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jeudi, 28 juin 2012

Avis de tempête de Susan Fletcher

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J'ai découvert la plume de Susan Fletcher avec son troisième roman intitulé Un Bûcher sous la neige. Je n'ai donc pas résisté à la lecture commune avec Liliba, Enna, Titoulematou , L’or des chambres  et Solenn pour découvrir Avis de tempête.

Encore un très bon roman balayé par les embruns,au coeur du Pays de Galle.

Moïra, une écorchée vive de vingt-huit ans, se rend chaque jour au chevet de sa soeur Amy, plongée dans le coma depuis cinq ans. Au fil des jours, elle remonte le temps et confie aux lecteurs sa propre histoire. Elle nous éclaire sur la relation difficile qu'elle entretient avec sa cadette. Pour quelles raisons se montre-t-elle si hostile envers Amy? Quels ont été ses choix de vie? 

Susan Fletcher met en scène un personnage ambigü, une pseudo-héroïne. Moïra est une jeune femme mièvre, étudiant sans cesse, recluse dans le monde des études et mal à l'aise en société.Face à sa soeur endormie, elle livre sa vie, s'interroge sur ses décisions. Pétrie de culpabilité, elle explique son sentiment de jalousie lorsqu'à la naissance d'Amy, elle fut placée en internat.

Une forme de sagesse se dessine au fil de la narration. Moïra confesse sa vie de femme mariée. Les secrets jaillissent et le thème de la méprise apportent une vivacité au coeur du roman. On assiste à l'éclosion d'une personnalité dans l'analyse fine des sentiments. Les descriptions de la nature et de la mer apportent un souffle sensoriel à cette confidence émouvante.

"Les rêves, Amy. Les rêves que j’ai faits, au cours de ces quelques semaines. Til n’avait pas tort. On n’échappe pas aux rêves, on ne peut pas les laisser sur les draps de son lit quand n se réveille. On peut essayer. Mais ils vous suivent à pas feutrés. Ils respirent, et vous le sentez. Et cela fait peur, ma petite chérie. Ils ne contiennent ni baume ni douceur. Les rêves, si inoffensifs qu’ils paraissent, donnent un sentiment de malaise, quand on se les remémore. On se retourne pour les voir. On en sent les abîmes."

Un très bon roman publié chez Plon en Février 2008, réédité chez J'ai lu.

lundi, 25 juin 2012

Celle qui détricotait la vie de Françoise Baqué.

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Celle qui détricotait la vie… Voilà un titre prometteur. Je n’ai pas trop entendu parler de ce livre publié en Janvier 2009 aux Editions Jacqueline Chambon. C’est le roman d’une femme  à l’aube des quarante ans, qui se rend compte qu’elle n’a rien compris à la vie.

L’élément déclencheur de cette prise de conscience repose sur la mort brutale de son amie d’enfance Nicole. Florence vit dans l’ombre des siens et sa meilleure amie était une compagne fidèle et solide à ses côtés.

Après la mort de Nicole, sa vie ne change pas en apparence, elle continue à enseigner les mathématiques, s’occupe de sa fille Emma. En réalité on assiste impuissant au délitement de son quotidien. La tentation de vivre à travers autrui perd tout son sens avec la disparition de son âme sœur Nicole.

«  Ma vie s'est passée sans moi (…). Elle est menée par des émotions, des sentiments, des pensées qui agissent pour leur propre compte et jouent de moi comme d'un instrument. »

Françoise Baqué raconte ce réveil brutal infligé par la vie. Il est grand temps pour elle d’opérer une reconversion avec l’aide d’Ida, une thérapeute un peu suspecte qui habite Mer, petite ville terne et envoûtante. Ida entreprend de détricoter le passé de Florence jusqu’à la maille défectueuse.

Joli récit d’une lutte intérieure avec ses longueurs parfois mais je souligne la faculté de l’auteur à défaire les histoires personnelles, les dérouler, les démêler…

« Quand on s’est trompé en tricotant, on ne peut pas corriger l’erreur directement, il faut défaire toutes les mailles qui ont été nouées depuis. Or une maille n’a pas d’existence en soi, n’est-ce pas, seuls existent le fil qui la constitue et la volonté qui la forme. » 

vendredi, 08 juin 2012

Le Monde dans la main de Mikaël Ollivier.

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Un samedi après-midi, sur le parking d'Ikéa, la mère de Pierre, notre adolescent narrateur, s'en va. Lui et son père vont devoir apprendre à vivre sans elle et surtout sans explication. Ce roman s'ouvre sur la fuite de la mère. L'histoire est tendre, sensible et drôle à la fois. Le titre et la première de couverture révèlent leur magnifique signification en fin de roman au détour de deux passages des plus émouvants. 

La vie de Pierre va basculer après le départ de sa mère, et au fil des pages, nous découvrons les secrets de famille et la perception de l'adolescent narrateur lorsque sa vie routinière se délite. Les portraits sont très intenses, tour à tour vulnérables, sensibles et fragiles.

Le message du roman est très riche de sens. On grandit en même temps que Pierre et on prend plaisir à lire ce roman sur la jeunesse. Parfois, il m'arrive de craindre l'ennui en ouvrant la littérature pour jeunes adultes mais avec ce type de roman, nous sommes très loin de la littérature massive et thématique, qui use et abuse des mêmes codes et registres.

Le texte de Mikaël Ollivier est très délicat et nous livre un très beau message:  sortir de sa coquille et surmonter ses peurs pour vivre intensément le présent.

J'ai lu ce livre avec beaucoup de plaisir en écoutant Gnossienne d'Erik Satie.

Merci à Nota Bene pour le partage de ce coup de coeur!

Roman publié chez Thierry Magnier en Août 2011.

La Robe couleur café de Maria Messina.

 

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A la vieille fille dont la jeunesse se fane sous l’égoïste regard des siens, au commerçant avare victime de la regrettable fécondité de sa femme, à l’adolescente amoureuse trahie par l’officier volage — sans parler des déçus du "rêve américain" qui reviennent de l’Eldorado plus misérables encore que naguère… —, à ces destins ingrats, à ces victimes du tragique ordinaire, Maria Messina rend le seul véritable hommage : celui d’une compassion qui soumet aux exigences de l’écriture la sincérité du témoignage.
On trouvera à la fin de ce recueil les lettres que Maria Messina adressait à Giovanni Verga entre 1909 et 1919, où la romancière sicilienne — dont la vie fut aussi tragique que celle de ses personnages — confie à son "maître" ses espoirs, ses incertitudes et ses premiers succès.

Née à Palerme, elle publie son premier livre en 19O9 et connait un succès
croissant jusqu'à ce que la sclérose en plaque l'oblige à cesser toute activité dans les années 2O. Elle meurt oubliée en 1944 à Pistoia sous les bombardements.

A la lecture de cette quatrième de couverture, j'étais curieuse de découvrir la plume de cette femme sicilienne au début du siècle dernier.

Ce que je retiens surtout à la lecture de ces nouvelles, c'est le portrait de la Sicile et des siciliens en toile de fond. Une société qui repose dès le début du 20 ème siècle sur un code de l'honneur. Les femmes jouent un rôle particulier dans les familles. On s'intéresse peu à leur désirs mais plus à ce qu'elles représentent d'où l'intérêt porté, par exemple, à leur virginité avant le mariage.

J'ai bien aimé retrouver la tendance proverbiale des siciliens à la discrétion voire au mutisme dans certaines nouvelles. Appréciée de son vivant par des romanciers comme Verga ou Borgese, elle sera redécouverte par Leonardo Sciascia, son compatriote sicilien. Il écrit :

"La vie sicilienne, telle que la dépeint Maria Messina, n'offre ni paysages grandioses ni drames sanglants.
Elle est toute en la mineur. Ce sont des "petits remous" dans une eau
marécageuse où sans bruit, disparaissent des êtres qui n'ont meme pas la force de se plaindre."

Nouvelles traduites par Marguerite Pozzoli chez Actes Sud, Nov. 91.

 

vendredi, 01 juin 2012

La Liste de mes envies de Grégoire Delacourt.

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Mercredi, j'ai passé l'après-midi au jardin avec Jocelyne Guerbette. Vous ne la connaissez pas encore?

J'ai tardé à faire sa connaissance pourtant elle devient très célèbre. Jocelyne est mercière à Arras, non loin de chez moi. C'est une femme simple qui se contente de plaisirs minuscules à la Philippe Delerm. Elle cultive le minimalisme positif au quotidien. Ses enfants ont quitté la maison, elle s'offre une "Vie de femme" comme la chante Romain Didier.  Elle a  appris les hommes et leurs silences et cette plaie qu'ils ouvrent avec indifférence. Les enfants ont quitté la maison et elle apprend à vieillir comme vieillissent les femmes. Elle tient un blog de coutures et broderies mais chez elle, il y a trente ans de bouts de ficelles pour un bateau qui fout le camp. N'allez pas croire que la vie de Jocelyne est triste, non...elle sait se contenter de peu et c'est là son bonheur.Un bonheur riche de petitesses.

Jocelyne gagne au loto. Elle commence à dresser des listes des choses enviées. A la relecture, elle constate la futilité des désirs . Un peu comme Souchon ..."dérision de nous dérisoire...on a soif d'idéal, attiré par les étoiles, les voiles, que des choses pas commerciales...".

Jocelyne sait la perfidie des désirs qui nous affligent.

J'ai été séduite par cette lecture en filigrane de Belle du Seigneur d'Albert Cohen,cette description d'un Amour absolu qui nourrit Jocelyne, comme une Emma Bovary. 

Merci Grégoire Delacourt d'avoir brossé le portrait de Jocelyne qui m'est apparue sous les traits de Yolande Moreau et puis toutes ces chansons qui me sont venues à la mémoire... La Chanson d'Hélène lorsque Jocelyn part...

Un très bon roman dans lequel j'ai glissé le petit mot de mon fils qui a cassé sa tirelire pour me l'offrir.

A lire absolument.J'aurais voulu passer d'autres heures avec Jocelyne, je l'ai quittée la gorge nouée.

Merci infiniment.

En aparté...