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jeudi, 30 mars 2017

Lalla J'mila, Le Rocher des filles de Zoubeir Ben Bouchta.

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" Soyons rebelles, nous méritons d'être libres." Mona Eltahawy.


Cette phrase me vient à l'esprit en refermant ce texte théâtral Lalla J'mila, Le Rocher des filles de Zoubeir Ben Bouchta.

A l'origine, un mythe tangerois, Le Rocher des filles, aux mystérieux pouvoirs sur l'alliance et la fertilité des femmes.
Deux femmes, deux sœurs au pied du rocher livrent leurs confidences dans un mouvement de marée, entre description et condamnation d'une réalité effroyable pour les femmes. L'identité arabe dépend d'un tissu rassurant de mensonges et d'illusions, agréés par les chastes gardiens de la pureté. L'hymen arabe se doit d'être préservé du péché, de la honte, du déshonneur ou du manquement.
L'auteur souligne comment les obscurantistes prolifèrent dans la culture arabe telle une moisissure. Ces valeurs privent les femmes de leurs vies privées.


" La femme aussi a des ailes , il faut juste qu'elle apprenne à voler!"


La voix de Lalla J'mila vibre dans cette société patriarcale, au carrefour des exils, au pays de la charia. On apprend l'histoire de la ville de Tanger, aux origines mythiques teintées de viol, sous le prisme féminin où la ville s'apparente à l'organe sexuel. Tour à tour dominée, la femme est condamnée à l'enfermement et à la folie ( et me vient en écho le gynécée moral subtilement décrit sous la plume de Kaoutar Harchi dans A l'origine notre père obscur, Actes Sud) .
C'est la parole accordée aux plus faibles, en apparence, à celles qui ne sont pas " libres d'être". La scène prend place dans l'espace ouvert de la mer Méditerranée où la soeur aînée vit recluse, seule solution pour échapper à l'injustice d'être née femme.


Dans le monde arabe ravagé par le despotisme et l'obscurantisme, certaines voix offrent une belle illustration du nouveau féminisme dans ce carcan infernal qui oppresse toujours les femmes: l'Etat, le regard des autres et le foyer. La révolution politique ne peut avoir lieu sans révolution sexuelle et les confessions des deux sœurs manifestent la colère des femmes arabes entre foulards et hymens. Et le viol devient métaphore de l'oiseau, capturé par l'homme.
Zoubeir Ben Bouchta évoque l'histoire de Tanger et montre qu'il est inutile de ressembler à un homme pour être forte. Ni d'être contre les hommes pour défendre la cause des femmes et aspirer à la liberté.


Ce texte a été traduit de l'arabe par Saïd Benjelloun , préfacé par Camilla Maria Cederna, aux presses universitaires du midi.

 

 

lundi, 27 mars 2017

Sur cette terre comme au ciel de Davide Enia.

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Un livre sensuel, fascinant et glaçant sur la Sicile.
L'île aux paysages arides, aux côtes magnifiques et aux trésors artistiques uniques.

Palerme, les années 80. Davidù apprend la vie dans les quartiers, là où la mafia rurale s'est insinuée partout où la confiance ordinaire et la solidarité humaine avaient disparu en raison de la pauvreté et de l'exploitation.
Alors les hommes mettent les gants de boxe, ils incarnent la force face à un état faible.


Trois générations d'hommes, conservateurs par leur nature machiste et opportunistes dans leurs procédés, sont à l'image de Palerme, au creux de la courbe fertile de la Conca d' Oro: un riche croissant fertile au cœur d'une terre aride et inaccessible.


Piégés à Palerme, avec l'éternelle promesse d'évasion de la mer, sous la menace de l'arc de dents acérées des collines rocheuses, les hommes se battent contre un passé violent. Ces " picciotti" sont l'équivalent sicilien des " guaglione" napolitains, des types ou des "mecs" porteurs de toutes ces valeurs mâles largement présentes dans le paysage culturel du Sud.


Les cordes à linge sont tendues au travers des ruelles, où pendent telles des oriflammes les lessives du jour, claquant au vent et se gonflant sous le soleil éclatant comme toutes ces confidences masculines.


Davidù constitue sa propre "cosca", vivement encouragé par son oncle. Cosca est le terme sicilien précis pour désigner une famille dans la mafia sicilienne. Tous les membres de la famille sont égaux et même si on compare les combats de boxe, d'une génération à l'autre, chaque membre, chaque mâle se superposent, tous proches et tous reliés au centre. Même le parfum des fleurs de citronniers finit par rappeler les blessures anciennes.


À la manière de Cola Pesce, Davide Enia plonge dans les légendes du passé dans cette partie méridionale de l'Italie. Une histoire brûlante, aride, en proie aux éruptions et aux secousses, celle des hommes du mezzogiorno, confrontés à la guerre, à la difficulté de la vie comme à l'âpreté d'un combat de boxe, à la sensualité de l'amour naissant. Découvrir la profondeur de la poésie de l'enfance , prêt à plonger dans le passé pour explorer , avide de savoir et redouter à la fois de se retrouver prisonnier des tréfonds d'un monde, en espérant pouvoir refaire surface, ou trouver tout au moins une déchirure dans le filet des hommes.


Così in terra, Sur cette terre comme au ciel , di Davide Enia, traduit de l'italien par Françoise Brun , Albin Michel, août 2016.