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dimanche, 25 mars 2012

Les Prétendants de Marco Lodoli.

 

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Les Prétendants est composé de trois textes : La Nuit, Le Vent, Les Fleurs.

Leur point commun : la nuit romaine comme toile de fond. Marco Lodoli entraîne ses lecteurs dans un univers singulier, plutôt sombre et surprenant. La vie, la mort, le temps, la nuit et Rome offrent des histoires étranges où l’imagination est reine. L’histoire commence de manière ordinaire puis au fil des pages la marginalité se déploie jusqu’au point de non retour, jusqu’au pays de la peur.

Il est très difficile de commenter ce livre sans lui ôter sa beauté transcendée par l’art de Marco Lodoli lorsqu’il distille un malaise poétique. La peur de la faucheuse s’entremêle aux rêves.

Dans le premier récit La Nuit,  Costantino, semble aux prises avec l’inéluctable. Les deux hommes de main du Fou – Fedele et Ottavio – lui offrent une dernière nuit de ripailles avant son exécution. Cela fait pourtant des dizaines d'année que Costantino obéit scrupuleusement au Fou : d'abord coursier d'étranges colis, puis jardinier d'un domaine inhabité, il a laissé le fou diriger sa vie. Mais Costantino ne réussit pas à étouffer ce désir d'amour et de bonheur qui le tiraille depuis l'adolescence.

Dès l’incipit, on pense à une sordide histoire de mafia mais très vite se profile un univers surréaliste.

Le Vent est assez différent. Lucas arpente chaque nuit la capitale  à la recherche de quelques clients. Mais ce soir-là c'est un étrange passager qui prend place dans sa voiture et commence pour Lucas et ses proches une folle course contre la montre. Le Vent est  le récit le plus amusant de la trilogie. Il interroge le processus de création littéraire. En effet, dans une amusante mise en abîme, Marco Lodoli s'invite dans l'action et s'interroge sur son statut d'écrivain.

Avec Les Fleurs, la quête du sens en écriture s’intensifie. Le narrateur, simple postier d'un petit village, a tout abandonné pour se consacrer à la poésie. Il quitte son métier et son village. Arrivé à  Rome, il attend d'être remarqué par le directeur de la revue La Tanière. Mais l'attente va s’éterniser.

Les intrigues sont différentes mais la ville de Rome apparaît dans chaque récit comme un lieu  de tous les possibles. Les rencontres sont angoissantes.

J’ai beaucoup aimé l’interprétation d’une transcendance qui manipulerait chaque individu ( le fou, le directeur de la revue puis Marco Lodoli lui-même). Les personnages se montrent comme des marionnettes.

Louise Boudonnat, la traductrice, ajoute : «  ils sont les prétendants à l'impossible : aller plus loin que l'amour, que la mort, que l'écriture. »

Le style poétique de Marco Lodoli est très surprenant. Mais il faut aller au-delà des métaphores, du merveilleux et des hallucinations pour apprécier la beauté de ces histoires à dormir debout.

Un très bon livre sur le pouvoir de l’imagination.

Merci à  Dialogues Croisés pour cette très belle découverte.

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mardi, 13 mars 2012

Pas revoir et Neige rien de Valérie Rouzeau.

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Très récemment, un billet chez Cathulu a attiré mon attention. Elle évoquait la sortie d'un numéro consacré à la poétesse contemporaine Valérie Rouzeau dans Le Matricule des anges.

Je me suis procurée ce magazine et très vite j'ai souhaité découvrir les textes de Valérie Rouzeau. J'ai choisi Pas Revoir et Neige rien réédités chez La Table ronde.

Avec Pas revoir, la poète(sse) se dévoile inventrice talentueuse. Elle met en mots le départ de son père ferrailleur, on entend au présent la douleur d'une perte. Elle parle le langage rude des banlieux et convertit en écriture ses images. Son travail de traductrice (les poèmes de Sylvia Plath notamment) l'amène à triturer la langue et donne sens et vivacité aux mots.

Donner du sens aux thèmes comme l'enfance, la mort, l'amitié, la vie, l'amour et le rien, l'écriture de Valérie Rouzeaus s'inscrit comme une manière d'être au monde. Elle offre des pirouettes verbales qui s'incarnent en une image choc. Lire les textes de Valérie Rouzeau c'est osciller entre tendresse et drôlerie.L'humour devient "un cache-tristesse" (Thierry Guichard).

 

Ne plus tenir debout quelquefois tu disais.
Depuis quoi j'ai rêvé que je te relevais que je te relevais et que tu retombais.
Dans la pièce la plus froide tu te serais cassé.
Quand bien même je t'aurais mis debout et tenu aux épaules et parlé à l'oreille apporté des lilas ça n'aurait pas marché.
D'ailleurs je t'ai pleuré dessus ça ne t'a pas remué ni quand j'ai pris ta main dans mes mains bonnes à rien ni rien.
Tu te serais cassé.
Trêve d'éternité.

Je vous invite vivement à écouter cette lecture de Pas Revoir.→ (sur le site de Libération) Valérie Rouzeau lisant des extraits de Pas Revoir


Buissonnnière de l'école poétique, Valérie Rouzeau aligne des vers très longs, des groupes de "souffle essouflé". Ses textes s'animent par un ton en rupture et un langage précipité.Les poèmes de Pas Revoir jouent sur la négation "pas" répétée et le mot "papa".

Neige rien explore le quotidien, notamment celui des démunis. C'est le rendez-vous de la poésie avec une critique sociale. La colère s'exprime par la couleur rouge lors d'une première impression aux Editions Unes.

Les mots deviennent des béquilles nécessaires pour tenter d'avancer.

 Dehors 

Un mot sans savoir où on est trop
Yeux feuilles vin rouges
Sentiment serrement dans sa cage
Etoiles: décrochez-moi ça. 

Une très belle découverte, merci Cathulu! 

mardi, 06 mars 2012

ça nous apprendra à naître dans le Nord d'Amandine Dhée et Carole Fives.

 

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Je l'ai bien aimé ce petit livre publié dans la maison d'éditions La Contre Allée. C'est une oeuvre de commande sur un quartier ouvrier de Lille, celui de Fives. Ce quartier est en pleine mutation, il suscite le respect et l'admiration pour le passé lillois ouvrier. Mais le regard posé sur ce quartier est tour à tour sensible mais aussi comique. Au fil des bistros, Amandine et Carole entrent dans le quotidien de la culture populaire au delà des friches industrielles. Elles proposent des lectures chez l'habitant et au fil des rencontres, le récit se construit.

J'ai beaucoup aimé la parole donnée aux femmes de ce monde ouvrier porté par les hommes. L'une cherche des informations inexistantes sur les femmes de l'industrie textile à Fives. Elle joue sur le fait qu'elle ne trouve pas d'informations à ce sujet et cette absence d'archives en révèle encore davantage sur le quartier.

L'humour est très subtil pour outrepasser l'admiration. Le passage entre le passé récent et les habitants d'aujourd'hui témoigne de la mutation du quartier. Les habitants se cherchent.

C'est un très bel exercice d'écriture sur le quotidien, ni historique, ni sociologique mais un regard subjectif pour mettre en lumière un quartier.

J'ai apprécié également les propos des auteurs sur la commande en écriture et la difficulté d'écrire sur un sujet imposé.

C'est un très beau cadeau de la part de Liliba, un livre qui me touche tout particulièrement puisque ma mère était ouvrière en filature dans ce quartier lillois dans les années 70!

Ce livre m'a donné l'envie de découvrir D'Azur et d'acier de Lucien Suel.