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dimanche, 07 février 2016

Une Ile, une forteresse d'Hélène Gaudy.

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"Rien de ce que j'avais imaginé n'est vrai. Sans la parole pourtant fragile, le lieu ne m'aurait rien dit de ce qui s'y est passé."

Ce lieu c'est celui de Terezin (Theresienstadt), forteresse comprimée entre les Allemands et les Tchèques, dans la région des Sudettes, des minorités allemandes de Bohême Moravie.

C'est ce réceptacle béant, bâti au 18 ème siècle pour protéger l'Empire austro-hongrois de l'invasion prussienne, qui porte en lui cette contradiction puisqu'il est devenu en 1938, le point d'entrée de la guerre en Europe.

La forteresse en forme d'une étoile de David porte dès son origine les stigmates de sa tragédie.

C'est une garnison fantôme bâtie sur un leurre, celui d'offrir au peuple juif la terre qui leur manque. Ce sera un huis-clos qui masque le ghetto juif et le camp de concentration en devenir.

L'île est une place forte, une garnison qui accueille les juifs tchèques, scandinaves, polonais, les résistants européens et parmi eux Robert Desnos.

Terezin accueillera entre ses murs l'illusion artistique du film de propagande où la promesse devient mensonge.

Hélène Gaudy propose un récit documenté qui interroge toutes les sources: films de propagande, dessins de prisonnier, témoignages de survivants, articles de journaux.

L'analyse des traces évolue sans pathos dans cette quête tour à tour langagière, universelle et intime.L'auteur évoque avec discrétion et pudeur la disparition de son grand-père. Terezin est l'imposture faite au peuple juif.

Dans ce sublime et puissant récit,Hélène Gaudy propose une belle interprétation des signes qu'ils soient descriptifs ou langagiers.

"Quand on passe cette porte, même le langage se transforme."

Parcourir cette singularité du territoire, place forte de la solution finale permet un vibrant regard entre présent et passé et la possibilité de pénétrer dans l'indicible.

Terezin est le dernier bastion avant la mort.

C'est un texte qui tisse un lien étroit et singulier entre écoute et regard.

Et puis cette page qui résonne encore aujourd'hui...

 

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Hélène Gaudy fouille ce lieu clos où l'imaginaire  est multiple. Elle donne la parole à ce lieu sourd où les remparts enferment les amnésies, volontaires ou non.

 La focale se réduit sur le lieu de l'indicible grâce aux témoignages où les paroles sont condensées pour écrire la ville.

Inculte, Décembre 2015. 

Commentaires

En effet, cette enquête doit être passionnante, si je puis dire. J'ai aimé découvrir la déportation des artistes à travers les romans de Antoine Coplin, Un forêt d'arbres creux et de Christophe Lambert, Lever de rideau sur Terezin.

Écrit par : Anne | dimanche, 07 février 2016

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