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vendredi, 31 janvier 2014

Coeur de Lhasa de Sela.

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Elle hante toujours mon esprit.Un petit livre d'artiste vient d'être publié à titre posthume chez Orbis Pictus Club. Coeur est un conte accompagné de douze linogravures de Lhasa de Sela. Les collages sont signés de la chanteuse.

 

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Coeur est publié également en version anglaise à la fin du livre.

Le texte s'ouvre sur des collines ondulantes où le coeur de la narratrice vit avec la douceur du vent sous la lumière du ciel. Le décor est vaste, à l'image du dénuement, près de Sacramento où Lhasa a vécu enfant, dans l'autobus familial.Tel était le pays de son coeur. Le pays de la quiétude.

 Mais comme dans tous les contes, la narratrice semble être à l'heure de l'épreuve captive d'une gigantesque bouche d'ombre, au bout d'un énorme tuyau. Si l'on s'approche trop près, on disparaît.

Une sorte de frontière invisible pour la narratrice et son double: le coeur.

Le coeur s'échappe de la ville hostile mais à l'aide de la sorcière, peu à peu ils retrouveront les collines ondulantes, main dans la main car dans le puits des épreuves réside toujours  un soleil. C'est ainsi dans les contes et dans la vie.

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Un joli conte énigmatique et mystérieux sur la force de la faiblesse, sur ce besoin de Lhasa de Sela à communiquer et la nécessité absolue que ce soit en accord avec elle-même, que ce soit vrai, que ça vienne de loin.Ce conte est comme un rêve représenté par les linogravures mais pas seulement, le texte donne une large place aux émotions. La langue du rêve, celle de l'âme à l'image de Jung. Le rêve parle son propre langage, comme le conte. Un langage mystérieux mais pas impénétrable.

Comme dans ses chansons, Lhasa écrit une trame, un fil magique qu'on suit et on se laisse guider par ses univers visuels en libérant un petit espace pour la foi et la curiosité. 

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 Merci de ne pas évoquer en commentaires le motif de sa disparition, je ne le connais que trop...

Le Dernier jour d'un condamné Victor Hugo.

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Commencer le défi de relire un classique par mois chez Stephie  avec ce titre de Victor Hugo Le Dernier jour d'un condamné, choisi grâce à Elsa Montensi. Le poser sur sa table de nuit et le lire en quelques heures.

Le condamné dans sa cellule de Bicêtre à la veille de son exécution évoque ses états d'âme depuis sa condamnation à mort. On assiste à son cheminement de pensées.Pour permettre une plus grande implication du lecteur dans ce texte,Hugo rend le récit encore plus vivant en choisissant le  style direct, les phrases courtes. On évolue dans la progression du désespoir du condamné.On assiste au tragique de la situation: le tragique vise à susciter l’effroi du lecteur devant la condition humaine. Il accompagne le plus souvent les thèmes de la mort ou de l’impuissance de l’homme face à un destin qui le dépasse.Le condamné ne peut changer le cours de son destin.Le pathétique permet quant à lui de mettre en mots l'émotion douloureuse. Le lecteur partage sa douleur face à cet homme déterminé par une force supérieure, condamné à la justice des hommes.L'abondance des points d'interrogation marque l'étonnement de l'homme face à cette décision.

Le narrateur est énigmatique oscillant tour à tour entre le monologue intérieur, le journal intime et le récit autobiographique; permettant ainsi au lecteur l'identification au personnage et à Hugo de mettre en place un plaidoyer contre la peine de mort.

Le texte argumentatif permet la mise en scène du discours, stratégie d'écriture qui permet au lecteur de prendre place dans le débat.

La scène en miroir des galériens vise à prouver l'aspect voyeuriste et sinistre des spectateurs hypocrites. Face au malheur, certains éprouveront de la jouissance.

La souffrance s'accentue avec le temps qui passe et montre la volonté de Victor Hugo de rallier le lecteur à sa lutte.

Le texte se referme avec ces mots: QUATRE HEURES. Cette phrase nominale,écrite en majuscule, mise en avant typographiquement mime à sa façon le couperet de la guillotine et marque l'ellipse du cri ultime dans la bouche du condamné.

Cette relecture d'un texte classique m'a permis de dépoussiérer mes cours de fac, de chercher à comprendre pourquoi Elsa le laisse à disposition sur sa table de nuit...à m'interroger à nouveau sur notre rapport à la mort.

 

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jeudi, 16 janvier 2014

Henri, film de Yolande Moreau.

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En 2004, j'ai beaucoup aimé Quand la mer monte, réalisé avec Gilles Porte. J'avais très envie de découvrir ce nouveau film de Yolande Moreau.

Un autre duo est mis en scène, un duo improbable dont émane une jolie ronde de sentiments mystérieux.

Henri, immigré italien est un homme sombre, assez rustre derrière le bar de son restaurant belge. Le quotidien se déroule entre quelques assiettes servies, les moments de partage avec ses acolytes Bibi et René et puis la compagnie des pigeons voyageurs.

Il était déjà résigné... alors quand sa femme meurt subitement, il n'a plus qu'à baisser les bras devant la fatalité.

C'est l'arrivée d'un papillon qui va chambouler sa vie. Un papillon c'est le surnom donné aux résidents d'un centre pour handicapés. Rosette vient chaque jour l'aider pour le service en salle.

Rosette est une jeune femme rêveuse, enjouée et handicapée des mots. Elle parle peu et face à Henri, le taiseux, peu de dialogues. Ce duo évolue dans une économie des mots, dans le cadre plutôt glauque du restaurant défraîchi où la vieille guirlande de fleurs représente à sa manière le fil de la vie sur laquelle oscillent Henri et Rosette.

Le chagrin d'Henri va peu à peu se dissiper quand notre tandem décide de prendre la route pour la côte belge. Les écorchés vifs  retrouvent une certaine liberté matérialisée par ces belles plages du Nord. Les plans sont magnifiques. Yolande Moreau  réussit à nous émerveiller, sous couvert de plans qui évoluent tout au long du film: sombres et glauques comme pour mieux mimer le minimalisme positif du quotidien simple des gens de peu vers des plans beaucoup plus lumineux sublimés par la fugue de Rosette et Henri.

La sensibilité tour à tour visuelle et émotionnelle apporte beaucoup de densité aux personnages. Deux êtres qui résument la complexité de l'âme humaine et du sentiment amoureux.

J'aime quand Yolande Moreau donne à voir les taiseux, les éclopés, les canards boiteux, c'est l'humanité non lisse, sans jugement. Beaucoup de bienveillance chez cette réalisatrice dont la caméra est aussi chaleureuse que son sourire. C'est un film élégant avec  beaucoup de scènes délicates et poétiques.

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A Fréd et sa jolie Victoria à l'ours aux reflets dorés.

Film réalisé en 2013 par Yolande Moreau avec Pippo Delbono, Candy Ming.

 

Les Mains libres de Jeanne Benameur.

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 Voilà bientôt quatre ans que ce livre est sur ma pile. J'attendais le bon moment pour lui, comme si de toute évidence un Jeanne Benameur ne peut me décevoir.

Tout de suite, la prose de Jeanne Benameur est au rendez-vous, ce style si particulier, fin et poétique. Il est tout simplement sublime ce livre, tant par le fond que par la forme.

Il évoque l'histoire de madame Lure, épouse modèle, soumise. Désormais veuve, madame Lure dépoussière les livres de son défunt mari, sans même les ouvrir. Ce sont les livres de monsieur et son plaisir personnel se résume à rêver au dessus des belles photos de revues touristiques. Elle se plait à imaginer des vies, en surface. Comme si les vies en profondeur offertes dans les livres n'étaient pas pour elle. Elle vit dans le monde des apparences, du simulacre, s'accommode des petits gestes du quotidien, les mains emprisonnés dans ces gestes répétitifs de  l'infiniment petit.

Et puis, elle rencontre Vargas, le nomade.Celui qui voyage comme tous les êtres de papier observés longuement dans les magazines. Les mains de madame Lure vont alors se libérer en offrant un livre à Vargas, en offrant du temps, de l'attention et de riches lectures. C'est le début d'une nouvelle vie tissée par les silences, les gestes de deux individus qui ne communiquent pas la même langue.

Jeanne Benameur en peu de mots, réussit à créer une histoire douce et belle. Ce livre est un grand, très grand coup de coeur. Lisez-le car mes mots sont si peu en regard de la délicatesse et l'élégance du texte.

Merci Audrey.

 

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jeudi, 09 janvier 2014

Frida Kahlo La beauté terrible de Gérard de Cortanze.

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Une autre biographie de Frida Kahlo, que dire de plus, qu'a-t-on encore à apprendre de cette grande artiste? Gérard de Cortanze raconte son histoire avec la somme des recherches documentaires, citant deci delà les publications de JMG Le Clézio,  Hayden Herrera, Carlos Fuentes, Salomon Grimberg... 

Cette biographie se lit comme un roman et on comprend davantage encore la corrélation entre la passion amoureuse qui unit Frida Kahlo à Diego Rivera et la création artistique qui en émane. Cependant, je n'ai pas beaucoup apprécié la narration. Le parti pris de Bernadette Costa Prades, en utilisant le tutoiement à son adresse, me séduit davantage.

Néanmoins, je retiens ce beau passage pour évoquer la mémoire de l'artiste:

"La peinture de Frida Kahlo, c'est un peu comme la biographie d'une âme qui nous serait offerte. Avec une totale impudeur, une artiste se dévoile, se met parfois en colère, exhibe son désarroi. Ecorchée vive, fragile, Frida Kahlo  est une singulière étoile filante qui comprend à mesure qu'elle peint que son art ne la protège pas mais la met à nu. Lentement, la peinture se retourne contre elle qui étale à la face du monde son corps mutilé. L'art décidément ne guérit jamais de rien. Tout juste pose-t-il des questions et entretient-il des blessures peut-être nécessaires. Mais il serait faux de ne voir en Frida Kahlo qu'un être à jamais blessé qui n'a peint que de "l'espoir sans espoir", de "la mort qui pense dans la tête". A la regarder de près, on est frappé par l'amour démesuré qu'elle inspire, sa joie de vivre, sa lumière affichée "comme un  paon qui fait la roue".

 

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Je vous invite à suivre Des ailes de mouette noire/ Portrait en miroir de Laure Egoroff sur France culture.

mercredi, 08 janvier 2014

Un classique par mois.

 

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Je ne suis pas trop "challenge" mais celui-ci m'attire tout particulièrement, c’est celui de Stephie "Un classique par mois" ! J’ai envie de dépoussiérer mes classiques. Sortir de la bibliothèque mes livres d'étudiante en lettres modernes me réjouit déjà.

 

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A bientôt pour de belles (re)lectures accompagnées de ce logo.

 

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Mon Amour, ma vie de Claudie Gallay.

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" Je ne suis pas un brave, je suis un Rom. Je marche le front bas, comme une bête. Je déteste le monde, la vie, les fleurs.

J'ai peur qu'on m'attrape, qu'on m'emmène ailleurs, quelque part. Qu'on me brûle vivant comme on brûle les carcasses dans les bennes. Des veaux de vingt jours. Qu'on me transforme en poussière d'abattoir.

Je marche. Sans savoir où je vais."

Probablement le texte le plus âpre de Claudie Gallay. La famille Pazzati: Mam' et sa douceur abrupte, l'oncle Jo et son saxo, Pa' l'écorché vif, Zaza et son phrasé rongé...et puis Dan l'enfant unique de cette famille à la dérive.

Les personnages sont des ogres,sculptés dans la terre glaise. Roman sauvage d'un monde marginal où la violence se mêle à la folie.

Le père dresseur de fauves mène son cirque à la dérive. La guenon devient la confidente de Dan, l'ombre douce et chaude d'une mère farouche.

Les adultes sont cruels parfois. Ils fréquentent les églises, c'est la pierre, la honte des hommes qui viennent dans les églises pour oublier leurs péchés. Quand les hommes s'en vont, les péchés restent. A force ça remonte. L'humidité des églises, c'est toute la honte des hommes.

Claudie Gallay réussit à distiller de la poésie dans la misère pour nous emporter avec Dan vers cette quête merveilleuse de la mer.

"On se promet la mer.

On fait ça vite, sans réfléchir.

La mer".

mardi, 07 janvier 2014

Une saison avec Jane-Esther de Shaïne Cassim.

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Rentrer dans une petite librairie indépendante, toujours en Bretagne...se poser, prendre un thé et puis timidement aborder la libraire...lui demander enfin quel est son coup de coeur actuel en jeunesse...

Avoir le roman de Shaïne Cassim entre les mains, l'emporter et découvrir...

Près du fleuve, dans une petite ville du Mississipi, Eden Villette veut écrire des textes poétiques. Nous sommes en 1967, les Etats-Unis débattent autour du mouvement des droits civiques entre réformistes et partisans d'une action radicale.

Et Jane-Esther? Elle arrive en ville pour donner une conférence, forte de sa gloire littéraire. Elle retrouve ses amies de jeunesse à savoir Kate, la tante d'Eden et Edna Gardner. A la mort de Kitty (la mère d'Eden) toutes trois se sont promises de prendre sous leurs ailes la jeune Eden.

Le souhait de la jeune fille se réalisera-t-il cet été-là? Elle admire la talentueuse Jane-Esther, elle apprend grâce à elle à organiser ses idées. Roman d'apprentissage où la jeune Eden livre ses tourments telle une tempête sous un crâne. Cette faculté à s'épancher peut séduire les jeunes lecteurs même s'il peut laisser perplexe les lecteurs plus avertis.

Ce roman est un bel hymne à la création poétique, très loin des rebondissements qui caractérisent la littérature jeunesse actuelle. Shaïne Cassim choisit la magie des mots pour mettre en scène ses personnages. Sur fond d'Amérique divisée,avec les Blacks Panthers, on accompagne Eden sur le chemin des sentiments. L'adolescente cherche sa voie, s'interroge sur ses choix de vie. Elle cherche une façon  plus digne d'être au monde. Eden tente d'affronter le monde, le bouscule et le questionne à l'aide des mots, de la poésie où s'invitent des poules aux coudes pointus.

Nous sommes proches du fleuve, le temps passe, la maturité d'Eden s'affirme. Un roman féministe d'une beauté subtile mais parfois les turpitudes d'esprit de la jeune Eden rendent la narration confuse.

Beau roman qui me rappelle le film Bright Star de Jane Campion...

La couverture est illustée par la talentueuse Kitty Crowther.

Le Promeneur de la presqu'île de Jean-Luc Nativelle.

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 Recevoir un livre le soir de Noël, choisi par une dame de coeur à mon attention.

Lire quelques jours plus tard les mérites de la maison "Editions du petit véhicule", entreprise artisanale de Loire-Atlantique dirigée par Luc Vidal.

Emporter le livre au coeur de la maison de Jeanne, en Bretagne et découvrir...

Dans un village du Finistère, un homme fait sa balade chaque soir depuis vingt-cinq ans. Ce soir, il décide de la réaliser à l'envers.

La promenade est propice à l'introspection et notre personnage s'interroge sur sa propre vie. Très vite, on comprend qu'un événement tragique est au coeur du livre. On apprend que l'existence du promeneur est marquée par la disparition de sa femme et la mort accidentelle de son fils.

Avec Le Promeneur de la presqu'île, Jean-Luc Nativelle ne nous invite pas dans une histoire inutilement sombre mais plutôt vers un éloge funèbre où tout le village prend la parole.

L'événement fait rupture et l'environnement prend une nouvelle figure aux yeux du promeneur. Le paysage développe un lien intime et accorde davantage de valeur à l'événement tragique. 

La narration est subtile, nous entendons le point de vue des habitants au moment même où le promeneur passe devant chez eux. Le village est un lieu clos où les gens se connaissent tous et l'on apprend progressivement que tous sont concernés par ce tourment. Le drame dans la vie quotidienne d'une communauté.

On déambule avec le promeneur, on écoute la multitude des "je", le personnage central devient la somme des regards que les autres portent sur lui, sur nous. Une prise de conscience progressive. La réalité perd ainsi son objectivité et disparaît dans l'infini tourbillon des pensées.

Beaucoup d'intelligence et de finesse stylistiques dans ce très beau livre où l'on découvre que des liens nous attachent profondément en certains lieux et la phrase de Julien Gracq en exergue prend tout son sens "il arrive ainsi , il arrive plus d'une fois que, ce coeur, elle l'ait changé à sa manière, rien qu'en le soumettant tout neuf encore à son climat, à son paysage, en imposant à ses perspectives intimes comme à ses songeries le canevas de ses rues, de ses boulevards et de ses parcs."(in La Forme d'une ville).

Un joli cheminement, sans aucun doute ma plus belle lecture pour clore l'année 2013.
Merci à Mireille pour ce très beau cadeau.