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vendredi, 31 août 2012

12O journées de Jérôme Noirez

 

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Je ne connaissais pas les publications de Jérôme Noirez avant de découvrir  ce roman. Il a écrit quelques livres pour la jeunesse  et a remporté le Grand Prix de l’Imaginaire en 2010 pour Le Diapason des mots et des misères. L’éditeur souligne que « la figure de l’enfant est au cœur de son univers littéraire mêlant humour, tendresse, effroi et grotesque. » C’est probablement la question de l’enfance qui a attisé ma curiosité. L’intérêt de cette rentrée littéraire est d’élargir ses horizons de lecture et de varier les registres.

120 journées comme celles de « Salo ou les 120 Journées de Sodome », film italien de Pier Paolo Pasolini, libre adaptation du livre du Marquis de Sade…voilà ce que m’évoquait le titre avant de me plonger dans  les 454 pages. Le roman s’ouvre sur le quotidien de huit collégiens : quatre filles, quatre garçons. Chacun semble avoir son propre caractère et nos huit personnages sont aux portes de l’adolescence. Mais l’adolescence n’est-elle pas qu’une chimère ?

« Parce que toute existence a besoin d’un récit…Ce n’est pas la puberté qui différencie l’enfant de l’adolescent, mais ce soudain déni de récit que les adultes imposent aux enfants quand ils décident de voir en eux autre chose. L’adolescent n’est qu’un enfant privé de récit, Monsieur Duclos… »

Agés de douze à quinze ans, nos huit collégiens vont se réveiller à Silling. Lieu étrange à mi chemin  entre le bunker et le camp de redressement où pendant quatre mois, ils devront se soumettre à des rituels étranges. Ils deviendront les spectateurs et acteurs d’une violence singulière et sanglante. Les intentions des personnes qui régissent Silling sont assez floues.

En parallèle du récit de la séquestration, on assiste à la prise de parole d’un conteur radiophonique, qui s’adresse depuis son ordinateur aux collégiens séquestrés. S’instaure alors une rencontre entre fiction et réel où la frontière entre le fantasme et l’horreur devient de plus en plus mince.

Je suis restée perplexe tout au long de ma lecture. J’ai apprécié les passages sur l’éducation et les questions que l’enseignement suscite.

«  Je me souviens, adolescent, j’admirais parfois la capacité de mes profs à ignorer le mépris qu’ils inspiraient à la plupart des élèves en levant devant eux un mépris encore plus forcené que le leur. Les cours ont toujours été pour moi une guerre de mépris. Nos professeurs étaient coriaces, difficiles à vaincre, car en plus du mépris, ils savaient nous faire ressentir notre propre démérite. Les enfants, à ce jeu, ne gagneront jamais contre les adultes. Des batailles, oui, des escarmouches, mais pas la guerre. »

A Silling, on laisse les enfants dans leur « crasseuse stupidité ». Les 120 journées défilent, avec les mêmes activités, mimant la routine. Je regrette que le portrait des collégiens n’ait pas pris plus d’ampleur au fil du récit. Ce roman est fort singulier et en le refermant, je ne savais pas trop partager mes impressions de lecture à son sujet. Le fait de clore le roman sur l’initiation au homeschooling ouvre toutes les interrogations possibles sur le système éducatif et c’est probablement ce thème qui aura retenu toute mon attention. Je me suis beaucoup plus attachée au personnage du conteur et de sa fille qu’au destin des huit collégiens.

Roman à découvrir, une sorte d’ OVNI littéraire, je pense même que je le relirai car honnêtement je pense être passée à côté de certaines subtilités.


Jérôme Noirez – 120 journées par Librairie_Mollat

 

Merci à Dialogues Croisés pour cette très belle découverte.

 

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vendredi, 24 août 2012

La Capitana d'Elsa Osorio.

 

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Mika, Micaela Feldman, fille d’émigrés juifs, rencontre en 1920 à Buenos Aires, Hippo, Hippolito Etchebéhère, fils d’émigrés français.

Anarchistes, antifascistes et antistaliniens, ils font partie d’un groupe d’intellectuels férus de liberté.

À partir des notes de Mika, des rencontres avec les gens qui l’ont connue, des recoupements de l’Histoire, Elsa Osorio transforme ce qui pourrait n’être qu’une biographie en littérature.

Mika et Hippo prennent la route vers l’Europe. Ils s’installent à Paris puis assistent à la montée au pouvoir du nazisme à Berlin et  rejoignent  enfin les miliciens du POUM en Espagne. Mika parviendra au grade de capitaine.

Elsa Osorio brosse le portrait d’une femme engagée, grande militante anarchiste, très peu connue du grand public.

La narration est scandée par des allers et retours dans les faits chronologiques, des années 30 aux années 70. Elle décrit le Paris du Front Populaire, la montée des nationalismes, la guerre civile en Espagne.

Seule femme dans les tranchées, Mika fait  preuve de courage et de bravoure au sein de l’armée. Elle partage avec ses soldats son idéal révolutionnaire.

La variation fréquente de narrateurs perturbe parfois le lecteur. A mi-chemin entre le roman d’aventures et la biographie, Elsa Osorio parvient à susciter l’intérêt pour cette période historique et la volonté de Micaela à faire progresser ses idées révolutionnaires.

J’ai découvert cet auteur avec Luz ou le temps sauvage et j’ai retrouvé ce souci du détail dans cette biographie romancée.

Merci à Dialogues Croisés pour cette très belle découverte.

 

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Ce que savait jennie de Gérard Mordillat.

 

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Jennie a treize ans. Elle vit avec sa mère, sa jeune sœur et son beau père. Le roman s’ouvre avec la fête d’anniversaire de son beau-père : un milieu social populaire,  des effluves d’alcool, des goujateries et beaucoup de  misère familiale.

A 26 ans, Jennie connaît toutes les institutions pour jeunes en difficultés. Elle vit de petits boulots.

Jennie s’est fait une promesse, retrouver son frère et sa sœur et les emmener sur les falaises d’Etretat, comme leur avait promis sa mère.

Jennie lit Henry James Ce que savait Maisie. Son exemplaire ne la quitte pas, il est devenu son cahier de vie, annoté, corné et illustré. Elle rencontre Quincy, dont la mère, après avoir été licenciée, s'est suicidée en laissant à ses patrons un mot : "Demandez-moi pardon."

De cette rencontre, elle en ressortira plus forte. Confiante en elle, elle part à la recherche de sa fratrie.

Je n’ai pas lu la trilogie de Gérard Mordillat Les vivants et les morts, Notre part des ténèbres et Rouge dans la brume et je découvre cet auteur avec ce roman engagé et surprenant. La fin m’a déroutée mais je suis réellement sortie de ce livre stupéfaite et littéralement scotchée.

Roman social où Jennie, double de l’héroïne d’Henry James  «  voi[t] beaucoup plus de choses qu'elle n'en p(eu)t tout d'abord comprendre, mais aussi, dès le début, comprend bien plus que toute autre petite fille n'(a) jamais compris avec elle ».

La violence des propos, la haine d’un milieu social révolté, la mort omniprésente, offrent au personnage de Jennie une profondeur troublante.

 

Merci à Dialogues Croisés pour cette très belle découverte.

 

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jeudi, 23 août 2012

Le Monde libre de David Bezmozgsis.

 

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Eté 1978, Brejnev a entrebâillé le Rideau de fer. Des milliers de juifs soviétiques se sont échappés de leur pays et affluent dans Rome, lieu transitoire avant le monde libre.  Parmi eux, la famille Krasnansky dont le patriarche Samuil est un communiste expérimenté, né en 1913, avant la Révolution bolchévique, a vu son père assassiné par l’Armée Blanche.

La Ville éternelle est un passage entre deux mondes et la famille Krasnansky montre à quel point ils sont étrangers à une terre puis à nouveau dans une autre. A travers un demi-siècle de l’expérience juive, l’auteur dépeint les promesses et les périls du Monde libre prétendu dans lequel ils sont arrivés. Parvenus à Rome les Krasnansky réalisent que Rome ne représente pas la liberté mais la preuve de leur désobéissance.  

« Mon existence sera la même partout où nous allons » souligne Samuil qui s’impatiente à aller au-delà des limites de Rome. 

L’épopée des Krasnansky souligne la difficulté du déracinement entre violence humaine et marché noir. Samuil, sa femme et leurs fils Alec et Karl, semblent porter le poids de l’Histoire. Les jeunes fils de Samuil ne sont pas mis en évidence dans le récit, pour eux l’expérience juive dans des sociétés tant tsaristes que soviétiques, existera principalement dans les histoires qu’ils liront, mêlées à celles que les parents raconteront.

 David Bezmozgis, observateur compatissant, historien méticuleux et styliste doué commente la vie des Kranansky comme un  parallèle à sa propre immigration familiale pour le  Canada dans les années 1980.

Ecrit dans une prose précise et musicale, Le Monde Libre raconte une scène intermédiaire et kafkaïenne dans la vie des immigrés juifs qui choisissent l’exil en Amérique du Nord plutôt qu’en Israël afin de fuir les lieux où les balles fusent.

Un très bon roman sur la promesse d’une nouvelle vie et la difficulté du déracinement.

 

Livre lu dans le cadre de l'opération "on vous lit tout !" Merci à Libfly et la librairie le furet du Nord pour la découverte.

Le site dédié à l'opération est ouvert.

Parution Septembre 2012 chez Belfond.

 

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samedi, 18 août 2012

La Jouissance de Florian Zeller.

 

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Florian Zeller évoque l’histoire d’amour qui unit Pauline et Nicolas de la même manière que la construction européenne.

L’histoire politique de l’union entre la France et l’Allemagne,  est analysée en parallèle de l’histoire du couple.

Nicolas, 30 ans, est un épicurien. Il ne boude pas son plaisir à savourer la vie pleinement.

Pauline, 28 ans, est une grande angoissée. Elle travaille dans les cosmétiques et semble briller dans ses responsabilités. Nicolas semble plutôt velléitaire dans le milieu du cinéma, métaphore vivante du faux semblant. Il voue un culte au cinéma de Godard et Truffaut, se rêve réalisateur tandis qu’il s’évertue à accomplir des tâches plutôt banales sur les plateaux de cinéma. Nicolas ressemble beaucoup au personnage de Martin Page, Elias Carnel dans On s’habitue aux fins du monde.

On assiste à l’évolution du couple, Nicolas et Pauline, entre amour fou, trahison et lassitude car « les couples, comme les pays, ne sont pas éternels ».

Sur le chemin de Nicolas, s’invite la jeune polonaise, Sofia, hédoniste, qui aime « jouir et faire jouir ». Grâce à ce personnage, on s’interroge sur le titre révélateur de ce roman.

 La jouissance est le moteur des couples contemporains. La jeune génération, née en même temps que la construction européenne, se caractérise par sa recherche continue du plaisir de l’instant. Est-ce que l’Histoire contemporaine engendre une jeune génération dont le leïtmotiv repose uniquement sur la jouissance ?

Faut-il avoir connu les sombres années de guerre mondiale, la pénurie et le manque pour affronter la vie dans un esprit communautaire ?

 Florian Zeller souligne  l’individualisme propre à la jeune génération, plus intéressée par les nouvelles technologies que l’élan solidaire de ses ascendants.

En convoquant tour à tour Breton, Kundera, Leiris ou encore Beethoven, Florian Zeller offre un  bon roman sur notre société où "L'histoire commence là où toutes les histoires devraient finir : dans un lit".

Roman sympathique mais dont je ne conserverai pas un grand souvenir.

Livre lu dans le cadre de l'opération "on vous lit tout !" Merci à Libfly et la librairie le furet du Nord pour la découverte.

Le site dédié à l'opération est ouvert.

Parution fin Août chez Gallimard.

 

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dimanche, 05 août 2012

Pause...

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(Pointe de Nez Vran, Finistère Nord, Juillet 2012).

Quel plaisir de lire les nouveautés de la rentrée face à ce paysage breton ...

A bientôt!