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lundi, 28 janvier 2013

Une photo, quelques mots.

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Je suis fardée toute la journée.

 J'inspire le rêve et la féérie. Les gens se pressent autour de moi, m'immortalisent sous de multiples photos.

Les voix fusent... "Bellissima" "Bravissimo" "Grazie mille"...

Je souris aux passants, j'offre des regards perçants mais sous mon armure tout est différent. 

Sous le masque, tout me paraît si simple. Je semble si lisse avec tout ce maquillage, je me cache sous des faux semblants.

Je ne suis qu'une poupée de cire, qui se consume au fil des jours...

Tu penses en m'observant que je suis l'incarnation même de la joie, de la beauté suprême et sous des attributs désuets, je laisse oeuvrer mon air enjoué.

Poupée ou déesse de  chiffons, je suis une femme en kit...

 Le soir, en rentrant dans mon petit studio della Calle de la Pieta, je retire mes cheveux, j'ôte délicatement les couleurs sur mon visage, je retire mon costume, ma robe me semble aussi lourde qu'une côte de mailles. Je fais glisser mes bas, les dernières dentelles, si légères.

Je m'observe, ainsi, nue dans la glace...

 Dans la pièce, la voix d'Emily Loizeau m'accompagne: "Toi, la blafarde, la visage pâle, colore-moi, de peinture rouge, de brou de noix pour ce combat"..."Je serai fort dans la bataille, je ne pleurerai pas"...

Je m'observe dans la glace, j'aimerais poursuivre ce rituel du déshabillage mais je suis totalement dénudée. J'ai un dernier souhait , encore, ce  serait de pouvoir enlever cette cicatrice sur mon corps et cette peur qui me tenaille. Je passe le coton sur cette ombre sous mon oeil...si seulement je pouvais effacer toutes les tâches de mon corps...

Demain matin, j'écouterai à nouveau cette chanson "May the beauty, make me walk" inspirée d'une prière Navajo: "Puisse la beauté qui m'entoure me faire marcher ou sinon laissez-moi mourir" et je déambulerai à nouveau vers la piazza San Marco, sourire aux lèvres...

Mirontaine.

Voici mon texte pour l'atelier de Leiloona.

mardi, 22 janvier 2013

Moi, Jean Gabin de Goliarda Sapienza.

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Comment trouver les bons mots pour décrire ma passion pour cette femme, Goliarda Sapienza...

J'ai découvert son oeuvre, comme beaucoup avec L'Art de la joie  publié aux Editions Viviane Hamy en Septembre 2005. Je remercie les énergies éditoriales de la maison Attila de nous offrir la publication française du roman Io, Jean Gabin, traduit par Nathalie Castagné.

Goliarda Sapienza est née à catane, en Sicile, en 1924. Fille d'anarcho-gauchistes, elle ne fréquente pas l'école et reçoit une éducation très originale dans une famille qui ne l'est pas moins.Très jeune, Goliarda s'intéresse aux textes philosophiques, aux écrits révolutionnaires mais aussi aux croyances populaires de la Sicile.

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(Tapuscrit de Io, Jean gabin)

 

Moi, Jean Gabin fait partie des écrits autobiographiques de Goliarda.Ecrit dans les années 1980, il ne sera publié qu'après sa mort. Dans les années 30, la petite sicilienne se passionne pour l'acteur Jean gabin, depuis la projection du film Pépé le moko.

Goliarda arpente les bassi (logis misérables de l'Italie méridionale) des ruelles de la Civita , un vieux quartier populaire où réside sa famille. Elle explore le monde des plus humbles, un monde très sombre où évoluent les prostituées, les artisans et les pêcheurs. Au quotidien, elle fréquente le milieu des idéalistes insoumis au régime fasciste.

A l'heure de la montée des nationalismes, de l'ascension du Duce, la petite Goliarda va se passionner pour Jean Gabin, le rebelle idéal.

"Tu ne dois jamais te soumettre à personne et moins que quiconque à ton père ou à moi. Si quelque chose ne te convainc pas, rebelle-toi toujours."

Loin du manichéisme ambiant à cette époque, entre fascisme et mafia, l'enfance de Goliarda est un souffle de liberté. Ce texte ressemble à un conte surréaliste d'une enfance et de sa propre loi de vie.

Les valeurs de cette terre de sang et de feu forment une sublime toile de fond pour le regard insatiable de curiosités de la jeune Goliarda. Sous le déluge des mots, elle ne veut renoncer à ses idéaux.

"Essaie de vivre libre, toi, et tu verras le temps qu'il te reste pour dormir".

 Moi, jean Gabin donne les clés de L'Art de la joie et donne l'envie de découvrir tous les textes de Sapienza, certains seront publiés à l'automne prochain par la maison Attila. C'est le roman d'une époque, un petit bijou d'une enfance singulière et surréaliste.

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(Une petite coquille sur mon exemplaire pour le prénom de Goliarda)

L'interview de l'éditeur  ici.

jeudi, 17 janvier 2013

Je t'écoute de Federica de Paolis.

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 J'ai refermé ce roman mardi... et depuis les mots me manquent pour en parler. Pourtant, j'aimerais tellement trouver les mots justes pour souligner la beauté de ce texte.

Diego, grand baroudeur, se voit contraint de rentrer en Italie, dans l'appartement familial qu'occupe sa soeur, le temps d'une opération et d'une convalescence. Dans cet appartement, il va découvrir qu'un problème sur la ligne téléphonique lui permet d'écouter les conversations des autres habitants de l'immeuble.

Je pensais plonger dans un roman à l'image du film "Fenêtre sur cour" et assister impuissante à un huis-clos mêlé à un suspens qui va crescendo. Mais le roman de Federica de Paolis est bien plus que cela...

Diego écoute les vicissitudes d'esprit de ses colocataires, à leur insu. S'ouvre alors un très bel éventail de personnalités les plus touchantes , les unes que les autres... de jolis portraits d'hommes et de femmes, en souffrance, parfois, dans le doute, toujours...

"La maladie, ici en Occident, est un problème, c'est comme avoir dix points en moins sur son permis de conduire, un casier judiciaire ou une jambe amputée, c'est un handicap, ça ne fait pas partie du cours de la vie, c'est un accident de parcours. En Occident quand on est malade, on est dangereux, on est viral avec nos pensées métaphysiques et cette intimité acquise tout à coup avec la mort, celle à laquelle le corps échappe jour après jour, celle à laquelle on ne peut penser pendant que l'on vit sa vie. Qui frôle la mort la contemple, les autres la fuient, c'est tout, il n'y a pas de moyen terme." 

Au fil des pages, des scènes d'une sensualité à faire pâlir l'Ariane d'Albert Cohen sont de toute beauté. Diego sera tour à tour, un aiguillon spirituel, mi-ange, mi-démon parmi ces hommes et ces femmes, englués dans un sable mobile. Tout le monde est contraint de se cacher derrière les symptômes d'une perfection, se cacher dans une idée qui n'est pas une identité. Le monde est enveloppé dans un mensonge blanc, sans lequel il semble impossible de survivre.

"Il se passe que personne ne dit la vérité, que personne n'a le courage d'être ce qu'il est, que nous vivons de mensonges par omission, nous vivons de mensonges, nous sommes assis sur des mensonges, nous sommes ce que voudraient les autres,... c'est notre seule préoccupation, ils nous demandent trop, toujours trop, le modèle est inatteignable. Qui est vraiment lui-même?"
 

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Crédit photo: Anna Kharina.

Roman léger et mystérieux qui amène à la réflexion ...
 
Ti Ascolto, traduit de l'italien par Françoise Liffran, publié en Mai 2012 chez Grasset.
 
A lire avec ce sublime accompagnement musical...

lundi, 14 janvier 2013

Certaines n'avaient jamais vu la mer de Julie Otsuka.

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Changer de vie, fuir son pays.

C'est la destinée de ces femmes qui quittent le Japon pour les Etats-Unis dans les années 1920. 

Leur quête: rejoindre un mari qu'elles ne connaissent pas encore et aspirer au bonheur loin de chez elles.

 Dans leurs valises, elles emportent un joli kimono de soie pour la noce, la terre aride de leur pays et quelques photos du beau prétendant... mais surtout l'espoir.

 On voyage avec elles sur la bateau où l'air est putride, on découvre en même temps qu'elles ces hommes parfois violents, très différents des photos.

Julie Otsuka en utilisant le pronom personnel de la première personne du pluriel offre aux lecteur un très beau chant choral.

 Néanmoins, l'énumération des anecdotes du quotidien de ces femmes rend la lecture parfois lassante.

 Pourtant ce texte est très beau et le thème fort en sensibilité, mais je n'ai pas eu le coup de coeur espéré.

J'aurais aimé une focalisation sur l'une de ces femmes pour apprécier davantage la lecture.

Le fond m'a séduite mais moins la forme.

 C'est ce procédé d'énonciation originale qui a contrario fait tout le sel du roman mais il est déroutant...

Lecture commune avec  Valérie, Jeneen, Hélène, Monpetitchapitre,Mélo et Sandrine (je suis en retard, toujours en dilettante Mirontaine)

jeudi, 10 janvier 2013

Mildred Pierce.

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Je regarde très peu la TV mais là, je suis tombée sous le charme de cette minisérie de Todd Haynes d'après le roman de James M. Cain, publié en 1941.

Dans la Californie de la Grande Dépression, Kate Winslet incarne avec brio ce personnage féminin de Mildred Pierce. Femme au foyer, Mildred doit faire face à une séparation et se retrouve seule pour élever ses filles. Elle accepter un travail de serveuse pour subvenir aux besoins de la famille monoparentale. Avec déterminisme  et abnégation, Mildred Pierce parviendra à devenir une restauratrice prospère au détriment de sa vie privée.

Une belle plongée dans les années 30 (une période que j'affectionne tout particulièrement) où l'âpreté sociale est mise en scène avec brio.

La série est diffusée sur France 3 et vous avez encore le  temps de visionner les premiers épisodes [par ici].

Je remercie Antigone pour m'avoir mise sur la voie!

jeudi, 03 janvier 2013

Cette nuit-là de Gila Lustiger.

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"De quoi ces photos étaient-elles le témoignage? Sûrement pas du bonheur. Si elles démontraient quelque chose, c'était uniquement que leurs parents avaient sacrifié au rite de l'immortalisation des évènements constitutifs de la vie familiale enregistrés et classés dans des albums en similicuir rouge, afin de n'y plus jamais revenir."

En 2008, j'ai beaucoup aimé Un Bonheur insoupçonnable  et c'est avec un certain plaisir que j'ai ouvert le dernier roman de Gila Lustiger.

A la mort de leur oncle, Tania et Lisa se souviennent des moments passés à ses côtés dans la maison où il est né, dévoilant peu à peu les secrets de leur famille. La narration oscille d'une voix féminine à l'autre, un dialogue entre les deux soeurs, troublées par la disparition de leur oncle.

La plume est délicate et bien différente des précédents romans.

Cette nuit-là ne reprend pas le thème du conflit entre juifs et allemands mais pourtant il ne s'en éloigne qu'en apparence. Le sujet est abordé de manière plus subtile et au fil des réminiscences des deux soeurs, Gila Lustiger distille par petites touches un passé douloureux que l'on tente d'oublier.

C'est un très bon livre sur les sentiments, parfois différents, désormais transormés par une société déroutante. C'est une belle déclaration d'amour à la vie, un joli écrin pour les secrets de famille, un huis-clos troublant...

Roman publié chez Stock, Janvier 2013.

 

Merci à Dialogues Croisés pour cette très belle découverte.

 

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En avant pour 2013...

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