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jeudi, 29 mai 2014

Happy seven le monde de Mirontaine!

 

mardi, 27 mai 2014

Traverser les ténèbres d'Helena Janeczek.

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"Ma maman est une mère comme tant d'autres. Peut-être est-ce moi qui suis bizarre, trop faible, moi qui prends la mouche pour des mots dictés par la colère et le besoin de se défouler, des mots qu'elle, elle oublie tout de suite après les avoir prononcés. Ma maman, comme beaucoup d'autres mamans, aurait aimé avoir une fille un peu différente."

La narratrice, dont la mère juive polonaise, a survécu à la Shoah, s'interroge sur la transmission des connaissances et des expériences. Toute la vie de l'auteur est traversée par ce mutisme face à l'indicible. La mère est exigeante, pugnace face à l'adversité. Elle désire transmettre à sa fille toute l'abnégation nécessaire face aux dangers, réels ou imaginaires, de l'existence.Une mère qui essaie de faire passer à travers le sang les subterfuges pour surmonter les craintes.

L'Allemagne, terre d'adoption lui semble étrangère, si éloignée de sa culture intrinsèque. Elles accomplissent ensemble un voyage à Auschwitz-Birkenau. Le récit pudique du chaos des camps laisse entrevoir une tendresse infinie entre la mère et sa fille.

Comment briser le silence? Comment surmonter l'angoisse face à la peur? Que deviennent vraiment les survivants? Helena Janeczek plonge au coeur des ténèbres et offre au lecteur la possibilité de regarder l'abîme et la terreur infiltrée dans les os.

Roman traduit par Marguerite Pozzoli, Actes Sud, Avril 2014.

vendredi, 23 mai 2014

L'Avenir de Catherine Leblanc.

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Agnès est partie. Elle laisse sa mère et sa jeune soeur de seize ans face à leur interrogations sur ce désir de liberté. C'est Charlène, la soeur cadette, qui évoque ce départ. Agnès a décidé de suivre son amoureux jusqu'en Arménie.Elle souhaite trouver du travail dans le pays. Charlène ne comprend pas la décision d'Agnès et le nouveau huis-clos avec sa mère lui est insupportable. Elle se sent seule, perdue et démunie, ce départ ressemble beaucoup à un abandon. 

La jeune adolescente va découvrir peu à peu des nouveaux plaisirs, des rencontres surprenantes et l'entrée dans le monde adulte lui semble fascinante. Catherine Leblanc réussit à évoquer les premiers émois sans mièvrerie, en s'attachant tout particulièrement à la délicatesse des premières fois. Le vagabondage des adolescents épouse le désir des plaisirs défendus où la palette des émotions éclot entre surprise et désarroi.

 

Un très beau texte à la hauteur de mon plaisir de lecture ressenti en refermant Fragments de bleu, Si loin, si près.L'adolescence comme l'espace infini des possibles sous la plume de Catherine Leblanc chez Rémanence, Avril 2014.

mercredi, 21 mai 2014

Un territoire d'Angélique Villeneuve.

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Une maison modeste, une femme insignifiante et deux grands enfants indélicats. Angélique Villeneuve évoque le trio sans brosser de grands portraits de cette Fille ni de ce Garçon. Ce sont les actes dramatiques qui vont éclairer le lecteur à petits pas. L'auteur réussit brillamment à attiser la curiosité en révélant par petites touches impressionnistes le secret d'une existence singulière.Ce sont les fantômes du passé qui s'invitent dans la narration pour porter à la lumière ce qui se cache derrière les murs ordinaires. Les réminiscences du temps béni de la tendresse qui unissait ces trois êtres. La mère ne porte pas de nom, comme pour mieux mimer son abnégation face à la vie.Une femme opprimée dans un territoire sublimé par son regard d'une profonde humanité.

Un roman qui se compose à la manière d'un tableau impressionniste où le drame, l'intime et la délicatesse offrent à l'ensemble une lumière originale.

Roman paru chez Phébus, 2012.

mardi, 20 mai 2014

Ederlezi de Velibor Colic.

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(Dessins de Delphine Jacquot et Eric Lasserre) 

"De mon vivant, j'étais de partout et de nulle part, j'étais tout le monde mais aussi personne. J'étais un grand soleil et parfois des nuages; tantôt l'ombre mais très souvent la lumière. J'étais l'eau fraîche et le sang chaud, l'enfant illégitime de chaque nation. Moustachu, barbu et pieds nus; j'étais le saint des pauvres et le sel de la terre. J'étais l'oiseau, les percussions et chaque instrument à cordes. Compteur et conteur, poète et chanteur. J'étais celui qui porte le violon sur son épaule; celui qui rendait vos rêves possibles. J'étais voyageur, fou du roi, paysan sans terre et apôtre, témoin et traître.J'ai fait mille fois l'amour et jamais la guerre"

Entrer dans le texte de Velibor Colic, c'est pénétrer dans un univers proche de celui de Tony Gatlif et d'Emir Kusturica avec le chant "Ederlezi" en écho. Ederlezi est une fête célébrant l'arrivée du printemps, festival de tous les Roms (chrétiens, musulmans ou autres) pour la communauté gitane.

C'est le récit-odyssée d'un orchestre tsigane mené par Azlan Baïramovitch, chanteur et guitariste, exterminé en 1943 dans le camp de Jasenovac en Croatie. Personnage d'outre-tombe, le lecteur accompagne le récit de ce personnage poétique et mystérieux, tour à tour incarcéré dans une prison politique en Yougoslavie en 1946, couronné roi des tsiganes en Serbie en 1973,fusillé en 1993 dans son village natal, assassiné par un nazi dans La Jungle, camp de réfugiés de la ville de Calais en 2009.L'écrivain charme avec sa verve de conteur.Le lyrisme des portraits souligne les temps forts où la communauté tsigane fut encore plus contrainte qu'elle ne l'est déjà d'ordinaire.L'histoire se nourrit de mythes, de rumeurs et de légendes et Velibor Colic s'attache au  destin singulier et tourmenté d'Azlan Baïramovitch dans ce cirque ambulant, ce joyeux désordre de la vie.Dans cette comédie pessimiste, l'auteur illumine la destinée d'un peuple  sur la route de la lumière.Le personnage d'Azlan parcourt une double distance, celle du temps et de l'espace.

L'excipit scande la destinée tragique d'Azlan en parallèle à la vie sombre et étriquée du meurtrier nazi, dans les ténèbres opaques de la haine raciale.

(Pour Lazar S., Edessa)

Sublime texte de Velibor Colic paru chez Gallimard, Mai 2014.

mercredi, 07 mai 2014

Fixer le ciel au mur de Tieri Briet.

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Adolescente, sur les bancs du collège, un peu à l'écart, je lisais les textes de Valérie Valère. Jugés trop sombres, ces livres me furent confisqués par un professeur de latin. Quelques mois plus tard dans une chambre aseptisée, entre deux pesées, j'ai pu lire librement l'histoire de cette fille avec sa tendresse et son génie, son inquiétude et son immense lucidité. 

Parler de la présence et de l'absence...voilà qui est difficile pour ces jeunes filles isolées, anéanties par l'anorexie, exilées dans un gynécée moral dont les murs sont difficiles à gravir.

Dans Fixer le ciel au mur, c'est un père qui oscille entre présence et absence de sa fille hospitalisée et souhaite raviver la parole en écrivant dans un journal.Un père désemparé qui décide de tisser le récit de vie d'autres femmes. Une sensation velléitaire de nouer entre elles des destinées exemplaires comme celle d'Hanna Arendt et l'albanaise Musine Kokalari.

Dans la douleur, le père rassemble chansons, souvenirs communs et destins de femmes écrivaines et combattantes. Convoquer la littérature pour puiser la force nécessaire à toutes les petites soeurs de Valérie Valère d'échapper à la tentation morbide de la maladie.

Redonner le goût de la vie en évoquant le combat de Musine Kokalari, emprisonnée sous la dictature albanaise dans quatorze chansons chapitres où Tieri Briet tisse une toile intime, sensible et rend grâce au pouvoir de la littérature.

Résister aux méandres de l'anorexie en se nourrissant de textes qui insufflent la force utile et offrir au lecteur un portrait fragile d'une poupée russe tour à tour chétive à Bruxelles,fée des bois dans le Lot, amie d'un ancien garagiste au village.Unique et plurielle Léan, pépite angélique qui savoure les textes de Rimbaud.

L'itinérance d'une petite fille fragile à la jeune femme  qui décide de s'éloigner après l'isolement à la manière des peuples de nulle part, de ceux qui ne sont jamais vraiment à leur place.

Un livre refermé dans une grande émotion, comme un écho aux mots tus...pour les paroles jamais prononcées parce que nos coeurs sont parfois trop éloignés de nos yeux.

A mio padre per le parole che non ci siamo detti perché i nostri cuori erano troppo lontani dai nostri occhi.*

Merci pour ce très beau texte publié chez la brune au rouergue.

lundi, 05 mai 2014

Les Brumes de l'apparence de Frédérique Deghelt.

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Je me souviens d'une profonde émotion lors de ma lecture de La Grand-mère de Jade. Ce texte envoûtant avec sa fin très surprenante. J'en voulais presque à l'auteur pour ce rebondissement final.

Très curieuse au sujet de sa dernière publication, mais assez perplexe sur la thématique du surnaturel, je suis entrée à tâtons dans l'histoire d'une jeune femme à la vie bien rangée.

Gabrielle vient d'avoir quarante ans, épouse d'un chirurgien esthétique de renom, elle semble vivre une vie paisible de petite bourgeoise avide de parisianisme et consumériste assumée. Le portrait de cette femme est aux antipodes de ce qui me séduit ordinairement. Un coup de fil d'un notaire de province va bouleverser la quiétude  de son quotidien. Elle devient l'héritière d'une bâtisse à l'abandon dans la France profonde, au coeur d'une forêt.

Citadine confirmée, Gabrielle n'a de cesse que de vouloir se débarrasser de ce bien immobilier. La contrainte des démarches administratives lui pèse et non sans humour, Frédérique Deghelt distille des propos assez acerbes sur la vie à la campagne. Sauf que la forêt surprend Gabrielle et au coeur de la bâtisse, elle semble habitée par des réminescences du passé, de pâles fantômes viennent peupler ses rêves. 

C'est un joli roman sur le thème du bouleversement, sur la quête de soi. Le cheminement de Gabrielle évolue du monde de l'apparence à celui de la vraisemblance. Cette quête, peuplée de fantastique, n'en souligne que davantage la mièvrerie d'une vie bourgeoise. 

Beau moment de lecture, à savourer par petites touches, tant l'écriture mime l'élan poétique."C'est pourtant le principe de toute découverte que de commencer par naviguer en terre inconnue. Comment découvrir quoi que ce soit sans aller dans la direction de l'impossible ?"