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mardi, 30 avril 2013

Une Faiblesse de Carlotta Delmont de Fanny Chiarello.

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(Dessin: Audrey Calléja)

J'ai découvert la plume de Fanny Chiarello avec son précédent roman publié aux Editions de l'Olivier L'Eternité n'est pas si longue. Les titres de ses romans sont toujours des phrases surprenantes, comme une entrée dans le roman, non exempt de poésie. Dans L'Eternité n'est pas si longue, Fanny Chiarello mettait en scène une jeune femme miraculée, sortie du coma malgré les effets délétères d'une épidémie. Les personnages de Fanny Chiarello vivent toujours un peu en marge de la société. Loin des moutons de Panurge, ils semblent en apesanteur, très éloignés de la réalité.

Dans Une Faiblesse de Carlotta Delmont, j'aime beaucoup la faculté de l'auteur à créer des personnages qui ont leurs propres idéaux. Dans ce roman protéiforme qui réunit tour à tour articles de journaux, fragments du journal intime de Carlotta, pièce de théâtre, on entre dans la vie d'une cantatrice. Dès l'incipit, Carlotta Demont est aphone, elle cherche à retrouver sa voix mais par-dessus tout  sa voie de femme. Carlotta est une brillante cantatrice, elle se sent elle-même dans ses rôles. Lorsqu'elle décide de partir à la connaissance d'elle-même, elle se perd. Le roman s'ouvre sur les multiples articles de presse dans les années 20 lors de sa disparition.  Elle vit  en union libre jusqu'alors avec son impresario Gabriel, un homme plus âgé qu'elle. Mais mentalement, elle est très seule. Elle se projette dans la vie des héroïnes du grand opéra.

Carlotta Delmont incarne-t-elle la faiblesse féminine, la force tragique d'une héroïne ou l'échec d'une féministe? Elle semble engluée dans son sort, vouée à l'échec pour avoir voulu dépasser le conformisme lié à son succès de l'époque. Carlotta Delmont est une femme inadaptée à la société dans laquelle elle évolue. Elle trouve une complice dans le personnage d'Ida, sa gouvernante. Ida semble être à l'origine de sa faiblesse, celle de passer une nuit avec Anselmo, le ténor qui l'accompagne sur scène.

"Carlotta Delmont est allée chercher dans les rues de Paris ce que le Ritz ne pouvait lui proposer, de même qu'elle est allée chercher dans l'opéra ce que la vie ne pouvait lui offrir. Une exaltation si forte qu'elle lui ferait oublier sa condition de mortelle et le caractère éphémère de toutes choses. L'opéra n'est-il pas depuis l'âge tendre  le refuge de la si belle Carlotta?"

La beauté des descriptions de l'ambiance bohème des années 1920 est richement documentée, Fanny Chiarello dépeint brillamment le monde de l'opéra.   J'ai particulièrement aimé l'analyse très fine du personnage sensible de Carlotta, cette femme qui ne veut connaître le plaisir charnel. Elle ne voit dans la chair que le début de la putréfaction. De cette crainte du corps, elle trouvera un subterfuge en se réfugiant dans le monde de l'opéra, dans son atmosphère de fiction. L'opéra met en scène des passions fortes où l'intellect transcende la chair. Carlotta Delmont rêve sa vie et ne souhaite pas ternir l'amour par l'activité de la chair. L'amour est sublimé dans la passion de l'opéra. Sa disparition reflète la possibilité d'un être incarné, réel et non plus fantasmé.

Voilà un personnage très étrange et envoûtant, mis en scène avec brio par Fanny Chiarello. Toutes les phrases sont ourlées de poésie. La voix narrative est précieuse à l'image de la voix de la cantatrice. Un joli roman sur l'apothéose artistique d'une cantatrice dont la faiblesse la mènera à sa perte. La fin du livre donne tout le sel littéraire de l'histoire de Carlotta Delmont, le rideau se referme sur une pièce de théâtre. Miroir de son succès ou de sa tragédie?

samedi, 27 avril 2013

Le Cherche Bonheur de Michael Zadoorian.

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"Comme je l'ai déjà dit, j'ai évacué depuis longtemps toute notion de religion et de paradis: les anges, les harpes, les nuages et toutes ces fariboles. Et cependant mon côté idiot et puéril veut toujours y croire. A un univers étincelant d'énergie et de lumière, où rien ne serait exactement de la même teinte qu'ici-bas: plus bleu, plus vert, plus rouge. Ou bien on devient des couleurs, ces lumières célestes qui saupoudrent le château. C'est peut-être un endroit que nous connaissons déjà, là où nous étions avant notre naissance, si bien que la mort est un simple retour aux sources. Auquel cas, j'imagine que nous en gardons une trace quelque part. Voilà qui expliquerait ce voyage, la recherche d'un lieu parmi mes souvenirs, perdu au fond d'une crevasse de mon âme. Qui sait?" 

D'une période plutôt tragique,la vieillesse et la fin de vie inéluctable, Zadoorian parvient à construire un roman drôle où l'on se retient parfois de rire. Un couple de quadragénaire, maladie d'Alzheimer et cancer en bandoulière, décide de prendre la Route 66 aussi décrépie qu'eux, pour un road movie extraordinaire. A bord de leur camping-car, nommé très justement "le Cherche Bonheur", Ella et John Robina se font la malle malgré l'opposition ferme de leurs enfants à ce périple. On les accompagne sur la route comme des funambules sur leur fil, dans un juste équilibre entre tragique et comédie. Ils avancent sur le chemin de la vie, profite des rencontres offertes sur la route et regarde leurs diapositives de famille à chacune des étapes sur les aires de camping.

Le message de ce livre est très troublant...et si c'était ça la vieillesse? Se donner toutes les libertés possibles pour cette fin de vie? L'indicible en littérature est un thème que j'affectionne particulièrement lorsqu'il est aussi joliment abordé à la lisière du jubilatoire malgré le tragique de la situation.

Sous couvert du road movie, une très belle leçon de vie émane au fil des pages.

Le Cherche Bonheur, Michael Zadoorian chez Fleuve Noir, Octobre 2010.

vendredi, 26 avril 2013

La Silencieuse d'Ariane Schréder.

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Dessin: Catherine M.

"Vous êtes où à la campagne? C'est un fleuve magnifique. Vous ne vous ennuyez pas? Vous n'avez pas peur? Lâcher Paris, comme ça, sur un coup de tête? ça vous a pris comment? Je ne sais pas comment vous faites, moi je ne supporterais pas de vivre ailleurs qu'en ville. Je ne parle pas des vacances, évidemment, mais c'est différent, n'est-ce-pas. Et l'hiver? Vous allez faire comment? Vous rentrez souvent à Paris j'imagine?". 

C'est dans une grande bâtisse isolée au bord d'un fleuve que Clara tente de se reconstruire après une rupture amoureuse. Pour cela, elle s'adonne à sa passion: la sculpture. Elle sculpte des silhouettes aériennes, des mobiles qui touchent terre.

"Dans une lettre à Matisse, Giacometti raconte comment ses sculptures n'ont cessé de lui échapper. Par tous les bouts. D'abord les sculptures se sont mises à rétrécir jusqu'à devenir miniatures. Puis, quand il s'est interdit de les laisser disparaître, elles se sont mises à s'llonger démesurément. Et quand il a réussi à contenir cette poussée qui les rendait filiformes, il n'a plus réussi à les terminer. Quête et lutte incessantes. Elles m'encouragent."

Récit intime de l'artiste qui au contact des villageois se reconstruit peu à peu et s'ouvre davantage au monde extérieur. Une vie si intense au dedans et si minimale au dehors. Ce roman délicat met en scène un joli portrait de femme qui au fil des saisons, retrouve le bonheur dans le parfum de l'infiniment petit, celui des fraises des bois mêlé à la fraîcheur des pins. Lire Ariane Schréder c'est apprécier à nouveau la blancheur immaculée d'une neige fraîchement tombée.

Les mots comme le souffle deviennent aussi aériens que les silhouettes sculptées. Le silence donne une nouvelle perspective dans la vie de Clara. Mais assez rapidement, elle unira ce silence à celui des voisins. Omar, par exemple, vieil homme d'origine algérienne dont les mots restent bloqués à l'intérieur, "des blocs de peine comme des bouts de banquise". Il sort très peu, Clara décide alors de promener son chien Belle au bord du fleuve. Et puis, il y a aussi l'Adorateur, homme taciturne et sauvage, qui vit à l'extérieur.

Clara fréquente Ameline la pharmacienne qui ne supporte plus la vie à la campagne et recherche le bonheur dans la futilité des mondanités.

La Silencieuse est une jolie quête intérieure qui peu à peu se tourne vers autrui. Elle affronte avec pugnacité les épreuves que Dame Nature lui inflige dans cette force des quatre éléments.

J'ai beaucoup aimé la grâce de ce roman, frais et tendre comme le Printemps, une très jolie parenthèse. Les réflexions sur l'art sont d'une belle intensité poétique.Le retrait à la campagne pourrait sembler ennuyeux mais ce livre nous emporte littéralement car la plume est dense, subtile. Le rythme des phrases est lent comme pour refléter la rupture dans le temps.

Normalienne et agrégée de lettres modernes, Ariane Schréder livre un premier roman emprunt d'authenticité, de finesse sur l'ancrage de cette jeune artiste à la nature environnante.

La Silencieuse d'Ariane Schréder, Philippe Rey, février 2013.

Merci Charlotte.

 

mardi, 23 avril 2013

Renaître de Susan Sontag.

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La vie émotionnelle est un système d’égout complexe

 

Premier des trois volumes de carnets de Susan Sontag, essayiste et romancière américaine. Publiés à titre posthume grâce au travail de son fils David Rieff, on découvre Susan jeune fille velléitaire, très déterminée, éprise de liberté. On apprend sa volonté affirmée de vivre pleinement son homosexualité. Elle évoque ses erreurs notamment son mariage. "Le mariage est une sorte de chasse tacite en couples. Le monde est tout en couples, chaque couple dans sa petite maison, qui veille à ses petits intérêts et qui marine dans sa petite intimité –c’est la chose la plus répugnante au monde."

J'ai lu avec beaucoup d'intérêt les bribes de ses écrits intimes, ses réfexions très pertinentes sur l'amour notamment: "Il est douloureux d’aimer. C’est comme se donner à dépecer, en sachant qu’à tout moment l’autre personne peut très bien partir avec votre peau."

Renaître couvre la période 1947-1963 et porte à la lumière la trajectoire intellectuelle et créatrice de cet écrivain d'importance aux Etats-Unis.

Susan Sontag aime les listes notamment la liste des livres lus, les films à voir, la musique à écouter. Ses écrits permettent d'apprécier son acuité de pensée, son désir de réussite sociale... Comme l’écrit son fils David Rieff dans sa préface à Renaître : « Ceci est un journal dans lequel l’art est vu comme une affaire de vie et de mort, où l’ironie est considérée comme un vice et non une vertu et où le sérieux est le bien suprême. […]

C'est toujours une démarche un peu empreinte de voyeurisme que de son plonger dans les journaux intimes des auteurs, je me remémorre le plaisir ressenti à la lecture des journaux de Simone de Beauvoir. Curieuse de connaître son rapport à la vie, à l'existence en parallèle de ses publications. Les livres sont souvent des machines à analyser la vie, et observer les rouages intérieurs d'une créatrice m'ont beaucoup fascinée. Une intelligence brute nous est offerte: "Pour écrire, vous devez vous autoriser à être la personne que vous ne voulez pas être (de toutes les personnes que vous êtes)."

Susan se prend comme sujet de pensée, se regarde vivre et médite sur l'existence. Pénétrer dans "sa chambre à soi" est un réel bonheur de lecture. J'attends les autres tomes avec impatience. Ce matériau... les livres, la vie, les vicissitudes de l'esprit et du corps sont d'une belle profondeur.

Renaître (Christian Bourgois éditeur), traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Anne Wicke.

lundi, 22 avril 2013

Désordres, lettre à un père d'Elsa Montensi.

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"Autres allers-retours. Entre les pages d'encre et l'extérieur. Je découvre la vie, me rencontre, me reconnais dans les livres. La musique des mots, espace vital où je reprends mon souffle, puise des forces pour aller de l'avant. Je les attrappe au vol, m'en saisis, les brandis comme un étendard. La littérature devient l'épaule sur laquelle je m'appuie pour affronter le monde." 

Tendre récit d'une femme sur ce que fut son enfance suite au divorce de ses parents. Une fracture s'est opérée. Une lettre à un père, homosexuel dans les années 70, au plus profond de la France rurale. Un choc important qui signe l'exclusion du monde doux et tendre de l'enfance. Le monde des faux-semblants et de la dure réalité voit le jour. La quête de l'enfant né d'un mensonge prend forme dans ce récit intime.

Le style d'Elsa Montensi est une formidable poésie des mots.

"Face à l'âpreté du dehors restent les plaisirs minuscules, démultiplication de ces poignées de secondes savourées à la dérobée. A l'ombre des haies, sous les herbes folles, dans les champs abandonnés, je suis protégée. Nuages m'entraînant dans leur course folle, coccinelles à apprivoiser. Rares instants éclaboussés de rires. La nature ne juge pas."

Sans fioriture, la plume d'Elsa Montensi est délicate, les mots revendiquent l'essentiel. Les émotions se bousculent.

"La vie, je la regarde de l'extérieur, derrière de grands murs. Je la vis à contre-courant, dans les pages noircies de mes cahiers, par procuration dans les mots des autres. L'écriture, une arme contre les lâchetés de la vie. Bouclier magique, invisible. L'encre demeure l'instrument privilégié pour aplanir, effacer les aspérités du dehors. Le courage, la force pour faire face aux anfractuosités du monde. Puisées à la source. Dans la solitude. " 

Court texte, tout en finesse et délicatesse.Les phrases sont puissantes et cette lettre restera présente dans ma mémoire fort longtemps. Un grand coup de coeur.

Désordres, Lettre à un père, L'Harmattan, collection Amarante, Août 2012.  

Merci à Charlotte de m'avoir mise sur la voie  de ce très beau livre.

 

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vendredi, 12 avril 2013

La Maternité de Mathieu Simonet.

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Refermer ce livre, un peu secouée, bouleversée. Pas forcément par le sujet difficile, celui de la mort d'un être proche...non plutôt par la beauté des mots choisis dans ce moment si doux en émotions.

Réussir le pari de mettre de la vie dans les derniers jours d'existence, brosser le portrait d'une femme atypique, intègre, révoltée, un peu à l'image de Goliarda Sapienza.

La Maternité n'est pas seulement un livre sur la fin de vie,  un livre sur ce mal terrible qui chamboule nos vies, sur cette maladie qui décime...c'est un livre plein de vie qui bouscule la nôtre. 

Mathieu aime beaucoup recueillir les propos des gens, les manifestations de la souffrance brute, le désarroi émotionnel. Ces confidences sont réunies dans des petits carnets. C'est probablement la source de son travail littéraire, une sorte de collage des échantillons de vies. Cette vie surprenante, sans pitié parfois. La mère de Mathieu souffre d'un cancer, une première alarme. Une année singulière puis la rémission. Il comprend dès lors que la parole de sa mère doit être recueillie à son tour dans les petits carnets. Puiser l'inspiration dans la parole de cette femme avant que le crabe ne soit de retour. Pascale Simonet souhaite surtout parler de l'après maladie, cette période où tout redevient normal aux yeux de l'entourage.

Fidèle  à sa démarche singulière de recueillir les témoignages, Mathieu Simonet donne la parole aux professionnels de la fin de vie et transcende l'indicible grâce aux propos d'une bénévole en soins palliatifs, d'un prêtre, d'un embaumeur. Le récit est assez ludique parfois par son côté protéiforme qui oscille entre l'entrée dans un établissement de soins palliatifs, les réminiscences de l'enfance chamboulée et le questionnement d'anonymes sur le thème de la mort. Lire attentivement les visions oniriques, fantasmées, enfantines de la représentation de la mort, une grande lecture visuelle des gens en somme qui autorise l'intéraction entre l'imaginaire et le symbolique, faire face à la résurgence des croyances magiques.

Comment répondre au flot de questions et aux angoisses suscitées par ce qui n'est, en principe, que l'aboutissement normal de toute vie?

Entrer dans l'établissement de soins palliatifs, autrefois une maternité...parce qu'un accouchement c'est un peu comme la mort, après le tumulte s'invite le temps de l'apaisement.

Lire La Maternité c'est sublimer la dramaturgie lacrymale au-delà de la souffrance initiale. Nous ne sommes pas préparés à la douleur brutale, incompréhensible, ressentie où la mort fait irruption dans notre vie. Acquise une certaine maturité, la mort de l'autre devient indubitablement un peu notre propre mort. Intégrer la mort de l'autre est une démarche conceptuelle ardue, passer par le filtre de la littérature nous permet alors d'en parler, avec les mots des autres. Le postulat de la mort suggère des échanges difficiles et esquivés entre Mathieu et sa mère. Dans une société soumise au refoulement de ces questionnements, l'incertitude et l'errance résonnent d'autant plus fortement lorsque surgit l'épreuve du deuil, soudaine ou attendue.

Le roman se referme sur la mort de Pascale Simonet le 4 Juillet 2009. C'était un samedi. Telle une autobiographie collective ou une natation synchronisée, La Maternité a profondément résonné en moi. Ce samedi- là, un autre exemplaire de Paris Match sur la mort de Mickaël Jackson trônait sur la table de nuit d'une chambre aseptisée du Nord de la France, la bête venait d'être délogée.

Merci Sophie Andriansen pour m'avoir mise sur la voie, merci Mathieu. 

 

jeudi, 11 avril 2013

Nos vies désaccordées de Gaëlle Josse.

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"Du jour où j'ai pu vivre ailleurs, j'ai choisi des lieux où la vie ne s'arrête jamais, rassuré par la disponibilité, l'abondance des êtres et des choses, par l'illusion des innombrables possibles à portée de main, et par l'irremplaçable liberté de l'anonymat." 

Il est velléitaire cet homme...François Vallier, jeune pianiste célèbre. Il court le monde, donne des concerts chaque soir. Le portrait de cet homme, à l'affût du must-have, n'avait rien pour me plaire. Un éternel insatisfait... parce qu'il pense que l'eau est sans doute plus fraîche ailleurs, que la joie de vivre repose sur les biens matériels. 

Sauf qu'il sera contacté par un homme, un soignant à qui le talent de François Vallier fut porté à la lumière grâce à une jeune femme internée. Cette jeune femme c'est Sophie, que François a aimée passionnément puis abandonnée, juste après une interruption médicale de grossesse. Elle écoute en boucle ses enregistrements, peint une toile gigantesque dans sa chambre, une oeuvre manichéenne qui oscille entre le blanc et le noir, le reflet indubitablement de sa propre vie. Il décide de tout quitter pour la retrouver.

C'est à ce moment-là que la narration se fait plus douce...on entre lentement dans l'introspection, dans le dénuement d'un homme. Confronté à un univers inconnu, celui de la campagne où est internée Sophie, François va devoir se dépouiller de son personnage. Se regarder en face n'est pas chose simple pour un artiste, pour cet écorché vif en particulier...

Est-on invincible en amour? La musicalité de l'amour peut-elle revenir dans la routine de nos vies? Comment retrouver un amour perdu dans ce temps suspendu? Où puiser la sérénité lorsqu'on est désarmé?

La plume de Gaëlle Josse offre de beaux portraits, en demi-teintes d'un homme et d'une femme, perdus et vaincus par la passion amoureuse. Sous couvert d'une nonchalance, la narration ne m'a pas toujours emportée...

Je tenterai la lecture de son premier roman Les Heures silencieuses

Merci Catherine, pensée pour Frédéric A.

vendredi, 05 avril 2013

La Voie Marion de Jean-Philippe Mégnin.

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Fille d'Annecy, Marion vient d'ouvrir une librairie à Chamonix, lieu de ses vacances de petite fille, plaisir et défi tout à la fois.

Un jour, dans la porte s'encadre Pierre, colosse timide qui, peu à peu, l'entraîne dans ce qui lui sert d'élément et d'horizon: la haute montagne.

 A la cordée succède le lien amoureux. Mais le ciel s'assombrit au dessus-des neiges éternelles...

Roman court et ténu, servi par une écriture qui oscille entre rudesse et finesse rudesse comme l'est parfois la montagne.

J'ai bien aimé ce roman tragique d'une cordée amoureuse qui cède. Suivre ces personnages dans l'ascension de leur amour fut très agréable dans la première partie du roman. Ensuite, le trouble s'installe et je n'ai pas réussi à maintenir cette excitation dans la lecture, comme un parallèle au désenchantement du couple.

"Sans doute, cette impossibilité d'avoir un enfant, ça nous avait déchirés, mais il n'y avait pas que ça...Il y avait ce désamour, ce lent délitement qui s'est installé dès les premières années, surtout de ma part, je pense, cette sensation envahissante que je m'étais trompée, que j'y avais cru trop vite, que cet homme-là, sans que j'aie rien à lui reprocher, rien n'était pas celui que j'avais cherché..."