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jeudi, 30 mai 2013

Col de l'ange de Simonetta Greggio.

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On entre dans ce roman comme au milieu d'une ambiance lourde et mystérieuse. C'est Nunzio qui prend la parole. La mémoire d'outre-tombe du narrateur omniscient. Mort depuis dix-sept jours, Nunzio remonte le fil des souvenirs et nous permet de prendre connaissance de l'existence de Blue et Marcus. Les premières pages évoquent le singulier triangle relationnel qui unit ces personnes. Blue, amie de Nunzio, rentre au Col de l'ange, lieu de son enfance et retrouve Marcus, le frère de Nunzio. Elle cherche à comprendre.

"Rien n'expliquerait jamais ma sortie ultime dans la nuit, personne ne raconterait jamais autre chose que ce qui était resté enregistré dans les cellules de mes cheveux, dans les parcelles de ma peau. Dans mon coeur invisible qui n'en revient pas, qui continue de saigner devant cette fin à laquelle il ne s'habitue pas. Cette mort à laquelle je ne comprends rien, cet état auquel je ne peux m'accoutumer. Je me demande, de la même manière que vous vous le demandez, Marcus et toi, quelle absurde cruauté, quelle banale et horrible mise à mort m'a frappé. Je suis là, près de vous, de votre chaleur et de vos pensées qui montent vers moi, mais est-ce vous qui avez besoin de moi, ou moi qui ai besoin de vous?"

Le Col de l'ange où la montagne se fait refuge. Simonetta Greggio décrit avec beaucoup de talent l'âpreté des nuits en haute montagne. Nunzio s'apparente à l'ange gardien. Blue est à nouveau un personnage très sensuel sous la plume de Greggio et cette histoire, sous couvert d'une noirceur thématique, illumine le roman au fil des pages. La nature est omniprésente. Le souvenir de la lecture d'un texte de Giono Batailles dans la montagne m'est revenue en mémoire. Les personnages sont complexes et se dévoilent petit à petit. Les souvenirs d'enfance construisent des êtres à la Colette où la psychologie pleine de profondeur leur permet de croire au bonheur, malgré tout.

"Ton père t'a adorée. A sa façon impure, malade, corrompue. Il t'a aimée comme un pauvre être peut trop et mal aimer. Mais ça, les petites filles ne peuvent pas le comprendre." 

Roman sensuel que je vous invite vivement à découvrir.

mercredi, 29 mai 2013

Happy 6!

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         Le monde de Mirontaine a six ans!


lundi, 27 mai 2013

Nina de Simonetta Greggio et Frédéric Lenoir.

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"La pendule sonne vingt coups. Huit heures du soir, sa dernière soirée sur terre. Les minutes se bousculent, le temps se fige un instant puis accélère. Comme son coeur, un poing qui s'ouvre et se ferme, qui va s'affoler avant de se calmer à jamais."

J'étais très enthousiaste de découvrir cette nouvelle parution de Simonetta Greggio, co-écrite avec Frédéric Lenoir. Le roman Nina raconte l'histoire d'Adrien. Il n'en peut plus de la vie et décide de mettre fin à ses jours. Tandis qu'il s'apprête à avaler un mélange de médicaments surgit le souvenir de Nina, son amour d'enfance. Les premières pages du roman relatent les étés sur la côte amalfitaine, lieu des premiers émois amoureux. Il décide d'écrire une ultime lettre à Nina, pour évoquer une dernière fois la puissance du premier amour. Cet amour qu'il a tu, au fil des ans. Les réminiscences d'Adrien dans les premiers chapitres sont teintées d'une luminosité chère à Simonetta Greggio dans ses descriptions, je me suis amusée à reconnaître la typologie d'écriture propre à chacun de ces écrivains, en avouant toutefois avoir très peu lu Frédéric Lenoir. Chaque auteur apporte une touche singulière à cette histoire qui aborde non seulement la beauté des premières amours mais aussi un sujet beaucoup plus lourd qu'est celui de la fin de vie. La question de la réception d'un texte est brillamment abordée dans ce roman. Réception de la lettre par la famille d'Adrien, réception de la lettre par Nina mais aussi réception de la diffusion de cette lettre dans le monde de l'édition. Les auteurs s'amusent également à dépeindre l'envers des maisons d'édition.

La première partie consacrée à l'enfance d'Adrien est magnifiée par les descriptions pittoresques et aussi l'amour de la langue italienne distillée par petites touches. Chaque évènement apporte une dynamique à l'ensemble mais je suis restée perplexe pour la chute du roman et sur certains événements métaphysiques.

Cependant, je garde en mémoire la subtile force du pouvoir d'écriture qui émane au fil des pages. Un très beau roman où la dimension olfactive prend tout son sens.

"Les douleurs, les joies, s'inscrivent d'une étrange manière dans notre mémoire. On pense les avoir dépassées, on s'imagine qu'elles ne nous déchirent plus comme au début, mais il suffit d'une odeur, d'une chanson, pour y replonger."

Je remercie la maison d'édition Stock.

dimanche, 19 mai 2013

Les Mains nues de Simonetta Greggio.

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"Il y a des corps sans tête, des têtes sans coeur, des corps sans coeur, des coeurs sans tête et sans corps. Nous avions tout. J'ai payé cher le deuil de l'enfance de Gio, mais je serai prête à recommencer."

Retrouver la plume sensuelle de Simonetta Greggio dans Les Mains nues, publié en 2009.C'est à mains nues qu'Emma, la quarantaine, aide les bêtes à mettre bas, soigne les animaux depuis sa campagne isolée. Tout passe par les mains dans ce roman. Les mots décrivent habilement le mouvement des mains, la tâche à accomplir, le sang sur les mains à laver, les mains dans l'utérus de la vache...les mains tendres qui accueillent avec bienveillance Gio. L'adolescent fugueur vient se réfugier chez Emma. Les mains seront tour à tour réconfortantes, apaisantes...mais aussi sensuelles. L'histoire devient fiévreuse tant par la force des sentiments qui unit Emma et Gio que dans sa non-conformité. L'anormalité est partout ou nulle part. Simonetta Greggio crée une atmosphère de bonheur simple dans la gestuelle des mains. Les mains nues sont les mains libres, sans bagues ni entraves. La vie d'Emma, recluse au bord des champs est un cadre agréable pour cet amour sacrilège. La plume est pudique sur cet Oedipe inversé. Ce roman transcende la question du jugement tant la présence permanente des corps et du toucher est la plus simple des manières d'approcher l'âme de l'autre.

Sublime roman.

mercredi, 15 mai 2013

En passant...

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"On peut poser la question de savoir si le temps virtuel, qui devient chaque jour davantage la matrice de l'existence de l'homme moderne, ne risque pas, avec le déphasage qu'il provoque, de porter atteinte à la nature profonde de l'être humain. Je demandais un jour à des amis si leur fils étudiant était chez eux. Ils m'ont répondu qu'il était en effet chez eux, sans l'être vraiment... J'ai fini par comprendre qu'il était physiquement sous leur toit, mais que, son esprit étant entièrement accaparé par le clavier, la souris et l'écran, il était en fait très loin d'eux. Il était grisé jusqu'à l'envoûtement par ces outils prodigieux. Il s'était rallié à une confrérie de fantômes d'un nouveau genre, avec lesquels il entretenait le dialogue qu'il n'arrivait pas à établir avec sa famille. Mais comme le repas virtuel n'a pas encore été inventé, sa présence furtive à table était le seul moment convivial qu'il lui concédait."

Vers la sobriété heureuse, Pierre Rabhi, Actes Sud, coll. Babel, Avril 2013.


PIERRE RABHI AU NOM DE LA TERRE - Bande-annonce VF par CoteCine

 

mardi, 14 mai 2013

Comment j'ai appris à lire d'Agnès Desarthe.

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Je ne connais l'auteur qu'en littérature jeunesse mais le titre de cette dernière parution m'intriguait beaucoup. Pour celle qui publie de très beaux textes pour la jeunesse, je suis très surprise d'apprendre que pendant très longtemps, lire l'ennuyait profondément.

"Je n'ai aucun problème avec la lecture. J'ai un problème avec les livres."

Petite, Agnès Desarthe déclarait à qui voulait l'entendre que lire ne servait à rien. Son souhait, dès sa prime enfance, est d'écrire. Seulement, il est difficilement concevable d'écrire sans maîtriser la faculté de lire. Pour une élève appliquée, cette position semble plutôt saugrenue et surprenante. C'est ce cheminement sur la question de la lecture et de l'écriture que nous confie ce récit.

"Lire, c'est mourir un peu".

Elle tente d'expliquer aux lecteurs les raisons pour lesquelles la lecture lui paraît ennuyeuse. En fait, sa préférence repose sur le fait de raconter elle-même des histoires. L'anecdote  de sa première tentative d'écrit avec un pseudo plagiat d'une oeuvre de  Druon, cette aptitude très tôt à vénérer l'objet livre mais aussi ce rapport malicieux avec les livres viennent truffer le cheminement de notre apprentie lectrice de manière très sincère. Elle a aussi l'humour pour allié. Toute petite, Agnès Desarthe fait preuve d'une imagination très riche. Elle évolue dans un milieu bourgeois et ce désinterêt pour la lecture fut indubitablement une faille dans l'éducation de cette jeune fille brillante qui s'orientera ensuite dans des études de lettres supérieures.

"A chaque livre, j'espère. A chaque livre, je suis déçue. Je veux que ça sonne, je veux que ça ne ressemble à rien, je veux qu'on m'en mette plein la vue".

Agnès Desarthe raconte les sources de cette mésentente avec la lecture. Comment est-elle parvenue à aimer les livres? Elle est prête à "avaler des kilomètres de phrases, pourvu qu'un décalage avec le quotidien s'exhibe". Elle développe longuement sur les livres qui ont su éveiller sa curiosité notamment Tistou les pouces verts de Maurice Druon, puis ensuite les poèmes de Prévert, les textes de Faulkner, Duras, Camus... Dans une dernière partie, elle évoque brillamment le lien entre l'écriture et la traduction. Cette démonstration est riche de sens.

Très jolie confession qui est venue compléter dans ma bibliothèque le petit fascicule de l'Ecole des loisirs. Le parcours de cette enfant sage qui tourne le dos à la lecture est passionnant et servi par une stylistique très étoffée.

Comment j'ai appris à lire d'Agnès Desarthe, Stock, mai 2013. 

Je remercie Caroline et Clémence chez Dialogues Croisés pour ce très bon moment de lecture. 

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lundi, 13 mai 2013

Retour à Yvetot d'Annie Ernaux.

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L'écrivain et son territoire est un thème qui a accompagné mes années d'études supérieures. Grande admiratrice du talent d'Annie Ernaux, auteure que j'affectionne tout particulièrement, puisqu'elle fut mon enseignante de lettres, puis ma collègue par correspondance, c'est avec grand plaisir que j'ai ouvert cette nouvelle parution aux éditions du Mauconduit.

Retour à Yvetot est la transcription d'une conférence donnée le 13 Octobre 2012, à Yvetot, par Annie Ernaux. Au delà d'une évocation des souvenirs d'enfance, Annie Ernaux développe le phénomène de transformation de ces souvenirs en matériau pour une oeuvre de portée universelle.

L'auteur, depuis la première publication Les Armoires vides (1974) n'est jamais revenue en tant qu'écrivain sur les lieux de son enfance. Pourquoi? "Simplement parce qu'elle [la ville d'Yvetot] est, comme ne l'est aucune autre ville pour moi, le lieu de ma mémoire la plus essentielle, celle de mes années d'enfance et de formation, que cette mémoire-là est liée à ce que j'écris, de façon  consubstancielle. Je peux même dire: indélébile".

 

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L'auteure évoque ce lien qui unit sa mémoire de la ville à son écriture. Une mémoire de la ville fortement marquée par l'Histoire, de l'automne 1945 aux Trente Glorieuses. Elle dessine les contours de la ville, qui n'ont jamais existé matériellement mais étaient bien réeles dans le langage "je vais en ville". Se rendre sur un territoire qui n'est pas vraiment celui de la famille Ernaux, là où le culte de l'apparence est à son apogée. C'est "le territoire où, parce qu'on croise le plus de monde, on est le plus susceptible d'être jugé, évalué. Le territoire du regard des autres et donc, parfois, le territoire de la honte."

Elle évoque tour à tour son quartier, son école du pensionnat Saint-Michel, là où elle découvre que l'odeur de l'eau de Javel n'est pas seulement synonyme de propreté mais représente aux yeux de ses camarades, l'odeur de la femme de ménage, le signe d'appartenance à un mileu très simple.

Les passages sur la lecture comme source d'évasion et de savoir nous montrent à quel point il est difficile de faire entrer les livres dans le milieu social où elle évolue. Disposer d'une bibliothèque apparaît comme "un privilège inouï".

On évolue au fil des pages en suivant la transformation de l'auteure par la culture, et par le monde bourgeois dans lequel son mariage la fait entrer.

Comment la petite fille de la rue du Clos-des-Parts, immergée dans une langue parlée populaire va-t-elle écrire, prendre ses modèles, dans la langue littéraire acquise, apprise, la langue qu'elle enseigne puisqu'elle est devenue professeur de lettres? C'est ce cheminement qu'invite à découvrir ce joli livre paru aux Editions Mauconduit (Mai 2013).

"Tout écrivain, même quand il invente une histoire, se fonde sur sa mémoire."

 

Je remercie Caroline et Clémence chez Dialogues Croisés pour ce joli trésor.

 

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samedi, 11 mai 2013

Six femmes au foot de Luigi Carletti.

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"-Tu vois, Lola, le monde dans lequel nous vivons n'est qu'une vaste foire aux apparences. Chacun de nous, au fond, aimerait passer pour quelqu'un d'autre. C'est un mécanisme naturel, même les plantes et les animaux y obéissent. En général, on le fait pour améliorer son existence. Parfois, c'est une question de survie. Pour moi, c'est autre chose. Une mission. Je dois l'accomplir pour le bien de tous."

Voici un roman époustouflant! Pourtant, le thème n'est pas vraiment en adéquation avec mes affinités de lecture.J'ai vraiment bien apprécié l'univers de ce roman. Première rencontre avec la plume de Luigi Carletti, qui a déjà publié en France Prison avec piscine, que je n'ai pas encore lu.

La toile de fond c'est le huis clos brûlant du match Milan AC et l'Inter (non, ne partez pas...le foot en littérature offre de belles surprises). L'incipit du roman s'ouvre sur une ambiance lourde d'attente. Les deux équipes s'échauffent, les supporters soutiennent leurs équipes avec ferveur. Dans cette liesse, les femmes sont aussi présentes à leur manière: celles comme Annarosa qui suivent leur mari avec ennui, d'autres comme Renata, de ferventes admiratrices dont le rêve est d'approcher Materazzi, mais aussi Lola la chroniqueuse radio qui commente le match.On accompagne également Gemma, âgée de quatre-vingts ans. Elle a connu son mari Attilio au stade. Même mort, elle n'est jamais parvenue à le quitter et c'est tout naturellement qu'elle prend une place sur les gradins à son attention et continue à lui commenter le match.

 Ce roman dribble entre comédie et mystère et prend doucement le chemin du polar. Certaines femmes ne sont pas là pour le match, certaines sont en mission et observent les hommes, prêtes à tuer.

Ce qui m'a particulièrement plu dans ce roman, c'est l'esprit de la tragi-comédie à l'italienne. La plume de Luigi Carletti est tour à tour élégante et satirique. L'auteur nous présente un concentré de l'Italie d'aujourd'hui: l'immigration mal digérée, les systèmes mafieux, la corruption...et cette formidable aptitude à rire de ce spectacle désolant.

"Renata soupire et secoue la tête: l'amnésie de ce pays est un véritable handicap. C'est désolant, sur ce point, la gauche a raison, avouons-le: une nation sans mémoire est une nation sans avenir. Nous aurions donc tout oublié? Vraiment, plus personne ne se souvient de l'époque où, dans ce virage, on sifflait les joueurs noirs des équipes adverses? Et ces cris de singes qui fusaient, sonores, de toutes parts? On les voyait chanceler sous la bourrasque, et certains d'entre eux ne touchaient plus la balle. C'est fini tout ça? C'est du passé?"

Roman machiavélique dont la vivacité du rythme  vous emporte sur la voie d'un thriller.

Six femmes au foot de Luigi Carletti,traduit de l'italien par Marianne Faurobert, Liana Levi,Mai 2013.

 

Je remercie Caroline et Clémence chez Dialogues Croisés pour cette bonne découverte.

 

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lundi, 06 mai 2013

L'Odeur du figuier de Simonetta Greggio.

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Simonetta Greggio sera présente dans ma région lors d'une résidence littéraire organisée par Escales des lettres. J'ai déjà lu La Douceur des hommes et Etoiles . Elle est née à Padoue, en Italie mais écrit en français.

L'Odeur du figuier réunit cinq nouvelles dont le point commun est l'évocation dans chacune d'elles du parfum de figuier sauvage. Au delà de cette senteur d'été, ce qui à mon sens relie davantage ces histoires c'est la place du livre pour les personnages de Simonetta Greggio.

La première histoire "Acquascura" n'est pas sans rappeler Le Mépris d'Alberto Moravia et la mise en scène de Godard. La petite phrase en exergue de l'incipit nous le rappelle. C'est l'histoire d'un couple qui chaque été se retrouve dans une bicoque près de la mer. Sous couvert d'innocence  et de nostalgie estivales, cette nouvelle évoque avec brio le délitement du couple. C'est très judicieux de placer cette nouvelle en ouverture du livre.

Les nouvelles sont parfois inégales, j'ai moins aimé par exemple "L'année 82" mais beaucoup aimé "Quand les gros seront maigres, les maigres seront morts". L'histoire d'un homme seul, enfermé dans un ascenseur, qui livrera tel un diariste le quotidien de ce huis-clos, en référence à Mario Rigoni Stern. Les thèmes récurrents sont ceux de l'amour, la séparation, la solitude sempiternelle... Ce que j'ai apprécié surtout c'est ce voyage olfactif sous la douceur de l'Italie en plein été. Simonetta Greggio a un très beau talent de narratrice, sa plume est vive, le choix des mots judicieux et j'aime particulièrement les textes plus sensuels comme "Plus chaud que braise".

Chacune de ces nouvelles nous offre la douceur d'une figue tiède, juteuse à souhait, à déguster avec plaisir.

vendredi, 03 mai 2013

La Mer, le matin de Margaret Mazzantini.

 

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J'ai lu Ecoute-moi de Margaret Mazzantini et j'étais heureuse de retrouver sa plume. Je n'ai pas lu Venir au monde parce que le thème ne m'attirait pas forcément. 

La Mer, le matin s'ouvre sur l'oasis du Sahara.Comme un écho au Désert de Le Clézio, un petit garçon découvre le lieu. Une ville du désert, très éloignée de la mer qu'il aimerait connaître. Son oasis nous apparaît comme un lieu austère et le climat ne suffit pas pour rendre chaleureux cet oasis. Farid joue avec des camarades même s'il s'amuse davantage avec la gazelle venue du désert. En toile de fond, Margaret Mazzantini présente quelques touches éparses du printemps lybien. La guerre touche les plus faibles.

« Quand il voit Misrata détruite par les tirs, grand-père Mussa arrache du mur l'affiche du Caïd, il en fait une boule et la jette sous le lit. »

De l'autre côté de la Méditerranée, un autre jeune homme, Vito.Il observe sur son île, proche de la Sicile, Lampedusa sans doute, les flux des réfugiés, ayant traversé la mer, bravé la mort pour trouver leur salut. Ils sont malades et affaiblis très souvent, au bout de leur périple. La mère de Vito  a grandi en Lybie avec sa famille, avant d'en être chassés par Khadafi dans les années 1970. Elle évoque avec nostalgie ses jeunes années à Tripoli, l'odeur des figuiers, ses premières amours et l'amertume du miel amer de Cyrénaïque(en référence à la conquête italienne de 1911 lorsque la Tripolitaine et Cyrénaïque font partie intégrante de l'Italie*)Vito espère beaucoup lorsqu'il observe cette mer. Il pense à son avenir.

Un roman très joliment écrit sur le thème du déracinement. Malgré le sujet assez difficile, beaucoup d'humanité ressort de cette narration au présent.L'auteur donne un temps de parole à ceux qui d'ordinaire n'en ont pas. J'ai beaucoup appris sur l'histoire commune entre ce pays africain et l'Italie. Leur passé colonial, la vie des colons avant que Khadafi ne les condamne à quitter le pays. Puis, la réconciliation en demi-teinte sous Berlusconi, vingt ans plus tard.

Jamila va emmener son fils Farid loin des violences de son pays en guerre.Ils espèrent regagner les côtes italiennes.Pour le protéger, elle lui fera porter une amulette autour du cou. Vito nous contera l'histoire de sa mère Angelina, une italienne née à Tripoli et expulsée à l'âge de onze ans.

Deux femmes et leurs enfants, brisées par le destin, et leur courage de mère quand le désespoir les assomme.

"Vito regarde la mer. Un jour sa mère le lui a dit. Sous les fondations de toutes les civilisations occidentales, il y a une blessure, une faute collective. Sa mère n'aime pas ceux qui revendiquent leur innocence. Elle fait partie de ces gens qui veulent assumer les actes commis. Victo pense que c'est une forme d'orgueil. Angelina dit qu'elle n'est pas innocente.Elle dit qu'aucun peuple qui en a colonisé un autre n'est innocent. Elle dit qu'elle ne ne veut plus nager dans cette mer où des bateaux coulent."

Merci Catherine M.,* Merci Mireille.