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jeudi, 28 mars 2013

Je t'aime maintenant de Sandra Reinflet.

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Beaucoup de fraîcheur dans ce bel objet! Vous ajoutez un soupçon d'originalité, quelques grammes de fantaisie et de la subtilité en abondance et vous obtenez cette très belle publication chez Michalon.

Je t'aime maintenant retrace un cadran composé de vingt-quatre moments liés par un fil: celui d'une même histoire avec l'amour. L'histoire désirée, aboutie ou non. Sandra Reinflet a souhaité retrouver la trace des différents acteurs de sa vie sentimentale, de son père à l'icône derrière l'écran en passant par l'amant du collège au monde du travail, de la tentation homosexuelle. Elle offre des instantanées de vies, de retrouvailles... Le projet est original, évoquer cette heure de la première rencontre, du premier baiser, du chagrin, de la passion, des rêves et des espoirs déçus, de ses hommes qui ont peuplé ses nuits, de cette femme à peine effleurée... Beaucoup de sensualité émane au fil des pages et il ne suffit pas de voir la plastique de Sandra pour en être convaincue. L'écriture suffit à elle-même pour sublimer tous ces rendez-vous avec l'amour. La mise en scène photographique ponctue chaque heure: l'homme naturel, en chemise ou torse nu, sans articices. Des lieux, des objets , un vêtement comme la simple illustration d'une rencontre.

Un jeu de miroir, en somme, où Sandra Reinflet nous offre le portrait  éphémère d'une génération. Celle qui souhaite vivre l'instant présent, sans engagement, mais qui attend sa vingt-cinquième heure, malgré tout.

Le plaisir s'invite aussi lorsque nous convoquons nos propres souvenirs d'anciens amants car son histoire d'amour, celle de ses amants est un peu la nôtre aussi. Et puis à chaque description d'un moment fort de sa vie sentimentale, confortée par la beauté de l'amant (Rok....quand même...),tu voudrais arrêter l'horloge pour elle. Mais sa vingt-cinquième heure est très jolie alors tu lui pardonnes ses libertés, sa désinvolture et ses choix sur ce fil de vie.

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Alors, on se rappelle toutes les bribes, tous les souvenirs, les pépites qui tissent ce joli fil d'amour qui nous unit et nous relie à cette jeune femme talentueuse. 

 

 

mercredi, 27 mars 2013

Le Premier été d'Anne Percin.

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Une fin d'été en Haute-Saône. Deux soeurs que tout semble opposer se retrouvent pour vider la maison de leurs grands-parents décédés. 

Catherine, la benjamine, se remémore l'été de ses seize ans. Elle se réfugiait dans la lecture, isolée au grenier. Elle est devenue libraire, tandis que sa soeur a fondé une famille. Un été fort singulier. Quinze ans après, elle revient sur les joies de l'enfance, la découverte de l'autre, les plaisirs adolescents et  la sexualité. L'année où la complicité des deux soeurs s'est estompée.

Quel terrible secret cache Catherine au plus profond d'elle-même? Celui qui a stoppé le temps, qui la poursuit la nuit.

Quand l'innocence rencontre la cruauté sous la plume d'Anne Percin, c'est un très beau roman sur l'indicible qui s'offre à nous. Une histoire douce-amère que j'ai eu quelques difficultés à quitter. Les descriptions tour à tour  sensuelles et cruelles de l'adolescence sont très puissantes.  Le drame est décrit avec beaucoup de distance, de recul et la métaphore du chat qu'on a "zoqué" est d'une implacable lucidité. Le poids de l'éducation sexuelle inculquée aux filles dans les campagnes profondes est joliment raconté.

"Mais j’avais seize ans, et s’il y a un âge où il faut faire des efforts, c’est bien, celui-là. A seize ans, la peau n’est pas un rempart assez solide pour se passer de carapace. Il faut des déguisements, des masques, pour supporter le regard des autres sur soi alors qu’on ignore totalement à quoi on peut ressembler."

Le Premier été, Anne Percin, Rouergue, 2011.

 

Les Séparées de Kéthévane Davrichewy.

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"Alice, notre génération n'était pas engagée, disais-tu, tu aurais voulu avoir vingt ans en Mai 68 ou avoir connu une guerre comme tes parents. Rien ne nous arrivait jamais, nous cherchions une bataille à mener. Il n'y avait que l'amour, comme dans la chanson de Jacques Brel, nous en avions fait notre inaccessible étoile. Et nous avions la littérature, l'art pour nous élever. Je trouvais que nous accumulions plus de théories sur l'esthétique  que d'émotions. Nous pensions trop, nous parlions trop. Tu voulais aller au fond des choses, disséquer la moindre de nos pensées. Ce fut un tort".

Douces voix féminines. Celles d' Alice et Cécile, deux amies d'enfance. Une narratrice omnisciente. Le roman s'ouvre, le 10 Mai 1981, quand apparaît dans le petit écran le portrait du nouveau président. C'est le temps du partage, des premiers émois amoureux, leurs familles aux antipodes l'une de l'autre, la passion commune pour la littérature, la bande-son des années 80/90.

Trente ans plus tard...elles sont séparées. Alice, en plein divorce, laisse vagabonder son esprit dans un café. A l'autre bout de la ville, Cécile, plongée dans un semi-coma à la Pitié-Salpêtrière, envoie des lettres imaginaires à son ancienne amie.

Quelles sont les raisons de cette rupture amicale? Kéthévane Davrichewy offre le portrait lumineux de ces deux jeunes femmes, dans leurs élans de joie, leurs espoirs et leurs quête communes jusqu'au délitement des sentiments qui les unissent. La plume est subtile , elle cherche à confronter les points de vue, les secrets et les non-dits dans cette amitié fusionnelle.

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Un roman dense sur la fin de l'enfance qui rime avec la fin des illusions.

J'ai beaucoup aimé les fausses pistes sur les relations amoureuses et fraternelles. On avance dans la lecture avec persuasion et l'autour nous surprend, nous bouscule avec des thèmes forts comme la drogue, le sida, l'inceste.Un grand coup de coeur!

Les Séparées de Kéthévane Davrichewy, Ed. Sabine Wespieser, Janvier 2012. 

lundi, 25 mars 2013

Tempête au haras de Chris Donner.

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Jean-Philippe est né sur la même paille qu'un poulain, le même jour, au haras de son père. Il grandit en compagnie des chevaux, apprend à marcher grâce à la jument qui l'a vu naître. L'osmose entre l'enfant et l'animal est très singulière. Un rêve l'obsède, celui de devenir jockey. Le destin s'en mêle et le prive de ses capacités physiques lorsque Tempête la jeune pouliche lui brise la colonne vertébrale. Fort d'une abnégation sans faille, Jean-Philippe poursuivra ses efforts pour mener à bien son rêve.

Chris Donner nous offre une très belle histoire de complicité entre l'enfant et l'animal, un grand moment de bravoure et la chute inattendue est très belle. Le message de ce livre parle, j'en suis convaincue, aux jeunes lecteurs comme aux moins jeunes. J'ai particulièrement apprécié l'acceptation du jeune garçon sur son handicap qu'il surmonte avec sagesse.

Livre lu dans le cadre de l'opération Prix Sorcières 2013.
Je remercie Libfly et Ecole des Loisirs pour cette belle découverte.

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vendredi, 22 mars 2013

L'Amour commence en hiver de Simon Van Booy.

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Oui...c'est le printemps et pourtant...j'avais envie d'une douce lecture et ce court roman m'a enchantée.

Simon Van Booy raconte l'histoire de la rencontre entre Bruno et Hannah. Le roman s'ouvre sur la vie de Bruno. Musicien, dans l'étui de son violoncelle, Bruno conserve un talisman. Une moufle, celle que portait une enfant, morte il y  a vingt ans.

Hannah, quant à elle, collectionne les glands, fruits cueillis sur l'arbre aux oiseaux, qu'aimait son frère Jonathan.

L'ambiance est douce, feutrée, sous un ciel laiteux. L'écriture est envoûtante. On se questionne beaucoup sur l'enchaînement des situations entre ces deux personnages, sur ce qui les relie. On avance à tâtons dans l'univers de cet écrivain qui réenchante le monde. Fantômes du passé, réminescences , ombres du souvenir peuplent les pages de ce court texte.

J'aime beaucoup ces univers mélancoliques servis par une écriture métaphorique. L'ellipse et les non-dits apportent une ambiance toute particulière, de celle que je préfère en littérature.Un très beau texte traduit de l'anglais par Micha Venaille  où l'amour s'entremêle avec la disparition d'un être cher.

 

mardi, 19 mars 2013

Le Panier de Jean Leroy, illustré par Matthieu Maudet.

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L'univers du conte plein de noirceur est revisité sous la plume de Jean Leroy. Le texte très épuré nous emporte sur le chemin du conte classique. On découvre une vieille sorcière, laide et méchante qui aime à sortir de chez elle, uniquement pour ramasser des champignons empoisonnés. Lors d'une sortie, elle découvre dans un sentier, un panier abandonné. Quelle ne fut la surprise de cette vilaine sorcière en découvrant au creux du panier un bébé?! Elle prend la fuite devant ce bébé effrayé par son nez crochu. Une fois chez elle, fera-t-elle preuve d'un infime instinct maternel? Après avoir joué avec les caractères de l'ogre et de la sorcière, personnages typiques du conte classique, Jean Leroy s'amuse à aller au delà des apparences. La sorcière menaçante avec sa sempiternelle ritournelle "Moi qui n'aime rien ni personne, comme d'habitude, on me le rend bien" va envoûter nos apprentis lecteurs jusqu'au surprenant dénouement.

Les images découpées en ombres de Matthieu Maudet apportent beaucoup de force au propos et éveillent à l'imagination.

La chute est très jolie, après avoir frissonné, les auteurs privilégient l'innocence du bébé souriant.

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Livre lu dans le cadre de l'opération Prix Sorcières 2013.
Je remercie Libfly et  Ecole des Loisirs pour cette belle découverte.

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Les Cadavres en fleurs d'Elodie Soury-Lavergne.

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Je vous emmène faire la connaissance de Fulbert. C'est un homme qui vit à la lisière du monde, un inadapté aux fragments du quotidien. Il est rentier,solitaire,il déteste les vieilles peaux probablement parce que sa mère n'a pas eu le temps d'en devenir une.

"Des tas de vieilles peaux ont cherché à me consoler de la mort de maman. En m'affirmant que les artistes s'immortalisent par leurs oeuvres. Faut pas être très malin pour y croire. Même à l'âge de dix ans, je ne me suis pas laissé avoir. Si c'était vrai, tout le monde chercherait à écrire des bouquins, des chansons, se mettrait à peindre ou à danser, au lieu de consacrer toute une vie à un boulot ingrat, à l'éducation de quelques marmots qui, soit dit en passant, conduisent plus à la folie qu'à l'immortalité.[...] La seule chose immuable en ce monde, c'est l'argent. Et tout l'intérêt qu'il suscite." 

A mi-chemin entre la fable et le conte, Elodie Soury-Lavergne brosse le portrait d'individus fantaisistes: une sirène amatrice de parties de pêche à la canne à strophes, un steward cannibale, un Blobfish inutile, un porc populiste et une girafe complexée. Sans oublier Rabbin, le chien juif circoncis. La galerie des personnages propose une critique acerbe de la société  dans un langage oralisé, poétique et imagé.

Sous couvert d'humour noir, l'écriture est ciselée, elle s'unit à la métaphore et en ce sens me rappelle la plume de Boris Vian.

 Fulbert aime les fleurs " On peut les garder près de soi. Les aimer. Les préférer comme ça aussi. Maman a dû partir. Maman n'était pas une fleur. Rien ne ressemble plus à une femme qu'une fleur. Pourtant, rien ne ressemble moins à une fleur qu'une femme. Sauf maman."

J'aime beaucoup son analyse de la mort et de ce qui l'entoure. Le spectre de la mort est désacralisé "Il n'y a pas de raisons pour que le temps s'arrête à cause d'un oiseau mort. Il ne le fait déjà pas pour un homme. Pas même une petite pause."

Fulbert et ses compères sont d'une charmante compagnie sur le chemin mystérieux de la vie, mais aussi de la mort. Je vous invite à découvrir le pays fleuri de Fulbert.

Elody Souris-Lavergne a reçu le Prix du Jeune Ecrivain en 2011 et signe avec ce roman une écriture comme "une épluchure de sa singularité".

Roman publié chez Dub Editions, Janvier 2013.

 

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lundi, 18 mars 2013

Que nos vies aient l'air d'un film parfait de Carole Fives.

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Evoquer le thème du divorce, voilà qui n'est pas chose simple. Carole Fives réussit brillamment l'exercice dans Que nos vies aient l'air d'un film parfait grâce à de délicates pépites d'humour distillées dans le texte. Le ton est juste pour évoquer  cette "famille qui déjà n'en est plus une et où il n'y a plus grand chose à se dire.  A moins que ce ne soit une famille où il y ait tellement de choses à dire que plus aucun mot n'en sorte."

Les points du vue diffèrent au fil des chapitres, celui de la mère, du père, de la soeur aînée...le grand absent demeure le frère Tom. Ce procédé singulier permet aux personnages l'absence de jugement. Pourtant, chacun d'entre eux subit le poids de la culpabilité. Celle de quitter un foyer pour le père, celle de sombrer dans la dépression pour la mère et sans doute celle qui m'a le plus touchée, la culpabilité de la soeur d'avoir un jour permis à sa mère de la séparer de Tom.

"T'as huit ans et bientôt tu vas entendre la nouvelle qui va te coincer les mots dans la gorge pour longtemps. Cette nouvelle, tu ne seras pas le premier enfant à l'entendre. Ni le premier, ni le dernier. Des milliers d'enfants, peut-être des millions, qui l'ont entendue et l'entendront encore. Des millions d'enfants du divorce."

Tom devient la béquille de la mère. Ce n'est pas tant le thème du divorce qui est joliment raconté mais plutôt celui du déracinement  et du choc. "Qu'est-ce qu'on prend comme chocs dans une seule vie. Les médecins disent que les cancers et les maladies, c'est à cause de tous ces chocs qu'on se ramasse dans la figure et puis, sur le coup, on ne réagit pas."

Les enfants sont alors éloignés comme le soulignent les titres des chapitres: Nord/ Sud/ Les Pôles magnétiques.

J'ai beaucoup apprécié la mise à distance des sentiments et le pathos inhérent à la situation. Les références socio-culturelles des années 80 offrent un bel écho à notre propre enfance et c'est avec délice que j'ai repensé aux collections d'images d'animaux sauvages dans les plaques de chocolat, au générique de fin de Benny Hill le dimanche qui sonnait notre départ pour le lit, les soucoupes au goût d'hostie, le Top 50, Gainsbourg et bien d'autres références encore... 

Un roman puissant qui signe la fin de l'insouciance. J'ai parsemé deci delà un post-it dans ce très bon roman polyphonique qui m'a secouée autant qu'émue. Un grand coup de coeur! 

Publié chez Le Passage.

Black out de Brian Selznick.

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Brian Selznick est l'auteur du célèbre roman  L'Invention d'Hugo Cabret. L'histoire se passe aux Etats-Unis à deux époques différentes.

Nous rencontrons, Ben, en 1977.Il vit chez son oncle et sa tante depuis la mort de sa mère. Orphelin de père qu'il ne connaît pas , sourd d'une oreille, il fait ce rêve incessant d'être poursuivi par des loups. Soucieux de renouer avec ses origines, il retourne dans la maison maternelle où il découvre "Le Cabinet des curiosités". Son désir de rejoindre la ville de New-York se réalise et il part sur les traces de son père.

L'histoire est entrecoupée par des pages illustrées, un peu à la manière de Lorenzo  Mattotti.

 

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Rose vit en 1927, elle est sourde. Elle se passionne pour l'actrice  Lillian Mayhew. Elle apprend dans un article de presse sa venue à New-York pour un concert. Elle souhaite plus que tout se rendre à ce concert. Qui est Lillian Mayhew?

On suit l'aventure de ces deux jeunes gens, à des époques différentes mais reliées entre elles par cette quête d'identité. Le roman graphique sublime la narration, la succession texte/image prend tout son sens et révèle une maîtrise parfaite de l'intrigue. Les illustrations sont très riches tant dans les scènes de la ville de New-York avec un angle de vue cinématographique que dans les portraits rapprochés des personnages. Le thème de la surdité est très documenté et finement analysé.

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Partez à la découverte de secrets de familles, de recherches au Musée d'histoire naturelle pour une très jolie aventure en compagnie de Ben et Rose.

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Black out, Brian Selznick, mars 2012.

 Roman lu dans le cadre de l'opération Prix Sorcières 2013.
Je remercie Libfly et les éditions Bayard jeunesse pour cette belle découverte.

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mercredi, 13 mars 2013

Emile est invisible de Vincent Cuvellier et Ronan Badel.

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Voilà un album fort pertinent! Emile est un petit garçon, très impertinent. Soucieux d'échapper au plat d'endives au jambon de sa maman, il se persuade qu'il est invisible. Il observe donc les plats préparés et louche déjà sur la mousse au chocolat. Il ne se contente pas seulement de la regarder et sa maman le rappelle à l'ordre. Surpris d'être encore visible, il condamne sa moustache au chocolat. Mais très vite, il se rend compte qu'il demeure toujours visible aux yeux de sa maman.

Il décide alors de se déshabiller, convaincu que ses vêtements le trahissent.Persuadé qu'il est dès lors invisible, il répond à l'appel de sa maman qui l'informe d'une surprise au salon: la visite de sa copine!

 

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Emile a des lubies qui plaisent beaucoup aux enfants. L'identification permet aux apprentis lecteurs de porter un grand intérêt aux aventures du petit garçon. Il semble persuadé qu'en voulant quelque chose, tout de suite ses voeux sont exaucés. J'aime beaucoup la cocasserie de cet album!

Album  lu dans le cadre de l'opération Prix Sorcières 2013.
Je remercie Libfly et les éditions Gallimard pour cette belle découverte.

 

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L'Enfant bleu d'Henri Bauchau.

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(Là où l'on apprend que la couette à mouettes est réversible...)

C'est le premier livre d'Henri Bauchau que je lis. J'ai tout de suite su que "je serai bien" dans ce livre. Pourtant l'histoire est plutôt bouleversante, celle d'Orion, enfant psychopathe placé en hôpital de jour, à Paris. Là, il sera pris en charge par Véronique, psychanalyste. On pourrait croire que la narration devienne vite pesante puisque Bauchau décrit chacune des entrevues entre Véronique et le jeune  adolescent perturbé. Seulement, malgré ses difficultés, la psychanalyste va très vite se rendre compte de l'imagination puissante et tente d'orienter Orion vers le dessin, puis la sculpture.

"-Je ne sais pas, avec Orion tout est si obscur, si imprévisible.

-C'est cette obscurité qui t'attire?

Il voit que je ne puis répondre. Il sourit, je ne suis pas seule, nous sommes deux."

Partir à la rencontre d'Orion, c'est prendre connnaissance de ses dictées d'angoisse, de ses dessins du Minotaure  assassiné et de l'Ile Paradis numéro 2, de la Harpe éolienne et de la statue en bois d'arbre. Orion est le déshérité, il a "sans doute été choisi, au fond du ténébreux inconscient familial pour être le symptôme de son mal. Il est aussi un produit d'une certaine pensée que façonnent à travers le monde la télévision et la publicité[...]Son malheur, ses handicaps bouleversent en moi la femme profonde, car il y a dans notre commune aventure quelque chose de fondamental. Quoi? C'est ce que je ne parviens pas à me formuler quand soudain une certitude surgit: Orion et moi, nous sommes du même peuple. Quel peuple? Le peuple du désastre.Qu'est-ce que ça veut dire le peuple du désastre? La réponse, imparable, avec la voix d'Orion dit: "On ne sait pas."

 

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On accompagne Orion sur le chemin des Arts. Il va au fil du temps, avec une sûreté singulière, partir à la rencontre des objets, des scènes, des tableaux qui le concernent intérieurement.

Bauchau décrit avec beaucoup de finesse et de subtilité le parcours d'Orion vers les chemins de la création. Les voies sont semeés d'incertitudes et d'échecs mais peu à peu, Orion réussit à s'ouvrir à la parole grâce à l'Art. L'oeuvre intérieure et artistique ne font plus qu'une, cette dernière éclot au fil des pages dans une langue poétique.

Bauchau dans ce livre, aborde les thèmes délicats du peuple du désastre et la patience des déliants. S'affrontent alors, dans un manichéisme bouleversant, la mystérieuse force de la souffrance face à l'espérance.

Je vous invite vivement à rencontrer l'enfant bleu, figure fugitive de l'espoir.

Merci à Sylire de m'avoir mise sur la voie de ce talentueux écrivain.

L'Enfant bleu d'Henri Bauchau,Actes Sud, collection Babel, 2006.

mercredi, 06 mars 2013

Les Monstres de là-bas d'Hubert Ben Kemoun.

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Je participe aux lectures communes proposées par Libfly dans le cadre du Prix sorcière 2013. 

La remise des Prix Sorcières décernés par un Jury composé de membres de l’ASLJ et de l’ABF aura lieu à Villeurbanne, lors de la journée professionnelle de la Fête du Livre jeunesse, le vendredi 12 avil à 17 heures.

LES NOMINÉS AUX PRIX SORCIÈRES 2013 SONT…

Albums tout-petits
• ABC Bestiaire, Janik Coat – Autrement
• Plus, I.C. Springman et Brian Lies – Minedition
Fourmi, Olivier Douzou – Rouergue
• Super Nino, Michaël Escoffier et Mathieu Maudet – Frimousse
• 2 yeux ?, Lucie Félix – Les Grandes Personnes

Albums
• Akim court, Claude K Dubois – L’école des loisirs et Amnesty international
• La maison en petits cubes, Kenya Hirata et Kunio Kato – Nobi-Nobi
• Les lettres de l’ourse, David Gauthier et Marie Caudry – Autrement
• Le facteur Quifaiquoi, Ruth Vilar et Arnal Ballester – La Joie de lire
• Le mille-pattes, on le dessine comme on veut, Jean Gourounas – Rouergue

Premières lectures
• Le panier, Jean Leroy et Mathieu Maudet – L’école des loisirs
• Emile est invisible, Vincent Cuvellier et Ronan Badel – Gallimard Jeunesse Giboulées
• Les monstres de là-bas, Hubert Ben Kemoun – Éditions Thierry Magnier
• Meslama la sorcière, Jennifer Dalrymple et Julia Wauters – Escabelle
• Lulu et le brontosaure, Judith Viorst et Lane Smith – Milan

Romans junior
• Black-out, Brian Selznick – Bayard jeunesse
• Je m’appelle Mina, David Almond – Gallimard
• Tempête au haras, Chris Donner et Adrien Albert – L’école des loisirs
• Le cœur en braille, Pascal Ruter – Didier jeunesse
• La Bande à Grimme, Aurélien Loncke et Adrien Albert – L’école des loisirs

Romans ados
• Quelques minutes après minuit, Patrick Ness et Jim Kay – Gallimard jeunesse
• Max, Sarah Cohen-Scali – Gallimard
• Revolver, Marcus Sedgwick – Éditions Thierry Magnier
• Miss Peregrine et les enfants particuliers, Ransom Riggs – Bayard
• Les trois vies d’Antoine Anacharsis, Alex Cousseau – Rouergue

Documentaires
• Cartes – voyage parmi mille curiosités et merveilles du Monde, Aleksandra Mizielinska et Daniel
Mizielinski, – Rue du monde
• La mémoire de l’éléphant, Sophie Strady et Jean-François Martin – Hélium
• Dictionnaire fou du corps, Katy Couprie – Éditions Thierry Magnier
• Toutes les maisons sont dans la nature, Didier Cornille – Hélium
• Prises de vue, David Groison et Pierangélique Schouler – Actes Sud junior

Je vais découvrir les titres dans les catégories Premières lectures et Romans 9/12 ans.

Je commence aujourd'hui par vous présenter Les Monstres de là-bas d'Hubert Ben Kemoun, paru aux Editions Thierry Magnier en Septembre 2012.

Nelson voyage seul pour la première fois sur un grand bateau. Il va se rendre chez Fubalys, sa correspondante.Il fait la traversée de l'estuaire en deux heures.Il découvre ensuite la famille de Fubalys, qu'il trouve encore plus jolie que sur les photos.Mais une atmosphère pesante se profile. Lors de la découverte de la ville de Brick-City, quelques détails étranges vont intriguer de plus en plus Nelson.

"Elle ne lui en avait pas parlé dans ses lettres. Il pensa qu’il ne serait pas très poli d’y faire la moindre allusion alors qu’il venait d’arriver."

Passée la magie des premiers instants, Nelson découvre que le père de Fubalys a six doigts à chaque main.Puis très vite, il se rend compte que Fubalys a également douze doigts.Il ne dit rien...

Lors d'une sortie à la plage, Nelson est de plus en plus perturbé. Sa correspondante a deux nombrils.

"Il ne voyait plus la ravissante fille qui lui plaisait tant à la lecture de ses lettres, mais une fille différente...Monstrueuse!"

Comment avait-elle pu lui cacher de telles horreurs? devant l'étonnement de Nelson, Fubalys le questionne sur sa difformité à lui, celle de ne pas avoir deux pouces comme tout le monde.

Perturbé, Nelson décide de s'enfuir, de retourner chez lui, là où les gens sont normaux.

Ce petit roman évoque brillamment la question de la normalité, en littérature jeunesse. La focalisation externe donne au texte toute sa tonalité humoristique. Je reprocherais cependant la difficulté du lexique, parfois, pour de jeunes lecteurs. Ce court texte permet la réflexion sur la différence entre les individus et sa chute est surprenante, elle fait tout le sel de ce roman.

Roman lu dans le cadre de l'opération Prix Sorcières 2013.
Je remercie Libfly et les éditions Thierry Magnier pour cette belle découverte.

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vendredi, 01 mars 2013

Profanes de Jeanne Benameur.

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Octave Lassale a quatre-vingt-dix ans. Ancien chirurgien du coeur, il vit seul."J'ai appris aussi à aller encore dans chaque jour en espérant que la nuit suivante emporterait tout et moi avec". 

Mais il souhaite anticiper et être accompagné dans ses derniers jours. Il passe une petite annonce et recrute quatre personnes qui vont pénétrer dans sa maison... son quotidien...son coeur.

Il a besoin d'autres êtres humains qui comme lui, s'égarent, pour s'approcher de ce qu'est la vie.

Jeanne Benameur propose un très bon roman sur "l'être ensemble". Ce thème, largement abordé en littérature, est magnifié sous la plume de Jeanne Benameur. Son style est nourri d'images et de poésie.

Quel est le moteur qui permet à ces personnages d'avancer dans la vie? Aucun Dieu ne semble motiver Octave, Béatrice, Hélène, Yolande et Marc.

 Le doute à lui seul permet de dépasser "le fait d'être un homme, juste un homme de chair, de sang et de pensée.Aujourd'hui je me donne droit au doute. Un profane aussi a le droit de douter. Le doute n'est pas réservé aux croyants."

La peur du désastre est omniprésente dans la vie d'Octave Lassale mais aussi dans celle de ses accompagnants."On peut sauver ou ruiner toute une vie quand on prend le risque[...]Est-ce que la vie n'est pas la seule louve à faire entrer dans la bergerie?"

Le personnage de Béatrice m'a beaucoup séduite.Cette jeune femme discrète, qui a tellement besoin du vide."Petite,, elle a été dévorée. Le silence des parents est un ogre. Il vous avale dans les questions qu'on ne pose jamais. Ces deux êtres-là vivaient vivent et vivront au secret des bandelettes qu'ils ont passé leur vie à tisser autour de leurs bouches, de leurs yeux."

Toute l'écriture de Jeanne Benameur est ciselée. Sa force repose sur la beauté des mots et la profondeur des personnages.

Tel un vieux fou Octave continue à croire, envers et contre tout, qu'il y a quelque chose de plus fort que la mort, quelque chose de plus intéressant que la mort. Il souhaite qu'Hélène, la femme artiste-peintre, dessine le portrait de sa fille, tel le Fayoum.

Voilà...j'ai refermé ce roman, secouée par les personnages. Des personnages de papier qui donnent la force, "qu'aucune foi en un Dieu, fût-il d'amour" ne puisse donner.

Jeanne Benameur met la foi au coeur des êtres humains, sous couvert d'une ellipse stylistique... mais c'est joliment offert dans Profanes.

Profanes, Actes Sud, janvier 2013.

Merci infiniment Isabelle.

 

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