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mardi, 23 décembre 2014

Mère Méduse de Kitty Crowther.

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Ouvrir un album de Kitty Crowther c'est partir pour un délicat voyage au coeur des mots et des émotions. Sur une palette de couleurs ocres, Mère Méduse apparaît au milieu d'un paysage maritime pour mettre au monde sa perle Irisée. Mère Méduse protège son enfant dans le doux cocon de ses cheveux longs.

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Mère Méduse surprotège Irisée, l'empêchant d'aller à l'école, elle lui fait classe elle-même. Ses cheveux servent tour à tour de berceau, de mains pour nourrir la petite fille, de bras pour la hisser aux cimes des arbres pour observer les nids d'oiseaux, de lettres pour apprendre à lire...mais parfois la chevelure foisonnante serre le petit corps d'Irisée. L'enfant veut plus de liberté et les regards sombres de Mère Méduse en disent long sur la crainte des mamans. Mère Méduse pense détenir dans sa chevelure tous les pouvoirs pour combler son enfant mais la petite Irisée porte son regard vers l'extérieur et les autres enfants. La chevelure, gage de sécurité, peut aussi étouffer.

Mère Méduse sous le crayon de Kitty Crowther me rappelle cette autre maman dessinée par Audrey Calleja sur un texte de Michel Piquemal "Les mamans qui couvent trop leurs enfants oublient de leur apprendre à s'envoler."

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Les peurs des mamans sont légitimes et les dessins de Kitty Crowther créent un univers très doux avec des personnages ambigus et magiques. Leurs visages caricaturent les émotions les plus simples.

Les cheveux sont une armure pour se protéger du regard des autres, parfois il est utile de se libérer des carcans. Magnifique portrait de maman dans ce lien unique  avec l'enfant et le pouvoir qu'il engendre pour faire éclore le coeur de fleur dans le corps transparent.

Publication chez Pastel, Ecole des Loisirs.

lundi, 15 décembre 2014

A ce stade de la nuit de Maylis de Kerangal.

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A ce stade de la nuit, c'est comme un murmure. Nous sommes dans l'espace de la cuisine. La narratrice est assise sur une chaise à la table de cuisine. Seule la voix à la radio rompt le silence comme "un filet sonore qui murmure dans l'espace". Une tragédie sinistre a eu lieu ce matin. Comme une coulée de lave brûlante plongée dans la mer, le nom de Lampedusa pénètre le voile fibreux de l'espace temps.

"un bateau venu de Libye, chargé de plus de cinq cents migrants, a fait naufrage ce matin à moins de deux kilomètres des côtes de l'île de Lampedusa; près de trois cents victimes seraient à déplorer."

Comme un écho au roman de Margaret Mazzantini La Mer, le matin , ce court texte de Maylis de Kerangal fait retentir le souffle court de ceux qui bravent la mort en quête d'un salut.

La narratrice semble méditer au coeur de la nuit sur la chute du baroque italien, des années de luxe et de richesses en évoquant le film de Visconti, Le Guépard, adapté du texte de Giuseppe Tomasi di Lampedusa.Burt Lancaster icône du cinéma, à la fois prince et migrant incarne au coeur du texte la puissante chute de la transcendance.

Lampedusa...cette île comme le point de rupture entre les richesses matérielles et le dénuement des autres et sur ses berges des hommes par centaines laminés par leur périple...

Editions Guérin/ Fondation facim.
Merci Sabine.

Les Vitalabri de Jean-Claude Grumberg et Ronan Badel.

 

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Il est très beau ce roman graphique. C'est l'histoire des Vitalabri, peuple de nulle part. Personne ne les aime car ils ont pour certains, le nez trop rond, pour d'autres, le nez très pointu. C'est très subjectif la question du rejet. Parfois on rejette des gens sans trop savoir pourquoi. C'est ce que connaissent les Vitalabri. Ils sont chez eux partout et nulle part, surtout nulle part.

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La fable prend racine là où le lecteur le souhaite, dans un pays lointain, ou proche, tout dépend de là où vous êtes vous-même. Les Vitalabri sont des gens polis, il en existe qui le sont moins, comme chez tous les gens en général, je crois.

Les familles vitalabraises ont beaucoup d'enfants. L'aîné ne veut pas migrer, une fois de plus. De toutes façons, il n'est le bienvenu nulle part, alors à quoi bon abandonner ses livres. Des livres trouvés, récupérés dans des décharges publiques et les poubelles pivées, des livres jetés par les lecteurs lassés. La grande richesse des Vitalabri consiste à se satisfaire de peu. Alors le violon sous le bras, les Vitalabri prennent la route.

Les indésirables Vitalabri vivent de leur musique mais les gens du pays traversé, ceux qui y étaient nés et n'en avaient jamais bougé, ne leur donnaient jamais rien. Ce sont les étriqués de la vie et le trait de Ronan Badel devient gris  sombre comme pour mieux mimer leurs visages ternes.

C'est un beau support, riche de sens et très drôle pour aborder la peur de l'autre.Les nomades continuent à faire chanter leurs violons parce que la musique est mère de toutes les joies chez ce peuple-là. Ce peuple qui accorde à la musique une place essentielle, porteuse des plus doux espoirs.La musique comme un lien social et communautaire, un moyen de dire sa condition et de transmettre la richesse culturelle.

Pubié chez Actes Sud Junior.

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( pssss le mot de mon fils en refermant le livre: "Mais je ne savais pas qu'Emile était un Vitalabri?!)