Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

vendredi, 30 janvier 2015

Frangine de Marion Brunet.

DSC_0663 (2).JPG

Ce texte a une puissance narrative extraordinaire. J'ai lu beaucoup d'éloges lors de sa parution et effectivement il mérite d'être lu par le plus grand nombre.

L'histoire est celle de Joachim et sa soeur Pauline, tous deux lycéens, élevés par un couple homosexuel composé de Maline et Maman. L'homoparentalité n'est pas le seul thème abordé dans ce roman. Marion Brunet évoque la relation toute particulière qui unit Joachim à sa soeur, elle enrichit l'histoire avec toutes les composantes de la vie lycéenne dans toute sa rudesse, parfois, mais aussi sa légèreté. Elle ancre son récit dans la société actuelle face aux questionnements et jugements sur les choix de vie.

Le procédé narratif est subtil puisque c'est la voix de Joachim qui se fait le porte-parole du ressenti des voix féminines.

 photo.JPG

Le langage est simple mais la puissance évocatrice est très étoffée.Le sentiment d'injustice et d'intolérance vécus par les enfants renforcent la qualité de ce roman, extrêmement sensible. Le harcèlement vécu par Pauline est décrit de manière la plus juste, de sorte que le lecteur  referme ce livre avec une profonde émotion.
Excellent roman publié chez sarbacane.

 

mardi, 27 janvier 2015

Sans Défense d'Yves Pinguilly.

 

DSC_0654 (2).JPG

Partons pour la République Centrafricaine. Une double page nous laisse admirer sur un nuancier de verts la végétation et un groupe d'éléphants.

L'histoire est celle d'Elle Donali, une belle femme africaine aux cheveux très longs et son mari Pougaza, le plus grand cueilleur de miel du village. Elle Donali pourra prochainement couper ses cheveux qu'elle utilisait comme pagne puisqu'elle va donner la vie à Zotizo. Les dessins de Florence Koenig oscillent entre la chaleur des bruns colorés des peaux, des bois et le contraste avec le vert des végétations. Les paysages sont lumineux et chaleureux et laissent admirer la quiétude au village.

En parallèle à la naissance de Zotizo, une maman éléphant met au monde son éléphanteau Doli Kôli. L'enfant crée une complicité avec l'animal.

"Mais un jour, au village et dans la forêt, ce fut comme si le père du vent et le père du tonnerre étaient devenus fous! Comme si la mère du jour et la mère de la nuit étaient devenues folles!"

 

DSC_0656.JPG

 

La peur de la guerre vient se fracasser dans le vert de la quiétude pour ne laisser place qu'au dégradé de gris et de couleurs sombres.Des corps de papas, de mamans, d'enfants vont tomber au pied des arbres, telles des feuilles mortes. 

La famille de Zotizo, bien cachée regagne un jour son village. L'école est morte, ravagée et sur la page un amoncellement de défenses d'éléphants montrent les conséquences du braconnage. Les soldats ou les rebelles ont tué les éléphants.  S'ouvre un dialogue entre l'enfant et les parents et ce constat :c'est la guerre et rien n'est plus méchant que la guerre.

 

DSC_0655.JPG

 

L'indicible en littérature jeunesse n'est pas chose aisée mais l'album d'Yves Pinguilly et les illustrations de Florence Koenig apportent une lueur d'espoir qui rassure les plus petits lorsque l'album se referme sur l'apparition d'un petit éléphant, un survivant qui écoute la sagesse de la parole de Djonimama sur une forêt luxuriante. La forêt reprend ses droits malgré le chaos.Le langage est poétique et mime le dialecte africain.

Un très bel album pour comprendre et apprendre, tout en permettant le dialogue sur l'indicible de la vie.

Publication Casterman, Autrement Jeunesse, 2015.

vendredi, 16 janvier 2015

De l'autre côté du mur de Yaël Hassan.

DSC_0653.JPG

..."Je ne peux voir ni entendre personne. Même le chant des oiseaux m'est insupportable. Leurs sautillements de branche en branche me vrillent les nerfs. Alors qu'il leur suffit d'un battement d'ailes pour être libres, moi, clouée à mon fauteuil roulant, je ne chanterai plus, je ne sautillerai plus, je ne serai plus jamais libre."

Louise observe la vie depuis sa fenêtre. Depuis sa chute de cheval, clouée au fauteuil roulant, elle vit recluse dans sa maison, déscolarisée.

Le regard de l'autre, elle ne veut pas s'y soumettre. Sous couvert de la bienveillance de sa nounou Bénédicte, forte d'un humour qui ne lui fait pas défaut, Louise s'aventure au fond du jardin, intriguée par une voix mystérieuse de l'autre côté du mur. Cet extérieur qui lui offre, l'espace d'un moment, une fraction de seconde de bonheur. L'impression d'être séduite par un mauvais génie. Cet état de grâce lui semble anormal.

"Pourquoi me sentirais-je mieux qu'hier? Pourquoi aurais-je soudain envie de renouer avec la vie?"

Cette voix va la porter pour rompre son isolement et aller vers la vie, dans ses secrets les plus enfouis de l'Histoire, celle d'un voisinage fort singulier marqué par la Guerre et les camps, celle d'une émotion naissante avec Léo...

Comment réapprendre à vivre suite à l'accident? Comment reprendre confiance en soi lorsque le corps fait défaut?

Yaël Hassan réussit brillamment à mettre en scène les difficultés de communication au moment de l'adolescence et cette rupture sociale engendrée par l'accident. On referme le livre, sourire aux lèvres, avec une profonde conviction que l'adulte en devenir a besoin de cette socialisation pour ré-apprendre à apprécier les joies de la vie.

Formidable support pour les enfants en rupture scolaire dont la nécessité d'une socialisation bienveillante n'est plus perçue comme telle.

Publication Casterman, sous une nouvelle couverture de Julien Castanié, Janvier 2015.

jeudi, 15 janvier 2015

En cheveux d'Emmanuelle Pagano.

IMG_1518.JPG

...."Mon père était un macho, une caricature. Il répétait j'aime ma fille, je pense à elle, elle aura quelque chose, mais elle n'héritera pas, parce que c'est une fille. Il m'aimait, oui, comme un père aime sa fille, souvent plus que son garçon, mais il ne m'aimait pas autant qu'il aurait pu." 

L'héritage repose sur un bout de tissu, un châle précieux  car "[il] faut pêcher mille grandes nacres, les sortir de l'ombre, pour obtenir deux cent cinquante grammes de fil de soie de mer, deux cent cinquante grammes seulement de lumière avec un millier de gros coquillages".

La singularité du châle ne repose pas seulement sur la richesse de son matériau, la Pinna nobilis, la grande nacre de Méditerranée. C'est le seul objet dérobé au père que la narratrice tente de dénouer pour nous livrer les mystères du tissage.Un père qui aimait sa soeur Nella comme sa propre fille, la narratrice. Nella ne souhaite pas que la tradition misogyne se perpétue, elle faisait de ce désaccord un combat social, un combat féministe.

Le châle comme un vêtement de femme, défendue par Nella, celle qui s'habillait en pantalons et prônait l'égalité des sexes, n'est pas un objet de séduction féminin. Il est le symbole de la féminité, le balancier des pleins et des creux féminins dans sa rareté et sa préciosité.La bouche qu'on enterre qui ne doit que se taire en terre fasciste italienne, l'hypocrisie offerte au père.Un corps qui s'efface sous le châle.

La femme n'est pas absente sous les traits de Nella, elle est libre, en fragile équilibre au nom de toutes celles qui n'ont pas pu se délier.

Le fil se dénoue au fil des pages pour murmurer au lecteur l'histoire familiale sous l'Italie fasciste. La figure paternelle impressionnante dans son ardeur à défendre les idées fascistes qui garde son ascendant sur toute chose et sur tout le monde auquel seule Nella tient tête.

La fiction est si proche de mon quotidien dans une famille sicilienne que j'ai refermé ce précieux texte dans une profonde émotion doublée d'une grande joie. La joie de lire toute la culture sicilienne si nuancée où la dimension sensorielle éclot à chaque mot.La soie comme le biais nécessaire pour rentrer en soi.

Très beau texte écrit depuis la Villa Médicis pour la collection Récits d'objets, à l'occasion de l'ouverture du musée des Confluences à Lyon.Le châle a été vendu par une famille italienne en 2002.

Publication aux éditions Invenit.

mardi, 13 janvier 2015

Peine perdue d'Olivier Adam.

DSC_0651.JPG

Un roman polyphonique qui  a pour cadre les bords de mer, qui désespèrent parfois...

Une vingtaine de voix vont émerger sous la plume d'Olivier Adam. Quelques voix d'êtres cabossés, écorchés vifs, désabusés par la société et la pâleur de leur quotidien.

Le roman s'ouvre sur une tranche de vie, celle d'Antoine, ancien mécanicien. Il vit dans une caravane et essaie de joindre les deux bouts pour offrir à son enfant une sortie à Marineland. Le champ se resserre sur chacun de ses gestes jusqu'à ce qu'il soit frappé à mort. S'ensuivent des prises de paroles d'un petit cercle de gens, proches et moins proches.

La polyphonie apporte les informations nécessaires pour enrichir la trame narrative de l'enquête.

Le lecteur évolue dans les différentes strates de la société: les hauts responsables frauduleux, les footballeurs coéquipiers d'Antoine, les employés communaux, les acteurs des services sociaux, les pères taiseux...des hommes et des femmes en souffrance. 
Sous la plume d'Olivier Adam naissent des portraits incisifs qui forment une ronde triste, sombre mais terriblement humaine.

La ronde se referme, le rythme narratif ralentit et l'écho choral sublime cette prise de paroles qui enfle, gronde et éclate pour donner un peu de voix à ceux qui n'en ont ordinairement pas.

J'avais reposé Les Lisières avec beaucoup d'émotion, ce dernier roman au ton plus âpre et plus violent offre une belle métaphore de la tempête qui frappe la station balnéaire comme pour mieux transcender la fracture sociale.Mais j'avoue m'être parfois engluée...

Laisser une trace ...

je suis charlie max.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dessin de Max Fontaine.

mardi, 06 janvier 2015

Un hiver à Paris de Jean-Philippe Blondel.

 

image.jpg

Un hiver à Paris...rien que le titre me séduisait déjà. L'histoire d'une année scolaire loin de sa province pour Victor, loin de son milieu social, des codes habituels. Il a tout à apprendre lors de sa deuxième année de Lettres supérieures. Jeune homme solitaire, il observe ses camarades de classe. L'élitisme de son année en hypokhâgne l'éloigne encore davantage de son milieu modeste.

Il communique peu avec ses camarades de promotion mais porte un intérêt pour Mathieu Lestaing, étudiant de première année. Quelques bribes de conversation, des cigarettes échangées dans le couloir du prestigieux établissement parisien, la promesse intérieure d'une amitié future et puis une insulte qui retentit dans un couloir avant la chute volontaire de Mathieu du haut de la rampe du grand escalier central. 

Un silence étourdissant, une vie interrompue, le vide...

Comment avancer dans un établissement scolaire où l'on broie toute velléité?

Peu à peu, Victor instaure une relation toute particulière avec le père de Mathieu.Une relation étrange pour certains, douteuse pour la mère du défunt, salvatrice pour son père et indubitablement pour Victor.

Le personnage central est attendrissant sous la plume de J-P Blondel, j'ai particulièrement aimé ses vagabondages et la tempête qui sévit sous son crâne.

"Novembre. Décembre.Les grands magasins du boulevard Haussmann transformaient leurs vitrines. Les passants s'arrêtaient et regardaient les vendeuses organiser les saynètes. Les trains électriques roulaient dans des décors champêtres, les ours en peluche se retrouvaient en famille autour d'un repas de Noël. Les guirlandes dans les rues s'éteignaient et s'allumaient avec une régularité désarmante. Ma vie aussi."

J'aime cette manière d'explorer l'intime chez Jean-Philippe Blondel. Le comprendre et le donner à comprendre, de soi aux autres. L'excipit du roman souligne la possibilité qu'a l'écriture d'aller vers l'éclaircissement de l'opacité de la vie.

La grande erreur des classes dominantes est de croire que parce que les gens ne savent pas s'exprimer, ils ne sentent pas les choses et ne les voient pas.Victor souligne admirablement cette question du déterminisme social.

Contre la solitude inévitable, l'écriture s'impose.

Excellent roman publié chez Buchet-Chastel, janvier 2015.

 

hiver Pariss.jpg

lundi, 05 janvier 2015

Une photo, quelques mots... atelier d'écriture chez Leiloona sur une photo de J. Ribot.

 

gare.jpg

....

J'ai deux mois, je suis blottie contre le sein de ma mère. Cette femme en guenilles, au regard sombre qui marche depuis les rives du Danube pour un avenir meilleur pour moi.

J'ai deux mois et je m'appelle Francesca. Je ne possède rien sauf la richesse de mon sang, celle de ma culture et de mes traditions. Petite fille du vent, aleko , peuple libre et insouciant. Nichée contre la poitrine maternelle, j'erre de bidonvilles en halls de gare. Je suis bercée par le pas des gens pressés. Parfois, un cliquetis tintinnabule dans la tasse posée sur le sol, aux pieds de ma maman.

"multumesc" dit maman face à la promesse d'une miette de pain, d'un liquide chaud dans son corps refroidi, contre le mien, glacial.

Face à mes pleurs incessants, de faim et de froid, maman chante des berceuses tsiganes. C'est elle qui a la parole, pour une fois. Souvent, elle se tait face aux gadjés.

De sa voix douce éclot une parole pleine de sagesse, de spontanéité et de liberté.

"joj mamo, joj mamo

De man pani, mamo

De man pani"

("Oh maman, oh maman, Donne-moi de l'eau maman, donne-moi de l'eau")

Donne-moi de l'eau maman, maman donne-moi ta bénédiction pour partir de ce monde où l'on ne veut pas de nous.

Il souffle un vent glacial dans le hall de la Gare Lille Flandres ce matin du premier Janvier 2015. Eteignez donc les lustres, les feux pour ne pas éblouir les yeux de l'enfant qui s'éteint.

"Oj, da nie buditie tumen man maladova

Oj, da paka solnïska, Rromalen, nie vzajdot"

(" Oh ne me réveillez pas, moi le tout petit, Oh les Roms! Tant que le soleil ne se lève pas")

J'avais deux mois, je m'appelais Francesca et je suis morte au premier jour de l'an 2015, dans une gare du Nord de la France.

 Nane Chave, nane baxt.

Pas d'enfants, pas de bonheur.

samedi, 03 janvier 2015

Happy 2015

image.jpg