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lundi, 16 avril 2012

Assommons les pauvres de Shumona Sinha.

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Ce roman a des accents baudelairiens. Son titre est emprunté aux Petits poèmes en prose,  où Baudelaire avait imaginé qu’il donnait une correction à un vieux mendiant faisant l’aumône afin de s’assurer de la capacité de réaction de celui-ci.

Etrangère en France, le personnage principal de Sinha assomme un immigré un peu trop entreprenant avec une bouteille de vin.  Elle est interprète auprès de demandeurs d'asile :" Mon devoir se limite à traduire les propos des uns et des autres, ni plus ni moins".

Conduite au commissariat où elle est interrogée par un policier répondant au nom kafkaïen de Monsieur K., celle-ci raconte sur près de 150 pages comment elle en est arrivée là.

Son récit est composé de retours récurrents entre hier et aujourd'hui, entre l’intime et le public avec une succession de portraits.

 Interprète depuis plusieurs années à la division Asie de l’Ofpra, Shumona Sinha expose le malheur des demandeurs d'asile venus du Sud comme une allégorie de la condition humaine: le droit à la liberté, la misère intellectuelle et spirituelle, les mensonges de ses compatriotes bengalis prêts à tout pour rester en France, leurs "rêves tristes comme des chiffons" .

Chaque matin, en arrivant à son travail, elle retrouve cette misère du monde. Comment subir cette violence sans tomber dans l'écueil de la rudesse d'un exil? L'errance des demandeurs d'asile est réduite aux formulaires administratifs.

 

"Je sais combien le sentiment de lassitude, d'inutilité nous accablait ces jours-là. Toujours le même jeu qui recommençait. Les requérants, les officiers et moi, nous étions tous assommés, cerveau engourdi et bouche fade. Je me vois lever mes yeux rouges au-dessus des papiers miteux qui seront grignotés par les rats, couverts de larves, engloutis par la terre et la boue."

Au fil des pages, l'atmosphère devient de plus en plus étouffante comme pour mimer la douleur de l'errance. L'auteur analyse un milieu entier, la machine des demandes d’asile et en saisit les paradoxe de ses rouages. Ni la misère ni la "nature vengeresse" ne sont des raisons valables pour permettre l'asile politique.

 

J'ai frissonné en refermant ce livre, poignant de vérité. Ce roman n'est pas sans rappeler Celles qui attendent de Fatou Diome où les personnages étaient plus nuancés. L'écriture de Sinha est poétique et imagée, elle offre un regard cynique sur l'expérience migratoire, la misère des prétendants à l'asile. 

 Roman lu dans le cadre du Prix Biblioblog.

Shumona Sinha sera présente au Salon du livre d'Arras ce premier Mai.

Commentaires

J'avoue que ce titre m'intriguait et me faisait peur !! Je vais essayer de lire un titre ou l'autre du Biblioblog mais peut-être pas celui-là (ce ser ale manque de temps qui m'en empêchera, je crois !)

Écrit par : Anne | lundi, 16 avril 2012

Je pense que je ne me serai jamais arrêtée sur ce livre en dehors du prix Biblioblog. C'est l'avantage de ce prix, élargir nos horizons littéraires ;)

Écrit par : Mirontaine | mardi, 17 avril 2012

j'en ai lu les épreuves, en juin dernier et je n'ai pas franchement accroché pour ma part. Le style m' a souvent bloquée et le récit ne m'a pas touchée... Bref, rencontre ratée entre ce livre et moi. Tant pis.

Écrit par : Méloë /100choses | mercredi, 18 avril 2012

Le style est surprenant peut-être par la multiplication des portraits... néanmoins les petites touches poétiques parfois donnent un joli ton à ce livre, je trouve.

Écrit par : Mirontaine | mercredi, 18 avril 2012

Les commentaires sont fermés.