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mercredi, 17 février 2016

Avram d'Hélène Merlin.

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Suzanne écrit à son mari des lettres à propos d’Avram , l'amant fiévreux et révolté. L’histoire de cet amour  passe par Mai 68 et l’engagement politique des années 1970.  Ce temps de la gravité à prononcer certains mots et la véhémence sévère qui les accompagne. Les mots étaient armure, armature vivante pour conjurer le réel.L'histoire passe aussi par la disparition d’Avram, et sa réapparition improbable - un clochard qu’elle a cru reconnaître dans le métro un jour - rencontre qui a déclenché cette correspondance à la lisière du chaos intérieur. Un visage irréel, dans une imprécision douloureuse.

"Je regarde assise sur un siège, me sentant peu à peu redevenir une femme, sans comprendre d'où a ressurgi le désir, sans comprendre. Et je ne peux m'empêcher de penser à toi."

Les sentiments pour Stéphane s'estompent, surtout quand rien ne s'estompe et même que tout empire.

 Autrefois, dans les paroles transcendait l'ardeur. On peut supposer que Suzanne écrit à la fin des années 1990. Ces lettres sont adressées à Stéphane, mais leur adresse déborde leur destinataire : à la fois parce qu’elle englobe Julie, la nièce de Suzanne, qui a elle-même 20 ans alors, et parce qu’elle se perd dans les circonvolutions de la mémoire et de l’espoir.

Le silence a été brisé et le raz-de-marée des mots s'amplifie au fil des pages dans un tragique d'emphase. Suzanne a pourtant "tout pour être heureuse", cette phrase qui gifle dans l'ardeur mise à se conformer à la banalité du quotidien, au présent sans rides, sans pleurs.

Mais les mots d'amour de Stéphane n'ont pas la même couleur que ceux murmurés par Avram. Ils ne rêvent de rien, ils donnent simplement corps et poids à la vie de femme. Avec une envie folle d'aller brûler ses ailes, Suzanne a appris plus encore les hommes et leurs silences et cette plaie qu'ils creusent dans l'indifférence.

Un grand amour dans le désordre, proche de la folie. Suzanne vieillit, vaincue par le miroir, sans avoir fait sa révolution.

 Un roman comme un cataclysme qui engloutit le lecteur, le fond du corps abîmé de tristesse dans le masque de nos voix intimes, troublées. Un texte qui porte les autres avec lui, au coeur de nos intimités, sur la peur, la solitude et l'envie.

"J'entends nos voix comme engrossées du monde, jetées en avant de nous, de nos pas, de nos corps, dans les rues, les réunions, prêtes sans cesse au frémissement, à la colère, l'indignation ou le partage fraternel."

Suzanne est une femme difficile à aimer, comme toutes celles qui ont un fantôme avec elle.

Zulma, 2002.

Puis cette lettre...

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Commentaires

Encore un livre qu'on a envie d'aller lire. Encore à cause de toi Mirontaine.

Écrit par : Tieri | mercredi, 17 février 2016

La Hélène Merlin qui a publié Le Cameraman aux éditions de minuit ?

Écrit par : Tieri | mercredi, 17 février 2016

Si...
Et tu m'as donné l'envie d'ouvrir à nouveau Rachel.

Écrit par : Mirontaine | mercredi, 17 février 2016

que c'est beau et émouvant, merci pour cette découverte qui me donne l'envie de lire cette histoire!

Écrit par : Anne J | mercredi, 17 février 2016

Je ne pense pas pouvoir passer à côté de ce roman...

Écrit par : Noukette | jeudi, 25 février 2016

Les commentaires sont fermés.