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samedi, 05 décembre 2009

L'Enfant multiple d'Andrée Chédid

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(Manège "La vie est belle" réalisé par mes petites mains / amigurumis créés par Isa )

L'Enfant multiple est l'histoire d'un jeune garçon Omar-Jo, de père musulman égyptien et de mère chrétienne libanaise. Il quitte le Liban, un pays écartelé par la guerre après un attentat à la voiture piégée qui cause la mort de ses parents ainsi que sa mutilation: il y a perdu le bras gauche et s'est retrouvé avec le visage quelque peu déformé. Émigré en France chez des cousins, Omar-Jo fait la connaissance d'un forain triste et rabattu. Maxime a l'air aussi désemparé que son manège à l'ouverture du récit. Le jeune garçon va donc sauver non seulement l'entreprise de Maxime mais aussi le forain lui-même.

Je découvre les textes d'Andrée Chedid et L'Enfant multiple est un roman porteur d'espoir. L'enfant Omar-Jo relie présent et passé pour envisager un futur optimiste. Il emmène à la fois les autres personnages (Cheranne, Maxime, Joseph...) dans son manège mais aussi le lecteur. C'est un très beau texte, je regrette de ne pas l'avoir lu plus tôt. Je suis passionnée par le monde des itinérants, et j'ai suivi le parcours initiatique d'Omar-Jo au sein du monde forain avec plaisir.Le manège est un cercle qui tourne. C'est la métaphore de la vie, du cycle qui se répète. Cependant, cette vie jadis poussiéreuse et malheureuse est enjolivée par Omar-Jo et ses spectacles. Il change les larmes en sourires par ses gestes, son cirque.

Un roman bouleversant où l'auteur donne un grand message d'espoir pour le peuple libanais. Son écriture est gracieuse, charmante et poétique. Elle oscille tour à tour entre légèreté et gravité. Andrée Chedid est une grande conteuse et nous offre une belle leçon de vie.

Voici un long extrait, certes...mais si beau. 

"Lorsqu'il sentait son public avec lui, applaudissant et riant de ses loufoqueries, Omar-Jo changeait brusquement de répertoire.
D'abord, il faisait taire la musique ; ses pitreries se fracassaient contre un mur invisible. Ensuite, il laissait un silence opaque planer au-dessus des spectateurs.
D'un seul geste, il arrachait alors les rubans ou les feuillages qui dissimulaient son moignon. Puis, il présentait celui-ci au public, dans toute sa crudité.
Il ôtait son faux nez. En se frottant avec un pan de sa chemise, il se débarbouillait de son maquillage. Sa face apparaissait d'une pâleur extrême ; enfoncés dans leurs orbites, ses yeux étaient d'un noir infini.
Il s'était également dépouillé de ses déguisements qui s'entassaient à ses pieds. Il les piétina avant de grimper sur leurs dépouilles comme sur un monticule, d'où il se remit à parler.
Ce furent d'autres paroles.
Elles s'élevaient du tréfonds, extirpant Omar-Jo de l'ambiance qu'il avait lui-même créée. Oubliant ses jongle-ries, il laissait monter cette voix du dedans. Cette voix âpre, cette voix nue qui, pour l'instant, recouvrait toutes ses autres voix.
L'enfant multiple n'était plus là pour divertir. Il était là aussi pour évoquer d'autres images. Toutes ces douloureuses images qui peuplent le monde.
Mené par sa voix, Omar-Jo évoque sa ville récemment quittée. Elle s'insinue dans ses muscles, s'infiltre dans les battements du coeur, freine le voyage du sang. Il la voit, il la touche, cette cité lointaine. Il la compare à celle-ci, où l'on peut, librement, aller, venir, respirer ! Celle-ci, déjà sienne, déjà tendrement aimée.
Ici, les arbres escortent les avenues, entourent les places. De robustes bâtiments font revivre les siècles disparus, d'autres préfigurent l'avenir. Une population diversifiée flâne ou se hâte. Malgré problèmes et soucis, ils vivent en paix. En paix!
Là-bas les îlots en ruine se multiplient, des arbres déracinés pourrissent au fond de crevasses, les murs sont criblés de balles, les voitures éclatent, les immeubles s'écroulent. D'un côté comme de l'autre de cette cité en miettes, on brade les humains!
Omar-Jo se déchaîne, ses paroles flambent. Omar-Jo ne joue plus. Il contemple le monde, et ce qu'il en sait déjà! Ses appels s'amplifient, il ne parle pas seulement pour les siens. Tous les malheurs de la terre se ruent sur ce Manège.
Tout s'est immobilisé. Les chevaux ont terminé leur ronde. Le public écoute, pétrifié.
Maxime, perplexe, n'ose pas faire taire l'étrange enfant.
Après ces cris d'angoisse, il ne reste d'autre issue que de renouer avec la vie.
Omar-Jo ressort de sa poche son vieil harmonica et, retrouvant son souffle, il en tire, une fois de plus, des sons mélodiques et vivaces."

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Commentaires

J'ai toujours adoré Andrée Chedid !

Écrit par : moka | samedi, 05 décembre 2009

Tu me conseilles quel autre titre pour poursuivre?

Écrit par : Mirontaine | samedi, 05 décembre 2009

Quel beau billet! Je note le titre.

Écrit par : katell | samedi, 05 décembre 2009

Je pense que tu aimeras Katell. Andrée Chedid a beaucoup de talent et le thème de ce roman est poétique et troublant.

Écrit par : Mirontaine | samedi, 05 décembre 2009

Ton billet donne envie de lire ce livre. Pourtant ce titre ne m'avait jamais vraiment attirée. J'y reviendrai sans doute un peu plus tard!

Écrit par : pimprenelle | dimanche, 06 décembre 2009

J'avais ce sentiment là aussi Pimprenelle, il était dans ma bibliothèque depuis quelques années!

Écrit par : Mirontaine | dimanche, 06 décembre 2009

Je suis heureuse,mais pas surprise, que tu aies aussi apprécié ce roman.J'aime l'étudier avec mes sixièmes.J'aime beaucoup Andrée Chedid,son approche sensible du monde et mon préféré, que je te conseille, est le sommeil délivré.
A bientôt.

Écrit par : christine | dimanche, 06 décembre 2009

Le Sommeil délivré...je note! Bises Christine(je viens de boire une tasse de ton thé de Noël d'Allemagne ;))

Écrit par : Mirontaine | dimanche, 06 décembre 2009

combien a t il de page svp?

Écrit par : lili | lundi, 16 juillet 2012

Les commentaires sont fermés.