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vendredi, 08 janvier 2016

J'ai tué Schéhérazade de Joumana Haddad.

 

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"Soyons rebelles, nous méritons d'être libres." Mona Eltahawy.

Dans le monde arabe ravagé par le despotisme et l'obscurantisme, certaines voix  offrent une belle illustration du nouveau féminisme dans ce carcan infernal qui oppresse toujours les femmes: l'Etat, le regard des autres et le foyer. La révolution politique ne peut avoir lieu sans révolution sexuelle et les confessions de Joumana Haddad manifestent la colère des femmes arabes entre foulards et hymens.

"Le balancier des hanches, flou souvenir des pleins, des creux, rideaux tirés sur les cheveux. La bouche qu'on enterre, le monde interdit pour les yeux[...] L'hypocrisie offerte à Dieu." Jeanne Cherhal.

Tuer Schéhérazade c'est vivre et penser en femme arabe et libre.

Jeune lectrice, Joumana Haddad lit en secret le marquis de Sade, elle grandit dans Beyrouth en guerre puis elle écrit de la poésie libertine et édite le premier magazine érotique en langue arabe.

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Joumana Haddad tue l'héroïne des Mille et une nuits. Le texte de cette mise à mort qui mélange témoignage personnel, méditations et poèmes reflète  cette émancipation qui éclaircit le ciel des femmes arabes. Ecrire son expérience pour mieux affirmer la liberté du corps. Ce qui fait l'intérêt du livre n'est pas d'être le livre "d'une femme arabe" mais plutôt celle d'une quête identitaire. Il répond plutôt à la question "Qu'est-ce qu'une femme arabe, en fait?"

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Ce livre est un mouvement de marée, entre description et condamnation d'une réalité effroyable pour les femmes au Moyen-Orient. L'identité arabe dépend d'un tissu rassurant de mensonges et d'illusions, agréés par les chastes gardiens de la pureté. L'hymen arabe se doit d'être préservé du péché, de la honte, du déshonneur ou du manquement.

L'auteur souligne comment les obscurantistes prolifèrent dans la culture arabe telle une moisissure. Ces valeurs  privent les femmes de leurs vies privées. La volonté de Joumana Haddad vise à prouver que la vision dominante de la femme arabe typique est incomplète et place en regard une autre image, afin que cette dernière soit partie prenante de la perception des Occidentaux sur les femmes arabes en général.

Une autre femme arabe existe et c'est l'histoire de l'enfance de Joumana qui nous est confiée.

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Au fil des pages, on apprend ce que signifie être une femme écrivain écrivant sans compromis en pays arabe. Elle prouve qu'il est inutile de ressembler à un homme pour être forte. Ni d'être contre les hommes pour défendre la cause des femmes.

Pour décrire les femmes arabes  en ce moment de l'histoire, l'auteur utilise le mot "funambules".

"Funambules suspendues dans les airs, entre ciel et terre, sur une corde tendue entre misère et délivrance. Sans le moindre filet de sécurité en dessous."

Et pourtant voici des femmes arabes qui ouvrent la bouche, qui tentent de franchir le gouffre.

 

Actes Sud, Babel, traduit de l'anglais par Anne-Laure Tissut.

 

 

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