Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

lundi, 19 octobre 2015

Camille, mon envolée de Sophie Daull.

 

 

camille.png

           (Illustration Emmanuelle Houdart)

"L'Anatole de Mallarmé, la Léopoldine de Hugo(tu la connaissais bien, elle), le Gaspard de Sophie, la Bahia de Sylvia, la Pauline de Forest, le Mehdi de Giraud, et maintenant le Lion de Rostain. Ils tressent leurs voix toujours claires, ça fait le grand chant de l'absence, le mistral perdant, qui siffle continûment aux oreilles, même quand le temps est calme et la ville vide."

L'immersion de l'histoire personnelle dans le discours explique tout l'enjeu de l'autobiographie. Faire l'histoire de celle qu'on a perdu, ce n'est pas simplement raconter des événements passés. C'est s'évaluer constamment en tant que mère, en tant que narratrice, dans la souffrance et l'abandon. Chaque instant des derniers jours de la perte de l'enfant est le moment d'une formation, porteur d'une occasion de maturation à saisir. La narratrice, celle qui sait, est amenée volontiers à juger celle qu'elle fut dans sa relation fusionnelle à l'enfant perdue.

L'histoire passée, le temps de l'enfance de Camille, est soumise à l'ordonnancement présent et à ses intentions. Dans ce texte bouleversant, Sophie Daull noue un pacte référentiel. Elle dénoue le lien de référence, qui s'annonce de représentation fidèle, entre le monde du livre et le monde réel. C'est un effort de la pensée qu'il faut tenir pour affronter le temps du deuil; ici le réel se soucie assez peu du vraisemblable ou de l'invraisemblable.

Disparue, Camille, pour toujours. Faire face à la brutalité de l'annonce, aux interrogations face au corps médical et à l'absence de celle qui devait passer son bac blanc. C'est cette longue lettre d'une mère à sa fille, dépourvue de larmes inutiles, qui nous est confiée. La brutalité de la mort soudaine sous les mots d'une intense beauté, voilà comment sortir du pathos pour créer un texte lumineux et puissant. Les mots échappent au sirop de deuil, un peu gluant. Ce texte n'est pas une simple élégie mais une franche lettre d'amour, de vie, dans la lumière de l'absente.

L'insupportable et l'indicible balayés pour ne retenir que l'essence de la jeune femme pleine de vie et de promesses et la résistance d'une mère pour que la flamme dans les yeux de sa fille subsiste.

Premier roman, publié chez Philippe Rey, rentrée 2015.

Commentaires

ton billet est tout simplement superbe. Magnifique. Merci.

Écrit par : sabine | lundi, 19 octobre 2015

Tes trois derniers billets sont très beaux et me donnent vraiment envie de découvrir ces romans.

Écrit par : Sandrion | lundi, 19 octobre 2015

Merci pour ce superbe avis, j'ai le livre dans ma bibliothèque depuis sa sortie et maintenant, il me tarde de le sortir.

Écrit par : Valentine Pumpkins | lundi, 19 octobre 2015

Je viens de le lire, poignant !

Écrit par : Myriam Thibault | mardi, 20 octobre 2015

Les commentaires sont fermés.