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vendredi, 20 février 2015

Avoir un corps de Brigitte Giraud.

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Ce roman est bouleversant, tant il a cette capacité d'écho...

"J'entre dans le monde des femmes en même temps que le monde des chiffres.C'est le début d'une ère nouvelle, dominée par le 28, qui oblige à compter.Les jours et les semaines,la régularité, les retards, les aménorrhées. L'existence s'installe dans un rythme nouveau."

Puis "Les adolescentes deviennent silencieuses et rêveuses.[...] Elles glissent dans un monde parallèle et les adultes les trouvent insupportables.Elles deviennent obsédées par leur corps, d'un coup, trop gras, trop blanc, trop mou, trop musclé, trop maigre, trop plat."

Le corps se déploie, s'autorise au fil des âges.Le corps comme l'épine dorsale de toute une vie. Le prisme corporel pour habiller les pires douleurs, auréolées de pudeur.

Et puis ce corps qui donne naissance à un autre corps "Etre vivant, c'est être mortel, je l'apprends d'un coup et ne l'oublierai pas."

Autour du corps, le monde est en relief, perpétuellement animé, dans ses joies, ses ivresses et ses désespoirs. Face au chagrin, parfois les dimensions rétrécissent et le corps se plait à accomplir des rituels où il glisse pour oublier.

Brigitte Giraud interroge ce corps de manière troublante et sensible.L'énigme du lien étroit entre le corps et l'esprit se tisse au fil des âges d'une manière fort singulière et bouleversante.
Très beau texte, comme un rendez-vous avec notre ennemi intime.

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jeudi, 19 février 2015

Lettres nomades saison 3.

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"Huit écrivains embarqués à bord de La Péniche du livre font une escale littéraire au coeur des paysages de l' Artois et nous donnent de leurs nouvelles".

La collection "La Sentinelle" de La Contre Allée se propose d'accorder une attention toute particulière aux histoires et parcours singuliers de gens, lieux, mouvements sociaux et culturels.
Lorsque le contenu des nouvelles est le fruit d'une résidence  littéraire non loin de chez moi, je suis curieuse de découvrir les textes issus de cette imprégnation territoriale.

Les écrivains venus des quatre coins du monde nous livrent des nouvelles inspirées de leur séjour sur la péniche au coeur de l'Artois. J'entre à petits pas dans les textes, frileuse, espérant qu'ils ne soulignent pas trop la grisaille des lieux, la monotonie quotidienne des gens de peu...secrètement j'espère que leurs mots viendront sublimer ma région.

J'embarque avec Laura Alcoba qui a eu la précaution de mettre dans ses valises la nouvelle d'Egdgar Allan Poe "La Chute de la maison Usher".Depuis la cabine de La Péniche les mots de Poe résonnent autrement.Des ombres singulières s'invitent au hublot et nous font flotter entre tension et admiration fiévreuse sur cette embarcation chaotique et mouvante...

J'ai ensuite bu les mots d'Abdel Kader Djemaï "Outre sa fluidité, il m'apparaît qu'un texte, qu'une histoire doit courir comme l'eau vive, avoir sa limpidité, sa fraîcheur, son rythme et sa densité. Pour moi un écrivain est un pêcheur qui tente, debout dans une rivière, d'attraper les mots-truites, non avec un fil et un hameçon ou une épuisette, mais avec ses mains, nues et vulnérables.Il n'est pas non plus un poisson d'aquarium évoluant dans un joli décor artificiel et à qui on jette des graines. Il serait plutôt un poisson d'oued, de rivière, de fleuve, de mer qui doit aller chercher sa nourriture dans la réalité sociale, dans le quotidien des gens et au fond de lui-même."

Ce petit poisson-là, depuis son Algérie natale m'a émue et profondément touchée dans sa manière d'attraper les mots.

Le texte de Ryoko Sekiguchi souligne l'insignifiance de la région aux yeux de certains écoliers. Sa manière d'inviter l'enfant à élargir ses horizons pour mieux aimer son territoire m'a séduite.Elle met subtilement l'accent sur ce sentiment d'insignifiance induit par les doléances adultes et légitimé par les médias.

Et puis cette vision dans la grande masse noire des terrils des monticules aux couleurs argentées:"Les terrils brillaient en silence".

Bravo à tous ces écrivains qui déterrent chaque mot à l'aide d'une petite pelle et les transportent à main nue, à l'image même de la magnificence des terrils, témoignages des travaux jadis réalisés par l'homme.

Nos dessous et nos fiertés des gloires industrielles passées.

 

lundi, 16 février 2015

Une Rencontre de Sarah Quaghebeur.

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Sarah Quaghebeur a dix-sept ans, elle est lycéenne et originaire de Lille. Intriguée par cette jeune plume, je me suis plongée pour une heure de lecture dans ce premier texte pour une singulière rencontre.

Le roman s'ouvre sur un couloir de métro..."Troupeau de bêtes sous la lugubre lueur des néons. Mines blafardes. Cernes de cendres. Même regard vide. Même pas pressé. Même envie de retrouver sa cage de briques après une trop longue journée de boulot à ne rien faire que s'emmerder sous l'ampoule crue".

Sous cette lumière qui rend le teint blafard, Anne déambule auprès de ces frères de métro qui s'ignorent pour rejoindre son lycée. Sous leur manteau de mépris, ces inconnus ignorent la présence de Ben et sa chienne Cania.

Là où les pas laissent leur trace sans souvenir, Anne brise la course folle des couloirs intemporels et ose s'adresser à Ben et rompre le mutisme de la face somnambule de la classe ouvrière.

"-Dis c'est quoi ton moment préféré de la journée? 

-Le petit matin, quand les rues sont encore désertes et calmes, et le ciel sans couleurs. Pourquoi?

-Pour savoir comment t'imaginer quand je penserai à toi..."

La lycéenne et le sans-abri s'apprivoisent au fil des pages.Ensemble,ils apprennent la vie d'une autre façon. Un monde sans interdit.Un monde qu'on tait, un monde d'utopie où les planètes sont alignées.Tous les deux vont vite flotter au-dessus du sol.

Je suis toujours frileuse quant à la lecture d'un premier roman, j'ai refermé ce texte prometteur, sourire aux lèvres face à tant de candeur bouleversante, oscillant entre grâce et réalisme. Une belle offrande aux vagabonds, à ceux qui ne trouvent place nulle part, des êtres sublimés entre ces pages où la fluidité stylistique l'emporte.Terminus.

"C'est cela qu'être nomade.On voit la beauté qui échappe aux autres."

Editions Jets d'Encre, Janvier 2015.

mardi, 10 février 2015

Le Voyage de Fatimzahra de Kochka.

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Retrouver la jolie plume de Kochka,quel plaisir! J'utilise régulièrement son court texte Caravane avec les enfants comme support d'apprentissages.
L'illustration de Daphné Collignon a attiré de suite ma curiosité sur le parcours de Fatimzahra.

Jeune marocaine de quatorze ans, Fatimzahra vit au bled avec ses parents. Elle lie une amitié sincère avec Ikram. Sa soeur Hayat vit avec Pierre en France. Elle est sur le point de donner naissance à son premier enfant. La famille de Fatimzahra se doit d'être auprès d'elle, comme bien souvent dans les cultures méditerranéennes. Les parents aident la parturiente. Toute la famille se prépare pour le séjour en France.

Un séjour sans retour?

On accompagne l'émerveillement de Fatimzahra à Paris face à la Tour Eiffel, la surprise des us et coutumes françaises et la différence scolaire dans les établissements.

" Et Pierre lui a fait un sapin surmonté d'une étoile, alors que parfois, l'air de rien comme une fine pâtissière, Hayat saupoudre sur lui quelques versets du Coran..."


Kochka souligne la difficulté de l'intégration entre les deux cultures, le bel apprentissage de la langue française grâce aux textes de Victor Hugo et au professeur de français très sympathique, patient et avenant.

C'est un très bon roman sur le thème du partage et de la tolérance.

Fatimzahra, la resplendissante, comme la fille du prophète Mahomet, digne de confiance et de persévérance,est un modèle d'intégration pour tous les enfants, francophones ou non. Ce récit de vie est un très bon support pour les primo-arrivants dans les classes d'intégration.On porte la vie de nos ancêtres en soi; on est rempli de leur histoire et de leur géographie.

Kochka montre à quel point l'apprentissage de la langue est gage d'intégration. 

"C'est sans doute la barrière de la langue dont mon père m'a souvent parlé, et ça dure toute la journée: moi, derrière la barrière de la langue, seule dans la classe, la cour et à la cantine, seule derrière la barrière qui s'est dressée."

 Flammarion, Février 2015.

lundi, 09 février 2015

Et tu n'es pas revenu de Marceline Loridan-Ivens et Judith Perrignon.

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....C'est une lettre à Shloïme, le père. Lui à Auschwitz, elle à Birkenau et ces quelques mots: "Toi tu reviendras peut-être parce que tu es jeune, moi je ne reviendrai pas".

C'est une lettre d'amour d'une fille à son père, l'amour qu'on tente au fil des années d'oublier pour se reconstruire et pour avancer.

Texte court, dense et bouleversant, nécessaire pour le devoir de mémoire et précieux quant à la parole des survivants des camps de déportation.

La prophétie du père donne la force à la petite fille de surmonter l'atrocité, la violence et l'avilissement des camps.

Et l'histoire du retour, des paroles tues car non comprises. Se faire à l'idée de la fin de la guerre: comment retrouver le goût de vivre? Croire encore au retour du père? Décalage entre la fin de la guerre marquée par la joie et cette attente douloureuse au Lutetia d'un éventuel retour.

Puis le mouvement général de l'émancipation de Marceline, aux côtés de Joris Ivens, de trente ans son aîné.Une quête de la figure paternelle indubitable.

"Je n'ai jamais eu d'enfants. Je n'en ai jamais voulu. Tu me l'aurais sans doute reproché. Le corps des femmes, le mien, celui de ma mère, celui de toutes les autres dont le ventre se gonfle puis se vide, a été pour moi définitivement défiguré par les camps. J'ai en horreur la chair et son élasticité. J'ai vu là-bas s'affaisser les peaux, les seins, les ventres, j'ai vu se plier, se friper les femmes, le délabrement des corps en accéléré, jusqu'au décharnement, au dégoût et jusqu'au crématoire."

Le survivant n'est devenu une figure digne de respect et d'admiration que dans les années 1960. Plus tôt, les voix pour évoquer la Shoah ont été tenues de se taire.

"Même lorsque la plupart des hommes oublient, restent ceux, fussent-ils une poignée, qui se souviennent." Yosef Hayim Yerushalmi.

Pubication Grasset, février 2015.

vendredi, 06 février 2015

C'est dimanche et je n'y suis pour rien de Carole Fives.

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....Une première de couverture qui intrigue, cette femme, le visage enfoui dans des fleurs de coton.
Puis, le roman s'ouvre sur la description de l'état stationnaire d'un homme dans le coma.

Ensuite, une femme frissonne dans un avion...est-ce réellement la climatisation défaillante? Ou plutôt le voyage inévitable qu'elle s'apprête à réaliser? Ce voyage reporté depuis vingt-cinq ans.

Avec les années qui s'écoulent parvient-on à percevoir le temps autrement?

Léonore s'apprête à retrouver les terres de son premier amour. Jose, fils d'émigrés portugais qui meurt après leur première nuit d'amour. Elle se doit de se confronter au passé fantôme.

"Tu es resté l'amour de ma vie puisque tu es mort. Un mort ne quitte pas, ne trahit pas, sa patience est illimitée. Le mort est le compagnon idéal, jamais jaloux, jamais hargneux ou mal luné, le mort ne déçoit pas. Il se laisse tranquillement tailler son costume de héros..."

On retrouve la narratrice du roman jeunesse Modèle vivant, aujourd'hui professeur d'arts visuels, frustrée de ne pas être parvenue à vivre de l'art. La voilà velléitaire de retrouver les terres de son premier amour lors d'un séjour à Porto. Trois jours pour parcourir une ville aux ruelles vides, marquée par la dictature et la crise, à l'image de cette femme, en friches.

Livrée à elle-même, elle avance seule et se confronte à des rencontres improbables.

Les portugais apparaissent comme les figures bienveillantes , soucieuses d'aider Léonore dans sa quête. Elle ne parvient pas à livrer la vérité sur cette histoire naissante avec Jose et s'invente un lien de parenté. Une imposture qui renforce la sacralité des Portugais autour de la Familia Unida.

José est omniprésent dans le roman grâce au procédé narratif, alternant les turpitudes d'esprit de Léonore et la voix de Jose dans les passages en italiques.

L'image du père immigré est forte dans ce vivre vite, symbolisé par la voiture du père " c'est tout ce que n'est pas le père, et le fils enfile ses habits comme pour le secouer, ébranler sa carcasse, aller plus loin, plus vite."

La mort est présente aussi, incarnée par le mot "l'Amort" puisque depuis sa première nuit d'amour, Léonore ne parvient plus à vivre pleinement, émancipée et sans la culpabilité qui la pétrifie. 

Elle semble statufiée, brisée par l'omniprésence de la mort.

La peur paralyse Léonore depuis la mort du premier amant, première nuit d'amour,c'[était] un dimanche...

"et je n'y suis pour rien".

Sa rencontre avec l'artiste Clemente permet l'ouverture corporelle et verbale. Elle dépose son histoire puis s'immerge dans l'Océan, qu'elle craint, comme tout ce qui bouge, tout ce qui vit. Un passage nécessaire pour l'oubli et pour se reconstruire. Pour sortir des demeures infernales,Léonore se doit de perdre le souvenir de sa vie antérieure et à sa manière, boit l'eau du Léthé, qui provoque l'amnésie. La coupe de l'oubli s'offre à elle, il est temps de reprendre l'avion.

Un très bon moment de lecture, dense sur l'identité perturbée: celle d'une femme brisée par le fatum mais aussi celle d'un peuple d' immigrés dont l'histoire est tue.

Publication Gallimard,2014. 

jeudi, 05 février 2015

Eben ou les yeux de la nuit d'Elise Fontenaille-N'Diaye.

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...La Namibie, c'est là où Eben vit. Eben s'interroge souvent sur la couleur de ses yeux. Sa peau noir de jais contraste avec la clarté de ses yeux bleus.La lumière de son iris révèle pourtant la noirceur de son passé. 

Autour de lui, on s'apprête à fêter la Nuit Rouge, en l'honneur des Hereros.

Eben signifie "Pierre de mémoire". Ce devoir de mémoire que les Blancs de Namibie préfèrent taire.

Le désert du Kalahari emporte avec lui ses secrets. C'est Isaac, l'oncle d'Eben et son tuteur depuis la mort mystérieuse de ses parents, qui brise le silence sur la colonisation de la Namibie. Elise Fontenaille N'Diaye évoque le premier génocide, précurseur de l'horreur, sous l'égide du général allemand Von Trotha, l'homme aux yeux bleus. 

L'ignominie s'inscrit dans l'iris d'Eben mais pas dans l'esprit des gens.Les faits sont tus, le feu des massacres s'essouffle et plus rien ne demeure de cette terreur. Eben souhaite raviver la flamme en l'honneur des hommes noirs de la tribu des Herreros, et porter à la lumière cette barbarie du début du XXème siècle.

Comme très souvent dans les textes d'Elise Fontenaille N'Diaye, la puissance du récit emporte le lecteur sur la découverte d'un fait peu connu. Elle distille des pépites d'éveil et d'intérêt et attise la curiosité sur les noirceurs de notre société. Il faut garder des traces du passé, nous susurre l'auteur.

En parallèle, l'auteur publie chez Calmann-Lévy Blue Book qui raconte la même histoire mais d'un point de vue différent. Elle relate l'histoire de la colonisation de la Namibie par les Allemands et le génocide qui s'ensuit.

Publication Rouergue, dans la subtile collection Doado, janvier 2015.

 

Léna ou la vraie vie de Yaël Hassan.

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......Léna est malheureuse, mal aimée, mal dans ses pompes, en plein malaise dans sa famille. Elle décide de changer en s'inscrivant dans un pensionnat.Surprenante cette velléité chez l'enfant d'émettre le souhait de quitter l'univers familial. Pour respirer loin des parents? Pour s'amuser entre ami(e)s? Pour s'émanciper? Probablement pour Léna un moyen de fuir un environnement où l'on ne désire pas sa présence. 

Le pensionnat n'offre pas le réel cocon souhaité, certes il apporte de belles amitiés mais il propose à Léa de se confronter à la perfide Marine. Jeune fille pernicieuse, capricieuse et envieuse, Marine, essaie par tous les moyens d'attirer l'attention sur elle, au détriment de la quiétude des autres pensionnaires.

Léna est pleine de sagesse et part du postulat qu'on ne peut être méchant sans raison. Elle tente de comprendre la souffrance de Marine.
Beaucoup de péripéties viennent perturber l'année scolaire de Léa mais celle qui attire le plus mon attention est indubitablement sa résilience face à l'adversité grâce au théâtre.
Comme bien souvent dans les textes de Yaël Hassan, un texte de littérature française ou un auteur est mis à l'honneur. Chez Léna et la vraie vie , c'est Antigone de Jean Anouilh  qui permet à la jeune fille de s'émanciper et se construire.Léna puise sa force dans cette figure emblématique d'Antigone et parvient petit à petit à se dévêtir de sa naïveté pour incarner une jeune femme déterminée.

 

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Publication chez Seuil.

mercredi, 04 février 2015

Ianos et le dragon d'étoiles Jean-Jacques Fdida et Régis Lejonc.

 

 

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Ses yeux noirs intriguent, ils soulignent la force du petit fils du vent. Ianos , un jeune tsigane, est décidé à ramener la lumière sur la terre.

La lumière disparaît peu à peu sur les terres des gitans. Le démon a trois têtes dévore les étoiles, la lune et petit à petit le soleil.

 

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 Alors le jeune tsigane prend la route...Commence alors une incessante marche, celle de gens venus d'ailleurs pour s'en aller ailleurs...ailleurs toujours...loin...loin...plus loin...La nostalgie d'un temps de lumière le pousse à avancer. 

 

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Il rencontre en chemin, une ourma, une fée qui, sous ses habits de misère, lui confie que "tout ce qui brille n'est pas d'or". Ianos, inspiré par ce vieil adage, choisit en chemin un compagnon de route, un cheval en piteux état. Mais c'est sans compter sur la force et la bienveillance du feu qui transforme un cheval tocard en véritable taltos , un cheval ailé.

 

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Beaucoup de mystère dans ce formidable récit d'aventure et de sagesse que nous confie Jean-Jacques Fdida et qu'illumine Régis Lejonc grâce à une palette d'ocres pour mieux représenter la terre des nomades et sa bonne poussière. 

 

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Un conte tsigane, scandé comme un martèlement nerveux de danse sous la plume de Jean-Jacques Fdida et fabuleusement mis en lumière grâce à Régis Lejonc, Didier Jeunesse, Janvier 2015.

mardi, 03 février 2015

Momo, petit prince des Bleuets de Yaël Hassan.

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...Momo, petit prince d'une famille nombreuse. Son papa est en invalidité, son handicap semble le dispenser de prendre part à la gestion de la famille. Sa maman s'active en tous sens et en son absence c'est le frère aîné qui décide et fait la loi. Les vacances commencent et Momo s'ennuie déjà dans cette famille nombreuse de la cité des Bleuets, sa cité toute grise. La rentrée prochaine c'est la sixième et ce que tait Momo c'est qu'il aime lire.
Un jour la directrice s'invite dans la cité, frappe à la porte de la famille de Momo, devant une famille surprise et toute gênée. La directrice donne à l'enfant prometteur une liste de livres à lire et lui recommande de s'inscrire dans la bibliothèque du quartier. Le lendemain, accompagné de sa soeur, Momo réunit tous les papiers nécessaires  pour obtenir le précieux sésame.

Commence un délicieux rituel pour l'enfant qui s'isole chaque jour sur le banc en haut de la butte.Il découvre la beauté du texte de Saint-Exupéry et s'invente un nouveau monde. Un jour, le banc est occupé par Monsieur Edouard, un enseignant à la retraite. Les échanges au sujet des livres se densifient avec son nouvel ami. Momo va évoluer dans une autre sphère, grâce à Souad qui s'occupe du Bibliobus.

Beaucoup de candeur dans ce texte de Yaël hassan, qui souligne subtilement le pouvoir des livres offerts à l'enfant, celui du monde des possibles. L'amitié intergénérationnelle est mise à l'honneur, sans occulter l'indicible de la mort.

Sous la plume de Yaël hassan, la cité refleurit et dans la tête de Momo , riche de toutes ces histoires inventées, tous les rêves sont possibles.

Et j'ai hâte de retrouver Momo et les coquelicots...

Pour mon petit M., en homeschooling dans une cité toute grise, pour que dans ta tête refleurissent toutes les couleurs offertes dans les livres.

lundi, 02 février 2015

La Bohême est au bord de la mer, par Ingeborg Bachmann

 

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                                 Photo Jeannette Gregori.

Si les maisons par ici sont vertes, je peux encore y entrer.
Si les ponts ici sont intacts, j’y marche de pied ferme.
Si peine d’amour est à jamais perdue, je la perds ici de bon gré.

Si ce n’est pas moi, c’est quelqu’un qui vaut autant que moi.

Si un mot ici touche à mes confins, je le laisse y toucher.
Si la Bohême est encore au bord de la mer, de nouveau je crois aux mers.
Et si je crois à la mer, alors j’ai espoir en la terre.

Si c’est moi, c’est tout un chacun, qui est autant que moi.
Pour moi, je ne veux plus rien. Je veux toucher au fond. 

Au fond, c’est-à-dire en la mer, je retrouverai la Bohême.
Ayant touché le fond, je m’éveille paisiblement.
Resurgie, je connais le fond maintenant et plus rien ne me perd.

Venez à moi, vous tous Bohémiens, navigateurs, filles des ports et navires
jamais ancrés. Ne voulez-vous pas être bohémiens, vous tous, Illyriens, 
gens de Vérone et Vénitiens ? Jouez ces comédies qui font rire

Et qui sont à pleurer. Et trompez-vous cent fois,
comme je me suis trompée et n’ai jamais surmonté les épreuves,
et pourtant les ai surmontées, une fois ou l’autre.

Comme les surmonta la Bohême, et un beau jour
reçut la grâce d’aller à la mer, et maintenant se trouve au bord.

Ma frontière touche encore aux confins d’un mot et d’un autre pays,
ma frontière touche, fût-ce si peu, toujours plus aux autres confins,

Bohémien, nomade, qui n’a rien, ne garde rien,
n’ayant pour seul don, depuis la mer, la mer contestée,
que de voir
le pays de mon choix

Traduction de Françoise Rétif

© Ingeborg Bachmann