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  • Darling River de Sara Stridsberg.

     

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    Darling River est une variation autour du personnage de Nabokov, Lolita.

    Lo a treize ans et parcourt avec son père les routes à bord d'une vieille jaguar le long du Darling River. Le périple semble apocalyptique. Les décors sont vides, la terre aride et les forêts en feu.

    Dolores, un autre personnage, est la vraie Dolores Haze de Nabokov. Sara Stridsberg imagine sa mort en Alaska, tandis qu'elle donne naissance à un enfant.

    Autre personnage avec cette jeune shimpanzée dont un scientifique français tente de lui apprendre le dessin au Jardin des Plantes. Cette histoire est la source selon Nabokov de son roman Lolita.

    Dernier personnage, avec cette femme énigmatique qui sillonne les autoroutes proches de la ville, serait-elle la mère que recherchent Lo et son père?

    Le récit se veut amoral même si l'atmosphère est décrite avec beaucoup de légèreté. Ce roman offre une variation sur le thème de l'instinct maternel sous couvert de l'ambivalence entre les personnages.

    Le regard est assez abrupte sur le monde de l'enfance et la décrépitude du genre humain. Le thème du sordide et du laid n'est pas vraiment ma tasse de thé mais je dois avouer que je me suis laissée charmer par cette plume poétique surprenante. Sara Sridsberg réussit à creuser au plus profond de l'âme humaine dans cette Amérique décadente. Un bon roman sur l'amour, le féminisme, la chair et les variations Dolorès. Dolores veut dire douleur. Selon Stridsberg, la femme serait condamnée à la douleur, celle d'enfanter, d'être fille, mère et amante. La femme apparaît comme un animal dépecé.

     

    « La sage-femme passe le rasoir sans penser qu'entre les jambes de Dolorès toujours hâlées et gluantes et tremblantes et nues enfle une bulle de chewing-gum rose et que dans sa tête un parfum de fraises et de soleil et d'espérances explose. »

     

    Roman surprenant qui me donne l'envie de découvrir La faculté des rêves paru en 2009.

    Roman traduit du suédois par Jean-baptiste Coursaud, Stock, mai 2011.

    Je remercie la Librairie Dialogues de Brest pour cet envoi dans le cadre de Dialogues croisés.

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  • Un été sans les hommes de Siri Hustvedt.

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    Après des années de mariage, Boris s'offre une Pause. La Pause est une jeune femme qui laisse sous le choc Mia, l'épouse bafouée.

    Mia se retrouve hospitalisée dans un service psychiatrique. Siri Hustvedt choisit de s'intéresser à la promesse d'une conclusion positive sur ce noyau tragique.

    Mia (I am) est poétesse et enseignante. Elle décide de se réfugier chez sa mère dans le Minnesota. Elle s'isole dès lors dans un gynécée moral et féminin décliné à tous les âges: des étudiantes adolescentes à qui elle donne des cours d'été, les vieilles amies de sa mère et une jeune voisine, mère de famille, Lola. Mia va se reconstruire grâce aux relations affectueuses que tissent toutes ces femmes réunies.

    C'est un très bon roman où Siri Hustvedt choisit d'exprimer la particularité de la gent féminine sous couvert de féminisme, de psychologie et de philosophie. Les femmes sont au devant de la scène, les hommes ne sont évoqués que par le biais du souvenir ou de mails, le seul petit être masculin, le fils de Lola, est privé de paroles en raison de son jeune âge. J'ai beaucoup aimé le personnage d'Abigail, une brodeuse coquine et révoltée bien avant l'heure.

    Le seul bémol dans ce livre repose sur les digressions incessantes, moments d'érudition qui brisent le rythme narratif. Quatre images viennent ponctuer le récit de Mia et apportent une touche sensible et comique.

    Roman publié chez Actes Sud, mai 2011

    Traduit par Christine Le Boeuf.

    Merci Clara pour le prêt!

  • Où va la nuit? film de Martin Provost.

     

     

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    Martin Provost a connu en 2008 un succès inattendu avec Séraphine, son premier long métrage qui raconte l'histoire d'une femme simple (incarnée par Yolande Moreau), révélée par ses dons de peintre.

    Cette fois, il adapte un roman de Keith Ridgway paru en 2001 aux éditions Phébus Mauvaise Pente sur l'émancipation d'une femme battue.

    Le film s'ouvre sur une mise en scène plutôt abrupte dans la forêt profonde. Rose Mayer, femme soumise, vit dans la campagne belge avec son mari alcoolique et violent. A bout de souffle, un soir, elle décide de le tuer en l'écrasant avec sa voiture.

    Elle part ensuite dans la lumière de Bruxelles se réfugier chez son fils.

    Rose va enfin pouvoir partir avec sa valise, cette valise qu'elle s'amuse à remplir et vider chaque jour, pour rêver à la liberté , le temps de monter et descendre l'escalier.

    Le film, transposé d'Irlande en Belgique, offre un magnifique portrait de femme sublimée par la formidable interprète Yolande Moreau.

    Un très bon moment passé avec ce personnage fort et complexe dans sa quête de liberté.

     

     

     

  • Laura Willowes de Sylvia Townsend Warner.

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    Voilà plusieurs jours passés avec Laura Willowes. Nous sommes au début du siècle en Angleterre. Laura a 28 ans, elle n'est pas mariée. A la mort de son père, elle s'installe chez son frère et sa belle soeur à Londres. Elle devient très vite la douce tante « Lolly » qui s'occupe de tout ce petit monde sans penser à ses propres désirs.

    Le quotidien est parsemé de petits bonheurs ordinaires, quelques excentricités langagières parfois au cours des repas mais Laura occupe ses journées entre broderies, réalisation de bouquets de fleurs et tea-time.Il est loin le temps de la communion avec la nature dans sa campagne natale, à la recherche des fleurs sauvages pour réaliser des philtres dont elle a le secret. La ville de Londres est caractérisée par sa grisaille, la monotonie s'invite dans ce quotidien et Laura Willowes s'ennuie.

    «Son esprit tâtonnait à la recherche de quelque chose qui échappait à son expérience, quelque chose d’obscur et de menaçant, mais en même temps de séduisant ; quelque chose qui se cachait dans les lieux déserts, qui ressemblait au bruit de l’eau gargouillant au fond d’une gorge encaissée ou au cri d’un oiseau de mauvais augure. »

    Et puis vint le moment de la découverte dans Moscow road, d'une petite échoppe fantaisiste où sont réunies des fleurs, des fruits, des légumes, dans un désordre de bric et de broc campagnard.

    « Elle oublia la boutique, les autres clients, les chandeliers. Elle oublia l’air de froid de l’hiver, les gens qui marchaient sur les trottoirs mouillés. Elle oublia qu’elle était à Londres, elle oublia toute sa vie à Londres. Elle avait l’impression de se trouver seule dans un verger à la nuit tombante, les bras tendus vers le canevas de feuilles et de fruits, cherchant des doigts les courbes rebondies des fruits parmi les courbes sans relief des feuilles. »

    Quelques branches de hêtres qu'elle harmonise en bouquets lui feront découvrir Great Mop. Elle oublie dès lors la monotonie de Londres et n'a plus qu'un seul souhait: s'exiler à Great Mop où les sorcières, les nuits de sabbat s'accorderont à son caractère mystérieux.

    L'exil à Great Mop dévoile une rupture dans la narration et devient de plus en plus fantastique. J'aurais aimé connaître l'élan du personnage vers sa réalisation personnelle mais Sylvia Towsend Warner a choisi de conter les péripéties nosturnes de Laura, ses mystères et sa foi absolue en la liberté.

    C'est un très bon roman publié chez Arcanes aux Editions Joëlle Losfeld, préfacée ici par Geneviève Brisac.