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mercredi, 09 mars 2016

Bouche cousue de Marion Muller-Colard.

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(Toile réalisée par mon amie canadienne  Nolwenn Petitbois)

La bouche cousue de celle qui grandit dans une famille immigrée italienne.

Le silence en retour d'une éducation méditerranéenne archaïque, où les hématomes se cachent dans dans la mémoire sensorielle des peines.

Les non-dits dans le lieu clos du Lavomatique, entreprise familiale,  là où tout se doit d'être propre, lisse, sur plis. C'est un mode de vie. Et cette mère qui nettoie tous les désirs des autres corps dans les interstices de chaque tissu.

Amandana a trente ans. Dans sa tête, c'est encore le jour de ses quinze ans. Le jour d'une gifle sous un ciel dépourvu d'horizon. Le temps, depuis, s'est arrêté.

Quinze ans, c'est aussi l'âge de son neveu Tom. Comme chaque dimanche, la narratrice subit ,comme elle le peut, le repas familial.

Le linge sale se lave en famille. La perfide Eva-Paola s'empresse de raconter que Tom a embrassé un garçon.

La gifle claque à nouveau, à quinze ans d'intervalle. Une autre génération, un autre temps mais toujours les mêmes moeurs et interdits.

Amandana s'empresse d'écrire une longue lettre à Tom. Le passé lui revient en mémoire, sa douleur, l'humiliation et l'enfermement. Le déni de soi. Elle lui confie son amour pour celle qui est venue chercher ses lèvres un peu par jeu.

 

Marion Muller-Colard  tisse la métaphore tout au long du texte. Et j'ai trouvé la confession de l'adulte troublante dans tous ses interdits. Elle est celle qui ne vit pas car elle ne sait pas. Et prendre la parole, livrer sa propre histoire, ce n'est pas voler, à mon sens, la douleur de Tom, c'est la faire sienne pour la transcender, ensemble. Remettre un peu de baume.

Autour du corps, beaucoup d'amour et de l'or dans les élans du coeur. Certains rêves non assouvis, enfouis, un peu comme la saleté tout au fond du bac à linge sale. La saleté que l'on chasse à grands jets, à grandes claques.

Un roman pudique où le théâtre permet à bouche cousue de se livrer un peu et d'exprimer ses émotions.

Très émue en refermant ce texte et l'histoire singulière de celle qui souhaite se faire tambouriner comme le linge, se faire étourdir de tours et d'accélérations, de vapeurs.

"Mais ma tête à moi restait vissée aux épaules pendant que les molettes des programmes tournaient toutes seules et que les tambours jouaient leur danse puissante d'annulation."

Juste sublime et d'une profonde finesse psychologique.

Gallimard, Scripto, Février 2016.

 

 

Commentaires

Tu sais toujours susciter ma curiosité :-)

Écrit par : Marion | mardi, 15 mars 2016

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