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lundi, 30 août 2010

Alice Kahn de Pauline Klein.

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Intriguée par l'article paru dans les Inrockuptibles, je me suis laissée tenter par ce premier roman de Pauline Klein Alice Kahn.  Voici un petit roman bien singulier. Une fille se fait passer pour une autre et déjoue les pièges de l'identité. Pauline Klein  semble s'amuser tel un marionnettiste avec ses personnages. La narratrice d'Alice Kahn semble inexistente, transparente comme une page blanche à noircir, une enveloppe vide à remplir. Elle se croit invisible jusqu'à sa rencontre fortuite avec William Stein, un photographe. Ce dernier la prend pour une autre, celle qu'il attend Anna. La narratrice décide de devenir cette autre. "Anna" devient alors l' image d'elle-même , magnifiée et fantasmée. Anna devient une oeuvre en cours, elle la façonne comme un artiste crée son oeuvre. Un véritable trompe-l'oeil qui prend place dans un cadre. Le monde de l'art contemporain est évoqué avec beaucoup d'ironie, un monde que Pauline Klein a fréquenté  lors de sa sortie de l'école d'art Central Saint Martins de Londres.

La fiction et la réalité se confondent, les personnages comme des poupées matriochkas s'emboîtent. Pauline Klein brouille les frontières, se joue de la réalité.

"Je suis devenue cette fille, je vais m'y habituer, et lui aussi. Il remplacera ses mains par les miennes, ses souvenirs par les nôtres. Il retouchera l'image, le sens et les détails. Il va me confondre, me fondre dans son décor. Je jouerai à celle qui s'y sent bien, jamais à ma place; je remonterai sa pente, à la recherche de ce qu'il a connu, en essayant de ne ressembler à rien d'autre." 

Véritable prouesse dans ce premier roman très fantaisiste qui rappelle le temps de l'enfance. La narratrice s'absente d'elle-même et devient celle qu'elle magnifie. Anna devient chef d'oeuvre, son portrait une fois encadré disparaît. D'une femme transparente, elle devient celle qu'on encadre et qu'on admire.

"Elle est devenue tout ce que je n'étais pas, et tout ce que je voulais être". 

 

La quatrième de couverture "...mais je dépose des traces de ma présence." est un très bel écho à ce premier roman très singulier. Très belle plume originale que je vous invite vivement à découvrir. J'aime beaucoup cet univers fantaisiste et le portrait de l'auteur dans cette vidéo diffusée par Médiapart me séduit beaucoup.

Roman publié chez Allia.


Pauline Klein - Alice Kahn (Mediapart)

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Ce livre est un livre voyageur, il part chez  Clara  puis Keisha, Cathulu, Violette, Catherine, Shlabaya, Stephie, Marie, Leiloona et Malice.

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jeudi, 26 août 2010

Le Jeudi c'est Citation!

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Voici une citation qui m'interpelle de retour de Paname.

" Nelly Bouveret- Votre écriture repose sur des antihéros, des gens ordinaires; elle s'étire sur un temps sans fin et sans commencement, elle part de rien, loin de tout événement. Votre écriture se nourrit de la banalité délivrée de toute anecdote. Que ressentez-vous là où il n'y a rien à voir, là où personne ne s'arrête?

Christian Bobin- Prenons un exemple. Prenons l'exemple d'un séjour à Paris. Je m'y rendais avec une amie, pour faire un electure. On sait ce qu'est Paris pour quelqu'un dont les heures se passent en Province: l'abondance. L'abondance de lumières, de visages, de couleurs. Tellement de choses à voir, à entendre, à goûter. La France est une maison. On vit au rez-de-chaussée quand on est en province. On attend le facteur, on attend les beaux jours, on traîne sur le seuil. Quand on veut aller à Paris, on monte à l'étage. On va au grenier. Le grenier est toujours illuminé, plein de malles, de beaux meubles, de poupées, de trésors éblouissants. Donc ce séjour à Paris, au grenier. J'arrive en fin de matinée. La lecture est prévue pour le soir. Mon amie a besoin d'une paire de chaussures neuves, plus souples que celles qu'elle porte. Alors on fait les magasins. On les fait l'après-midi entier. L'après-midi entier, je ne vois de Paris que des boutiques de soldes, des commerces. Et c'est le plein bonheur. Et c'est une joie sans ombre. Ce qui, pour la plupart des gens - et notamment des hommes - serait du temps irritable, du temps crispé, est pour moi une merveille. Parce que, voyez-vous, tout est là où nous sommes, toujours. Dans le fouillis des chaussures en soldes comme dans les salles d'un musée ou sous les arbres tendres du Luxembourg. Je ne mets pas ceci à égalité. Je ne dis pas que c'est la même chose - aller au musée ou faire des courses. Je dis que le regard que nous pouvons porter de loin en loin sur une oeuvre d'art, nous devrions le porter sur toutes choses devant nos yeux. D'ailleurs c'est à ça qu'il devrait servir, l'art, sinon, c'est inutile, du temps gâché: ouvrir notre regard sur ce qui est, sans exclusive. Fleurir notre sang. Les peintres passent des heures, passent des siècles à dessiner deux roses dans un vase, un fruit taché sur une nappe. Ils se mettent au service du plus humble, du rien des choses, de la rougeur d'une étoffe, du tremblé d'un visage. Quand on a bien appris la leçon des peintres - mais je pourrais dire la même chose des écrivains ou des musiciens - on peut aller partout trouver sa nourriture. On voit qu'il n'y a pas l'abondance d'un côté et la pauvreté de l'autre. Pas l'art, la noblesse, la grandeur d'un côté, et l'insignifiance, le trivial, le quotidien de l'autre. On voit que le quotidien est l'abondance. On connaît l'énergie fragile de tout. On marche dans Paris comme on irait dans un bourg de province. Tout se vaut - non dans le néant de tout mais dans le miracle de tout. Finalement mon amie a trouvé chaussures à ses pieds.[...]

En regagnant la librairie où devait avoir lieu la lecture, j'ai vu une petite fille dans un magasin, son visage collé par l'ennui contre la porte vitrée. Un visage arrondi par l'attente, des joues barbouillées, des yeux clairs de ciel. Cette image, entre deux courses, était celle-même que les grands peintres tâchent de saisir entre leurs doigts, de caresser du bout de leurs pinceaux.

Vous voyez: là où il ne se passe rien, il y  a toujours tout..."

La Merveille et l'obscur, Entretiens 1990-1994.

La Passe du Vent. 

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mercredi, 25 août 2010

Les Tendres plaintes de Yoko Ogawa.

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Quel bonheur de lire ce livre. Je l'ai emporté partout avec moi lors de mon séjour parisien. C'est au Jardin du Luxembourg que j'ai quitté Ruriko, Nitta et Kaoru.

La narratrice, Ruriko, vient apaiser ses peines dans un chalet familial au coeur de la forêt. Elle exerce le métier de calligraphe et souhaite profiter de ce moment de repos pour terminer la biographie d'une vieille dame.

Par une nuit de tempête, elle rencontre ses voisins. Kaoru, l'assistante de Nitta, facteur de clavecin. Le silence de Nitta intrigue et charme Ruriko. S'installe alors un huis-clos entre ces trois personnages touchés par un passé sentimental douloureux. Ruriko a quitté son mari infidèle, la femme de Nitta l'a quitté et Kaoru s'est enfuie de Nagasaki, après avoir perdu son compagnon de manière affreuse.

Ce roman publié au Japon en 1996 est un condensé remarquable des leïtmotivs chers à Ogawa: l'importance de l'écriture sous toutes ses formes, le retrait du monde et sa course infernale et puis quelques références communes à d'autres oeuvres notamment les doigts qui rappellent L'Annulaire. Les paysages sont magnifiques, une grande quiétude s'échappe de cette jolie prose. Le regard porté sur la nature, sur ses sonorités, la magie des nuits, la solitude des individus donnent au récit beaucoup d'intensité.

J'aime beaucoup les romans où la description l'emporte sur l'action et je suis vraiment charmée par l'art d'Ogawa. Le thème du huis-clos et du refuge ont attiré mon attention. C'est un petit bijou sur l'air des "Tendres plaintes" de Jean-Philippe Rameau. On trouve beaucoup de douceur dans ce livre. Ogawa offre une belle description de l'art sublimé de fabriquer un instrument: le clavecin. La musique est omniprésente.Un doux moment de lecture.

Traduit du japonais par Rose-Marie Makino et Yukari Kometani.
Actes Sud, juin 2010.

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mardi, 24 août 2010

Be back.

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Lire Les Tendres plaintes d'Ogawa au Jardin du Luxembourg, admirer la Grande Galerie de l'évolution au Jardin des Plantes, s'offrir un thé à la menthe à la Grande mosquée, flâner à l'Ecume des pages Boulevard Saint-Germain, regretter la fermeture estivale de la Tour de Babel, emporter dans le métro En Attendant la montée des eaux de Maryse Condé et oublier de descendre à Abbesses, s'offrir un thé glacé "Soleil Rouge" chez Mariages Frères, dénicher un livre de Christian Bobin chez les bouquinistes, nourrir les chats d'Amélie, suivre les conseils avisés des amis de FB et se régaler chez Aki avec leurs fameuses okonomiyakis, rencontrer Céline à Montmartre, pique-niquer aux Tuileries et observer un petit Korrigan ravi.
Merci Amélie.

dimanche, 15 août 2010

Nouvelle pause estivale.

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  Mon blog est en pause! Escapade parisienne: librairies, musées, restos...

A bientôt!

samedi, 14 août 2010

Mémé passe à la télé de Martine çuhaciender

"Nous sommes tous des magiciens de la vie et il suffit de quelques mots parfois pour changer le cours du destin.

 Saurons-nous les dire à temps ?"

 

 

 

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J'aime beaucoup cette phrase et je me suis vraiment amusée à lire ces quinze nouvelles de Martine çuhaciender. Le titre interpelle et l'humour ne manque pas de nous faire sourire.

 Dans Génétiquement votre, l'humour se fait de plus en plus caustique lorsqu'elle relate les désirs des futures mères "high tech" pour leurs enfants. J'ai apprécié sa manière de souligner les souhaits des futures parturientes et leurs projets. Je me suis toujours amusée à entendre les propos des mamans certaines d'agir de telle ou telle manière avec leurs enfants. Le débit de paroles de cette assemblée souligne habilement l'importance parfois de se taire sur un tel sujet. La plume de Martine çuhaciender m'a époustouflée! Je trouve qu'il faut beaucoup de talent pour laisser un message si fort dans une forme si brève. 

La vie n'est pas un long "roman-fleuve" tranquille est ma préférée! Une femme, absorbée par la lecture de son roman à l'eau de rose,  se débarasse de tout ce qui entrave la quiétude propice à la poursuite de sa lecture.  Cette nouvelle fait frissonner malgré tout!

J'aime beaucoup les nouvelles et celles de Martine çuhaciender  sont parfois cyniques, tantôt émouvantes mais nous laissent toujours le sourire aux lèvres. Ces personnages sont formidables de drôlerie. Une belle peinture de l'âme humaine teintée d'ironie.

Mémé passe à la télé, Martine çuhaciender, Editions Siloé.

Merci à Clara qui en a fait un livre-voyageur.

 

 

mercredi, 11 août 2010

Le Crieur de nuit de Nelly Alard.

le monde de mirontaine 002.JPGJ'ai reçu ce livre voyageur et je me suis empressée de le lire. Une fois les premières pages lues, impossible de le reposer!

Nelly Alard nous conte l'histoire d'un père tyrannique. Tout commence par sa mort, racontée par sa fille. C'est petit à petit, l'aveu d'une renaissance depuis le départ de ce père autoritaire et fou à lier. Pendant une semaine, les anecdotes sur son enfance vont revenir à la mémoire de la narratrice. Les phrases sont houleuses, la narration comme les blocs de granit de cette région bretonne donne au récit une grande intensité. Les chapitres sont ponctués d'extraits des Légendes de la mort  d'Anatole le Braz où l'on apprend que "le crieur de nuit" est un esprit malfaisant, traduction française du "hopper-noz" breton. Pendant une semaine ce cri haletant de la narratrice fera écho à la présence de l'esprit de son père, son errance entre la vie et la mort. La figure de la mère est magnifique dans ce roman. Une très belle histoire de famille.

Chacun trouvera un écho dans cette histoire si singulière d'un père aussi austère qu'autoritaire.

Gallimard, mars 2010.

Premier roman de Nelly Alard

Merci à  Clara !

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Tom petit Tom tout petit homme Tom de Barbara Constantine

TOM.jpgC’est l’histoire de Tom et de sa mère Joss. Tout cela semble banal et pourtant  Tom, 11 ans, a une maman de seulement 25 ans. Joss est tombée enceinte sans que le papa n'en soit avisé.
Ils habitent un vieux mobil-home et vivent de petits larcins. Joss travaille à mi-temps et souhaite passer le bac en candidat libre. Tom rend visite quotidiennement au potager des voisins. Un jour, il rencontrera Madeleine, une dame âgée, très mal en point. Il prendra en charge ses animaux, son jardin puis son quotidien. Son papa va réapparaître sans qu'il le sache et un fil transparent va relier tous ces personnages. Une histoire peut-être un peu trop cousue de fil blanc mais que j'ai tout de même appréciée pour la légèreté de ton. Barbara Constantine est très habile pour inventer des histoires touchantes, faire sourire malgré des sujets difficiles. L'enfance de Tom n'est pas si singulière mais de manière romancée, elle est beaucoup plus jolie que dans la réalité.

Les petits clins d'oeil aux précédents romans (Clara et le livret de recettes) sont des petites pépites de bonheur au coeur du roman!

Un roman qui apporte beaucoup de fraîcheur et de gaieté! Ce n'est pas mon préféré de l'auteur, car je vois un petit côté annagavaldesque, et j'aimais mieux les non-dits de Mélie.

Calmann-Lévy, mars 2010.

mardi, 10 août 2010

Rentrée littéraire

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challenge-du-1-litteraire-2010.jpgSchlabaya reprend le challenge du 1% littéraire 2010. On ne compte pas moins de 730 romans et je pense chroniquer:

En attendant la montée des eaux de Maryse Condé.

Des Fleurs pour Zoé de Kerr.

L'Amour est une île de Claudie Gallay.

La Symphonie du temps qui passe de Mattia Signorini.

Un Autre monde de Barbara Kingsolver (partenariat Dialogues croisés).

Dernier train pour Buenos Aires d'Hernan Ronsino (partenariat Dialogues croisés).

Mes Alliances d'Elizabeth Gilbert (partenariat Calmann Lévy)

 

vendredi, 06 août 2010

A Mélie sans mélo de Barbara Constantine.

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BREIZH 2010 271.JPGMélie, soixante-douze ans, vit seule à la campagne. Sa petite-fille, Clara, vient pour la première fois passer toutes les vacances d'été chez elle. La veille de son arrivée, Mélie apprend qu'elle a un problème de santé... Elle verra ça plus tard. La priorité, c'est sa Clarinette chérie !
Mélie, le mélo, c'est pas son truc. Elle va passer l'été (le dernier ?) à fabriquer des souvenirs à Clara. Des rigolos. Comme regarder pousser les bambous en écoutant la Traviata, chanter sous la pluie des chansons de Nougaro, goûter les mauvaises herbes qui poussent le long des chemins. Il y a aussi... le vieux Marcel qui va apprendre à Clara à faire de la mécanique, Fanette, sa mère, qui va lui trouver un beau-père, Bello, son parrain, qui va agrandir sa bande de filleuls musiciens. Et puis, comme la vie est vraiment dingue des fois, il y a Mélie qui va enfin rencontrer le grand amour... Cent cinquante ans à eux deux ? Mais quand on aime, on ne compte pas !
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 Deuxième opus de Barbara Constantine: mon préféré! Sincérité, générosité, fraîcheur sont au rendez-vous. J'ai aimé passé une partie de mon été en compagnie de Mélie. Cette grand-mère rappelle le doux temps de l'enfance, celui des étés joyeux dans leur simplicité. Avec Mélie, on regarde les bambous pousser, on fait de la confiture, on observe une pluie d'été... Les chapitres courts, les dialogues très perspicaces apportent beaucoup de dynamisme au récit. Le style de Barbara Constantine aborde des sujets parfois difficiles mais avec beaucoup de légèreté et d'humour.Cette histoire permet de retrouver la part d'enfance en chacun de nous. La musique de Nougaro et Trenet accompagne l'été de Mélie et Clara.
Une belle parenthèse de fraîcheur et de tendresse qui nous rappelle l'importance des plaisirs simples partagés par Mélie et son entourage! Un bel hommage aux petits bonheurs du quotidien.
Calmann Lévy, août 2008 - 245 pages -

jeudi, 05 août 2010

Le jeudi c'est citation!

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"Il y a quelque chose de terrible dans chaque vie. Il y a, dans le fond de chaque vie, une chose terriblement lourde, dure et âpre. Comme un dépôt, un plomb, une tache. Un dépôt de tristesse, un plomb de tristesse, une tache de tristesse. A part les saints et quelques chiens errants, nous sommes tous plus ou moins contaminés par la maladie de la tristesse. Plus ou moins. Même dans nos fêtes elle peut se voir. La joie est la matière la plus rare dans ce monde. Elle n'a rien à voir avec l'euphorie, l'optimisme ou l'enthousiasme. Elle n'est pas un sentiment. Tous nos sentiments sont soupçonnables. La joie ne vient pas du dedans, elle surgit du dehors - une chose de rien, circulante, aérienne, volante. On lui accorde beaucoup moins de crédit qu'à la tristesse qui, elle, fait valoir ses antécédents, son poids, sa profondeur. La joie n'a aucun antécédent, aucun poids, aucune profondeur. Elle est toute en commencements, en envols, en vibrations d'alouette. C'est la chose la plus précieuse et la plus pauvre du monde. Il n'y a guère que les enfants pour la voir. Les enfants, les saints, les chiens errants. Et toi. Tu l' attrappes au vol, tu la redonnes aussitôt, il n'y a rien d'autre à en faire. Et tu ris, tu ne sais que rire devant tant de richesse donnée, reçue. Tu as pourtant affaire, comme chacun, à cette chose terrible dans ta vie, à cette ombre terriblement lourde, dure, âpre. Tu lui fais face comme au reste. Tu ouvres la porte à la tristesse si aimablement qu'elle en est perdue, qu'elle en perd ses manières sombres et qu'on ne la reconnaît plus.
La grâce se paie toujours au prix fort. Une joie infinie ne va pas sans un courage également infini. Dans tes rires c'est ton courage que j'entendais - un amour de la vie si puissant que même la vie ne pouvait plus l'assombrir."
La Plus que vive  de Christian Bobin.
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Parce Chiffonnette trouve que le jeudi est un jour oublié, coincé entre le jour des enfants et le vendredi que tout le monde attend avec impatience, elle a décidé de fonder un comité de réhabilitation du jeudi .Pour lui redorer le blason, elle nous suggère de lui offrir une citation.
J'honore ce premier rendez-vous avec une citation de Christian Bobin.
Une ode à la joie.

mercredi, 04 août 2010

Allumer le chat de Barbara Constantine

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J'ai souvent offert ce livre, tant les critiques étaient élogieuses. Il était grand temps de me faire ma propre opinion et je ne suis pas déçue. Difficile de résumer ce roman mais voici quelques bribes.

C’est l’histoire de Bastos, un chat qui parle, qui a reçu ce prénom de blonde pour avoir passé son enfance à triturer les paquets de sèches de son maître, Raymond. C’est l’histoire de Raymond, aussi, un type qui rêve de cribler de balles cet animal, mais qui rate son coup .

C’est l’histoire de Paul, 10 ans, alcoolique. C’est aussi celle de Pierrot, employé des pompes funèbres, mais passionné de photo, et qui trouve sa voie en photographiant "ses clients", à la morgue. Il en fera un livre et passera à la télé.

C’est aussi l’histoire de Rémi, un enfant adorable et de Marie Rose, qui prépare des pâtés de rats que tout le monde redemande. Son livret de recettes à la fin du livre est un moment incontournable!

Ce livre renferme un monde un peu fou. Les personnages sont attachants et leurs histoires très insolites. Je n'aime pas trop le langage parlé en littérature mais la plume de Constantine est si vive qu'on a quelques difficultés à abandonner cette joyeuse bande. Le rythme est assez rapide et j'avoue parfois m'être perdue dans la galerie des personnages. Néanmoins, ce livre offre un bon moment de détente et de drôlerie. Barbara Constantine a parfaitement mis en scène la vie d'une petite commune rurale.

C’est une nuit de pleine lune. Le chat Bastos est en vadrouille. La pleine lune, ça lui fait toujours un drôle d’effet. Il a la pupille dilatée, la démarche ondulante, le sourire carnassier… il est chaud bouillant. Il a repéré une jeune chatte qui vient d’arriver dans le quartier. Il est en route. Plus que deux jardins à traverser. Il l’entend déjà, la drôlesse.
    Elle aussi, la pleine lune lui fait de l’effet. Elle n’a que sept mois. Et déjà, elle appelle.
    Quel tempérament !
    C’est Rémi qui l’a trouvée dans une poubelle et qui l’a donnée à Jack. Raymond a dit que c’était un mâle, alors ils l’ont appelée Riton.
    Il y a quelques heures, c’était une petite chatte, mignonne, joueuse et câline… une enfant. Là, sous l’emprise des sens, une maniaque sexuelle. Avec une voix à la Marlène Dietrich. Bastos est tout retourné. Il se dit que « Satan l’habite ». Ce n’est pas très fin, mais… c’est la pleine lune, il a une excuse.

 
 

 

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Allumer le chat de Barbara Constantine
(Points, Calmann- Lévy,  2007, 258 p)

mardi, 03 août 2010

Les Invités de l'île de Vonne Van Der Meer.

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 Située sur une île, au large des côtes hollandaises, une maison nommée Duinroos (Rose des vents) accueille chaque année de nouveaux occupants, du mois de Mars à la fin de septembre. Les vacanciers se succèdent et leurs histoires personnelles nous sont livrées au fil des pages : un couple tente de réparer son amour, une jeune fille et une femme plus mûre confrontent leur désir de maternité, un veuf reprend goût à la vie, une famille évite le pire et trouve le meilleur, un couple se forme pendant qu' un autre se délite, une femme convalescente renoue avec elle-même et ses souvenirs... Près d'eux, une femme de ménage, les surveille, prend soin d'eux, en secret, puis referme la porte, après leur passage, et ramène les coquillages sur la plage
J'ai lu ce livre avec beaucoup d'émotions au coeur du gîte breton. C'est une manière très originale de camper des personnages avec cette unité de lieu: la Rose des vents.
Chaque histoire, si singulière, nous révèle toutes les facettes d'une personnalité.
La maison devient de plus en plus familière au fil des récits. Certains personnages m'ont plu davantage, notamment la femme convalescente qui saisit le bonheur dans l'instant présent.
La plume de Vonne Van Der Meer est très sensible. Ce roman est comme un livre de nouvelles dont le personnage principal reste la Rose des Vents. Elle nous offre de très beaux moments qui ponctuent la vie:amour, couple, naissance, maladie, deuil. On a beaucoup de mal à quitter ce lieu.
Une très belle lecture pour saisir l'importance de l'instant présent, de tous ces moments anodins qui font notre vie.
Merci à Katell pour cette belle découverte lors du Swap au long cours 2009. J'ai hâte de lire la suite Le Bateau du soir.vonne van der meer.jpg
 

lundi, 02 août 2010

Zola Jackson de Gilles Leroy

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Zola Jackson, femme noire, retraitée de l'enseignement, vit à la Nouvelle Orléans. L'histoire se passe lors du déluge imposé par l'ouragan Katrina. Prisonnière des eaux avec sa chienne lady, Zola fera défiler le parcours de sa vie. Elle se remémorre la difficulté de la vie,celle de la communauté noire mais aussi la sienne, marquée par le deuil. Dans la solitude de sa maison, tandis que les eaux montent, elle se souvient de son fils tant aimé. Caryl, mort dix ans plus tôt, hante son esprit et illumine le récit.
 "Caryl a éclaté de rire. Quant il rit, mon fils, l’espace se modifie, l’air vibre, la lumière s’irise et les contours cèdent : comme si la face du monde même s’était mise à sourire, tout s’évase et s’illumine, la cuisine devient un palais, la courette un jardin de maître et mon cœur une étoile en suspens."
 

Zola est une femme remarquable, forte face à la tempête. Elle fait preuve de beaucoup de tempérament lorsqu'elle refuse les secours puisque sa chienne Lady ne peut être sauvée par la même occasion. Elle attend le calme après la tempête, peut-être le temps de partir et quitter cette ville qu'elle observe de manière lucide.

"Je pourrais fuir, si seulement j’en avais envie. On pourrait se trisser, Lady, on en a les moyens, tu sais ? J’ai mes écono-croques à la banque, de quoi nous laisser vieillir toutes les deux. On pourrait s’inventer une autre vie sous des ciels tempérés. On pourrait…. Sauf qu’on ne quitte pas cette ville. On y est né, on y a souffert à peu près tout ce qu’une créature du Seigneur peut encaisser, et on y reste. Ce n’est pas le goût du malheur, non, et pas faute d’imagination. C’est juste qu’on a personne d’autre où aller."

Je suis tombée sous le charme de ce roman, lu en quelques heures. Un roman mélancolique dans sa toile de fond mais dôté d'un personnage principal sensible et touchant. Zola domine ce récit de catastrophe. Gilles Leroy revient sur les conditions d'évacuations différentes selon votre couleur de peau et surtout votre condition sociale.

"Zola Jackson, tu fus une bonne mère, peut-être. Maintenant tu es pour sûr une vieille enquiquineuse et un héritage embarrassant. Tu es si noire, Zola Louisiane Jackson, et ton fils café au lait, ton fils mulâtre aux merveilleux yeux verts a ces traits fins qui répondent aux canons de la beauté blanche suprême – si noire, vieux pruneau sec, bien sûr que ton fils a honte de toi ! Bien sûr il te fuit ! Tu n’iras jamais dans les hauteurs vertes et fraîches de Buckhead ; les grandes demeures de vieil Atlanta ? Et pourquoi pas le bal annuel du gouverneur ! Ne rêve pas ma fille, jamais tu n’y entreras, sauf à ramper sous la porte de service. Tu n’es qu’un boulet de charbon."