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vendredi, 30 novembre 2012

A l'angle du renard de Fabienne Juhel.

 

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Arsène Le Rigoleur, contrairement à ce que suggère son patronyme, il ne rigole pas beaucoup. Paysan breton, bourru, il vit dans une ferme assez isolée. Un beau jour arrive la famille Maffart, des citadins avec leurs deux enfants, Louis et Juliette. La petite fille joue beaucoup dans la cour d'Arsène et sa maman s'interroge. Louis, plus réservé, rôde autour de la maison d'Arsène mais ne s'en approche jamais.

Dans une langue paysanne, Arsène raonte son quotidien à la ferme, il évoque sa mère placée dans une maison de retraite et son unique copain Yvan. Arsène se livre et l'atmosphère devient de plus en plus lourde. L'histoire de notre paysan breton est distillée au fil des pages jusqu'à l'émergence d'une étange filiation aux renards.

Le roman de Fabienne Juhel oscille entre la vision manichéenne du bien et du mal, des secrets et des révélations, les meurtres et la douceur d'Arsène. L'humain et l'animal s'entremêlent dans le personnage taciturne.

J'ai beaucoup aimé l'ambiance de ce roman dans ce cadre  mystérieux d'une vieille ferme bretonne où règnent les croyances populaires. Et puis le feu follet Juliette ravive progressivement la noirceur d'Arsène.

Voici l'incipit, vous n'avez plus qu'à poursuivre la lecture de ce très beau roman dont on attend la fin avec angoisse et soulagement...

 « C’est ici qu’il se terre. Non loin des hommes qu’il fréquente à distance, entre chien et loup.

Il a toujours habité ici, dans ce bois, après le village, sur cette butte qu’on appelle Le Tertre. Sans doute parce qu’il y est né. Ça aurait pu être un autre bois, plus au sud, sous un meilleur climat, ça aurait été pareil ; il n’aurait pas bougé. Aucun danger. Est-ce qu’on demande à un arbre d’aller planter son fût ailleurs ? Est-ce que ces choses-là sont mêmes possibles ? »

mardi, 27 novembre 2012

Une Histoire à tenir debout de Régine Salvat.

 

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Cher Rémy,

 

Depuis quelques semaines, j'observe le livre écrit par ta maman sur ma pile de livres à lire. Je ne sais pas les raisons pour lesquelles  je n'ai pas réussi à l’ouvrir auparavant. Probablement parce que je savais qu’il me fallait attendre le  bon moment, la quiétude nécessaire pour aller à ta rencontre.

Rémy, toi qui as la force et la grandeur d’un  petit dieu grec, passionné de lectures et d’aïkido, je me suis laissée emporter  par le récit de ta maman. Tu es très jeune lorsqu’elle découvre que tu n’es pas le même enfant que les autres petits garçons de ton âge. Des symptômes étranges sur lesquels il est difficile de mettre un nom vont alarmer tes proches. La valse des visites médicales, des examens et des hospitalisations n’a pas terni ta sagesse. Curieux de tout, avide de lectures, tu t’adonnes à la philosophie du Zen.

Tu vois, cher Rémy, comme beaucoup de lecteurs je pense,  ce que je craignais en ouvrant le livre Une Histoire à tenir debout c’est d’assister impuissante à l’histoire d’un enfant qui a souffert inutilement. Il est des réalités qui dérangent. Pourtant, au fil des pages, j’ai découvert un enfant malmené par le corps médical, par son propre corps mais ta formidable force de vie te pousse à toujours aller plus loin. Tu apprends grâce aux livres, tu t’ouvres au monde, malgré tout. Avec beaucoup de lucidité et de vivacité, tu apprends le nom de ta maladie orpheline et tu connais l’issue. Tu sais que la Maladie sera plus forte. Tel un grand guerrier grec, tu vas mener un dernier combat, celui d’être libre de tes choix et de partir en tenue d’ aïkidoka, à 24 ans.

En lisant ton histoire, je n’ai pas eu l’impression d’entrer dans le récit d’une histoire uniquement bouleversante. Je ressors de ce livre, grandie. La plume de ta maman te rend un formidable hommage, au-delà des questionnements suscités sur la fin de vie et le droit à l’euthanasie. Ce livre est un petit coffre-fort où les mots deviennent des perles d’amour, d’espoir et de force. L’écriture de ta maman, si pudique et poétique, nous invite à savourer la vie encore davantage. Je ne lirai plus jamais L’Arbre généreux de Shel Silverstein, cadeau de ta maîtresse bienveillante, sans penser à toi Rémy.

Cette rencontre est inoubliable et je me réjouis de savoir que ton combat n’est pas vain. Grâce à ta maman et comme elle te l’avait promis, de nombreux lecteurs partent à ta rencontre. Ils comprennent grâce à toi  que peu importe la durée de la vie, seule domine l'essence même de sa beauté. Avec toi on apprend à ressentir l’essentiel.

Aujourd’hui, cher samouraï sans maître, je referme  un livre tout corné, avec à l’esprit ta déclaration, du haut de tes huit ans : « Lire, c’est gagner sa liberté. Celle de vivre en homme libre. Lire, c’est vivre ! ».

 

PS : Je souhaite vivement que ta requête ne tombe pas dans l’oubli… Lorsque j'observe un ciel étoilé, je t’imagine sur les chemins de pèlerinage des monts de Kumano, à l’heure où le noyer du bois Messier, agite ses feuilles au vent, tel un arbre généreux. 

samedi, 24 novembre 2012

15 ans déjà...

Parce que j'ai trouvé un jour une cassette dans la chambre de mon frère, je l'ai écoutée en boucle dans mon walkman, j'avais 15 ans.

Parce que j'ai pleuré sur ses textes, le regard assombri par un mascara qui coule à cause d'un garçon, j'avais 20 ans.

Parce que je mettais la cassette à fond dans ma première voiture, en quittant ma classe, tentant d'oublier les difficultés de la journée, j'avais 23 ans.

Parce que j'ai grillé un feu rouge, chantant à tue-tête Au bois de Saint-Amand, me faire peur, j'avais 25 ans.

Parce que je pleurais au volant, en écoutant L'enfant laboureur, je venais de perdre mon premier bébé au creux de mon ventre, j'avais 29 ans.

Parce que je me suis réfugiée dans ma prison dorée, en écoutant Ma maison, j'étais maman, j'avais 30 ans.

Parce que je n'ai pas écouté Barbara l'année de mes 33 ans.

Parce que Le jour se lève encore a accompagné mes 34 ans...

Parce que j'aime cet album de Daphné, j'ai 37 ans...

mardi, 20 novembre 2012

Le Ciel tout autour d'Amanda Eyre Ward

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Trois voix féminines se font écho dans ce roman. Celle de Karen, 29 ans,atteinte du sida, qui attend sa peine de mort, dans un couloir de prison au Texas. Celle de Célia, veuve d'une victime de Karen, avec laquelle elle tentera de communiquer. Puis, celle de Franny, médecin originaire du Texas,qui décide de quitter New-York pour trouver un sens à sa vie. 

Au fil des pages, on prend part au sentiment de solitude qui relie ces trois femmes. Très vite, on avance dans la lecture, avec cette curiosité de connaître l'histoire de ces trois destinées. L'univers carcéral est décrit avec émotion et humanité. Ce roman polyphonique permet d'appréhender le crime sous plusieurs angles de vue. Il n'invite pas au jugement sur un grand débat comme celui de la peine de mort mais permet d'aborder le thème du pardon. Ce roman rappelle celui de Naseem Rhaka L'Arbre des pleurs.

Karen évoque le quotidien des femmes du couloir, comment elle se prépare à la mort et surmonte l'attente.Comment évolue-t-elle de la vie de femme normale à celle de criminelle? C'est probablement cette dimension du roman d'Amanda Eyre Ward qui m'a le plus touchée.

" La nuit allongée dans sa cellule, la télé éteinte, les bruits enfin calmés, elle repense à ce soir-là, sur la véranda. Elle tente de se convaincre qu'elle l'a vraiment vécu. Elle compte les minutes qu'il lui reste à vivre. Le 25 août est dans soixante-deux jours 89 280 minutes. "

Un livre intense, vecteur de nombreuses émotions. Merci à  Sandrine pour ce livre voyageur. Son billet coup de coeur ici. 

vendredi, 09 novembre 2012

Ici ça va de Thomas Vinau.

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Un grand coup de coeur!

L'histoire d'un couple qui décide de rénover une maison d'enfance au coeur de la campagne. Une maison entourée d'herbes folles, d'une vieille grange et les murs qui ont protégé autrefois les grands-parents. Ce pourrait être une banale histoire pour un formidable projet mais la plume de Thomas Vinau enchante les évènements les plus simples.

"La nuit dernière, avant de nous endormir, nous avons un peu parlé. Je n'y avais pas vraiment repensé depuis que nous sommes arrivés. C'était bon d'être dans l'action. D'être debout et de s'essuyer le front. Je vais essayer de continuer ainsi longtemps. Ema m'a simplement demandé si je retrouvais des objets, des images, des impressions. Je lui ai dit que non. Pas pour l'instant. Elle m'a demandé si cela me manquait. Je lui ai répondu que je ne savais pas. Elle m'a dit qu'elle était heureuse d'être ici. Qu'elle était pleine d'espoir pour l'avenir. Je lui ai répondu que moi aussi. Nous nous sommes endormis comme ça. Bien au chaud dans nos projets. Avec demain comme couverture".

Des phrases courtes, épurées, une économie des mots pour réanchanter les gestes les plus simples, l'ordinaire du quotidien. Sous couvert de légèreté, Thomas Vinau nous confie un roman sur l'absence avec la figure du père, la fragilité de l'instant présent et la richesse du renouveau.

J'ai noté beaucoup de passages, mais celui-ci me plait tout particulièrement.

"L'agent de Pôle Emploi lui a demandé pourquoi. Quelle drôle de question. La voilà  officiellement en réinsertion. Elle est comme une pierre précieuse que l'on tente de sertir par tous les moyens. Même au burin. Moi aussi. Mais alors je serais une autre forme minérale. Un silex. Un galet. Un gravier. Il en faut pour faire les routes et le lit des ruisseaux. Il en faut pour nourrir les poules et les lance-pierres. Pour se faire raviner par la pluie et salir les mains des enfants."

133 pages de pur bonheur publié chez Alma editeur en Juin 2012.

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7/7

jeudi, 01 novembre 2012

La Fille de l'Irlandais de Susan Fletcher.

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Eve Green, huit ans, de père inconnu, sa mère subitement morte, se trouve renvoyée chez ses grands-parents dans un petit village du beau et sauvage pays de Galles. Un univers dur, où les mesquineries et le mépris jalonnent sa vie d'écolière.

Un jour, la plus jolie fille de la classe disparaît, et le microcosme villageois se met en ébullition: enquête, soupçons, mensonges, faux témoignages, vengeance, culpabilité.

A huit ans, c'est une drôle d'initiation à la vie qui lui tombe dessus.

Seuls deux amis réussissent à gagner sa confiance, jusqu'au jour où l'un d'eux disparaît à son tour...

Vingt ans plus tard, enceinte de son premier enfant, Eve remet en place, dans la sérénnité et dans l'amour, le puzzle de sa vie.

Voici le troisième roman de Susan Fletcher que je lis. Les pièces du puzzle s'imbriquent au fur et à mesure. Ce roman pourrait être seulement une histoire sombre et larmoyante mais il reflète plutôt un magnifique conte d'innocence perdue. Bien évidemment, j'ai apprécié la description des paysages sauvages. La nature est sublimée par la plume de Fletcher.

Je reproche cependant trop d'allées et venues dans la narration, parfois je me suis perdue dans cette vision kaléïdoscopique. J'aime beaucoup les romans de Susan Fletcher mais je préfère de loin Un Bûcher sous la neige.

 Une lecture commune avec Liliba, Solenn , Sandrine, Titou le matou et Philisine Cave.