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jeudi, 26 août 2010

Le Jeudi c'est Citation!

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Voici une citation qui m'interpelle de retour de Paname.

" Nelly Bouveret- Votre écriture repose sur des antihéros, des gens ordinaires; elle s'étire sur un temps sans fin et sans commencement, elle part de rien, loin de tout événement. Votre écriture se nourrit de la banalité délivrée de toute anecdote. Que ressentez-vous là où il n'y a rien à voir, là où personne ne s'arrête?

Christian Bobin- Prenons un exemple. Prenons l'exemple d'un séjour à Paris. Je m'y rendais avec une amie, pour faire un electure. On sait ce qu'est Paris pour quelqu'un dont les heures se passent en Province: l'abondance. L'abondance de lumières, de visages, de couleurs. Tellement de choses à voir, à entendre, à goûter. La France est une maison. On vit au rez-de-chaussée quand on est en province. On attend le facteur, on attend les beaux jours, on traîne sur le seuil. Quand on veut aller à Paris, on monte à l'étage. On va au grenier. Le grenier est toujours illuminé, plein de malles, de beaux meubles, de poupées, de trésors éblouissants. Donc ce séjour à Paris, au grenier. J'arrive en fin de matinée. La lecture est prévue pour le soir. Mon amie a besoin d'une paire de chaussures neuves, plus souples que celles qu'elle porte. Alors on fait les magasins. On les fait l'après-midi entier. L'après-midi entier, je ne vois de Paris que des boutiques de soldes, des commerces. Et c'est le plein bonheur. Et c'est une joie sans ombre. Ce qui, pour la plupart des gens - et notamment des hommes - serait du temps irritable, du temps crispé, est pour moi une merveille. Parce que, voyez-vous, tout est là où nous sommes, toujours. Dans le fouillis des chaussures en soldes comme dans les salles d'un musée ou sous les arbres tendres du Luxembourg. Je ne mets pas ceci à égalité. Je ne dis pas que c'est la même chose - aller au musée ou faire des courses. Je dis que le regard que nous pouvons porter de loin en loin sur une oeuvre d'art, nous devrions le porter sur toutes choses devant nos yeux. D'ailleurs c'est à ça qu'il devrait servir, l'art, sinon, c'est inutile, du temps gâché: ouvrir notre regard sur ce qui est, sans exclusive. Fleurir notre sang. Les peintres passent des heures, passent des siècles à dessiner deux roses dans un vase, un fruit taché sur une nappe. Ils se mettent au service du plus humble, du rien des choses, de la rougeur d'une étoffe, du tremblé d'un visage. Quand on a bien appris la leçon des peintres - mais je pourrais dire la même chose des écrivains ou des musiciens - on peut aller partout trouver sa nourriture. On voit qu'il n'y a pas l'abondance d'un côté et la pauvreté de l'autre. Pas l'art, la noblesse, la grandeur d'un côté, et l'insignifiance, le trivial, le quotidien de l'autre. On voit que le quotidien est l'abondance. On connaît l'énergie fragile de tout. On marche dans Paris comme on irait dans un bourg de province. Tout se vaut - non dans le néant de tout mais dans le miracle de tout. Finalement mon amie a trouvé chaussures à ses pieds.[...]

En regagnant la librairie où devait avoir lieu la lecture, j'ai vu une petite fille dans un magasin, son visage collé par l'ennui contre la porte vitrée. Un visage arrondi par l'attente, des joues barbouillées, des yeux clairs de ciel. Cette image, entre deux courses, était celle-même que les grands peintres tâchent de saisir entre leurs doigts, de caresser du bout de leurs pinceaux.

Vous voyez: là où il ne se passe rien, il y  a toujours tout..."

La Merveille et l'obscur, Entretiens 1990-1994.

La Passe du Vent. 

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Commentaires

Quelle belle citation! Merci Mirontaine.
Je m'efforcerai d'y penser quand ma petite dernière m'obligera à une tournée des soldes que je fuirais sinon pour aller sur le quai au bout de l'île Saint Louis. J'ai toujours envie de préférer la beauté de la ville de mon enfance à ses commerces pourtant si riches.

Écrit par : christine | jeudi, 26 août 2010

Je me suis posée justement sur ce quais à l'île Saint Louis, un petit hâvre de paix! Bises.

Écrit par : Mirontaine | lundi, 30 août 2010

*quai grrrr

Écrit par : Mirontaine | lundi, 30 août 2010

Et il faut savoir prendre le temps de regarder autour de soi pour voir toute cette beauté! Belle citation!

Écrit par : chiffonnette | jeudi, 26 août 2010

Exactement! parfois on ne prête plus attention aux choses alors que "tout est là".

Écrit par : Mirontaine | lundi, 30 août 2010

Très belle citation, elle sonne vraiment juste !

Écrit par : Irrégulière | jeudi, 26 août 2010

Je l'aime beaucoup!

Écrit par : Mirontaine | lundi, 30 août 2010

Oh la la !!! J'aime décidément beaucoup Bobin !!!

Écrit par : Noukette | vendredi, 27 août 2010

je ne m'en lasse pas! j'aime bien le relire de temps en temps.

Écrit par : Mirontaine | lundi, 30 août 2010

Quel bel extrait!!!C'est vrai ce qu'il dit de Paris quand on est provincial :-)
Mr Bobin,ohhh Mr Bobin, comme j'aime votre écriture et votre regard sur les choses du monde!

Écrit par : katell | samedi, 28 août 2010

Je vais relire "Le Très-bas" prochainement.

Écrit par : Mirontaine | lundi, 30 août 2010

Rien à redire, superbe citation

Écrit par : Elodie | mardi, 31 août 2010

Rien à redire, superbe citation

Écrit par : Elodie | mardi, 31 août 2010

J'aime beaucoup et ne m'en lasse jamais.

Écrit par : Mirontaine | mardi, 31 août 2010

Les commentaires sont fermés.