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lundi, 21 mars 2016

Rien ne résiste à Romica de Valérie Rodrigue.

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Romica fait la monnaie, à la poste, on le sait.

On le sait probablement, mais à force, au ras du sol, on ne la voit plus.

Sa misère éclate partout mais le courage de Romica, de là où il s'élance, remplit le monde entier, un peu à la manière du chant d'oiseau qui peuple tout à coup la forêt.

Elle est maman et elle porte à nouveau la vie. La misère n'empêche pas le bas ventre de vibrer pour des promesses de bonheur.

Le cœur de Romica est accordé aux cœurs fauves de ses enfants.

Son premier pays c'est la Roumanie. Ce qui est dedans, là-bas, ils le mettent dehors: le linge à sécher et le cœur à laver. Tout est à la rue.

La vie de Romica c'est un peu la tristesse et le théâtre, en apparence c'est coloré, mais en apparence seulement.

L'autre pays de Romica c'est le silence avec son île l'abnégation.

Sa vie ne peut être résumée, c'est une vie comme la musique sans papier, rien n'est gravé. En bougeant sans arrêt, elle suit la lumière dans ses allées et venues, infatigable. Elle porte à bout de bras sa richesse dans un sachet plastique.

Romica est une trinité éblouissante: prunelles ardentes, cheveux noirs d'ébène, longues jupes... et partout avec elle, la rumeur enfantine de sa petite fille. C'est la femme inclinée, celle qui mesure ses pas. Elle se tourmente mais personne ne le sait.

Elle récolte parfois des sourires, l'amour réside dans des détails mais personne n'aime voir trop longtemps la misère alors quand Valérie se penche et tente de percer l'âme de Romica, la crainte se mêle à l'étonnement sur les chemins d'une amitié improbable.

Sur la voie semée d'embûches, cherchant le cœur sous les ombres, la joie dans la peine, les deux femmes se portent pour permettre à Romica de fuir une autre trinité: pas de manche, pas d'argent, pas de nourriture.

Le temps de l'accordéon d'un vieux "print", Romica oublie la fatalité. Quoi qu'elle fasse, elle est renvoyée à l'exil.

"Les décennies se superposent, s'entassent, le mécanisme du rejet, le culte du bouc émissaire, rien n'a changé."

Alors Valérie confie à Romica l'histoire des Sépharades, débarqués en France en 1962, après l'indépendance de l'Algérie. Français depuis 1870, il fallait pourtant "s'intégrer". Un lot de tristesses fugitives et communes aux deux femmes.

Quand les doutes arrivent,  Romica et Valérie luttent  avec joies répétitives contre les archaïsmes de notre monde.

Contre vents et marées, elles ne fléchissent pas, même si l'Europe reste muette. Les royaumes sont régis par des lois mais dans le puits des épreuves subsiste un soleil pour la courageuse Romni.

Valérie Rodrigue parvient dans son récit à rendre compte d'une réalité âpre mais possible d'une indépendance réussie. Elle ne tait pas les longues heures d'attente dans les couloirs d'une administration kafkaïenne pour obtenir l'Aide médicale d'Etat ou la scolarisation des enfants.

L'auteur donne un regard juste sur le parcours admirable de Romica et sa persévérance démesurée pour surmonter la précarité. Elle évoque également les prouesses comme les limites des bénévoles.

"Qui s'intéressait à Romica ? A toutes les Romica qui se battent pour s'en sortir, pour tirer leur famille, et leur communauté vers le haut ? La réussite, la volonté, le chemin parcouru, c'est moins sensationnel que le trafic de cuivre, de carburant, la prostitution, les vols à l'arraché ou les cambriolages."

Romica est une reine et on ne peut empêcher une reine de mettre le monde à ses pieds. Rien ne peut l'arrêter sur le chemin de sa liberté. Latcho drom Romica.

Plein jour, Mars 2016. 

Commentaires

je void que nous avons relevé le même passage si criant de vérité.

Écrit par : clara | mardi, 22 mars 2016

Un témoignage éclairant que j'ai bien apprécié !

Écrit par : Hélène | mercredi, 27 juillet 2016

Les commentaires sont fermés.