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  • Une Arme dans la tête de Claire Mazard.

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    "Je suis fatigué. Dégoûté.Marre de cette vie.

    Je dors toujours aussi peu.

    Mes démons, mes visions, mes remords ne m'ont pas quitté depuis trois ans. Ils sont plus présents que jamais.

    Pas un seul jour, depuis mon arrivée à Roissy, je n'ai pu effacer de ma tête, ne serait-ce qu'un moment, les horreurs que j'ai commises.

    Conan l'Effaceur.

    Je voudrais être maintenant "Conan l'Effaçable".

    M'effacer de la surface de la terre."

    Cette voix est celle d'Apollinaire Mayembé. Il réside dans un foyer pour jeunes adolescents en région parisienne. Il va bientôt devoir quitter ce lieu , le jour de ses dix-huit ans. En cours, il s'ennuie un peu. Un professeur lui remet entre les mains les textes poétiques d'un auteur éponyme. Apollinaire trouvera dans certains vers d'Alcools un mimétisme étrange entre le lyrisme poétique et l'indicible de sa vie.

    Quête d'une identité pour Apollinaire ou Conan l'Effaceur, l'adolescent tente de retrouver un sens à sa vie, meurtrie à jamais par la guerre. Enlevé à sa famille pour devenir enfant-soldat aux côtés de groupes militaires rebelles, Apollinaire chasse de son esprit l'indicible du combat, la noirceur des  drogues et de la manipulation infligées par Caporal, les cibles humaines accumulées au fil des jours.

    Claire Mazard met en scène l'habileté des manipulateurs, la force de l'endoctrinement sur la naïveté de l'enfant, fasciné par les armes et prêt à tout pour servir sa patrie.L'écriture est fragmentaire au début du texte comme pour mieux mimer le trouble dans l'esprit du jeune adolescent.

    Apollinaire fera les bonnes rencontres pour trouver le chemin de la résilience mais combien de Conan et de Wamba n'auront pas cette chance?

    Texte fort, publié chez Flammarion, collection Tribal.

     

  • Louise de Julie Gouazé

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    Un premier roman porteur d'espoirs tant la plume de Julie Gouazé est subtile et vive. 

    Louise, personnage éponyme, se fait le double joyeux d'une soeur meurtrie: Alice est enfermée dans la noirceur de l'alcoolisme. Leurs parents Marie et Roger sont affaiblis par le parcours difficile d'Alice. Louise par son abnégation demeure la force vive de la famille.Quatorze années séparent les deux soeurs et pourtant elles oscillent toutes les deux, tremblotantes, sur le fil de la vie.

    L'écriture est abrupte, les phrases courtes, les mots claquent comme pour mieux mimer le scalpel qui transperce la chair des souffrances humaines. Loin d'un tableau sombre sur les relations filiales, Louise par son côté lunaire apporte une tonalité lumineuse à l'ensemble. Louise fait l'enfant pour donner la possibilité aux parents d'assouvir leur rôle protecteur. Alors, elle prend les repas autour de la table familiale, "la nourriture c'est de l'amour. De l'amour qui remplit. De l'amour qui étouffe." Louise illumine par sa ténacité le côté obscur de cette vie perturbée. Elle s'affaire toujours pour meubler l'existence car lorsque "la télévision est éteinte, le silence est allumé".

    Formidable voyage dans le temps, au coeur d'une famille des années 70 où le van VW tente l'espace d'un été de donner un semblant de joie à la famille.

    Sans pathos, Julie Gouazé réussit brillamment à mettre en mots le cumul de non-dits que le corps finit par rejeter. On écoute les mots "les douloureux, les solitaires" en sachant que "la culpabilité est une faille qui ne se comble jamais."

    Publication chez Leo Scheer, Août 2014.

  • La Cité des filles choisies d''Elise Fontenaille N' Diaye.

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    A la manière du conte oralisé, Elise Fontenaille N'Diaye nous confie l'histoire merveilleuse et tragique de Nina. Loin de notre époque contemporaine, nous partons à la découverte du destin singulier d'une jeune fille Inca sous l'Empire d'Atahualpa.

    Le procédé narratif est judicieux puisque l'histoire nous est révélée par une jeune Péruvienne Mina, suite à une visite dans un musée où est exposé le corps de la jeune Nina qui dort depuis cinq siècles sous la glace.

     

    Joli voyage sur les terres des Incas en compagnie de Nina. Elevée sur les terres du nord, petite fille d'un cultivateur de Coca, la feuille qui enivrera ses jours jusqu'à son dernier souffle, cette petite flamme est emmenée à Cuzco, capitale de l'Empire. A la demande de l'Inca, elle doit abandonner ses talents de brodeuse pour entrer dans la cité des jeunes filles-choisies.

    La cité des filles-choisies est un gynécée moral pour les jeunes filles nobles, promises à l'Inca et au sacrifice.Honneur suprême, Nina doit sacrifier sa vie pour sauver celle de l'Inca. Le sacrifice apporte beaucoup d'ampleur au récit et l'auteur nous emporte dans l'histoire secrète, teintée de rites du grand Empire des Amériques.Empire disparu sous la hargne des Conquistadores, avides de sang.

    Publication chez Rouergue, collection Doado.

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    Image à l'origine de cette histoire: La Doncella Museo de Arqueologia de Alta Montana de Salta Argentina.

  • Lyuba ou la tête dans les étoiles Valentine Goby/ Ronan Bodel.

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    Lyuba a quatorze ans. Son espace de vie est celui des bidonvilles de la périphérie parisienne. Elle connaît la misère, les insultes, les camps sordides et insalubres. L'humiliation est son pain quotidien. Quand on appartient à l'ethnie Rom et malgré l'entrée de la Roumanie dans l'Europe, la jeune Lyuba doit faire face au racisme européen.

    On accompagne Lyuba de la fuite du temps du régime communiste qu'a connu la Roumanie quelques années auparavant, à la persévérance démesurée pour surmonter sa situation précaire et réussir sa vie.

    Sa volonté de mener à bien une lutte contre les préjugés dont elle souffre personnellement au nom de toute la communauté a eu raison de sa pudeur.

    Il est difficile de défendre les droits d'un peuple sans territoire.

    Par le travail, la persévérance et la confiance, on peut se créer son propre chemin et façonner sa propre vie: Lyuba va rencontrer Jocelyne, une infirmière passionnée d'astronomie.

    Main dans la main, Lyuba retrouve l'espoir. Ce livre est un beau témoignage sur l'insoumission et la culture de tout un peuple: une ethnie affamée de liberté, fascinante et pourtant si méconnue.

    Nous sommes tous des nomades contrariés et le récit de Lyuba rejoint nos rêves censurés de fugue et de fuite.

     Réédition au format poche chez Autrement, collection Français d'Ailleurs.