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lundi, 24 novembre 2014

Une photo, quelques mots.

 

 

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Elle n'oublie jamais les secrets, ni les tourments.

Elle allume des bougies dans tous les lieux de cultes. 


Elle met beaucoup d'espoirs dans ces flammes, distillées sur tous les lieux de passage, comme les déesses de ses démons fatals qui tombent en poussière.

Autour d'elle, des regards aveugles et muets.

Un long crépuscule, l'heure de la désolation.

Ses lèvres aux discours silencieux, ses yeux aux silences mystérieux, elle laisse tomber son armure face aux flammes.

Elle croise des soleils éphémères dans ces lieux silencieux.


Flamboyantes ivresses d'un instant où l'espoir crépite.

 

Atelier d'écriture chez Leiloona sur une photo de Romaric Cazaux )

L'Accomplissement de l'amour d'Eva Almassy.

 

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L'évolution du cheminement de pensées d'une femme sur le point de commettre un adultère, voici le thème de ce court texte d'Eva Almassy , comme une variation d'une nouvelle éponyme de Musil.

Béatrice et Angel forment un couple uni mais non épanoui. Béatrice est une femme fantôme, non désirée par son conjoint.

Pourtant, Béatrice est née pour eux, les hommes. C'est auprès d'eux qu'elle se découvre. Dans son miroir, elle cherche le reflet au-dessus de son épaule d'un double qui ne lui ressemble pas mais semble réfléchi par la même lumière.

 

"Un conjoint est un contemporain au sens trop fort du terme, il vous prend votre temps, il le prend pour le sien, il vit dans votre temps, il s'y promène, il nage dans votre journée remplie de lumière et c'est vous qui n'avez plus pied, qui vous noyez, qui ne voulez plus vivre avec cet homme-là, cet homme que vous aimez."

Le fil des heures qui s'écoulent devient le vecteur des pensées de Béatrice.Le tourbillon afflue dans sa conscience et s'installe une sorte de désarroi entre pulsion et quiétude des désirs féminins.

Béatrice s'interroge sur les autres et leur bonheur enfoui, caché. Ces autres, qui ont tout, tout ce qu'elle n'a pas, des enfants, un travail, un jardin. Cette infinie richesse qui ne les comble ni ne les console.

Béatrice est déchirée face à son amant. " S'il m'aime un peu c'est pour le moment, et moi, je l'aime pour survivre à ce moment".

Ce texte est une petite fabrique d'amours, subtilement mise en mots par Eva Almassy. Une fabrique d'amours ancrée dans notre temps, notre époque peuplée de chasseurs d'arc-en-ciels. Dans le grand jeu des anonymes, on s'additionne et on se soustrait au réel.On a qu'un pseudo pour rêver.Plus de fraternité et d'humanité dans le sentiment amoureux. Béatrice  comprend qu'il est plus facile de trouver une adéquation entre un mail et la joie de sa réception que la pâle valeur des événements réels, qui forts de leur réalité, se suffisent.Ils s'accomplissent à votre insu.

Très beau texte publié aux Editions de l'Olivier.

 

jeudi, 20 novembre 2014

Respire d'Anne-Sophie Brasme.

 

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Ce ne sont pas les apparitions  sur les plateaux télé de Mélanie Laurent qui m'ont convaincue de lire ce livre. C'est  Charlotte l'insatiable  à la radio qui m'a mise sur la voie d'Anne-Sophie Brasme. En évoquant son âge et la date de publication du texte (2002), j'étais surprise d'apprendre  que ce roman avait été écrit par une jeune fille de 17 ans.

 
Respire c'est le tourment des jeunes filles, c'est la non confiance en soi, c'est une quête impossible de l'estime, c'est courir après la considération de l'autre, c'est juger les propos d'autrui comme une valeur certaine même lorsqu'ils blessent, c'est le mal-être des gens qui doutent, ce sont les propos d'une fille qui dit et se contredit, c'est l'histoire de celle qui a une petite chanson dans la tête, même si elle passe pour une idiote, c'est l'histoire de ceux qui paniquent, qui ne sont pas logiques.

Elle... c'est Charlène qui crie de la délivrer du pire.C'est celle qui tremble face à la brillante Sarah.

Charlène est daltonienne de l'âme. L'histoire ne lui rend jamais les honneurs.C'est une râtée du coeur car elle ne sait pas dire. Elle est handicapée des mots alors elle subit, elle est une fenêtre pour la pernicieuse Sarah. Charlène a des chaînes et elle ne sait comment s'en défaire.Elle ne s'approprie pas les gens, elle vit à travers eux.

Sarah est un miroir, l'image magnifiée de son âme trop triste. Sarah c'est aussi l'ennemie dans la glace.Une autre insaisissable et impénétrable.

Elle, Charlène c'est la tendresse incarnée.

Quand l'ennemie dont le regard vous glace vous malmène, cela  mène-t-il toujours à la tragédie?

Excellent premier roman d'Anne -Sophie Brasme adapté actuellement au cinéma.

 

mardi, 18 novembre 2014

Le Silence ne sera qu'un souvenir de Laurence Vilaine.

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J'ai lu ce roman dès sa parution chez Gaïa en Août 2011 et relu cet été lors de sa sortie en format poche chez Actes Sud. L'émotion était tellement grande en le refermant qu'il m'était difficile d'ajouter mes propres mots sur ce texte sublime...

 Le vieux Miklus raconte la vie de son peuple à un journaliste lors de la commémoration de la chute du mur de Berlin. Vieux tsigane, originaire de l'Europe de l'Est, il s'en veut de garder le silence. Alors, il relate le destin de la communauté Rom marquée par la persécution depuis la nuit des temps.Celle installée du mauvais côté , sur une rive du Danube,dans le camp slovaque de Supava, là où parfois l'odeur de vase et d'eau tiède donnent la nausée.

"Voyez, pour la fin heureuse de l'histoire, ça sent le roussi. Mais si vous voulez que votre reportage sonne juste, c'est dans ce sens qu'il faut aller. Jetez-y des relents de salpêtre et des effluves d'alcool à brûler, vous serez pile-poil dans la vérité."

Miklus constate le poids de l'Histoire et le poids du passé comme seuls héritages dès la naissance. La tragédie de l'histoire se perpétue, le sort s'acharne et les histoires se répètent.

"Pas encore rayé de la carte, le Rom, il tient bon, disons qu'il tient comme il peut, balloté d'un courant d'air à un autre, le vent s'engouffre partout où il pointe son nez. Il n'est attendu nulle part, vous le savez bien, on le refile à son voisin; à peine a-t-il posé sa famille qu'on le fait déguerpir, et on l'accuse de ne pas tenir en place."

Quand on voit la boue dans laquelle ils pataugent, nous n'avons guère d'illusions pour demain. Les Roms crient et ne reçoivent que l'écho de leurs propres plaintes.

Laurence Vilaine distille le "je" sous les traits de Miklus et soulève la colère sous-jacente par le prisme de cette galerie des personnages. Tous portent un surnom ( Dilino l'enfant au violon, la vieille Chnepki, Lubko le sculpteur de marionnettes, Maruska...)comme pour mieux mimer le déplacement de l'identité quand l'histoire se répète au cours de l'Histoire.Tradition identitaire car les tsiganes ne sont pas seulement des fils du vent, ils ont leurs coutumes et une identité singulière,longtemps bafouées et mises à mal.

La communauté Rom apparaît sous la plume de Laurence Vilaine comme un peuple dont on ne peut dissocier des événements tragiques qui ponctuent leur destinée: des persécutions lors du Samadarupen (déportement des tsiganes, "zigeneur" sous la deuxième guerre mondiale, marqués par la lettre Z dans un triangle noir), brimades quotidiennes, stérilisation forcée des femmes. Autrefois les Nazis oeuvraient, personnifiés par Igor dans le texte. Aujourd'hui ce sont les paumés qui perpétuent les gestes.
Plusieurs temporalités textuelles expriment la permanence du tragique chez ce peuple.La vie de plusieurs générations s'est envolée dans la fumée épaisse des cabanes en cendres car l'expulsion est une méthode qui n'a pas  encore été rangée dans les cartons.

Quelle direction prendre, peut-on déjouer le tracé de sa destinée? Le Rom est finalement devenu citoyen européen, certes, une aubaine à ce qu'il paraît, une sorte de permis d'exister. A utiliser de préférence chez le voisin, il n'y a plus de frontière, ça tombe bien.

Beauté tragique, boue et poussière, danses et légèreté sous la plume musicale de Laurence Vilaine comme un éloge au peuple du vent,à la manière du violon dans le roman, omniprésent.Loin d'un plaidoyer, ce roman  interpelle et hante votre mémoire très longtemps.

 

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lundi, 17 novembre 2014

Nagasaki d'Eric Faye.

 

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"A moins que son absence n'ait accentué le sentiment d'incomplétude qui empoisonne mes jours? Je n'ai jamais aimé ceux qui réussissent. Non parce qu'ils réussissent, mais parce qu'ils deviennent le jouet de leur succès, d'un Moi aveuglé. Le Moi à tout prix est la fin de l'homme.

La Crise rend les hommes un peu plus seuls. Que signifie encore ce nous qui revient à tire-larigot dans les conversations? Le nous meurt. Au lieu de se regrouper autour d'un feu, les je s'isolent, s'épient. Chacun croit s'en sortir mieux que le voisin et cela, aussi, c'est probablement la fin de l'homme."

Shimura San est un homme solitaire, taciturne qui vit seul dans un appartement où curieusement les objets bougent en son absence.Après avoir installé une webcam, depuis son travail, il surveille l'espace de son huis-clos et découvre une femme évoluant en son milieu. La clandestine profite de l'absence de Shimura San pour occuper les lieux. Eric Faye propose un récit mélancolique comme une fable étrange, source d'interrogations sur nos habitudes de vie, l'isolement et les relations humaines. Culpabilité et remords viennent ponctuer ce récit peuplé d'ombres.

Grand prix du roman de l'Académie française en 2010.
Merci Florence.

dimanche, 16 novembre 2014

Petits oiseaux de Yôko Ogawa, traduit par Rose-Marie Makino-Fayolle.

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 Une famille japonaise composée des parents et de leurs deux fils. L'aîné ne parle pas. Son cadet comprend son langage qu'il nomme "le pawpaw", nom des sucettes collectionnées par le cadet. Sur les papiers colorés des délices sucrés sont dessinés des oiseaux. Le "pawpaw" c'est la langue des oiseaux. L'aîné passe son temps à observer les oiseaux dans la volière d'une cour d'école. A la mort des parents, le cadet va prendre soin de son frère et perpétuer le chant de l'infiniment petit, des rituels quotidiens qui rassurent son frère. Rendre visite aux oiseaux, les observer longuement, se rendre à la pharmacie pour acheter quotidiennement les précieuses sucettes, simuler des départs et se réjouir de leur organisation. Mais des départs il n'y en a que très peu sauf l'ultime à la mort du frère aîné tant aimé. Economie des mots dans la langue "pawpaw" mais des traces visibles de son passage laissent une empreinte sur le grillage de la volière comme une mise en abyme de l'existence fragile et éphémère de l'homme.

L'aîné n'a pas été longtemps présent mais sa différence le fait briller dans les yeux de son petit frère. Ce frère aîné est comme un météore dont on se souvient longtemps. Chaque jour qui succède à la mort du frère ne s'écoule sans les réminiscences de la présence singulière du grand frère, aussi infime qu'un pépiement d'oiseau, aussi poétique qu'une fable moderne.Et si le bonheur simple réside en dehors des mots? Sublime roman chez Actes Sud.

 

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mardi, 04 novembre 2014

Apprendre à finir de Laurent Mauvignier.

 

 

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Une femme voit revenir son mari après un accident. Il revient dans l'espace commun. Il est immobile, comme à sa merci. Il est en morceaux. Elle prend soin de lui. Elle veut reconstituer les morceaux et recomposer le puzzle. Désir d'une unité fantasmée du parfait amour. L'homme n'a pas la parole, il est comme un lieu perdu. Une histoire qui mime à sa manière la métaphore de l'écriture d'un roman. L'écriture cherche la beauté du désarroi mais la quête est dérisoire.

La narratrice évoque cet homme qui aime la vie avec sauvagerie, avec cruauté...qui en aime une autre, tout simplement. Laurent Mauvigner écrit comme on respire. Les mots donnent l'envie furieuse d'embrasser le mouvement qui mène à la tempête sous un crâne chez cette femme. L'auteur a une manière toute particulière d'utiliser la ponctuation comme une proximité intense et une étrange coïncidence entre la voix de la narratrice et ce que découvre le lecteur. Nous ressentons intimement les perceptions et les sentiments de cette femme à la lisière. Cette femme qui a une formidable envie de vivre mais l'impossibilité sociale d'échapper à des carcans.

Cette femme semble pouvoir aimer pour deux, que lui importent les cieux.Elle est la canne blanche de son amour aveugle, à ses pieds elle se traîne, obstinée et soumise. Et s'il parvient à l'aimer mal ou peu? Faut-il qu'elle se taise quand les plaies se mettent à saigner? Un texte d'une immense beauté, à lire et à relire.

Merci Florence.