Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

La Marche du baoyé de Sigrid Baffert, illustrations Adrienne et Léonore Sabrier, MeMo polynie.

B4529ADB-32FC-416B-92E3-8BAE381AA504.jpeg

« Une polynie est un espace d’eau libre dans la banquise qui doit sa liberté au vent. » Chloé Mary, directrice de la collection MeMo polynie.

Il est beau ce roman d’exil signé Sigrid Baffert La Marche du baoyé, autour d’une famille de fermiers, les Manké, contraints de fuir leur habitat pour la route du désert rouge hanté par la mort. Désert africain? Sud-américain ? Liberté aux lecteurs de se représenter un lieu.
Les illustrations d’ Adrienne et Leonore Sabrier sont abondantes, sauvages et troublantes. Elles interpellent par leur surréalisme flamboyant au sein de vastes tableaux.
Les Déracineurs veulent construire un hôtel et déracinent tous les baoyés, porteurs de fruits juteux nommés les kourés.
« Il régnait un silence de nuit d’hiver en plein jour. Autour de nous, il ne restait qu’un désert rouge. Tout avait été ratiboisé. Arbres, racines, herbes, buissons, plus une seule ligne verticale n’arrêtait l’horizon. Notre bout de terre avait été plus épilé qu’un rôti. Bientôt pousseraient dessus du gazon et des fleurs au garde-à-vous, comme une perruque sur un crâne chauve. »
Le père, la mère et les deux frères prennent la route avec une carriole sur laquelle est déposé le dernier baoyé porteur de onze kourés, utiles à rassasier la faim des exilés. La carriole a remplacé l’âne Spinoza, disparu étrangement lorsque tous les vivres furent épuisés.
Sur la longue route de sable, la chaleur menace de torréfier le crâne. Ils veulent atteindre la Haute Jade. Mais cet eldorado existe-t-il vraiment ?
« Peut-on se nourrir de ses rêves ? »
Quand un peuple est contraint de manger tous ses animaux , le désert les dévorera-t-il à son tour? Seront-ils ensablés ?
La mort personnifiée dans le sable rouge recouvre tout espace de liberté, tout espoir de joie.
Les enfants Manké ont une conscience aiguë face au silence des adultes. Ce même sursaut de l’enfant lecteur qui comprend par le biais de cette histoire qu’il est nécessaire de sortir de l’ensablement et de l’endormissement. Face à la course folle du monde, l’abnégation s’impose et Tiago incarne beaucoup d’espoirs.
Je suis heureuse de pouvoir transmettre la beauté de ce texte qui interroge la façon d’être au monde aux plus jeunes. Elle est savoureuse et intelligente cette littérature de jeunesse.
« Je vois la littérature (mais aussi l’Art de manière générale) comme un grand tamis de la vie et du désordre du monde. Un lieu où se décante l’essentiel. Un lieu où les sujets s’extraient du grand magma et se cristallisent en pépites. Ils deviennent enfin visibles, ils peuvent être observés, bousculés, questionnés, démystifiés. Parfois dans une forme de combat et de résistance. Mais je me garde des textes péremptoires, ceux qui imposent au lecteur une opinion. J’aime à croire que le lecteur est assez grand pour se la forger lui-même. Je préfère les textes qui questionnent. J'ai toujours essayé d'aborder les choses graves avec humour, par le prisme de la poésie. Je crois en la lucidité des enfants, en leur force immense. J'ai parfois l'impression étrange que l'arbre est inversé ; il arrive que ce soient eux, les racines, eux qui portent le monde adulte à bouts de bras. Et ce sont leurs rêves fous, leurs regards et leurs rires qui me tiennent debout. Ils sont la raison pour laquelle je mets la littérature jeunesse au-dessus de tout. » Sigrid Baffert.

La Marche du baoyé de Sigrid Baffert, illustrations Adrienne et Léonore Sabrier, MeMo polynie .

Écrire un commentaire

NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.

Optionnel