dimanche, 06 septembre 2009
La première main de Rosetta Loy

"Il y en a trois, des mains. La première est la plus belle, elle a entrelacé ses doigts aux miens, chaude, forte. Une main à la Michel-Ange, aux ongles bien dessinés." C'est une histoire uniquement de gestes où les paroles privées de sens sombrent dans le néant. Et le désir reste impossible à combler, enfantin et adulte à la fois comme s'ils appartenaient, ces gestes, à une petite fille mais aussi à son contraire. Une petite fille solitaire et qui a faim de gratifications, et une adulte ingénieuse, experte. Même les odeurs sont des vagues qui vont et viennent et portent en elles tendresse et ténèbres, les narines les suivent comme si elles marquaient une piste pour s'orienter dans cette forêt de silences. L'amour est au centre de ce récit. Paris, Rome, Venise, les années se superposent, mais le regard de la petite fille est le même que celui de la femme qu'elle est devenue. Si aiguisé, si précis, si intuitif, si vrai.
Je souhaitais découvrir cette figure majeure de la littérature italienne: Rosetta Loy.
Avec sa prose tour à tour légère ou grave, son humour, son attachement tout particulier aux détails, dôtée d'un style élégant et sensible, Rosetta Loy nous fait découvrir la profondeur des choses au fil d'un quotidien d'une apparente transparence. Elle excelle dans la description des époques, des lieux. Elle fait revivre les grands moments de l'histoire italienne des années 30 à celles des années de guerre.
Elle fait palpiter ce qui constitue l'essentiel des vies. Elle évoque plus qu'elle ne dit avec gravité ou tendresse l'image indestructible d'un père, cette "première main" tant aimée.
« Il y en a trois, des mains. La première est la plus belle, elle a entrelacé ses doigts aux miens, chaude, forte. Je la gardais serrée des après-midi entiers quand nous nous regardions dans les yeux ou encore quand nous nous embrassions dans la petite salle sur le côté du bar des Neufs Muses (…)Une main michelangélesque, aux ongles bien dessinés. Une main qui protège et qui rassure. Impropre aux travaux qui demandent adresse et légèreté mais capable d’accueillir toutes les angoisses dans sa paume chaude. »
Cette première main du père m'a rappelé en mémoire celle de mon grand-père Giuseppe...une main serrée avant son grand départ pour me souhaiter un beau mariage.
Je vous invite à lire ce beau témoignage traduit par Françoise Brun.

13:05 Publié dans Défi de littérature italienne | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
















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