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dimanche, 21 février 2010

Liberté de Gatlif et Kannay.

Liberté.jpg
Quelques jours avant la sortie du dernier film de Tony Gatlif , je souhaitais lire Liberté co-écrit avec Eric Kannay. Voici un livre fort sur la déportation des Roms. Un manque de reconnaissance, de l'ignorance des autres vis-à-vis de leur propre histoire...Gatlif a souhaité mettre à l'honneur les Roms pendant la période de l'Holocauste.
Un point de départ: l'histoire vraie de Talloche. "Le destin d'un dénommé Tolloche fut particulièrement tragique. Interné à Montreuil- Bellay, il réussit à se faire libérer après avoir acheté, par l'intermédiaire d'un notaire, une petite maison à quelques kilomètres de la ville. Incapable de vivre entre quatre murs, il reprit la route pour retourner dans son pays d'origine, la Belgique. Il fut arrêté dans le Nord et disparut en Pologne avec ses compagnons d'infortune".
C'est le destin de ce Tolloche qui a pris tous les risques pour sauvegarder sa liberté qui a décidé Gatlif à faire ce film. Et puis il y a ce Juste, un notaire, qui lui aussi a pris tous les risques pour tenter de le sauver...

Gatlif nous offre la mise en lumière d'une belle leçon d'humanité: comprendre pourquoi un homme ou une femme décide un jour de sauver des bohémiens.
Pendant la seconde guerre mondiale, les Roms ont été enfermés et massacrés avec l'accord de tous les pays, à l'exception notable de la Bulgarie qui, bien que fasciste, a refusé de livrer ses Tsiganes aux nazis. Encore aujourd'hui, très peu de gens connaissent cette histoire et ne cherchent pas à comprendre les problèmes de ce peuple de 10 millions de personnes en Europe qui semble flotter dans l'air dans une pauvreté extrême. Ce peuple, pendant longtemps, n'a eu ni représentant politique, ni véritable défenseur, excepté quelques écrivains tsiganes dont Matéo Maximoff et quelques amis non tsiganes, ce qui a facilité le mépris à leur égard et et la loi française de 1912 imposant le carnet anthropométrique à tous les roms ou encore les lois de Vichy interdisant le nomadisme qui ont conduit à l'enfermement des Tsiganes dans 40 camps de concentration sur tout le territoire français.
L'âme tsigane n'est pas facile à raconter et à faire comprendre. Il n'y a pas de mot dans la langue tsigane pour signifier Liberté. Les Tsiganes n'emploient pas ce mot car ils sont libres. Il fallait que je trouve un personnage qui, à travers sa pureté, sa naïveté, sa fantaisie, sa liberté, ses folies, représenterait toute la communauté rom. Ce fut Taloche. Il m'a fallu ensuite près d'un an pour arriver au scénario final. En écrivant ainsi, j'ai du même coup approché les raisons du silence qui entoure Samudaripen (le génocide des roms). Les Tsiganes ont peur des fantômes. Lorsqu'ils entrent dans une cave, ils en sortent en courant de peur d'y croiser des revenants. Taloche est ainsi : il a peur des morts. Que s'est-il passé à la fin de la guerre, lorsque les Tsiganes ont compris que des centaines de milliers d'entre eux avaient péri exterminés ? Ils ont eu peur de ces morts, peur de les réveiller, peur qu'ils reviennent. Peur d'en parler, en définitive... Tony Gatlif.
C'est important que LIBERTÉ soit vu et expliqué à l'école. J'espère qu'un jour il n'y aura plus de livres scolaires où les Roms, Bohémiens à l'époque, sont représentés comme des voleurs d'enfants. L'école a longtemps véhiculé une imagerie raciste des roms. LIBERTÉ, c'est un hommage non seulement aux Justes, mais aussi aux instituteurs, à l'école de la République.
Je suis très sensibilisée à l'histoire des Roms depuis que j'enseigne par correspondance à ces enfants de la liberté. J'ai connu des Roms en classe, je me souviens de beaux projets pédagogiques autour de roulottes et contes tsiganes...Je continue à me passionner pour ces enfants du voyage et j'ai l'impression de les respecter davantage en ne leur imposant pas l'enferment à l'école mais en invitant l'école au sein des camps, un peu à la manière de Grâce et dénuement d'Alice Ferney. 
J'attends avec impatience l'avant première de ce film et la BO notamment pour la chanson de Catherine Ringer!
Merci à Clément Vekeman des Editions Perrin et Guillaume Teisseire  chez Babelio pour l'envoi de ce livre.ico_critique.jpg
 
 

Commentaires

J'ai beaucoup aimé ce film, visionné en avant-première,Tony Gatlif a très bien su rendre le besoin de mouvement et de liberté des Tsiganes dans sa manière de filmer et le personnage de Taloche est inoubliable. Tu as raison, ce film est nécessaire, car il y a une grande méconnaissance historique et beaucoup de préjugés contre lesquels il est important de lutter.Bises.

Écrit par : christine | dimanche, 21 février 2010

J'ai vraiment hâte de voir le film cette semaine ;).Bisous Christine.

Écrit par : mirontaine | lundi, 22 février 2010

Bien sûr tu connais Grâce et dénuement (je l'ai lu deux fois, oui!)
Dans mon ex collège on avait pas mal d'élèves venant de familles "du voyage" mais sédentarisées. Qui parfois lâchaient l'école pour les cours du CNED.
Par ailleurs je connais et apprécie quelques "gens du voyage" qui ne voyagent pas toute l'année d'ailleurs mais tiennent à leur mode de vie.

Écrit par : keisha | dimanche, 21 février 2010

Oui cette volonté de ne pas être sédentarisé est évoquée dans le livre. Parfois le contact avec les parents n'est pas facile, souvent ils sont méfiants par rapport à l'institution et frileux vis à vis de la maîtresse mais par correspondance c'est plus simple.;)

Écrit par : mirontaine | lundi, 22 février 2010

Le sujet me tente. Je note.

Écrit par : Géraldine | dimanche, 21 février 2010

C'est un sujet très intéressant et il permet de porter à la lumière un pan de l'histoire très souvent tu.

Écrit par : mirontaine | lundi, 22 février 2010

Je viens de lire votre critique de "Liberté" l'ouvrage coécrit par Tony Gatlif, et suis très surpris que ne soit pas évoqué mon propre ouvrage "Ces barbelés oubliés par l'Histoire; Un camp pour les Tsiganes... et les autres. Montreuil-Bellay 1940-1945" publié par les éditions Wallâda en 1994, dans lequel Tony Gatlif a pris, après me l'avoir demandé, le personnage de Taloche comme héros de son film. Je n'imaginais pas qu'un roman succéderait au film dans lequel figurerait ce même personnage qui a existé vraiment et dont j'ai sauvé le souvenir. Puisque c'était un roman, ne devait-il pas changer le nom ? ou s'il voulait le garder, ne devait-il pas préciser l'ouvrage où il l'avait rencontré ?

Écrit par : Jacques Sigot | lundi, 22 février 2010

Merci pour cette précision, en effet aucune référence n'est mentionnée sur votre travail de recherches.C'est bien dommage, d'autant plus que votre étude m'intéresse.Je pense, comme vous le suggérez, qu'une référence aux sources, aurait été la bienvenue. Cordialement.

Écrit par : mirontaine | lundi, 22 février 2010

Effectivement ça a l'air d'un beau livre, indispensable pour mieux connaître ce peuple, leurs coutumes. Et surtout indispensable pour plus de tolérance.
J'essaierai de le lire.
Concernant les enfants, à partir de quel âge ce récit est-il accessible ?

Écrit par : Marie | mercredi, 24 février 2010

Effectivement ça a l'air d'un beau livre, indispensable pour mieux connaître ce peuple, leurs coutumes. Et surtout indispensable pour plus de tolérance.
J'essaierai de le lire.
Concernant les enfants, à partir de quel âge ce récit est-il accessible ?

Écrit par : Marie | mercredi, 24 février 2010

Je pense qu'on peut étudier des extraits avec des fins de cycle 3, c'est mon souhait dès la rentrée ;)
C'est accessible pour les collégiens.

Écrit par : mirontaine | mercredi, 24 février 2010

Comme ça me fait plaisir de lire ton billet!
Ce film m'a tant........ Les mots sont durs à trouver! J'ai justement essayé d'écrire aujourd'hui mon billet sur le film (pour coller à l'actualité, dirons-nous).
La BO est enfin disponible dans les bacs! Je trépigne!
Et je me procure dès demain ce bouquin!!!

Écrit par : Marie L. | mercredi, 24 février 2010

En attendant, tu peux écouter la BO et la vibrante chanson de Catherine Ringer sur Deezer!
Ici:
http://www.deezer.com/en/#music/various-artists/liberte-490636

Écrit par : Marie L. | mercredi, 24 février 2010

Je ne savais pas que Toni Gatlif avait écrit le livre à la suite de son film ! Mais dans "Petite, Allume un feu ...", tu retrouveras ce sentiment de liberté propre aux Tziganes et aux Roms. Surtout, prends ton temps pour le lire, parce qu'il n'est pas évident à comprendre, mais mérite que l'on s'y attarde. Pour ce qui concerne ce roman, le sujet m'attire vraiment parce que peu de livres parlent de la déportation des Tziganes en Europe pendant la 2e GM, alors qu'elle a concerné près de 500 000 personnes ! Et comme leur mémoire est orale, il reste peu de souvenirs sur cette époque.

Écrit par : Nanne | vendredi, 26 février 2010

Nanne, veux-tu que je te l'envoie? Ce serait avec plaisir.

Écrit par : mirontaine | samedi, 27 février 2010

Les commentaires sont fermés.