Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

mercredi, 16 mars 2011

Chienne de vie de Helle Helle

DSC_0002.JPG

Chienne de vie... J'ai emporté ce roman lors de mon dernier passage en librairie. Tout d'abord, j'étais assez tentée suite à l'article paru dans la revue Lire et puis une précision dans la quatrième de couverture m'a convaincue: « c'est le récit troublant de l'arrivée d'un écrivain dans la vie de ses personnages ».

Nous sommes au Danemark. Le roman s'ouvre sur la fuite de Bente. Elle est écrivain, mariée à un dermatologue. Elle est en panne d'inspiration. « Devant la page blanche, j'ai l'impression de disparaître ». Elle vient de traverser une longue période de déprime.

Elle n'a qu'une valise à roulettes lorsqu'elle rencontre à l'autre bout du pays Johnny et Cocotte. Ils se proposent de l'héberger. La maison de ce couple est tout de suite un formidable refuge pour Bente. Elle va nous narrer les petits riens de la vie quotidienne avec ce minimalisme positif que je recherche bien souvent en littérature. Bente évolue dans ce milieu plutôt rustre et silencieux, s'attardant sur des petits détails. On savoure le bruit du feu qui crépite, le bruit du vent, la rigueur d'une tempête de neige. Helle Helle cherche à percer le mystère des êtres grâce aux sensations et à l'ambiance de cette maison danoise.

J'ai repensé en refermant ce roman à la quatrième de couverture...ces personnages existent-ils vraiment? Sont-ils le fruit de son imagination? A-t-elle retrouvé l'inspiration? Helle Helle joue avec les frontières de la fiction, nous invitant à une très habile réflexion sur la création.

Traduit du danois par Catherine Lise Dubost.

Roman publié chez Le Serpent à plumes, mars 2011.

L'auteur sera présent au salon du livre de Paris ce week-end.

 Si vous le souhaitez, Bente aimerait encore voyager...vous pouvez vous inscrire en commentaire.

 

vendredi, 11 mars 2011

L'Eternité n'est pas de trop de François Cheng.

cheng.jpg

Les arbres se dépouillent de leur habillage, traçant dans le ciel uniformément gris leur calligraphie aux traits essentiels. La vie des hommes, elle, devient chaque jour plus éprouvante. Hors du monastère, quand l'hiver s'installe enfin, on doit souvent balayer la neige pour que soit praticable le sentier qui mène au puits. Et, avant de puiser l'eau, on doit casser la glace qui encombre la margelle. Parfois, on peut s'offrir d'agréables surprises, tant il est vrai que l'hiver recèle aussi des sortilèges. Il suffit, par exemple, de pousser plus loin, jusqu'à la grotte des Immortels où, à la belle saison, les pèlerins venaient en masse pour brûler de l'encens et boire de l'eau de la source miraculeuse. Au plus fort de l'hiver, comme pour consoler les humains délaissés, la grotte se mue en une présence féerique, avec son rideau de cristal formé par des stalactites. De l'intérieur de la grotte, où l'on jouit de la douceur, on peut, à travers ce rideau, contempler d'un autre oeil l'immensité scellée de blanc qui s'étend en bas à perte de vue. En réalité, cette immensité scintille d'une flamme bleue ou rose, aussi ardente que les feux de l'été. L'âme en peine croit alors entendre une voix qui lui susurre à l'oreille : " Tout est métamorphose; il y a merveille au sein de la désolation même." L'Eternité n'est pas de trop de François Cheng.

 

Merci à toi Mingingi des prairies, j'ai beaucoup aimé ce livre à la sagesse toute platonicienne et cette passion amoureuse à la fin de la dynastie Ming (XVIIème siècle). Dao-Sheng vit dans un monastère en pleine montagne, à la fois médecin et devin, il oscille entre bouddhisme et taoïsme, retenu de tout engagement définitif par un secret vieux de trente ans : son amour toujours vivace pour une jeune fille juste entraperçue alors qu’il avait 20 ans. Aussi décide-t-il de mettre fin à cette obsession en descendant dans la plaine pour tenter d’y rencontrer celle qu’il a aimée. Et la rencontre a lieu, la passion est partagée meme si épreuves et obstacles attendent les amants. L'amour est source de sagesse.Les descriptions sont magnifiques, servies par une écriture toute magistrale.Un très beau conte sur le dépassement de soi où j'ai aimé me réfugier, appréciant tour à tour la beauté du message et la quiétude offerte au fil des pages.

Albin Michel, 2002. 

mercredi, 09 mars 2011

L'Autre fille d'Annie Ernaux.

Ernaux.jpg

La collection « Les Affranchis » fait cette demande aux auteurs:

«  Ecrivez la lettre que vous n'avez jamais écrite ».

 

J'ai choisi de lire la lettre d'Annie Ernaux. Une lettre qu'elle adresse à sa soeur aînée. L'inconnue.

C'est lors d'une conversation, un dimanche d'Août 1950, entre sa mère et une cliente de l'épicerie qu'Annie Ernaux découvrira le lourd secret de ses parents. Quelques années plus tôt, les Ernaux ont perdu leur fille à l'âge de six ans d'une diphtérie.

Voilà comment, elle fera naître cette inconnue dont les bribes de conversation ne lui étaient pas destinées. Depuis lors, plus jamais le nom de Ginette ne sera prononcé.

Annie Ernaux tente de donner une épaisseur à cette petite fille morte. On suit sa trajectoire au fil des objets retrouvés, des anecdotes enfouies et d'un silence pesant.

« Car il a bien fallu que je me débrouille avec cette mystérieuse incohérence: toi la bonne fille, tu n'as pas été sauvée, moi le démon j'étais vivante. Plus que vivante, miraculée. Il fallait donc que tu meures à six ans pour que je vienne au monde et que je sois sauvée. »

J'ai toujours autant de plaisir à retrouver la belle plume d'Annie Ernaux. Elle nous confie son cheminement de pensée face à ce trio familial reconstitué à l'identique. Réelle ou imaginaire, la distance entre Annie et la soeur aînée nous trouble.

Une très belle quête identitaire au fil des confessions.

Roman publié chez Nil éditions, collection Les Affranchis.

 

lundi, 07 mars 2011

La ballade de Sean Hopper de Martine Pouchain.

Bauchette.jpg

Voici l'histoire d'un homme fermé à la vie.

Sean Hopper travaille dans un abattoir, au comté de Springfield. C'est un homme très taciturne. Un handicapé de la parole. Il maltraite sa compagne Bonnie, relègue son père sénile dans une cabane au fond du jardin et n'a aucun intérêt pour son jeune voisin Bud. Réfugié chez sa grand-mère, Bud sera le narrateur omniscient de cette histoire.

 

Martine Pouchain utilise un vocabulaire sauvage, bestial pour décrire son personnage. L'intrigue s'intensifie au fil des pages. L'histoire est émouvante et très bien écrite.Jusqu'au bout, on s'interroge sur la destinée du personnage. On tente de deviner son lourd secret. On avance au fur et à mesure des confessions de Bud.

 Bauchette a choisi ce roman et je suis toujours touchée par un choix de lecture à mon attention.Je me suis intéressée à cette collection Exprim' chez Sarbacane et à l'auteur Martine Pouchain (Site officiel).

Je suis heureuse que ce livre soit mis sur mon chemin. Petite, j'ai grandi à côté d'un abattoir. Certains descriptions de La Ballade de Sean Hopper m'ont rappelé ces soirées à surveiller l'arrivée des bestiaux pour leur dernier voyage.

Bauchette 2.jpg

Un grand merci à Bauchette pour ce très beau colis dans ma boîte aux lettres: un très bon roman, de jolies boîtes en origami et une carte réalisée à la main.J'enviais Noël dernier ses jolis paquets cadeaux et je fus très heureuse de cette très belle attention. Beaucoup de talent et un grand coeur.

Sonietchka de Ludmila Oulitskaïa.

Sonietchka.jpg

"Pendant vingt années, de sept à vingt-sept ans, Sonietschka avait lu presque sans discontinuer. Elle tombait en lecture comme on tombe en syncope, ne reprenant ses eprits qu'à la dernière page du livre."

Sonietchka est une jeune femme au physique disgracieux. La lecture est sa grande passion, elle lui permet d'embellir une vie assez fade. Elle travaille dans une bibliothèque lorsqu'un jour un homme se présente, à la recherche de romans français.

L'univers est plutôt sombre dans ce roman, Sonietchka travaille dans un sous-sol, elle n'en souffre pas puisqu'elle préfère la compagnie des livres à celle d'autrui. Deux semaines plus tard, elle va épouser cet homme. Ils auront une fille Tania, personnage solaire qui fera entrer dans la vie de ses parents Jasia, son amie. L'intrigue va s'intensifier grâce à ces deux personnages.

En tournant les pages, j'espèrais une Sonietchka passionnée par ses lectures. La littérature pouvait être l'instrument nécessaire pour fuir l'ennui. Ludmila Oulitskaïa met en scène un personnage assez mièvre, presque absente. Elle n'est ni heureuse, ni malheureuse. Des drames se tissent et l'intérêt de cette narration réside probablement dans le caractère immuable de Sonietchka à s'adonner à la lecture ,imperturbable. Elle est indubitablement la digne représentante de l'héroïne russe malmenée par la pauvreté, l'âpreté d'une vie consacrée au labeur et l'injustice.

Prix Médicis étranger en 1996. Edité chez Folio.