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jeudi, 29 août 2013

L'Université de Rebibbia de Goliarda Sapienza.

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Retrouver la plume de Goliarda Sapienza est toujours une promesse d’un grand moment de lecture. L’Université de Rebibbia retrace le séjour que fit Goliarda dans une prison en 1980.  Epuisée par les refus des maisons d’édition pour son texte L’Art de la joie  , Goliarda souhaite plus que tout se soustraire au monde du dehors et provoque son enfermement en commettant un vol de bijoux. Est-ce le désespoir qui mène cette femme sicilienne de soixante ans dans les couloirs de la prison de Rebibbia? 

L’acte de désespoir se transforme en ouverture d’esprit chez ces femmes emprisonnées mais éprises de liberté. Ce gynécée moral offre un bel hymne à la liberté, à la connaissance du monde, des femmes, de la prostituée à la voleuse et aux jeunes révolutionnaires. Goliarda Sapienza illumine le microcosme carcéral de sa plume virtuose. En grande observatrice, l’enfermement lui offre cette possibilité d’observer et d’apprendre le monde qui l’entoure. Elle emprunte les chemins de traverse, conformément à son idéologie anarchiste de ne pas être le mouton de Panurge. Sa différence est le fruit de sa richesse culturelle.

Démunie face à cette différence aux autres, elle commet ce vol pour se soustraire à la morosité de sa vie.

Face à la singularité de ses congénères, Goliarda Sapienza apprendra à mieux se connaître elle-même. L’incarcération s’apparente à l’apprentissage en plusieurs étapes de l’isolement où elle apprend à gérer son imagination à l’intégration parmi les autres détenues. Elle s’efforcera de s’adapter aux autres, au dialecte des campagnes siciliennes pour ne pas paraître trop différente des autres. Goliarda brosse des portraits attendrissants de femmes qui émeuvent par leur parcours. Giovanella qui commet un délit pour pouvoir avorter en prison notamment, Ramona et la puissance de son chant nomade féru de liberté, Roberta l’intellectuelle révolutionnaire  qui inspire énormément Goliarda. Porte voix d’une Italie en pleine mutation, Goliarda dénonce avec brio les conséquences d’une éducation de masse, dépourvue d’idéaux sociaux. La prison est la vitrine d’une Italie malade. Lieu de connaissances, Rebibbia s’apparente à une université où l’on apprend dans le dénuement. Un très beau livre humaniste à l’image de son auteur.

Roman en publication chez Attila/ Le Tripode , Septembre 2013.

Je remercie Caroline et Clémence chez Dialogues Croisés pour ce très bon moment de lecture. 

 

 

 

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Le Don du passeur de Belinda Cannone.

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Belinda Cannone rend hommage à l’homme qui a râté sa vie, l’homme déraciné de la Sicile à la Tunisie, en passant par Marseille, ce père inadapté à la société. La seule chose réussie est l’ éducation de ses enfants auxquels il apprend à voir les choses et les nommer.

Ce sont les carnets intimes réunis à la mort de son père qui inspireront cette ode à la filiation tout en pudeur,au moment même où Belinda Cannone perd une malle de textes intimes.

Formidable support d’écriture pour rendre hommage à « cette fleur sauvage poussée sur le terreau de l’humanisme » dans « cette chute radicale du désir de vivre et cette utilisation du corps pour signifier ».Un homme de feu qui tombe dans la négativité pure, plus proche d’un héros de roman que d’une personne réelle. Un beau roman, tendre, sur la transmission, loin d’une simple biographie, elle souligne avec simplicité la puissance du faible proche de L’Idiot de Dostoïewski tout au long des treize chapitres. Ce père qui lui donne l’impulsion d’écrire, pour maîtriser et demeurer en équilibre. 

Je remercie Caroline et Clémence chez Dialogues Croisés pour ce très bon moment de lecture. 

 

 

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dimanche, 25 août 2013

La Vie à côté de Mariapia Veladiano.

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Rebecca en hébreu signifie « jeune et belle » mais la jeune héroïne du roman de Veladiano souligne le paradoxe de ce prénom. Rebecca est née laide et n’a pas le recul nécessaire pour commenter sa propre vie ébréchée. L’objectivité manque à Rebecca et c’est sous l’angle où  la vie l’a contrainte, par la brèche que la honte et la peur l’ont laissée  qu’elle nous conte son histoire. «  Une petite fille laide n’a pas de projets pour son avenir. Elle le craint et ne le désire pas car elle ne peut l’imaginer meilleur que son présent. »

 

Dans la maison au bord du fleuve, Rebecca vit en silence. Son père, médecin, est très souvent absent et sa mère a pris le deuil à sa naissance. La mère et la fille ne se parlent pas. Quel douloureux secret cache ce mutisme de part et d’autre? C’est grâce à l’apprentissage du piano que Rebecca perçoit la vie à côté, celle du langage, de la parole au travers des mains. Veladiano offre un roman troublant sur le dépassement de soi et la maîtrise de son destin. La musique est un formidable échappatoire à la monotonie du quotidien et donne voix à la différence.

Je remercie Caroline et Clémence chez Dialogues Croisés pour ce très bon moment de lecture. 

 

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Mobiles de Sandra Lucbert.

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Roman polyphonique où l'on part à la rencontre de  Méta (thésard), Marianne (psychologue), Mathias (artiste) , Raphaël (cinéaste et magasinier à la BNF) et leurs amis. Ces jeunes trentenaires débutent leur vie professionnelle et on assiste aux tumultes de leurs vies actives. Résolument moderne, la plume de Sandra Lucbert brosse le portrait de jeunes gens, pétris d'idéaux face à une société qui va mal. Leurs études ont façonné ces jeunes gens de telle sorte que leurs velléités ne sont plus tout à fait en adéquation avec la société.
Sous couvert d'une quête très nombriliste qui se résume à la question suivante "Tu crois que je suis entrain de rater ma vie?", chacun des personnages tente de s'adapter ou de s'opposer à sa manière à ce monde incompréhensible. Sandra Lucbert évoque l'âpreté du quotidien dans le monde du travail où de plus en plus l'asservissement ne permet plus la réflexion et toutes les tentatives de fuite du monde réel, propice à l'aliénation, sont vaines. Comment surmonter les doutes d'une certaine jeunesse dans cette époque troublée? Voici tout l'enjeu de ce premier roman de Sandra Lucbert.
Livre lu dans le cadre de l'opération On vous lit tout, organisée par Libfly et le Furet du Nord.

 

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Sous la terre de Courtney Collins.

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Le roman s'ouvre sur un déluge, celui de la naissance d'une petite fille,  bercée par sa mère, dans la boue et l'obscurité. Quelques instants plus tard, elle lui tranche la gorge et l'enterre. Nous sommes en Australie, en 1921. La jeune Jessie a tué quelques heures plus tôt son mari honni. Avant de prendre la fuite, elle a mis le feu à la ferme, lieu de leur habitation, lieu de ses souffrances.
 
Sous une prose lumineuse, c'est la voix de l'enfant d'outre-tombe qui nous conte l'échappée de sa mère, Jessie Hickman, première femme bushranger. "Vous aimeriez peut-être imaginer votre mère occupée à tricoter des plaids qui grandissaient dans tous les sens et toutes les couleurs pendant qu'elle vous portait dans son sein. Ou, au pis, à vomir dans un seau. La veille de ma naissance, ma mère dessouda mon père pendant que je reposais en elle."
 
Très vite traquée par son ancien amant Jack Brown et un sergent héroïnomane Andrew Barlow, elle croisera au cours de sa cavale des filles de joie, des voleurs de chevaux, des enfants nomades...
 
L'histoire vraie de Jessie Hickman, première femme hors-la-loi du XIX ème siècle, est joliment romancée dans ce premier roman de Courtney Collins. Jessie commença à gagner sa vie à l'âge de huit ans dans un cirque où elle apprit à dresser les chevaux avec beaucoup d'habileté. Une fois le cirque vendu, elle gagna sa vie en volant les cheveux. Elle fut emprisonnée puis mariée à Fitz, son tuteur, un homme violent.
 
C'est là le point de départ du roman même si la narration relate des événements de la prime enfance de Jessie. Cette voix d'outre-tombe nous emporte au fil de la narration.
"La terre, telle que je la perçois, est tassée à certains endroits et brisée à d'autres. Les événements semblent donc se télescoper. Ainsi, la mise en terre et la mise au monde. Ce n'est pas la beauté lisse et ondoyante du ruban qui se déploie. Non. La terre se gondole sous l'effet de toutes les histoires qu'elle recèle, histoires de ceux qui vagissent et de ceux qui crèvent."
 
Ce roman offre un merveilleux voyage dans les grands espaces de l'Australie, les paysages sont décrits avec précision, les  montagnes et les rivières de la Nouvelle Galles du Sud sont un cadre splendide pour ces longues chevauchées  au travers de la région. On suit les traces laissées par les oiseaux et le bétail et les chevaux et les humains qui partout s'entrecroisent. Les histoires se chevauchent, comme les corps en terre, tissant entre elles les intimités les plus insolites.
 

 

Roman lu dans le cadre de l'opération On vous lit tout, organisée par Libfly et Le Furet du Nord.

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