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samedi, 18 juillet 2009

Les Années d'Annie Ernaux

Récemment, je lisais l'éditorial du magazine Lire écrit par François Busnel sous la forme d'une carte postale.J'ai retenu ses propos: "[...]il va de soi qu'il y a de bonnes et de mauvaises façons de lire. Un souci, une contrainte, un ennui, une contrariété et voilà notre lecture insidieusement affectée.Ce qu'il y a de fantastique, avec la lecture, c'est qu'elle dépend en grande partie de nos humeurs." 

J'ai commencé le livre d'Annie Ernaux Les Années le 25 mai, je l'ai refermé cette nuit le 17 Juillet. Ce livre m'accompagne depuis des semaines, de ma maison à la campagne, dans la chambre bleue, chez mes parents, puis à la clinique, je l'ai abandonné à deux reprises sur une table de chevet pour descendre au bloc opératoire. Je suis contente que ce livre ouvre la parenthèse...

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 C'est étrange de souligner l'émotion suscitée par ce livre tandis que l'auteur, Annie Ernaux, affectionne l'"écriture blanche", "plate" diront certains. Elle nous livre une autobiographie impersonnelle, le "je" s'efface pour le nous et nous ne faisons plus qu'un avec l'auteur. Annie Ernaux choisit douze photos (qui nous rappelle  L'Usage de la photo) pour offrir le récit d'une vie, sa vie et l'histoire sociale d'une époque. Dès lors, son vécu singulier devient collectif. Ce livre est le travail d'une vie, de notes réunies au fil du temps. A partir de ses notes, des photos, elle restitue l'époque, ses valeurs, son langage, son rapport à la  consommation, la sexualité, la politique, la condition féminine...et tant d'autres questions encore de 1941 à 2006. On attend l'année de notre naissance et on partage avec Annie le secret de ces années, de ce passé commun, de toutes ces anecdotes. Je retiens notamment celle du thalidomide,médicament retiré du marché pharmaceutique pour les malformations foetales qu'il induisait dans les années 50 , réhabilité aujourd'hui...Reposer le livre d'Annie Ernaux sur la table de chevet, celle sur laquelle reposait mon thalidomide il y a quelques années... repenser également à son commentaire sur ma copie de composition française l'année de mon CAPES, lorsqu'elle enseignait au CNED.

Ce livre m'est précieux pour sa qualité littéraire, sa richesse et l'écho qu'il renvoie par petites touches à ma propre vie.

Merci Annie Ernaux.

 

"Elle voudrait réunir ces multiples images d'elle, séparées, désacordées, par le fil d'un récit, celui de son existence, depuis sa naissance pendant la Seconde Guerre mondiale jusqu'à aujourd'hui. Une existence singulière donc mais fondue aussi dans le mouvement d'une génération."

"La forme de son livre ne peut donc surgir que d'une immersion dans les images de sa mémoire pour détailler les signes spécifiques de l'époque, l'année, plus ou moins certaine, dans laquelle elles se situent - les raccorder de proche en proche à d'autres, s'efforcer de réentendre les paroles des gens, les commentaires sur les évènements et les objets, prélevés dans la masse des discours flottants, cette rumeur qui apporte sans relâche les formulations incessantes de ce que nous sommes et devons être, penser, croire, craindre, espérer. Ce que ce monde a imprimé en elle et ses contemporains, elle s'en servira pour reconstituer un temps commun, celui qui a glissé d'il y a si longtemps à aujourd'hui - pour, en retrouvant la mémoire de la mémoire collective dans une mémoire individuelle, rendre la dimension vécue de l'Histoire."

Commentaires

Waouh....que d'émotion en lisant ton billet! Ton ressenti de lecture me conforte dans la nécessité de lire ce roman (qui faisait partie de la sélection pour le Prix des Lecteurs du Télégramme) après lequel je cours depuis des semaines sans pouvoir mettre la main dessus! Son succès est tel qu'il est toujours sorti lorsque je vais à la bibliothèque. Mercredi, j'ai vu qu'il était enfin de retour....la semaine prochaine je l'emprunte et s'il est à nouveau sorti, je demande à ce qu'on me le réserve dès son retour sur les étagères ;-)
Je suis ravie de te relire!
Plein d'iode bretonne :-D

Écrit par : katell | samedi, 18 juillet 2009

Je me demande si ça pourrait me plaire, même si je n'habite pas en France, même si ce n'est pas ma tranche d'âge... J'ai peur de passer à côté...

Écrit par : Karine :) | samedi, 18 juillet 2009

Je n'ai pas lu ce livre mais j'ai toujours pris beaucoup de plaisir à lire du Annie Ernaux.

Écrit par : moka | samedi, 18 juillet 2009

Un superbe billet qui me donne envie de replonger dans cette écriture blanche qui appelle paradoxalement plein d'émotions.
J'espère que tu vas mieux, Mirontaine. Passe une bonne journée.

Écrit par : Leiloona | mardi, 21 juillet 2009

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