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jeudi, 15 janvier 2015

En cheveux d'Emmanuelle Pagano.

IMG_1518.JPG

...."Mon père était un macho, une caricature. Il répétait j'aime ma fille, je pense à elle, elle aura quelque chose, mais elle n'héritera pas, parce que c'est une fille. Il m'aimait, oui, comme un père aime sa fille, souvent plus que son garçon, mais il ne m'aimait pas autant qu'il aurait pu." 

L'héritage repose sur un bout de tissu, un châle précieux  car "[il] faut pêcher mille grandes nacres, les sortir de l'ombre, pour obtenir deux cent cinquante grammes de fil de soie de mer, deux cent cinquante grammes seulement de lumière avec un millier de gros coquillages".

La singularité du châle ne repose pas seulement sur la richesse de son matériau, la Pinna nobilis, la grande nacre de Méditerranée. C'est le seul objet dérobé au père que la narratrice tente de dénouer pour nous livrer les mystères du tissage.Un père qui aimait sa soeur Nella comme sa propre fille, la narratrice. Nella ne souhaite pas que la tradition misogyne se perpétue, elle faisait de ce désaccord un combat social, un combat féministe.

Le châle comme un vêtement de femme, défendue par Nella, celle qui s'habillait en pantalons et prônait l'égalité des sexes, n'est pas un objet de séduction féminin. Il est le symbole de la féminité, le balancier des pleins et des creux féminins dans sa rareté et sa préciosité.La bouche qu'on enterre qui ne doit que se taire en terre fasciste italienne, l'hypocrisie offerte au père.Un corps qui s'efface sous le châle.

La femme n'est pas absente sous les traits de Nella, elle est libre, en fragile équilibre au nom de toutes celles qui n'ont pas pu se délier.

Le fil se dénoue au fil des pages pour murmurer au lecteur l'histoire familiale sous l'Italie fasciste. La figure paternelle impressionnante dans son ardeur à défendre les idées fascistes qui garde son ascendant sur toute chose et sur tout le monde auquel seule Nella tient tête.

La fiction est si proche de mon quotidien dans une famille sicilienne que j'ai refermé ce précieux texte dans une profonde émotion doublée d'une grande joie. La joie de lire toute la culture sicilienne si nuancée où la dimension sensorielle éclot à chaque mot.La soie comme le biais nécessaire pour rentrer en soi.

Très beau texte écrit depuis la Villa Médicis pour la collection Récits d'objets, à l'occasion de l'ouverture du musée des Confluences à Lyon.Le châle a été vendu par une famille italienne en 2002.

Publication aux éditions Invenit.

Commentaires

Tu m'intrigues !

Écrit par : cristie | jeudi, 15 janvier 2015

Je l'ai noté plusieurs fois celui là et j'ai très envie de le lire !

Écrit par : Marion | vendredi, 23 janvier 2015

Les commentaires sont fermés.