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  • La tête dans les choux de Gaia Guasti.

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    La quatrième de couverture nous annonce un retour à la terre: les péripéties de la famille de Margotte, des néo-ruraux. Programme très prometteur et joliment mené sous la plume de Gaia Guasti.

    Et pourtant Margotte, treize ans, semble très mécontente du choix de vie de ses parents. Quel est l' intérêt de moisir au fin fond de l'Ardèche comme les pâtes de fruits que sa mère s'entête à fabriquer "homemade"?

    Margotte se joue de toutes les manies des objecteurs de croissance. Non sans ironie, Gaia Guasti souligne avec brio la cocasserie des situations de ce couple de néo-ruraux.

    Dans le hameau de dix-sept habitants, Margotte fait la connaissance d'une jeune fille plutôt mystérieuse, nommée Justine. Lors des trajets en bus que Margotte supporte difficilement malgré l'enthousiasme du chauffeur Chérif pour la soutenir, elle prendra connaissance de ses congénères grâce aux propos très peu rassurants de Justine.

    Elle rencontre également le beau Théo et ses dreadlocks et le hameau prend tout à coup une couleur plus sympathique.

    Malgré les joies des découvertes de la nature, Margotte craint que sa soeur, petite fille à paillettes de quatre ans, ne perde de sa splendeur dans cette campagne.

    C'est pourtant grâce à Clairette que Margotte apprendra les mystères du hameau des Chastaniers.

    La voix de Margotte, narratrice, nous emporte dans les péripéties de la petite famille. Même si la succession des événements est plutôt sobre, le lecteur s'amuse beaucoup avec l'ironie des propos. L'humour de l'auteur ne manquera pas de charmer les jeunes (et moins jeunes) lecteurs.

    Le portrait de Margotte, assez renfrognée, jeune fille qui réfléchit beaucoup (trop?) peut permettre avec aisance une certaine identification. Elle cultive l'ironie à son propos et le bain de paroles qu'elle nous livre ne peut que laisser sur nos lèvres un doux sourire.

    J'ai très envie de découvrir Mayo, ketchup ou lait de soja et La dame aux Chamélias de Gaia Guasti.

    Roman publié chez Thierry Magnier, Avril 2013.

  • Silhouette de Jean-Claude Mourlevat.

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    Jean-Claude Mourlevat...je garde un très bon souvenir de cet auteur grâce à une lecture oralisée pendant mes études de L'Enfant Océan.

    Je recherchais un texte dôté d'un grand pouvoir imaginaire et j'étais certaine de profiter de ce voyage avec cette dernière parution de Mourlevat.

    Silhouette est composé de dix nouvelles.Des nouvelles fortes et cruelles, avec des personnages qui s'apparentent à des héros ordinaires.

    Les situations sont mystérieuses et les velléités des différents personnages sont vouées à l'échec. Les chutes de chacune des nouvelles vont clore de manière brutale et pleine de sens l'univers que l'auteur réussit brillamment à mettre en place.

    J'ai ressenti parfois le vertige qu'offre la littérature lorsqu'elle nous emporte très loin du quotidien. Chaque nouvelle renferme le désir ou la quête d'un personnage qui seront anéantis. Les personnages sont plutôt mélancoliques mais l'humour noir apporte beaucoup de vivacité à la narration.

    On assiste, dans un climat étrange, aux vanités des uns et des autres, qui ne nous sont pas totalement étrangères.

    La narration très réaliste avec des lieux précisément décrits nous confortent dans l'idée que ce peut être l'histoire de Monsieur ou Madame tout le monde. La fatum frappe, la chute tel un couperet tombe sur le destin des personnages.

    La dernière nouvelle est une très belle mise en abyme du pouvoir narratif et du sentiment d'injustice.

    Silhouette de Jean-Claude Mourlevat, Scripto Gallimard, Janvier 2013.

  • Swap "Des mots et des notes"

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    Que cachent ces jolis paquets de bigoudènes et notes de musique?

    Premier indice ma swappée est une bretonne et n'est autre que Fransoaz.

    Le swap Des mots et des notes proposait le doux mariage de la littérature et de la musique.

    Fransoaz et moi avons beaucoup d'affinités de lecture et nous avons beaucoup apprécié les recherches sur ce thème.

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     Côté lecture, voici les choix de Fransoaz:

    Prodige de Nancy Huston 

    Corps et âme de Franck Conroy.

    Je voulais lire le roman de Franck Conroy, depuis bien longtemps, nous allons faire une lecture commune puisque j'ai offert le même roman à ma swappée!

    J'aime bien l'écriture de Nancy Huston et suis ravie de découvrir Prodige.

    Côté musique, je suis une fan de piano. Fransoaz a trouvé deux sublimes albums qui accompagneront mes longues heures de lecture.

    Night book d'Einaudi.

    Molène de Didier Squiban (accompagné d'un très beau livret de photos de paysages bretons).

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    Côté délices, ma swappée a pris bonne note de mon éviction gluten/ lactose et a pris son temps pour trouver mon bonheur!

    -Chocolat Dardenne gluten free,car je suis une grande adepte, j'ai pu découvrir celui aux fruits secs et vais de ce pas passer la commande à ma coop bio, c'est une tuerie!

    -Chocolat au caramel beurre salé pour mes hommes

    -Un délicieux thé vert aux agrumes des Jardins de Gaïa  que je vais déguster dans un joli mug!

    -Une petite préparation de La Paimpolaise, qui a ravi le palais de mes deux bretons.

    Et puis un torchon avec bigoudènes qui me plait beaucoup!

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     Et puis un petit korrigan que Fransoaz a rencontré dans la forêt d'Huelgoat, en Août 2011, fut très surpris que quelques paquets lui soient adressés! Il garde précieusement sa sucette au chocolat à tremper pour un goûter de grande occasion! Les marque-pages se sont déjà glissés au creux de ses livres.

    Me voici ravie pour ce jour de fête de la musique! Fransoaz a réussi à cerner mes goûts littéraires et musicaux avec brio. Je remercie vivement Fransoaz et Anne notre gentille organisatrice pour ce délicieux moment de partage autour de la littérature et la musique.

     

                                                              

         

  • Inassouvies nos vies de Fatou Diome.

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    Première rencontre avec Fatou Diome et je ne suis pas déçue de ce beau voyage et cette expérience enrichissante. Ouvrir Inassouvies, nos vies c'est un peu commencer un dialogue avec Fatou Diome, le temps d'un thé pour infuser nos vies et partager leur saveur. L'espace de la feuille blanche  est donné comme une ouverture au dialogue avec son lecteur car "Que garde-t-on des humains? Que gardent-ils de nous? Que reste-t-il de nos rencontres?[...]L'ordinateur véhicule des amitiés dyslexiques. Derrière l'écran, les tendresses sont des mets succulents sous cloche, hors d'atteinte."

    C'est l'histoire de Betty, une jeune femme, qui vit un peu en marge de la société, venue d'Afrique, elle s'est installée à Strasbourg. Elle semble désabusée par le quotidien et trouve refuge dans son appartement où elle passe le plus clair de son temps à épier ses voisins de l'immeuble d'en face avec une curiosité toute émoussée. Une sorte de Fenêtre sur cours , mais en beaucoup plus poétique.

    L'immeuble est cossu, la population est plutôt riche. Parmi elle, vit une vieille dame qui soliloque avec son chat. Elle tente d'interpréter le quotidien de ses voisins par ce qu'ils donnent à voir depuis l'angle de vue de sa fenêtre. Petit à petit, Betty va apprivoiser Félicité, la vieille dame, veuve de guerre. Très rapidement, à la demande de la famille, Félicité sera internée en maison de retraite.

    "Incroyable, ce que l'absence d'une personne qui ne vous est rien peut, soudain, bouleverser l'équilibre de votre vie. Comme la façade des immeubles et les arbres, que nous remarquons à peine en traversant la rue, les visages familiers sont des repères sans lesquels le cerveau se trouve désorienté et opère des vrilles sur lui-même." Betty lui rendra visite, lui fera la lecture.

    La plume de Fatou Diome enchante le quotidien, dans son caractère inassouvi: inassouvies nos attentes, inassouvies nos rencontres, inassouvi notre désir de communion avec autrui...

    " Nous sommes là, comme des petits poissons jetés dans la nacelle du monde."

    Toutes les anecdotes du voisinage de Betty résonnent en nous. On accompagne les pérégrinations de l'esprit de Betty sur des sujets tels que la vieillesse, la mort, l'amour, l'attente... la vie en somme.

    "La facilité des échanges est une illusion de notre époque. En multipliant les moyens de communication, la société moderne a rehaussé, proportionnellement, ses barrières."

    Des barques se croisent sur l'océan de la vie, je remercie vivement Clara et Sabeli d'avoir mis celle-ci sur mon chemin. Je n'écouterai plus jamais Djelimoussa Cissoko et la Kora sans penser à ce magnifique roman.

    Analyser la violence de certains courants de la vie avec Fatou Diome est un formidable voyage poétique. "Tant qu'on respire, chaque jour mérite d'être joliment habillé". Vivre est un condiment étrange, indispensable à toutes les sauces, mais qui ne révèle sa saveur qu'au contact d'autres épices.


  • Le Génie de l'éléphant de Marco Missiroli.

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    Un grand coup de coeur! Pourtant, j'ai eu quelques difficultés à entrer dans ce livre. Missiroli  enchaîne les ellipses dans la narration et distille de petits indices au fil des pages pour découvrir petit à petit les secrets et mystères de ses personnages.

    Pietro, ancien prêtre, propose sa candidature pour un poste de concierge dans un immeuble de Naples. L'avocat Poppi a convaincu les autres propriétaires de choisir cet ancien serviteur de Dieu comme concierge. On découvre les habitants de l'immeuble cossu par petites touches. On rencontre Fernando, jeune homme déficient mental, sous le joug d'une mamma castratrice nommée Paola. On pénètre dans l'intimité des familles notamment celles du docteur Luca Martini et son ami l'échographiste Riccardo Lisi. On apprend beaucoup grâce à l'extravagant avocat Poppi, homosexuel et fantasque, qui sous couvert d'un masque vénitien, garde secrètement les confidences de ses voisins.

    Pietro n'a pas choisi son destin de prêtre. Il a passé toute sa prime enfance au sein de l'église, celle-là même qui l'a recueilli. La narration est entrecoupée de souvenirs lointains, ceux de sa jeunesse et de sa rencontre avec une mystérieuse Céleste.

    Avant de mourir, Céleste lui apprend que de leur idylle de jeunesse est né un fils. Ce fils vit dans la résidence milanaise. Dès lors, Pietro  va scruter le quotidien de son fils. Il cherchera à comprendre son activité de docteur, sa mission de sauver des vies...ou d'abréger les souffrances qu'elle impose.

    Ce roman est dense, riche par les thèmes abordés, parfois décousu mais en le refermant, se déroule à nouveau le fil des évènements.

    La galerie des personnages est très fellinienne, haute en couleurs: Paola, dans sa démesure de l'amour filial, Poppi, dans son extravagance...


    Et l'éléphant dans tout ça? L'éléphant est celui qui soigne ses congénères, les observe et les assiste. Pietro tient honorablement ce rôle dans le roman de Marco Missiroli, il devient l'essence même de la résilience. Celui qui veille sur les autres, sur l'enfant, tel un père.

    Roman traduit de l'italien par Sophie Royère, éd. Payot-Rivages, juin 2012.