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mardi, 25 février 2014

Un Temps fou de Laurence Tardieu.

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"Il n'y a plus de chemin, il n'y a plus de ligne droite. Ma vie a pris feu, et cet embrasement soudain a signifié sa mort et sa naissance. J'ignore de quelle enfance, de quels manques, de quelles solitudes est né ce sentiment qui me lie à vous, mais moi qui ai toujours éprouvé la nécessité de chercher quelque chose et qui ne savais pourtant pas ce que je cherchais, qui me suis toujours sentie entraînée dans un mouvement qui me poussait éperdument vers un avant qui me faisait peur, dont je n'osais avouer l'effroi mais que j'ai écrit, parfois, dans mes livres, je songe que, dans vos bras, la course s'est arrêtée. La course s'est arrêtée enfin. Je ne sais pas pour combien de temps, je ne veux pas le savoir: je ne veux pas que l'avenir dessine à nouveau sa trajectoire. Avec vous j'ai compris que le sentiment d'éternité ne s'inscrit pas dans l'avenir, mais dans la profondeur et la défaillance vertigineuse du présent."

 Beaucoup de grâce, de douceur et de délicatesse dans ce roman de Laurence Tardieu. Enième variation sur l'écriture et le sentiment amoureux, on accompagne la narratrice dans ce monologue proche de la tempête sous un crâne. Attente, désir et rêve d'une passion singulière. La narration varie dans les interstices du temps pour cette femme qui se reconstruit, semble refaire surface. Maud, romancière, emprisonnée dans la vie fade du couple qui s'étiole au fil du temps.Au fond d'elle le souvenir intense d'une belle et douce soirée avec Vincent. "On n'oublie rien de ce qui vous a traversé".

Le désir monte crescendo au fil des pages, la valse reprend dans un Paris sous la neige, dans les bras de Vincent...Voilà le secret de Maud, libérée.

Magnifique roman.

jeudi, 20 février 2014

La fête du slip!

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Aujourd'hui c'est la fête du slip! Oui, chers lecteurs, je suis débordée par ma charge d'enseignante mais je ne pouvais pas honorer cette journée, sans parler du texte de Thomas Gornet et Anne Percin Le Jour du slip/ Je porte la culotte, édité chez Rouergue.

Ce texte je l'ai lu à mon fils de huit ans, qui comme vous pouvez le remarquer joue autant aux playmobils chevaliers qu'à la dînette.

Le concept est plutôt original, d'un côté l'auteur choisit de raconter le réveil d'une petite fille en petit garçon et vice versa, si l'on choisit d'adopter l'autre récit.

Alors, c'est drôle et bien pensé. On évoque les tourments de Corinne et Corentin dans la peau de l'autre sexe. Le sexe, justement parlons-en. Il est habilement évoqué, avec beaucoup d'humour. On souligne les attitudes, les réactions, les habitudes "propres" soit-disant à chaque sexe. On apprend que l'on s'amuse autant dans la peau de l'autre. 

Ce qui s'apparente d'abord à un cauchemar dans la tête des narrateurs de CM1 devient un jeu subtil qui évolue vers un doux rêve.

Le procédé des deux histoires narrées en miroir pour se clore sur le regard face à face d'un garçon et d'une fille est propice à la réflexion. Celle du regard que l'on porte sur l'autre, de l'analyse faite sur le choix des activités et l'ouverture d'esprit. Il n'est question que de bienveillance dans ce texte.

Sinon, mon fils fait aussi du tricotin, n'en déplaise à certains...

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Mais une lecture qui dérange...alors passez chez  Stephie!

 

dimanche, 16 février 2014

Il faisait chaud cet été-là d'Agnès de Lestrade.

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Retour à l'adolescence en compagnie de Violette et Blanche.Dès l'incipit, une ambiance amicale entre les deux jeunes filles aux caractères opposés, une Blanche, jeune fille discrète et transparente voire insignifiante face à Violette au caractère affirmé, éblouissante parmi les autres.Agnès de Lestrade décrit intelligemment cet attrait et cette fascination pour autrui, cette jeune femme que Blanche prend pour modèle. Et puis toute cette idéalisation de l'autre dans ce qu'elle montre au quotidien. Un très bon roman pour adolescents qui prouve le simulacre du monde des apparences.

Il faisait chaud cet été-là...et quelques pages plus loin on abandonne la légèreté des vacances pour apprendre la vraie personnalité de Violette. Le climat se fait de plus en plus lourd, l'atmosphère devient pesante et n'est pas le simple  résultat du soleil qui plombe les journées de vacances.

Le suspens grandit...Violette souffre et promet à Blanche de faire des efforts.Les vacances sont bouleversées, tout bascule.Le malaise prend place.Blanche est bercée par les apparences et ne parvient que difficilement à cerner son amie.

Quel drame se cache sous les beaux atours de Violette? Quelle folie ou trouble la poussera à commettre l'irréparable? Quelle forme prendra l'impact de sa bipolarité?

Un thriller psychologique bien mené même si certains passages mériteraient un développement plus poussé.

"Quelquefois je t'observe. Quand tu ne sais pas que je te regarde, ton visage n'est pas le même. Il est plus ombrageux. Comme si le ciel bleu se couvrait soudain de gros nuages noirs. Comme si le tonnerre allait gronder, le vent souffler, la tempête se lever." 

jeudi, 13 février 2014

Rêve d'amour de Laurence Tardieu.

 

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Un livre qui traverse l'autre. Les êtres sont pétris d'émotion et l'art de Laurence Tardieu touche. Au delà du style, c'est l'émotion qui bouscule. L'exigence de l'écriture témoigne d'un bel abandon de la part de l'auteur. Un beau moment de grâce en compagnie de ce roman. Son sujet devient une part d'elle-même et le lecteur fait corps avec l'histoire.

Alice Grangé a trente ans. Elle apprend à la mort de son père que sa mère en a aimé un autre, peu de temps avant sa mort.L'image de cette mère est assez floue, une ombre féminine enveloppée dans une robe bleue.Elle ressent le désir de partir à la rencontre de l'homme, qui peut-être lui apprendra à connaître sa mère.

A la fin du livre, on plonge en soi, on écoute cette voix singulière. Une belle composition où par les mots, la musique se fait douce même si la voix est grave, parfois mélancolique, jamais sombre. On se dirige vers la lumière. On sent la nécessité et la sincérité des émotions dans l'écriture. Dans l'espace du livre, on arrive à la justesse. Tout part du désir, d'une quête, celle de retrouver les traces d'une mère défunte. Nous sommes attentifs aux émotions qui explosent en refermant le livre.Une belle plongée dans la description forte et dense des émotions, sans jamais frôler le pathos. On s'engouffre dans l'espace des sensations et on tourne les pages comme un envoûtement.Un bonheur simple.

dimanche, 09 février 2014

Puisque rien ne dure/ L'Ecriture et la vie de Laurence Tardieu.

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Ma première rencontre avec Laurence Tardieu. Cette volonté tout à coup, essentielle, de découvrir tout ce qu'elle a publié à ce jour. Lire en parallèle sa dernière publication L'Ecriture et la vie, publié aux éditions des Busclats.

Ce texte bref porte à la lumière toutes les interrogations de l'auteur sur son rapport à l'écriture. Depuis la publication de son dernier livre La Confusion des peines , Laurence Tardieu ne parvient plus à écrire: les mots sont des coquilles vides.

 

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 Deux ans d'absence, de repli avec pour remède les lectures d'Annie Ernaux, Virginia Woolf, Agota Kristof, Charles Juliet et Modiano...parmi tant d'autres.

C'est un journal intime extirpé du silence, publié grâce à la complicité de Jean-Marc Roberts, son éditeur, qui lui souffle le titre.

 Laurence Tardieu s'interroge vivement sur sa paralysie littéraire et revient sur chacune de ses publications. Elle nous confie sa saison en enfer depuis La Confusion des peines, texte qui retrace la disparition de sa mère et la condamnation de son père pour des affaires fallacieuses. Ce père qui porte des mots très durs sur ce livre, publié pour des raisons pécuniaires, à son sens. Figé, l'auteur. Silence.

  La préface de Jean-Marc Roberts d'une grande élégance souligne la beauté du propos dans ce mince journal. L'évocation du désir comme la source de l'écriture est analysée pour chacun de ses textes: d'une histoire mise en scène dans Puisque rien ne dure, une volonté  essentielle de livrer une histoire simplement, puis peu à peu au fil des textes ce désir de renouer avec soi, tendre vers l'autobiographie. Ce genre où l'auteur est partout, au dehors et en dedans du livre. La Confusion des peines:récit rétrospectif de trop? Peut-être...l'auteur s'interroge.

Les paroles des lecteurs feront écho à ce malaise. La situation narrative induite par l'attitude autobiographique impose le passé comme temps dominant. Désormais, l'auteur se tourne davantage sur le temps présent: une narration contemporaine, une description plus objective. Voilà ce à quoi aspire l'auteur.

Une jolie quête lumineuse des mots qui m'invite encore plus ardemment à lire les autres textes de Laurence Tardieu et ses futures publications, je l'espère. Une plume libre, légère, sobre et envoûtante dans Puisque rien ne dure, beaucoup de délicatesse dans la narration.

L'auteur fait preuve d'une grande générosité en nous livrant sa réflexion sur l'écriture. Une marche délicate vers la légèreté des mots.

 

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"La vie d'ailleurs n'est pas une histoire. Elle n'est pas un fil que l'on déroule avec un début, un milieu, une fin. Au même moment, ma vie se délitait et s'ouvrait. Plus rien ne tenait. Je n'étais plus sur un fil. Je sautais de pierre en pierre au-dessus d'un abîme."

 

jeudi, 06 février 2014

Les Hommes en général me plaisent beaucoup de Véronique Ovaldé.

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Ne vous fiez pas à l'illustration de couverture, ce livre n'a rien d'une bluette à l'image des amoureux de Peynet.

On entre dans la tête de Lili. On évolue dans des espaces comme le zoo, la maison de Samuel son amoureux et le parking d'un supermarché où elle observe les gens. 

L'incipit du roman évoque la liberté des animaux du zoo qui fuient, comme une mise en abyme de l'histoire animale de Lili.Sortie depuis peu d'un centre de détention, d'un camp pour jeunes paumés, elle a réussi à faire confiance en l'homme grâce à Samuel, éducateur du centre.

Mais le fantôme d'un homme aimé vient lui rappeler ses démons antérieurs.

Les journées oscillent dans le dénuement, l'attente où règne l'ennui.Alors Lili rêve dans des lieux surpeuplés et s'égare du réel.

Le récit délirant et syncopé laisse peu à peu place à la pesanteur du passé de Lili.Un passé qui l'attire comme un aimant vers Yoïm, l'homme pantagruélique et pervers.

L'écriture de Véronique Ovaldé est singulière , elle explore avec brio l'univers de la folie amoureuse et de la dépendance. 

L'évocation de l'enfermement avec le petit frère ressemble au récit de Valérie Valère dans Malika ou un jour comme tous les autres. Le thème de l'enfermement est le leïtmotiv de ce très beau texte, enfermement physique et moral.

Surprenant mais envoûtant! 

mercredi, 05 février 2014

Sept jours à l'envers de Thomas Gornet.

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La vie surprend parfois. En une semaine, tout est chamboulé: le quotidien ordinaire, ses banalités et son tempo régulier.Le narrateur remonte le cours des jours, pour revenir sur ce dimanche après-midi où un événement s'est produit.

Livre inversé où le récit débute par sa fin, il pourrait presque se lire à l'envers. Thomas Gornet utilise une structure surprenante et malicieuse pour apprendre à connaître notre jeune narrateur de douze ans.On remonte le fil des jours, cherchant à comprendre quelle personne est morte. On émet des hypothèses, très vite anéanties par  quelques expressions qui nous rappelle qu'il est fils unique, la présence du père mais aussi celle de la mère. 

L'écriture est judicieuse, on accompagne chacun des protagonistes dans la douleur, on oscille sur le fil de la vie et la bobine s'enroule à nouveau, dans l'autre sens.

Les personnages ne sont pas nommés, alors nous tentons de dénouer la boucle petit à petit avec beaucoup d'empathie.

Le procédé est judicieux et permet d'évoquer l'indicible. Cette immersion dans la famille marquée par le chagrin est drôlement habile puisqu'elle ne tombe jamais dans l'écueil du pathos. La forme du récit adoucit presque la tristesse du sujet, un beau livre délicat propice au dialogue.

Encore une jolie pépite chez Doado, Rouergue.

mardi, 04 février 2014

Fugueuses de Sylvie Deshors.

 

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Une collection Doado chez Rouergue que j'aime particulièrement. Une libraire m'a vivement recommandé sa lecture après nos échanges sur le dernier livre de Jeanne Benameur.

J'aime les récits féminins, le parcours de femmes déterminées alors je suis partie à la rencontre des fugueuses.

Lisa a seize ans, Laurie dix-sept. Amies depuis le collège, elles harmonisent leurs différences de caractères, l'une révoltée, l'autre rêveuse pour s'unir dans une même cause. Les deux amies fuguent et trouvent refuge à Notre-Dame-des-Landes, elles retrouvent des opposants à la construction d'un aéroport au coeur d'une forêt.

Inspirée de faits réels, l'histoire évoque la vie communautaire et militante. Loin du quotidien banal, les deux jeunes filles feront l'apprentissage des prises de position, de l'engagement, de certains choix pour changer le monde.

Une militante, Jeanne, plus âgée vient ponctuer le récit de sa propre expérience de vie dans les réminiscences de Mai 68.

Le combat écologique dans cet univers collectif nous apprend beaucoup sur ce que les médias ont tu.

L'histoire de ces deux jeunes filles, forgeant leurs propres convictions en puisant ici ou là, s'initiant à la marche du monde contemporain selon leurs propres désirs, sans maître à penser ou gourous tente de convaincre les femmes à prendre leur existence en main. 

Fugueuses permet de s'informer sur la division du monde entre capitalistes et altermondialistes et éveiller les consciences sur le monde contemporain. Un beau texte offensif sur le thème de la rébellion, la quête de liberté et la construction de soi. Sylvie Deshors cite les textes de Rosa Luxemburg, Nâzim Hikmet et Aimé Césaire pour enrichir la réflexion.

 Pour mieux connaître la collection Doado, chez Rouergue.


Sylvie Gracia - Collection doado des éditions... par Librairie_Mollat

lundi, 03 février 2014

En finir avec Eddy Bellegueule d'Edouard Louis.

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Quelle claque...C'est le genre de livre que tu refermes avec la tête pleine d'images, les plus déroutantes les unes que les autres.Tu ne peux pas reposer ce livre sans être habité(e) par les propos violents, les scènes insoutenables comme il est rare de les lire en littérature.

Eddy, le jeune garçon se construit dans le reflet des propos des autres: "pédé, tapette, enculé, pédale". La violence verbale se mêle à la violence physique auxquelles Eddy répond en souriant. 

Dans ce village picard, un homme doit être un dur et cette démarche et ces manières efféminées ne sont pas conformes à ce que l'homme représente dans les esprits étriqués des villageois. Oui...l'histoire se déroule en Picardie, dans un milieu où la misère devient ordinaire mais je pense que partout en France et ailleurs encore, il existe des tas d'Eddy Bellegueule.

Eddy tente de se conformer à la norme en s'imbibant d'alcool, en cognant, en baisant des femmes, en vain.

La famille d'Eddy s'abrutit devant la télévision, seule ouverture possible sur le monde extérieur, celui des apparences, du simulacre.

Eddy rêve  de côtoyer la sphère des idées et on l'accompagne sur le chemin de son émancipation, de sa quête de liberté, de sa fuite...

Edouard Louis utilise ses ressources sociologiques pour nous délivrer une souffrance légitime, telle qu'il l'a perçue, vécue et enfouie. C'est un roman choc, un coup de canif dans la bienséance littéraire.

Racisme rime avec bêtise partout en France, pas seulement dans cette région du Nord de la France.

Ce texte bouleverse, l'émotion est grande en le refermant... et plutôt que de stigmatiser une région c'est la parole du rejet et de la torture qui prime. Chercher à comprendre, à analyser, à vérifier c'est aussi juger. 


Les matins - Quand l’écriture de soi devient un... par franceculture