million d’Européens vivant dans le pays depuis fort longtemps.
    Le nombre des exactions va augmenter à une vitesse folle durant les années 1955 et Antoine se refuse à y prendre part. Il prendra la fuite après une condamnation à mort par contumace. Direction le Brésil où il rencontre Loirinho, jeune garçon recueilli par une femme brésilienne . De retour en France, il retrouve Louis qui a déserté comme lui, un peu plus tôt. Ensemble, ils n’échappent pas aux nuits de cauchemars. L’enfant attend une greffe de cornée et ne sait pas l’origine tragique de son amour pour les ânes: « un âne, c’est très intelligent, parce qu’il se souvient toujours de celui qui le maltraite et qu’il n’obéit jamais quand on le force ».

    Un très beau texte sur l’insoumission sur trois continents différents: des crimes de guerre sur le sol algérien, des assassins décorés en France et des femmes brésiliennes qui refusent la soumission par la maternité.
    « La cécité de l’enfant le renvoyait à la sienne, à cette inquiétude chronique qui l’aveuglait. »
    Derrière les murs bleus, d’Alger à Paris, les cœurs qui portent une lourde histoire changent de pays.

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    Il ressort bientôt aux éditions Le Muscadier, dans la collection Rester vivant !

  • Rougeville de Patrick Varetz.

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    " Pourquoi continuer de m'appeler Rougeville puisque les âmes, ici, à l'instar des façades des maisons qui les abritent, semblent accepter comme une fatalité l'idée de devoir noircir? Les crises se succèdent, leurs effets s'additionnent, et la contamination gagne. Comment pourrait-il sérieusement en être autrement ? Dois-je vous rappeler les scores réalisés par les tenants de l'extrême droite lors des trois dernières élections ? Autrefois, on vous envoyait au fond de la mine- parfois dès votre plus jeune âge - , et le maigre salaire que vous en rapportiez, tous les quinze jours, servait à alimenter l'économie locale. Mais qu' en est-il à présent, quand il y a de moins en moins de travail et aucune perspective ? Pour exister, c’est comme partout: les gens n’ont de cesse de courir confier leur argent - celui bien souvent de l’allocation chômage ou des minima sociaux - aux grandes enseignes du commerce mondialisé ( celles-là même qui répandent le vide autour d’elles). Au siècle dernier et au siècle d’avant, les puissants qui nous faisaient courber la tête habitaient de grandes maisons sous les fenêtres desquelles on pouvait - le cas échéant - aller défiler pour hurler sa colère. Mais aujourd’hui, vers qui se tourner? On ignore jusqu’à l’endroit où se cachent ceux qui nous ont abandonnés. C’est sans doute pour cela que chacun peu à peu se replie dans le silence, occupé - faute de mieux- à cultiver la haine de l’étranger qu’il a cessé d’être. Oui. Car c’est soi-même que l’on apprend ainsi à détester. »

    J’ai dévoré cette pépite publiée chez la Contre Allée. Un texte qui exprime avec force la structure fondamentale d’un espace, les couleurs d’une ville, et la contemplation rêveuse ou les réminiscences auxquelles elle invite. Souvenirs d’enfance qui ne masquent pas la complexité du réel. Rougeville, une telle prégnance qui résiste imaginairement et virtuellement aux ruptures de la géographie comme aux déchirures de l’histoire. Nourri de ses réalités sensibles, mais aussi de ses traditions culturelles du Nord de la France,l’auteur approfondit son imaginaire personnel et Rougeville enrichit en retour un imaginaire collectif des gens du Nord, sans rompre le fil d’un héritage. La ville natale comme un refuge est au-delà de sa simple fonction protectrice, un lieu initiatique, métaphore d’une descente en soi. C’est dans l’espace clos du refuge que l’auteur, par le déploiement d’une immensité intime, peut se régénérer.
    « Si longtemps que tu ailles, c’est au point de départ que tu arriveras de nouveau. » Avicenne.

    Rougeville, Patrick Varetz, La Contre Allée, collection Les Périphéries, mai 2018.

  • Des Fleurs dans le vent de Sonia Ristić

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    «  Personne n’ose provoquer l’avenir. Il faudrait être fou pour provoquer l’avenir. »
    Naissance de l’amour, film de Philippe Garel.

    Les lumières dansent dans la cage d’escalier, boulevard Barbès. Le yukka de la concierge n’est pas le seul à souffrir de cette période où l’âge fait défaut pour Summer, Douma et JC. Les trois amis se retrouvent quotidiennement et depuis leur prime enfance, dans ce hall. Triskèle de notre mémoire commune, face à l’écran le 10 Mai 1981. La tête de tonton, nos parents crient de joie ou de colère, c’est selon. On se souvient encore de l’image pixellisée du nouveau président. Entre les pages, le kaléidoscope d’une génération désenchantée. La politique s’use. Que nous soyons fille de bobos, post 68, comme Summer, ou fils d’immigrés, bosseurs et acharnés pour se faire une place dans un « nôtre pays » comme Douma ou encore fils de ceux qui expriment leurs peurs à coups de poing pour exprimer leur regard haineux sur les différences, comme JC. Nous sommes tous enfants de ceux-là et cette souffrance suggérée par Sonia Ristic dans les pas de côté. La mémoire partagée s’impose au fil du texte. C’est l’histoire d’une jeunesse qui emprunte le chemin de la vie sans savoir où il mène ; c’est la voie actuelle sans reconnaissance matérielle ni reconnaissance sociale. Des Fleurs dans le vent nous fait partager ce quotidien de trois jeunes amis, leur choix de vie, parfois marginal, tantôt léger ou grave, sur plusieurs années de 1980 à 2000 et les majorités silencieuses de nos souvenirs en commun. Des fleurs dans le vent: des fleurs vivaces pour certains, des mauvaises herbes pour d’autres. Fragments de différentes époques de leur vie, leur histoire est constamment reliée à la nôtre. Une fiction flottante sur la différence au moment où la République est allée trop loin sur le chemin du désamour de ses enfants.
    «  [...] ne laissez jamais la couleur de votre peau vous définir. Ne laissez surtout jamais personne vous définir par rapport à ce qu’il voit dans cette couleur de peau. »
    J’ai été troublée en refermant le livre de Sonia Ristic, en laissant ces fleurs au vent quand la poésie, la vérité et la beauté surgissent des bouches des égarés, dans leur urgence de vivre à l’heure où la jeunesse vacille au cœur des tempêtes de notre siècle.

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    Des Fleurs dans le vent de Sonia Ristic, éditions Intervalles.

  • La Palestine comme métaphore, Mahmoud Darwich

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    Nous sommes tous étrangers sur cette terre. [...]Le mélange des peuples, leurs migrations ne sont que cheminements d'étrangers. La paix elle-même ne s'accomplit à certains moments de l'Histoire, que dans la mesure où elle est la reconnaissance par des étrangers d'autres étrangers. Si bien qu'il devient impossible aux uns et aux autres de savoir qui est le véritable étranger. [...] L'étranger n'est pas uniquement l'Autre. Il est aussi en moi. Je n'en parle pas pour m'en plaindre ou pour refuser l'Autre. Il est en moi.
    La Palestine comme métaphore Mahmoud Darwich, traduction Elias Sanbar , Actes Sud.

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    #mahmouddarwich #eliassanbar #nakba

  • Revenir à Palerme de Sébastien Berlendis

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    La ville de Palerme, couchée au milieu de montagnes nues. Son exubérance et son envoûtement. Une idée de concordance et d’apaisement au sein d’une Sicile froissée. Un homme revient dans un ancien palais, chambre du sirocco, refuge d’un amour perdu. Le soleil darde ses rayons à la verticale et les gens se meuvent à l’intérieur des ruelles, d’où pendent telles des oriflammes les lessives du jour. L’homme arpente le ventre de Palerme, son cœur aussi. Dans la tiédeur du mezzogiorno, il se remémore les failles de son histoire avec Délia, et ses voies d’évasion. Tel Cola Pesce, le narrateur plonge dans le passé pour explorer des histoires entrevues ou imaginées, avide de sensations charnelles, redoutant toutefois de se retrouver prisonnier des tréfonds d’un monde de pouvoir imaginaire, vide et désolé. Comment l’homme peut-il se maintenir à flot sur l’île? Il est prêt à plonger en espérant pouvoir refaire surface, ou trouver tout au moins une déchirure dans le filet. La touffeur écrasante de l’air immobile de « Panormus », « le havre de tranquillité » et ses ruines sont le théâtre brillant des réminiscences où la voûte des toiles continue à faire obstacle à la lumière aveuglante d’un amour passé.
    Le croissant fertile de la Conca d’Oro et son éternelle promesse d’évasion par la mer sont sublimés dans ce texte fragmentaire, poétique et sensuel.
    Revenir à Palerme, Sébastien Berlendis, Stock, avril 2018.

  • Manquent à l’appel de Giorgio Scianna.

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    La banlieue milanaise. Cinq lycéens, leurs jeux vidéos, les filles, les bières et un avenir incertain. Simone, selon les désirs paternels, quitte l' Italie pour une école de prestige anglaise. Roberto a une petite amie. Nadine montre une vidéo d'évasion. Là-bas, les jeunes semblent souriants. Ils sont actifs et missionnés.Ils sont bien décidés à partir. Aux parents, on expliquera un voyage de trois semaines à Kos, en Grèce. Dans la mer Egée flottent les quatre puces téléphoniques. Celles qui relient au monde. On jette à l'eau sa vie d'avant pour là-bas. Turquie. Anatolie. Syrie.
    Et le kaléidoscope stylistique de Giorgio Scianna, dénué de pathos entremêle l'absence et le silence pour dénouer l'enquête de cette génération désenchantée. L'effroi des parents face aux motivations insignifiantes.
    " C'est mieux qu'un jeu vidéo, c'est comme un film, un film dont tu pourrais faire partie, et en plus, tu sais qu' ils cherchent des figurants." Une approche réaliste et sociologique où la sidération l'emporte.
    Manquent à l'appel di Giorgio Scianna, traduit par Marianne Faurobert, Liana Levi.

  • Le Silence des esprits de Wilfried N’ Sondé.

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    L’histoire d’un mirage, d’une rencontre inattendue entre Clovis N’Zila, qui tente d’échapper à un contrôle de police et une femme dans un train de banlieue.
    Christelle décide de l’héberger pour la nuit. Elle ne sait rien de lui sauf la détresse de son regard.
    Clovis et ses multiples secrets, Christelle et sa solitude.
    Une bulle se crée dans le modeste appartement. Et la confiance s’installe peu à peu.
    Des mots cousus pour décrire la violence d’une guerre civile en Afrique et les stigmates de l’enfant soldat face à la morosité d’un quotidien de banlieue d’une femme esseulée.
    Dès la naissance, Clovis a été emporté dans un tourbillon de colère et de haine. Il pleure sa vie et sa prime enfance aux côtés de sa sœur Marcelline. Il a fui, le désespoir aux trousses. Christelle écoute les aveux de l’enfant soldat et tressaille à l’angoisse des démunis.
    On veut croire à la fable comme à celle de la déesse, créatrice de tout ce qui se voit ou ne se voit pas. Celle qui habille la terre entière d’une musique, celle des battements du cœur. La déesse, mère du Monde, qui pose sur les songes des hommes et des femmes, le fil magique qui soutient et guérit: le baiser des esprits.
    Les esprits parfois s’affolent quand la catastrophe et le chaos l’emportent. Ils s’égarent et deviennent aphones par l’envie, la haine et la mitraille.
    Christelle, la main couchée côté cœur, témoigne de l’attention à celui qui crie la nuit.
    Peut-on parvenir à oublier les bruits et les images de guerre incrustés dans sa mémoire? L’émotion de velours d’une nuit de confidences suffit- elle à réparer ?
    La fin de ce texte est abrupte, à la manière d’un voile opaque jeté sur le monde, sur ceux qui clament pourtant comme la déesse Mère « nous sommes tous frères ».
    Le Silence des esprits, Wilfried N’Sondé , Actes Sud Babel, mars 2018, première parution en 2010.

  • La Marche du baoyé de Sigrid Baffert, illustrations Adrienne et Léonore Sabrier, MeMo polynie.

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    « Une polynie est un espace d’eau libre dans la banquise qui doit sa liberté au vent. » Chloé Mary, directrice de la collection MeMo polynie.

    Il est beau ce roman d’exil signé Sigrid Baffert La Marche du baoyé, autour d’une famille de fermiers, les Manké, contraints de fuir leur habitat pour la route du désert rouge hanté par la mort. Désert africain? Sud-américain ? Liberté aux lecteurs de se représenter un lieu.
    Les illustrations d’ Adrienne et Leonore Sabrier sont abondantes, sauvages et troublantes. Elles interpellent par leur surréalisme flamboyant au sein de vastes tableaux.
    Les Déracineurs veulent construire un hôtel et déracinent tous les baoyés, porteurs de fruits juteux nommés les kourés.
    « Il régnait un silence de nuit d’hiver en plein jour. Autour de nous, il ne restait qu’un désert rouge. Tout avait été ratiboisé. Arbres, racines, herbes, buissons, plus une seule ligne verticale n’arrêtait l’horizon. Notre bout de terre avait été plus épilé qu’un rôti. Bientôt pousseraient dessus du gazon et des fleurs au garde-à-vous, comme une perruque sur un crâne chauve. »
    Le père, la mère et les deux frères prennent la route avec une carriole sur laquelle est déposé le dernier baoyé porteur de onze kourés, utiles à rassasier la faim des exilés. La carriole a remplacé l’âne Spinoza, disparu étrangement lorsque tous les vivres furent épuisés.
    Sur la longue route de sable, la chaleur menace de torréfier le crâne. Ils veulent atteindre la Haute Jade. Mais cet eldorado existe-t-il vraiment ?
    « Peut-on se nourrir de ses rêves ? »
    Quand un peuple est contraint de manger tous ses animaux , le désert les dévorera-t-il à son tour? Seront-ils ensablés ?
    La mort personnifiée dans le sable rouge recouvre tout espace de liberté, tout espoir de joie.
    Les enfants Manké ont une conscience aiguë face au silence des adultes. Ce même sursaut de l’enfant lecteur qui comprend par le biais de cette histoire qu’il est nécessaire de sortir de l’ensablement et de l’endormissement. Face à la course folle du monde, l’abnégation s’impose et Tiago incarne beaucoup d’espoirs.
    Je suis heureuse de pouvoir transmettre la beauté de ce texte qui interroge la façon d’être au monde aux plus jeunes. Elle est savoureuse et intelligente cette littérature de jeunesse.
    « Je vois la littérature (mais aussi l’Art de manière générale) comme un grand tamis de la vie et du désordre du monde. Un lieu où se décante l’essentiel. Un lieu où les sujets s’extraient du grand magma et se cristallisent en pépites. Ils deviennent enfin visibles, ils peuvent être observés, bousculés, questionnés, démystifiés. Parfois dans une forme de combat et de résistance. Mais je me garde des textes péremptoires, ceux qui imposent au lecteur une opinion. J’aime à croire que le lecteur est assez grand pour se la forger lui-même. Je préfère les textes qui questionnent. J'ai toujours essayé d'aborder les choses graves avec humour, par le prisme de la poésie. Je crois en la lucidité des enfants, en leur force immense. J'ai parfois l'impression étrange que l'arbre est inversé ; il arrive que ce soient eux, les racines, eux qui portent le monde adulte à bouts de bras. Et ce sont leurs rêves fous, leurs regards et leurs rires qui me tiennent debout. Ils sont la raison pour laquelle je mets la littérature jeunesse au-dessus de tout. » Sigrid Baffert.

    La Marche du baoyé de Sigrid Baffert, illustrations Adrienne et Léonore Sabrier, MeMo polynie .

  • La Péninsule aux 24 saisons de Mayumi Inaba.

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    C’est l’histoire d’un isolement. Celui d’une sexagénaire qui quitte Tôkyô pour une vie rurale et simple sur la presqu’île de Shima, près de Nagoya. Les raisons du départ sont assez floues mais le suicide d’une amie chère semble être l’une des raisons.Elle retrouve un lieu qu’elle fréquentait petite. Elle y découvre un calendrier ancien précisant qu’une année se compose de vingt-quatre saisons. Cet almanach fonctionne par quinzaine et mentionne les tâches à effectuer.
    Au fil des pages, s’ouvre une promenade sereine dans la nature. Le calendrier est en accord allé rythme naturel de la végétation. Dans ce texte, le vent et les fleurs sont personnifiés. La narration se fait poétique pour traduire le bruit de la chute des feuilles, ou encore le spectacle des lucioles sur le marais.
    À la manière de Thoreau ou de Hesse, Mayumi Inaba raconte la vie en symbiose avec la nature.
    Un très beau texte, loin des mondanités de la ville, salutaire pour fuir les rapports superficiels. Ce roman a reçu le prix Tanizaki en 2010.

  • Le Cantique des oiseaux de Farîd od-dîn Atâr, traduction de Leili Anvar

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    " Tout cela n'est qu'un conte, une narration vaine
    Et l'oeuvre des vrais hommes est d'effacer leur moi."

    Chef-d'oeuvre de la spiritualité soufie ( branche mystique de l'Islam) le Cantique des oiseaux est écrit en 1177 par Farîd od-dîn Attâ, poète apothicaire de Nichapur en Iran actuel.
    Le soufisme est fondé sur les principes de la sagesse universelle plutôt qu'une théologie stricte et c'est dans ce sens que l'envie de lire Attâr m'est venue. L'accomplissement suprême du soufisme prône l'anéantissement de soi. Son expression la plus aboutie se retrouve sous la plume d'Attâr.
    Le Cantique des oiseaux est un poème méditatif. Chaque distique renvoie à une image, convoque la pensée et sollicite les sens.
    L'histoire est celle d'une aventure exaltante . Des oiseaux se décident à partir à la recherche de l'Etre suprême et pour cela ils suivent la huppe, messagère du roi Salomon. Ils abandonnent tout sauf peut-être dans un premier temps leurs désirs et leurs peurs. Ils semblent proches de nous dans leurs craintes et contradictions. La huppe leur insuffle le courage et l'abnégation en contant des histoires choisies dans les classiques de la littérature ou inspirées du Coran.
    Ce chant sacré dans l'édition traduite par Leili Anvar s'accompagne des merveilles de la peinture en Islam d'Orient. Ce poème a nourri la créativité de nombreux artistes persans, turcs et indo-musulmans.
    C'est une belle épopée spirituelle construite comme une symphonie dont l' écoute est multiple et infinie.

    Le Cantique des oiseaux de Farîd od-dîn Attâr, traduction du persan Leili Anvar, Diane de Selliers Editeur.

  • Pasolini, l’enragé de l’histoire Mélinda Toën, ed. Laborintus

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    Excellent travail de recherche de Melinda Toen sur Pier Paolo Pasolini dont on souligne trop souvent le paradoxe sans en expliciter les atouts pour exprimer l'angoisse d' une société en profonde mutation de la " dopostoria". Analyse brillante et érudite du cinéma pasolinien dans sa conception marxiste de l'histoire et sa vision théologique du monde, dans un mouvement anarchique et chaotique: ce désordre traversé par la société italienne lors du passage au néocapitalisme. Lucidité historique et visionnaire de Pasolini, né le 5 Mars 1922 qui anticipe l' émergence d'une nouvelle race d'homme, l'homme moyen incarné par Orson Welles dans La Ricotta (1963)



    Un écho étrange à l'actualité de l'Italie où la Tour de Pise n'a jamais autant penché à droite.

  • Ordalie de Cécile Ladjali.

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    Quand la poésie souffre de ne pouvoir dire le monde au lendemain de la seconde guerre mondiale, au pied du mur qui séparera l' Allemagne.
    La passion et l'inanité des mots de Zak pour l'esprit libre d'Ilse, sa cousine, double romanesque d' Ingeborg Bachmann. Elle est amoureuse de Lenz, l' écorché vif juif qui ne peut, à la manière de Paul Celan, accepter ce monde effroyable tombé dans l'ignominie de la guerre.
    Ilse et Lenz forment un dyptique impossible de feu et d'eau pour l'antisémite Zak.
    La talentueuse Cécile Ladjali propose une belle reflexion sur l'art, interieur pour le poète qui cherche les mots justes, extérieur pour Zak qui s'adonne à la photographie en admirant Riefenstahl.
    L' Ordalie, jugement de Dieu par l'eau ou le feu autorisera-t-elle la passion ?

  • L’Enfant qui Jeanne Benameur

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    C'est une fugue. Celle d'une femme, d'une amante, d'une mère. Lorsque l'on croise cette femme vagabonde, elle devient une île.
    C'est une fable. Celle de l'enfant qui marche inlassablement dans les pas de sa mère.
    Les mains ouvertes des mères sont des livres d'images. Et l'enfance apprend le souci de la vie qui se perd.
    C'est la quête d'un homme entre deux mortes. La recherche de la liberté, la marche de sa vie.
    Les pensées des uns et des autres martèlent chaque page et nouent des liens avec les absents.
    " La peur est une bonne noueuse de liens. Et les morts font le reste."
    L'Enfant qui de Jeanne Benameur.

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  • Thérèse en mille morceaux Lyonel Trouillot

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    « Ma main m’écrit, me constitue au fil de l’encre.
    Je prends naissance dans un cahier que j’ai moi-même acheté. »

    « Nous habitons nos peaux, nos maisons, nos quartiers, nos histoires personnelles comme si quelqu’un d’autre s’était donné un tel mal pour ranger nos affaires qu’il serait inconvenant de vouloir troubler l’ordre. »

    Le Cap haïtien, début des années 60. C’est l’histoire d’une femme, Thérèse, 26 ans, qui lève les interdits: d’épouse bienveillante et soumise vers une amoureuse du plaisir. Une autre Thérèse que l’on nommera folie. Lyonel Trouillot fait se battre une Thérèse en mille morceaux grâce à l’éclat d’une langue qui brise tous les poids de la tradition. Une fois le corps acquis à sa propre évidence, il n’y a plus matière à débat. Thérèse, au gré du corps, habitera désormais le léger et l’intense.
    C’est un texte court, curieux mais très beau sur l’émancipation féminine.

     

     

  • Illettré de Cécile Ladjali.

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    Quand on croise Léo, jeune homme de la cité Gargarine, porte de Saint Ouen, on ne se doute pas qu’il ponctue son déplacement en comptant les tâches au sol. Quand il prend le métro il n’utilise que les lignes aux repères colorés et celles qui l’informent oralement des stations. Sensible Léo, il écoute sa concierge quand elle lui parle du devoir d’aller voter. Quelle déception quand il ne sait pas déchiffrer les noms dans l’isoloir. Comment être digne d’appartenance dans la société quand on ne comprend pas ses codes?
    Les yeux de Léo passent sur les signes. Parfois ils s’arrêtent sur les courbes de Sybille, jeune infirmière venue panser ses plaies. Il a l’espoir Léo d’apprendre les mots pour elle.
    Il hisse cet infime espoir au sommet d’un mont triste mais l’abnégation permet-elle au bonheur la moindre ascension ?
    C’est le deuxième roman de Cécile Ladjali que je referme avec une profonde émotion doublée d’une grande réflexion sur l’importance des mots et le rôle de l’apprenant. Ce texte est moins lumineux que Benedict mais il porte une énergie poétique. Tout respire le talent et l’intelligence dans ce livre.

  • Laver les ombres de Jeanne Benameur

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    Mettre en lumière un visage pour en faire le portrait, autrement dit « laver les ombres ». Effacer les traces obscures dans un mouvement de danse, celles des hommes sur le corps des femmes. Un gynécée mère-fille, l’une dans l’immobilisme, l’autre dans le mouvement. Puis la danse synchronisée d’une nuit de tempête,face à l’océan, où les mots de Jeanne Benameur telles les vagues animent onze tableaux d’absents en contrepoint. Un théâtre dansé de la vie, sa nécessaire cruauté...son irréductible liberté.
    « Aimer c’est juste accorder la lumière à la solitude. Et c’est immense. »

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    Photo de Madeline Roth

  • Tristesse de la terre Eric Vuillard

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    Beaucoup d'élégance et de richesse stylistique pour évoquer l' indécence du spectacle de masse notamment celui du Wild West Show, mis en scène par Buffalo Bill. Eric Vuillard maîtrise l'art de la critique acerbe qui sous couvert de la description du reality show, étendard de l' Amérique, montre la réelle destruction du peuple indien et l' anéantissement de la dignité humaine. La réécriture par le spectacle confrontée à sa propre vérité et indécence. Un texte percutant.

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    Eric Vuillard chez Gwalarn

  • Petites histoires de nuit de Kitty Crowther

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    Raconteuse d’histoires, Kitty Crowther installe toujours une empreinte singulière en littérature de jeunesse. Observatrice, elle traduit avec justesse et tendresse les attitudes, les expressions et les petites et grandes questions des plus jeunes.
    Elle publie des histoires fortes, donne vie à des personnages attachants et énigmatiques à l’égal de Poka et Mine.
    Pour elle le dessin est aussi une forme d’écriture, même s’il n’a pas de loi grammaticale. Un livre pour enfant c’est «  cette forme d’art pensée pour communiquer. » Dans ses albums, on retrouve la blancheur de la neige, le silence de la forêt, la lumière des îles nordiques. Dans ce nouvel album, Petites histoires de nuit , le rose prédomine comme un écho à la douceur du rêve. Elle donne une présence consciente aux personnages comme les animaux, et une fois encore, la fantaisie préside à la création. On note une énergie du trait pour chaque historiette afin de transmettre ce que l’on ne saisit pas toujours très bien dans la vie, une compréhension sans mots, sans jugements, sans morale. Lorsqu’elle dessine, Kitty Crowther écrit des mots. L’aventurière de l’image propose ici des sentiers peu fréquentés. Les lieux n’ont pas de règles, ils sont à imaginer.
    Petites histoires de nuit propose une grande lecture visuelle des gens par le biais de trois petites histoires que maman Ours raconte à son enfant. Celle d’une mystérieuse gardienne de nuit, puis celle de l’aventureuse Zhora et enfin le singulier Bo. Au creux de chacun d’elles, le repos et la tension s’unissent. Et les personnages en marge prennent vie et prennent toute la place au fil des pages. L’inquiétude n’est plus tue ni masquée dans le déploiement de la nature. L’auteur dessine du visible et de l’invisible.
    En refermant ce magnifique album, on respire un parfum oublié propice aux émotions.

    Petites Histoires de nuit, Pastel, École des loisirs , Novembre 2017.

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  • Le Rêveur des bords du Tigre de Fawaz Hussain

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    Farzand, kurde d’origine, est porteur d’une filiation silencieuse et rassemble les chaînons de son histoire familiale. Le déraciné quitte Paris pour revoir Amoudé, une ville syrienne à la frontière turque, sous le joug de la guerre civile. C’est à Diyarbakir, capitale du Kurdistan en Turquie qu’on lui souhaite, tel un étranger, la bienvenue. C’est l’ enfant d’une histoire douloureuse, celle d’un peuple éclaté entre plusieurs pays.
    Le Kurdistan c’est l’histoire des morts, celle de l’opération Anfal et d’incessants massacres , c’est l’histoire d’ une géographie absente et morcelée . Le narrateur fait résonner la mémoire des lieux et donne corps et décor à des voix silencieuses, comme celles de Stèr et du mystérieux oiseau. À chaque famille, ses fantômes.
    La carte postale de Farzand est un chromo bien fatigué «  [...] je vis le Tigre charriant ses eaux boueuses et sa résignation face à tant d’injustice. »
    Du déracinement au déchirement, notre identité change-t-elle quand nous passons d’un pays à l’autre, d’un monde à l’autre? La déchirure fait de Farzand un oiseau migrateur avec la littérature comme boussole. La littérature est puissante et les petites histoires humanisent cette grande Histoire du Kurdistan, entre poussière et vent. Sa rencontre avec Mirza, jeune vendeur de pépins de pastèque bouillis lui offre l’errance où s’agrègent les réminiscences du Petit Prince de Saint Exupery. Même s’il pressent le cataclysme pour son peuple, l’auteur crie dans ce texte sa confiance en l’imaginaire comme éternel socle commun.
    Lire Fawaz Hussain c’est écouter ce que les exilés ont à nous dire avec cette conscience aigüe de la contingence du monde. On ne naît pas seulement d’un père et d’une mère mais d’une histoire. Quand la religion du journaliste est celle de l’individu quelconque, celle de l’auteur fait ressurgir la sève de l’âme kurde. L’exilé attrape des langues en passant. Il dissocie la chose et le mot qui la définit. Ainsi la langue n’est pas fiable, seuls comptent la parole et le récit. Au cœur du déchirement se soulève la question capitale du rapport à langue. Elle devient langue de soumission et du camouflage comme celle du faux sage du caravansérail de Hasan.
    Une plume virevoltante entre réminiscences et mystérieux permet une éclatante exploration de la question kurde et celles sous-jacentes de l’exil et de la langue. Le livre se déploie autour des rencontres dans les ruelles d’un pays perdu, le long des eaux tumultueuses du Tigre. Mêlant l’individuel et le collectif, Fawaz Hussain élève la tragédie de son peuple au rang d’un conte universel. De vent et de sable sont les pas de Farzand, il est le voyageur et le chemin, plein de son présent au-dessus de la terre qui le porte, royaume de poussière et de vent.
    Le Rêveur des bords du tigre de Fawaz Hussain , Les Escales, Octobre 2017.

  • Rendez-vous à Positano de Goliarda Sapienza.

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    Dans la touffeur écrasante de l'air immobile qui pèse comme une tente affalée, les escaliers de Positano mènent au plus beau, vers le ciel éclatant au-delà des fenêtres.
    Telle une princesse, Erica semble traverser l'intérieur d'une tente de cirque, le soleil brille au travers des toiles et remplit l'espace d'une lumière chaude et diffuse.
    C'est le ventre de Positano, son cœur aussi.


    Compagne du cinéaste Maselli, le responsable de la section cinéma du Parti communiste italien, Goliarda Sapienza se rend dans ce modeste village, hors du temps, pour un repérage cinématographique.

    Là, se joue le drame intime et politique de Goliarda, toujours opposée au Parti communiste. L' amour et l'idéologie s'affrontent dangereusement dans l'incandescence de Positano.

    Quatre ans plus tôt , à la manière de Louis Althusser elle commet un geste, qui sans être un meurtre, la conduit à la prison de Rebibbia. Goliarda la subversive est toute entière dans ses œuvres. Son esprit et son tempérament jaillissent vivants dans chaque page de ce roman. Celle qui fut formée loin des écoles siciliennes, alors sous l'emprise fasciste, celle qui très jeune a lu Dostoïevski, Tolstoï et Hugo dans les ruelles de San Barillo, apprend à raconter en écoutant les récits pleins d'humanité des clients de Giuseppe Sapienza, son père avocat.


    Rendez-vous à Positano propose une unité de mesure du temps: la journée. À l'intérieur de celle-ci, Goliarda et son amie Erica remplissent leur vie où tout palpite pour qu'elle soit digne d'être vécue. Loin du monde qui tend à la saturation, Positano est ce point d'ancrage d'une amitié pérenne. Deux femmes au tempérament tellurique à la douleur secrète nous confient que la vie peut être détruite mais  elle renaît ensuite comme la terre volcanique.
    " Je me console à la pensée que la vie elle-même est ainsi, elle recommence toujours du début."

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    Ce trésor de lecture est la porte de sortie de l'œuvre de Goliarda Sapienza. Loin des vertus combattantes des autres œuvres, ce roman propose un temps de quiétude à celle qui pourtant a toujours refusé de s'embourgeoiser.
    Les douleurs enfouies de la sirène Erica , tel un Cola Pesce dans son enfermement sous l'eau, regagnent les tréfonds d'une terre de pouvoir imaginaire, celle de Positano.
    La fin de L'Arte della gioia se clôt par ces mots: " Raconte, Modesta, raconte."
    Goliarda avait fini son roman et Modesta commençait.

    Rendez-vous à Positano se termine sur les mots d'un vieux villageois " Mais laissons le passé, parle-moi plutôt de toi..."
    auxquels répond une dernière page blanche de celle qui ne souhaitait pas que la vie détruise le rêve.

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     Apputamento a positano, di Goliarda Sapienza, traduit par Nathalie Castagné, Le Tripode, Avril 2017..

  • Maestro de Cécile Balavoine.

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    "Qui suis-je, que suis-je dans votre vie? L'objet d'un désir passager? Une femme dont vous direz un jour que vous l'avez aimée? Est-il possible de n'aimer qu'une seule femme?"
    Le quatuor des dissonances. Köchel 465. Les croches angoissées du violoncelle. Les terreurs nocturnes des deux violons et de l'alto. Et les phrases ténébreuses de celle qui voue une tendre passion pour Mozart depuis sa prime enfance. La pulsation irrésistible des phrasés qui s'envolent. Et toi lecteur tu entends la musique, les mots prennent vie dans ce corps de femme, les notes s'envolent du livre dans un esprit de recueillement. L'âme amoureuse fugue au-delà des pages et des chapitres.
    La naissance d'une grâce, celle du sentiment amoureux comme un supplément d'âme entre Cécile et le maestro.
    L'écriture tel un legato, sans rupture ni temps mort, offre une intensité modulée du sentiment amoureux. L'amour comme la musique ne s'épuisent jamais sous la plume de Cécile Balavoine. Une extraordinaire mélodie sourd des mots. Une partition littéraire de toute beauté, refermée comme à la dernière note d'un concert envoûtant avec un profond silence. Après Mozart, Le silence qui suit est encore du Mozart.
    Exsultate jubilate des deux corps dans l'étreinte fulgurante, plongés dans les draps brûlants. Les yeux ouverts dans la nuit. Cet homme de l'autre côté de la vie qui feuillette son visage après chaque concert. La lente passion, les heures ardentes au chevet des notes et le visage de celle qui aime dans cette vie où on ne peut rien faire qu'échouer...
    Le manque devient lumière au fil des pages. Cécile revient du passé, enlève les briques du mur du temps pour offrir une définition satisfaisante de l'amour. L'abandon de l'homme aimé après chaque concert est un tremblement de terre que la bête du cœur tente d'apaiser.
    Les vaines paroles sur l'amour s'éteignent et le Requiem explose.

  • Une Île en hiver de Sonia Ristic.

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    Viens... je t'emmène hors-temps, sur une île en hiver.
    C'est le récit d' un isolement mais aussi d'une immersion. Celle d'Abel, l'homme sans mémoire qui revient sur l'île, dans un temps suspendu, comme par enchantement puisque l'horloge du campanile semble arrêtée. Les éléments du paysage s'offrent comme des maux les plus déchirants de notre monde.
    Dans un enchevêtrement mystérieux, Abel tisse la beauté fragile de la vie.
    L'ambiance monte et vous emprisonne. Dans la bouche des personnages, des paroles de l'intimement proche à l'infiniment loin. La nature est omniprésente.
    S'éloigne le monde urbain contemporain, son désordre, ses dissonances et les habitants de l'île, de Kaya au docteur, d'Abel à Pandora,de la voix des gitans sans doute aussi, s'immisce la lassitude, comme un désarroi plus intime et plus secret.
    Abel anachorète, s'immerge dans la solitude de l'île dont le fil des jours estompe peu à peu les contours.
    Un drap d'ombre s'abat sur lui et il chavire dans les paroles de Pandora qui lui conte, à sa manière d'équilibriste, le secret de sa naissance.
    Vigueur impressionnante stylistique et poétique du processus invisible et inlassable de renaissance d'où procède la vie.

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    Un roman métaphysique d'une saisissante beauté, une élégie sensuelle et inquiète – comme une fable irriguée, dans ses profondeurs intouchables, comme une méditation sur la place de l'homme.
    " Comment fait-on pour vivre en se souvenant de tout, en ne se délestant de rien, en portant en soi, ce qui fut bien avant nous? Comment fait-on pour savoir qui l'on est, alors qu'on est tout cela, que c'est trop de bagages pour le bruit et la fureur des métropoles , pour l'urbain enragé d'un nouveau millénaire ?"
    Une île en hiver, Sonia Ristic, Le Ver à soie.

  • Lalla J'mila, Le Rocher des filles de Zoubeir Ben Bouchta.

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    " Soyons rebelles, nous méritons d'être libres." Mona Eltahawy.


    Cette phrase me vient à l'esprit en refermant ce texte théâtral Lalla J'mila, Le Rocher des filles de Zoubeir Ben Bouchta.

    A l'origine, un mythe tangerois, Le Rocher des filles, aux mystérieux pouvoirs sur l'alliance et la fertilité des femmes.
    Deux femmes, deux sœurs au pied du rocher livrent leurs confidences dans un mouvement de marée, entre description et condamnation d'une réalité effroyable pour les femmes. L'identité arabe dépend d'un tissu rassurant de mensonges et d'illusions, agréés par les chastes gardiens de la pureté. L'hymen arabe se doit d'être préservé du péché, de la honte, du déshonneur ou du manquement.
    L'auteur souligne comment les obscurantistes prolifèrent dans la culture arabe telle une moisissure. Ces valeurs privent les femmes de leurs vies privées.


    " La femme aussi a des ailes , il faut juste qu'elle apprenne à voler!"


    La voix de Lalla J'mila vibre dans cette société patriarcale, au carrefour des exils, au pays de la charia. On apprend l'histoire de la ville de Tanger, aux origines mythiques teintées de viol, sous le prisme féminin où la ville s'apparente à l'organe sexuel. Tour à tour dominée, la femme est condamnée à l'enfermement et à la folie ( et me vient en écho le gynécée moral subtilement décrit sous la plume de Kaoutar Harchi dans A l'origine notre père obscur, Actes Sud) .
    C'est la parole accordée aux plus faibles, en apparence, à celles qui ne sont pas " libres d'être". La scène prend place dans l'espace ouvert de la mer Méditerranée où la soeur aînée vit recluse, seule solution pour échapper à l'injustice d'être née femme.


    Dans le monde arabe ravagé par le despotisme et l'obscurantisme, certaines voix offrent une belle illustration du nouveau féminisme dans ce carcan infernal qui oppresse toujours les femmes: l'Etat, le regard des autres et le foyer. La révolution politique ne peut avoir lieu sans révolution sexuelle et les confessions des deux sœurs manifestent la colère des femmes arabes entre foulards et hymens. Et le viol devient métaphore de l'oiseau, capturé par l'homme.
    Zoubeir Ben Bouchta évoque l'histoire de Tanger et montre qu'il est inutile de ressembler à un homme pour être forte. Ni d'être contre les hommes pour défendre la cause des femmes et aspirer à la liberté.


    Ce texte a été traduit de l'arabe par Saïd Benjelloun , préfacé par Camilla Maria Cederna, aux presses universitaires du midi.