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jeudi, 31 octobre 2013

Double jeu de Jean-Philippe Blondel.

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"C'est ce que je veux faire.

C'est ce que je veux faire de ma vie.

Partir à l'autre bout du monde dans des peaux qui ne sont pas les miennes. Dans les peaux de papier qu'un écrivain mort a créées, des années avant ma naissance.
Incarner.

Je veux incarner." 

 Le lycée Clémenceau, chez les bourges. Voilà le sort réservé à Quentin, cet adolescent en rupture scolaire. Il tentera d'être discret dans ce nouveau lieu, transparent même, dans cet univers où son passé le poursuit.

Le narrateur Quentin, âgé de 16 ans, nous emporte dans la narration. Les phrases sont courtes, les dialogues incisifs.

Comment peut-on évoluer sereinement dans un nouveau cadre social où les codes nous échappent? Comment réagir dans ce nouvel environnement? S'adapter? Se révolter? Rester soi-même? Comment s'épanouir?

Comment  faire abstraction des préjugés? L'éducation nationale en est-elle capable?

C'est à toutes ces questions que Jean-Philippe Blondel  tente de répondre brillamment en soulignant les écueils du système éducatif.

Quentin attend la rencontre avec la personne qui surmontera les préjugés. C'est l'histoire d'une rencontre avec l'art,également, celui du théâtre et c'est un beau moment de lecture.

Je remercie Bouma.

vendredi, 18 octobre 2013

Le Bruit de tes pas de Valentina D'Urbano.

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La Forteresse, banlieue ouest de la ville, la colline où personne ne s'aventure, le ghetto des fauves.

"C'est peut-être le milieu qui nous avait produits. On avait peut-être ça dans le sang. C'étaient peut-être les gens qu'on fréquentait, l'ennui, l'absence de buts. La certitude de ne pas pouvoir évoluer, la prise de conscience de l'inéluctable. Dehors, les années se succédaient, et le monde changeait. Au fond de nous-mêmes, on restait figés. On n'avait pas de raison de vivre, on n'était pas capables d'en trouver une. On vivait, un point c'est tout."

Le délabrement, c'est sa faute...voilà le motif invoqué pour justifier cette exclusion de la société d'Alfredo et Beatrice. Lui est élevé par un père brutal et alcoolique, elle évolue dans une famille pauvre mais unie. Ils sont inséparables, jumeaux pour certains.

Roman semblable à D'Acier de Silvia Avallone, le roman décrit une jeunesse pauvre et paumée. Le Bruit de tes pas évoque le vide moral d'un pays désemparé. A l'après-fascisme  succède le terrorisme des années de plomb en Italie. Berlusconi arrive pour effacer ce poids douloureux du passé en brandissant l'idée mensongère d'un miracle économique.

Une vie heureuse est possible et les velléités de Beatrice en témoignent dans ce désir de fuite, d'exil. Les jeunes italiens ont envie de croire en une existence de jouissance. Berlusconi vend du rêve libéral, la sous-culture berlusconienne élimine dès lors l'idée d'effort et du sacrifice.

Pour Alfredo, il est licite de croire en la facilité. Sa fuite est différente, elle s'accomplit dans les effluves de la drogue.

Roman à la troisième personne, la voix n'est jamais totalement objective. L'auteur semble lutter avec ses personnages. Valentina D'Urbano raconte son monde de la manière la plus ample qui soit.

Les publications littéraires italiennes récentes redonnent force à la littérature et au pouvoir des mots. Dans l'atmosphère sombre, de délitement, ce roman dit beaucoup sur l'époque que la société italienne traverse. 

Un roman d'une grande force publié chez Philippe Rey et traduit par Nathalie Bauer.

Je remercie Marie-Florence.

 

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Les poissons ne ferment pas les yeux d'Erri De Luca.

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"J'avais la petite chambre où je dormais sous les châteaux de livres de mon père. Ils s'élevaient du sol au plafond, c'étaient les tours, les cavaliers et les pions d'un échiquier placé à la verticale. La nuit, des poussières de papier entraient dans mes rêves."

Le jeune garçon a dix ans. Il passe trois mois, chaque été, sur un petite île italienne. Cet été là, le rempart des livres s'est écroulé et il a commencé à pleurer. Il apprend la douleur de la vie. Cette sensibilité qui le rend tout à coup coupable face au monde. Il découvre l'amour, cette énergie qui a besoin d'autrui, sentiment étrange pour ce jeune solitaire qui se suffit à lui même.

C'est un très beau récit autobiographique sur la naissance du sentiment amoureux, la perception du corps mais aussi une jolie parabole de la justice. Erri De Luca nous conte l'opposition de l'enfant face au monde des adultes.

Sur l'île, la vie est sauvage, sans heures, l'hygiène simplifiée, la chevelure  est un  buisson indiscipliné. L'île étouffante devient le lieu de la liberté.

Livre gracieux qui ramène à l'enfance et invite une deuxième fois le passé. Erri de Luca convoque les absents, plante autour de lui les personnes d'une deuxième rencontre. Ce retour sur un événement du passé donne une allure plus vive et plus essentielle de la vie.

C'est un récit des sensations; les sensations qui à leur tour deviennent les formats propices aux apprentissages.

Sur l'île, on apprend en observant le métier noble des pêcheurs. La mer n'enseigne rien, elle fait à sa façon.

Roman publié chez Gallimard, traduit par Danièle Valin.

Merci à l'équipe de Libfly, livre lu pour le prix Jean Monnet 2013, Salon des littératures européennes de Cognac.

jeudi, 17 octobre 2013

Légère comme un papillon de Michela Marzano.

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Michela Marzano, philosophe italienne, nous livre dans Légère comme un papillon un texte fort singulier à mi-chemin entre le récit autobiographique et l'essai philosophique.

"Car nous allons tous mal, chacun à notre manière. Et la nuit, je continue de me réveiller en sursaut. Je me prends à penser à tout ce que je n'ai pas fait, à tout ce que je devrais faire et que peut-être je ne ferai jamais. La peur de ne pas y arriver ne me lâche pas. Et parfois, je ne parviens pas à dormir."

Lorsqu'elle était jeune fille, son souhait était de devenir aussi légère qu'un papillon. Forte de sa propre expérience de l'anorexie, elle occulte toute la dimension dramatique du sujet, souvent distillée dans les écrits sur cette thématique. Je pense à Delphine de Vigan, Camille de Peretti, Nothomb qui se diffèrent à mon sens de l'écriture sublimée de Valérie Valère.

C'est toute la différence de Michela Marzano. Loin du rituel du vide et du plein, l'auteur raconte son quotidien auprès d'un père exigeant qu'elle cherche à satisfaire en se comportant en excellente élève.

"C'est le symptôme d'une parole qui ne parvient pas à s'exprimer autrement. D'un désir perdu dans la tentative désespérée de s'adapter aux attentes des autres."

Elle s'intéresse au corps, comme le vecteur d'ancrage au monde. L'anorexie est décrite comme un symptôme de l'idéal du moi, conforme aux attentes des autres. On oublie qui l'on est. Ce récit est celui d'un cri silencieux pour affirmer son propre désir en dépit du regard des autres.

Le récit est fragmentaire puisque Michela Marzano ne décrit pas les souffrances physiques anecdotiques mais accorde de l'importance aux mots qu'elle cherche. C'est un cri de vie, ce souhait de manifester la joie de vivre étouffée. C'est un langage qui surgit à la manière  de son propre parcours puisque l'auteur a appris la langue française pour fuir la langue des diktats de son père. Un très beau récit sur la force de l'être sur le paraître pour cette prisonnière du contrôle.

Certains livres vous touchent plus particulièrement et vous aident à arrêter de vous voir à travers le regard du père et de se détacher du scénario que nos parents ont écrit pour nous.

"Ce n'est pourtant qu'en tombant que l'on commence véritablement à vivre. Car on apprend alors à être vraiment présent. A côté de ce qu'il se passe. A côté de ses mots. A côté de notre désir."

Roman publié chez Grasset, puis Livre de poche, traduit par Camille Paul.


vendredi, 11 octobre 2013

Pas assez pour faire une femme de Jeanne Benameur.

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"Dans la lecture, je vais partir loin de ce qui me poursuit et qui n'a pas de visage."

A la manière d'un journal intime Jeanne Benameur évoque l'éveil à la féminité et la sensualité de Judith. Par petites phrases suggestives, on assiste à la découverte de l'amour par cette jeune étudiante dans les années 70. Les mots de Jeanne Benameur ne peuvent que résonner en nous dans cet appel à la liberté. La richesse de ce livre repose également dans la description du bonheur de lire. Les mots sont denses, sensibles, cotonneux, parfois, pour dire l'indicible.J'ai aimé cette façon toute particulière de décrire le mal-être de Judith dans cette famille tyrannique. Le portrait du père en pervers narcissique est bouleversant.

Et puis ce livre, c'est probablement un écho à notre propre vie...

"Dans les livres, j'oublie. Dans les livres, je respire. Il n'y a plus rien qui me menace à l'intérieur, je suis vraiment moi-même".

Un grand coup de coeur truffé de mots pépites à l'intérieur. Il y a tant à dire...mais je préfère vraiment qu'il soit lu plutôt que débattu...

 

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