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jeudi, 26 novembre 2015

Ma Mère du Nord de Jean-Louis Fournier.

 

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 Voici un récit délicat, d'une portée universelle, celui d'un fils pour sa mère, aux rêves non réalisés.

Une mère du Nord, dans les ruelles d'Arras, celle qui mène une vie extrêmement difficile.

Elle sait aimer pour deux ses quatre enfants.  Elle se satisfait d'un amour boiteux, triste, partagé avec un mari alcoolique. Le médecin ne parvient qu'à l'aime mal ou peu.

Elle mène une vie ponctuée de frustrations, se relevant sans cesse grâce au goût de l'artistique. Elle poursuit des rêves jamais réalisés, dont seul son fils Jean-Louis, tel le prolongement sublimé d'elle-même, parvient à accomplir.

Sous couvert de  confidences faussement drôles, Jean-Louis Fournier évoque avec une infinie tendresse la figure du père, l'homme malade, qui a l'art de tout gâcher malgré son empathie envers ses patients.

Dans le récit intimiste, s'entremêlent des descriptions de photos, la voix des enfants et en exergue le baromètre des émotions: "Lune gibbeuse croissante, ciel très nuageux avec de courtes éclaircies", "Pour Pas-de-Calais, vents variables, la mer sera belle"...

Une belle force que celle d'écrire sur sa famille avec beauté et de parvenir à offrir un singulier portrait de femme. Le souvenir de cette mère, initiatrice des plaisirs culturels, celle qui tient la barre du bateau qui chavire trop souvent.

L'image de l'enfant angoissé par les retards de sa mère, perçus comme des petites morts quotidiennes, apporte à cette lecture une profondeur émotionnelle.

Entre solitude et goût du bonheur, un très beau récit publié chez Stock. 

Ecrire une histoire d'Olivier de Solminihac.

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"Il arrive, quand on écrit des histoires, en particulier des histoires pour les enfants, que l'on soit amené à les rencontrer, et à parler de ces histoires avec eux. Souvent ils posent des questions. Pour y répondre, il nous faut nous tenir sur le terrain de la simplicité. Quelques mots, quelques images qui, avec le temps, finissent par accompagner notre travail et l'aident à tenir." O. de Solminihac.

Un petit livre adressé aux petits mais aussi aux grands lecteurs qui se propose d'expliquer le métier d'écrivain.

Comment écrire une histoire? L'auteur propose un tourbillon d'idées foisonnantes, des fraises de la réalité au liant du yaourt, des histoires construites à l'image des cabanes pour s'abriter dans l'espace du dedans, même si l'on ne peut rester indéfiniment dedans (quel dommage).

Un subtil exercice de style, en construction, où Olivier de Solminihac réfute son propos  initial pour approfondir la réflexion, pertinente et amusante, sur le travail d'écriture.

Et l'on pioche au détour du précieux petit livre vert des pépites comme "Ecrire une histoire, c'est comme partir faire la révolution armé d'une simple petite cuiller.", "C'est creuser un tunnel, en cachette de tout le monde, de tous les gens qui peuvent vouloir nous surveiller [...]. C'est creuser patiemment, secrètement, durant les heures volées à la vie collective, sans être bien certain de l'endroit où l'on débouchera, ni de la manière dont on s'y prendra, une fois dehors, pour vivre en cavale.".

Publié chez La Contre Allée, collection Les Périphéries, 2015, une collection qui nous déporte, nous amène à des confins, nous fait prendre des parallèles pour suivre les recoins et les belles périphéries des tunnels.

Coup de cœur.

vendredi, 06 novembre 2015

Peindre pêcher et laisser mourir de Peter Heller.

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L'automne prend d'étranges couleurs sous la plume de Peter Heller. Des couleurs chaleureuses et teintées de bile noire s'infiltrent dans les pages comme dans le coeur du personnage principal.

Peintre écorché vif, passionné de pêche, profondément amoureux de la nature, Jim Stegner vit au Colorado. Témoin d'une maltraitance sur une jument, il commet un  crime sur le responsable de cet acte odieux. Jim vit en marge de la société depuis le décès de sa fille, tuée par des dealers. Puis naît le délitement de son mariage, alors il vit dans un trou, de manière très solitaire.

 Il a arrêté de boire depuis maintenant deux ans mais il vit toujours dans un microclimat détraqué. Son moteur c'est le chagrin, qui ne s'essouffle pas avec le temps. Il faut pourtant oublier la préoccupation du prédateur dans les bras de femmes, du modèle à la vieille copine.

 Ce roman est à lui seul un grand tableau qui emmène dans des lieux nombreux et divers. Par une habile mise en abyme  où le nom des différents tableaux de Jim ouvre chaque chapitre, rôde l'ombre d'une peur. Face à l'œuvre d'art, on cherche les indices de sa propre existence.

La violence semble le suivre à la trace et frappe sans aucun discernement et s'attaque à tout ce qui l'entoure: chevaux, amis, voisins. La panique est parfois une feuille de papier que l'on peut déchirer.

Peter Heller met en scène un début d'automne qui n'est que mouvement. Tel un peintre, il sublime la nature sauvage et raconte sous une plume lyrique teintée d'humour noir les turpitudes d'esprit du meurtrier. Le fait de tuer lie Jim à sa propre victime comme une communion dont il ne peut se défaire. Est-il devenu sa propre cible?

Dans la même veine que les romans de Jim Harrison, Peter Heller  affine sa marque de fabrique dans une poésie contemplative mêlée d'action, tempo allegro.

Parution le 7 Octobre chez Actes Sud, traduit de l'anglais  (Etats-Unis) par Céline Leroy.