Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

vendredi, 06 février 2015

C'est dimanche et je n'y suis pour rien de Carole Fives.

DSC_0679.JPG

....Une première de couverture qui intrigue, cette femme, le visage enfoui dans des fleurs de coton.
Puis, le roman s'ouvre sur la description de l'état stationnaire d'un homme dans le coma.

Ensuite, une femme frissonne dans un avion...est-ce réellement la climatisation défaillante? Ou plutôt le voyage inévitable qu'elle s'apprête à réaliser? Ce voyage reporté depuis vingt-cinq ans.

Avec les années qui s'écoulent parvient-on à percevoir le temps autrement?

Léonore s'apprête à retrouver les terres de son premier amour. Jose, fils d'émigrés portugais qui meurt après leur première nuit d'amour. Elle se doit de se confronter au passé fantôme.

"Tu es resté l'amour de ma vie puisque tu es mort. Un mort ne quitte pas, ne trahit pas, sa patience est illimitée. Le mort est le compagnon idéal, jamais jaloux, jamais hargneux ou mal luné, le mort ne déçoit pas. Il se laisse tranquillement tailler son costume de héros..."

On retrouve la narratrice du roman jeunesse Modèle vivant, aujourd'hui professeur d'arts visuels, frustrée de ne pas être parvenue à vivre de l'art. La voilà velléitaire de retrouver les terres de son premier amour lors d'un séjour à Porto. Trois jours pour parcourir une ville aux ruelles vides, marquée par la dictature et la crise, à l'image de cette femme, en friches.

Livrée à elle-même, elle avance seule et se confronte à des rencontres improbables.

Les portugais apparaissent comme les figures bienveillantes , soucieuses d'aider Léonore dans sa quête. Elle ne parvient pas à livrer la vérité sur cette histoire naissante avec Jose et s'invente un lien de parenté. Une imposture qui renforce la sacralité des Portugais autour de la Familia Unida.

José est omniprésent dans le roman grâce au procédé narratif, alternant les turpitudes d'esprit de Léonore et la voix de Jose dans les passages en italiques.

L'image du père immigré est forte dans ce vivre vite, symbolisé par la voiture du père " c'est tout ce que n'est pas le père, et le fils enfile ses habits comme pour le secouer, ébranler sa carcasse, aller plus loin, plus vite."

La mort est présente aussi, incarnée par le mot "l'Amort" puisque depuis sa première nuit d'amour, Léonore ne parvient plus à vivre pleinement, émancipée et sans la culpabilité qui la pétrifie. 

Elle semble statufiée, brisée par l'omniprésence de la mort.

La peur paralyse Léonore depuis la mort du premier amant, première nuit d'amour,c'[était] un dimanche...

"et je n'y suis pour rien".

Sa rencontre avec l'artiste Clemente permet l'ouverture corporelle et verbale. Elle dépose son histoire puis s'immerge dans l'Océan, qu'elle craint, comme tout ce qui bouge, tout ce qui vit. Un passage nécessaire pour l'oubli et pour se reconstruire. Pour sortir des demeures infernales,Léonore se doit de perdre le souvenir de sa vie antérieure et à sa manière, boit l'eau du Léthé, qui provoque l'amnésie. La coupe de l'oubli s'offre à elle, il est temps de reprendre l'avion.

Un très bon moment de lecture, dense sur l'identité perturbée: celle d'une femme brisée par le fatum mais aussi celle d'un peuple d' immigrés dont l'histoire est tue.

Publication Gallimard,2014. 

Commentaires

Il a l'air très intéressant !

Écrit par : cristie | samedi, 07 février 2015

Le titre ne m'aurait pas tenté, ou alors par curiosité.

Écrit par : Alex-Mot-à-Mots | samedi, 07 février 2015

Rien que le titre de celui là me fait de l'oeil !

Écrit par : Marion | lundi, 16 mars 2015

Les commentaires sont fermés.