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lundi, 13 mai 2013

Retour à Yvetot d'Annie Ernaux.

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L'écrivain et son territoire est un thème qui a accompagné mes années d'études supérieures. Grande admiratrice du talent d'Annie Ernaux, auteure que j'affectionne tout particulièrement, puisqu'elle fut mon enseignante de lettres, puis ma collègue par correspondance, c'est avec grand plaisir que j'ai ouvert cette nouvelle parution aux éditions du Mauconduit.

Retour à Yvetot est la transcription d'une conférence donnée le 13 Octobre 2012, à Yvetot, par Annie Ernaux. Au delà d'une évocation des souvenirs d'enfance, Annie Ernaux développe le phénomène de transformation de ces souvenirs en matériau pour une oeuvre de portée universelle.

L'auteur, depuis la première publication Les Armoires vides (1974) n'est jamais revenue en tant qu'écrivain sur les lieux de son enfance. Pourquoi? "Simplement parce qu'elle [la ville d'Yvetot] est, comme ne l'est aucune autre ville pour moi, le lieu de ma mémoire la plus essentielle, celle de mes années d'enfance et de formation, que cette mémoire-là est liée à ce que j'écris, de façon  consubstancielle. Je peux même dire: indélébile".

 

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L'auteure évoque ce lien qui unit sa mémoire de la ville à son écriture. Une mémoire de la ville fortement marquée par l'Histoire, de l'automne 1945 aux Trente Glorieuses. Elle dessine les contours de la ville, qui n'ont jamais existé matériellement mais étaient bien réeles dans le langage "je vais en ville". Se rendre sur un territoire qui n'est pas vraiment celui de la famille Ernaux, là où le culte de l'apparence est à son apogée. C'est "le territoire où, parce qu'on croise le plus de monde, on est le plus susceptible d'être jugé, évalué. Le territoire du regard des autres et donc, parfois, le territoire de la honte."

Elle évoque tour à tour son quartier, son école du pensionnat Saint-Michel, là où elle découvre que l'odeur de l'eau de Javel n'est pas seulement synonyme de propreté mais représente aux yeux de ses camarades, l'odeur de la femme de ménage, le signe d'appartenance à un mileu très simple.

Les passages sur la lecture comme source d'évasion et de savoir nous montrent à quel point il est difficile de faire entrer les livres dans le milieu social où elle évolue. Disposer d'une bibliothèque apparaît comme "un privilège inouï".

On évolue au fil des pages en suivant la transformation de l'auteure par la culture, et par le monde bourgeois dans lequel son mariage la fait entrer.

Comment la petite fille de la rue du Clos-des-Parts, immergée dans une langue parlée populaire va-t-elle écrire, prendre ses modèles, dans la langue littéraire acquise, apprise, la langue qu'elle enseigne puisqu'elle est devenue professeur de lettres? C'est ce cheminement qu'invite à découvrir ce joli livre paru aux Editions Mauconduit (Mai 2013).

"Tout écrivain, même quand il invente une histoire, se fonde sur sa mémoire."

 

Je remercie Caroline et Clémence chez Dialogues Croisés pour ce joli trésor.

 

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Commentaires

"Tout écrivain, même quand il invente une histoire, se fonde sur sa mémoire."
Je pense que cette phrase est fondamentalement vraie. La mémoire et tout ce qu'elle recouvre : le vécu (le sien, celui des autres), le monde qui nous entoure, les rêves nocturnes qu'on oublie au réveil, les fantasmes, les rêves d'autrefois qu'on oublie quand on grandit... C'est tout cela la mémoire. Et j'en oublie certainement. Heureuse d'apprendre qu'Annie Ernaux fut ton professeur de français!!! A bientôt, Mirontaine.

Écrit par : Claire | lundi, 13 mai 2013

Bel hommage rendu à cette enseignante.

Écrit par : Mireille | lundi, 13 mai 2013

C'est une auteur que j'aime beaucoup. J'ai grandi pas très très loin d'Yvetot et je retrouve souvent des choses que j'ai vécues, entendues ou ressenties dans ses écrits. Dans celui-ci, il y a beaucoup de photos ou il y a aussi du texte ?

Écrit par : saxaoul | lundi, 13 mai 2013

Il y a quelques photos en pages centrales, différentes de celles d' Écrire la vie. J'ai très envie de découvrir la ville d'Yvetot...

Écrit par : mirontaine | mardi, 14 mai 2013

Comme je l'attends ce petit livre... J'aime aussi la voir en photo, dans sa jeunesse. Je la trouve aussi magnifique physiquement, cette femme.

Écrit par : Bauchette | lundi, 13 mai 2013

Tu serais sans doute déçue par Yvetot. Ce n'est pas une ville extraordinaire.... Par contre, sur la côte il y a de jolies villes et villages.

Écrit par : saxaoul | mardi, 14 mai 2013

Un traité qui a l'air intéressant.

Écrit par : Alex-Mot-à-Mots | mardi, 14 mai 2013

je n'aime pas du tout l'écriture d'Annie Ernaux mais tu en parles très bien.

Écrit par : Violette | mardi, 14 mai 2013

Les commentaires sont fermés.