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mardi, 26 mai 2015

Contrepoint d'Anna Enquist

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Les Variations Goldberg anime la femme au piano qui étudie avec précision la composition de l'œuvre de Bach. Elle tente d'analyser le contrepoint c'est-à-dire en musicologie tout ce qui constitue l'essence de la composition et la porte au sublime. Toutes les règles et les principes qui sous-tendent l'œuvre musicale. Le contrepoint rejoint les lois qui régissent sa propre vie.

La femme n'est jamais nommée, elle est assidue dans ce travail d'exactitude et d'analyse du contrepoint de l'œuvre de Bach. Elle veut avoir une vue d'ensemble, comme celle que l'on porte parfois, lorsqu'on se retourne sur notre propre vie. On ne se prépare pas à une tragédie, elle vous tombe dessus. En étudiant la partition, une tragédie se cache dans le tableau de mère de deux enfants. La tragédie réside dans la violence de l'expérience, lorsque le sentiment de cette maternité minutieuse l'avait entièrement absorbée.

"Elle s'y était dissoute, non, sa maternité s'était dissoute en elle, il n'y avait plus rien d'autre à côté, cela l'avait remplie jusqu'au bout des doigts avec lesquels elle jouait les variations à ses enfants."

La tragédie ne laisse pas de place à la réflexion, elle interdit la distance nécessaire à une vue d'ensemble.

La tragédie est cette vague qui vous emporte, un flux de lave, une tornade.

L'ennui est un voile au-dessus des pensées et la musique dissimule ce secret. Anna Enquist, sous couvert du contrepoint , brosse le portrait tout en finesse et subtilité de la femme. La symbiose entre l'œuvre et sa vie de femme. Le partage d'un réglage des flux. Les lignes mélodiques divergent de l'idéal de vie rêvée et le chant n'est plus monophonique. La femme apparaît dans ses fêlures les plus intimes.

On avance staccato et l'on découvre cette relation fusionnelle entre la mère et la fille. En cherchant à comprendre la composition de l'œuvre avec ardeur, la femme dévoile peu à peu la chute tragique. En jouant du piano, elle construit une passerelle sur laquelle le temps souffle son haleine curative et la plaie peu à peu se transforme en cicatrice.

Actes Sud, collection Babel, Janvier 2014.

 

Commentaires

très beau billet , elliptique juste comme il faut ... On pense (aussi) aux "Variations Glodberg" de Nancy Huston (qui parle également très bien de musique ;-)

Écrit par : Mior | mardi, 26 mai 2015

J'ai lu avec beaucoup d'émotion Les Variations Goldberg de Nancy Huston et j'avais oublié que ces deux textes entrent en résonance, merci pour ce beau rappel.

Écrit par : Mirontaine | mardi, 26 mai 2015

comment ne pas te lire, aimer ces mots que tu écris, que tu as lu avec une telle beauté. Merci

Écrit par : sabine | mardi, 26 mai 2015

J'ai lu aussi ce beau roman d'A. Enquist. J'aime beaucoup la manière dont tu en parles !

Écrit par : Sandrion | samedi, 30 mai 2015

Les commentaires sont fermés.