Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

  • Le Silence des esprits de Wilfried N’ Sondé.

    B3E28CAC-F00E-43D3-838E-8CF521EC3D50.jpeg

    L’histoire d’un mirage, d’une rencontre inattendue entre Clovis N’Zila, qui tente d’échapper à un contrôle de police et une femme dans un train de banlieue.
    Christelle décide de l’héberger pour la nuit. Elle ne sait rien de lui sauf la détresse de son regard.
    Clovis et ses multiples secrets, Christelle et sa solitude.
    Une bulle se crée dans le modeste appartement. Et la confiance s’installe peu à peu.
    Des mots cousus pour décrire la violence d’une guerre civile en Afrique et les stigmates de l’enfant soldat face à la morosité d’un quotidien de banlieue d’une femme esseulée.
    Dès la naissance, Clovis a été emporté dans un tourbillon de colère et de haine. Il pleure sa vie et sa prime enfance aux côtés de sa sœur Marcelline. Il a fui, le désespoir aux trousses. Christelle écoute les aveux de l’enfant soldat et tressaille à l’angoisse des démunis.
    On veut croire à la fable comme à celle de la déesse, créatrice de tout ce qui se voit ou ne se voit pas. Celle qui habille la terre entière d’une musique, celle des battements du cœur. La déesse, mère du Monde, qui pose sur les songes des hommes et des femmes, le fil magique qui soutient et guérit: le baiser des esprits.
    Les esprits parfois s’affolent quand la catastrophe et le chaos l’emportent. Ils s’égarent et deviennent aphones par l’envie, la haine et la mitraille.
    Christelle, la main couchée côté cœur, témoigne de l’attention à celui qui crie la nuit.
    Peut-on parvenir à oublier les bruits et les images de guerre incrustés dans sa mémoire? L’émotion de velours d’une nuit de confidences suffit- elle à réparer ?
    La fin de ce texte est abrupte, à la manière d’un voile opaque jeté sur le monde, sur ceux qui clament pourtant comme la déesse Mère « nous sommes tous frères ».
    Le Silence des esprits, Wilfried N’Sondé , Actes Sud Babel, mars 2018, première parution en 2010.

  • La Marche du baoyé de Sigrid Baffert, illustrations Adrienne et Léonore Sabrier, MeMo polynie.

    B4529ADB-32FC-416B-92E3-8BAE381AA504.jpeg

    « Une polynie est un espace d’eau libre dans la banquise qui doit sa liberté au vent. » Chloé Mary, directrice de la collection MeMo polynie.

    Il est beau ce roman d’exil signé Sigrid Baffert La Marche du baoyé, autour d’une famille de fermiers, les Manké, contraints de fuir leur habitat pour la route du désert rouge hanté par la mort. Désert africain? Sud-américain ? Liberté aux lecteurs de se représenter un lieu.
    Les illustrations d’ Adrienne et Leonore Sabrier sont abondantes, sauvages et troublantes. Elles interpellent par leur surréalisme flamboyant au sein de vastes tableaux.
    Les Déracineurs veulent construire un hôtel et déracinent tous les baoyés, porteurs de fruits juteux nommés les kourés.
    « Il régnait un silence de nuit d’hiver en plein jour. Autour de nous, il ne restait qu’un désert rouge. Tout avait été ratiboisé. Arbres, racines, herbes, buissons, plus une seule ligne verticale n’arrêtait l’horizon. Notre bout de terre avait été plus épilé qu’un rôti. Bientôt pousseraient dessus du gazon et des fleurs au garde-à-vous, comme une perruque sur un crâne chauve. »
    Le père, la mère et les deux frères prennent la route avec une carriole sur laquelle est déposé le dernier baoyé porteur de onze kourés, utiles à rassasier la faim des exilés. La carriole a remplacé l’âne Spinoza, disparu étrangement lorsque tous les vivres furent épuisés.
    Sur la longue route de sable, la chaleur menace de torréfier le crâne. Ils veulent atteindre la Haute Jade. Mais cet eldorado existe-t-il vraiment ?
    « Peut-on se nourrir de ses rêves ? »
    Quand un peuple est contraint de manger tous ses animaux , le désert les dévorera-t-il à son tour? Seront-ils ensablés ?
    La mort personnifiée dans le sable rouge recouvre tout espace de liberté, tout espoir de joie.
    Les enfants Manké ont une conscience aiguë face au silence des adultes. Ce même sursaut de l’enfant lecteur qui comprend par le biais de cette histoire qu’il est nécessaire de sortir de l’ensablement et de l’endormissement. Face à la course folle du monde, l’abnégation s’impose et Tiago incarne beaucoup d’espoirs.
    Je suis heureuse de pouvoir transmettre la beauté de ce texte qui interroge la façon d’être au monde aux plus jeunes. Elle est savoureuse et intelligente cette littérature de jeunesse.
    « Je vois la littérature (mais aussi l’Art de manière générale) comme un grand tamis de la vie et du désordre du monde. Un lieu où se décante l’essentiel. Un lieu où les sujets s’extraient du grand magma et se cristallisent en pépites. Ils deviennent enfin visibles, ils peuvent être observés, bousculés, questionnés, démystifiés. Parfois dans une forme de combat et de résistance. Mais je me garde des textes péremptoires, ceux qui imposent au lecteur une opinion. J’aime à croire que le lecteur est assez grand pour se la forger lui-même. Je préfère les textes qui questionnent. J'ai toujours essayé d'aborder les choses graves avec humour, par le prisme de la poésie. Je crois en la lucidité des enfants, en leur force immense. J'ai parfois l'impression étrange que l'arbre est inversé ; il arrive que ce soient eux, les racines, eux qui portent le monde adulte à bouts de bras. Et ce sont leurs rêves fous, leurs regards et leurs rires qui me tiennent debout. Ils sont la raison pour laquelle je mets la littérature jeunesse au-dessus de tout. » Sigrid Baffert.

    La Marche du baoyé de Sigrid Baffert, illustrations Adrienne et Léonore Sabrier, MeMo polynie .

  • La Péninsule aux 24 saisons de Mayumi Inaba.

    9A3E90AA-AB10-471E-9217-AC36146B5F5E.jpeg

    C’est l’histoire d’un isolement. Celui d’une sexagénaire qui quitte Tôkyô pour une vie rurale et simple sur la presqu’île de Shima, près de Nagoya. Les raisons du départ sont assez floues mais le suicide d’une amie chère semble être l’une des raisons.Elle retrouve un lieu qu’elle fréquentait petite. Elle y découvre un calendrier ancien précisant qu’une année se compose de vingt-quatre saisons. Cet almanach fonctionne par quinzaine et mentionne les tâches à effectuer.
    Au fil des pages, s’ouvre une promenade sereine dans la nature. Le calendrier est en accord allé rythme naturel de la végétation. Dans ce texte, le vent et les fleurs sont personnifiés. La narration se fait poétique pour traduire le bruit de la chute des feuilles, ou encore le spectacle des lucioles sur le marais.
    À la manière de Thoreau ou de Hesse, Mayumi Inaba raconte la vie en symbiose avec la nature.
    Un très beau texte, loin des mondanités de la ville, salutaire pour fuir les rapports superficiels. Ce roman a reçu le prix Tanizaki en 2010.

  • Le Cantique des oiseaux de Farîd od-dîn Atâr, traduction de Leili Anvar

    15F0CB8C-08E0-4169-B80F-CB0395F5968C.jpeg

    " Tout cela n'est qu'un conte, une narration vaine
    Et l'oeuvre des vrais hommes est d'effacer leur moi."

    Chef-d'oeuvre de la spiritualité soufie ( branche mystique de l'Islam) le Cantique des oiseaux est écrit en 1177 par Farîd od-dîn Attâ, poète apothicaire de Nichapur en Iran actuel.
    Le soufisme est fondé sur les principes de la sagesse universelle plutôt qu'une théologie stricte et c'est dans ce sens que l'envie de lire Attâr m'est venue. L'accomplissement suprême du soufisme prône l'anéantissement de soi. Son expression la plus aboutie se retrouve sous la plume d'Attâr.
    Le Cantique des oiseaux est un poème méditatif. Chaque distique renvoie à une image, convoque la pensée et sollicite les sens.
    L'histoire est celle d'une aventure exaltante . Des oiseaux se décident à partir à la recherche de l'Etre suprême et pour cela ils suivent la huppe, messagère du roi Salomon. Ils abandonnent tout sauf peut-être dans un premier temps leurs désirs et leurs peurs. Ils semblent proches de nous dans leurs craintes et contradictions. La huppe leur insuffle le courage et l'abnégation en contant des histoires choisies dans les classiques de la littérature ou inspirées du Coran.
    Ce chant sacré dans l'édition traduite par Leili Anvar s'accompagne des merveilles de la peinture en Islam d'Orient. Ce poème a nourri la créativité de nombreux artistes persans, turcs et indo-musulmans.
    C'est une belle épopée spirituelle construite comme une symphonie dont l' écoute est multiple et infinie.

    Le Cantique des oiseaux de Farîd od-dîn Attâr, traduction du persan Leili Anvar, Diane de Selliers Editeur.

  • Pasolini, l’enragé de l’histoire Mélinda Toën, ed. Laborintus

    CF0F9679-6E51-478C-A328-5A7F51557D36.jpeg

    Excellent travail de recherche de Melinda Toen sur Pier Paolo Pasolini dont on souligne trop souvent le paradoxe sans en expliciter les atouts pour exprimer l'angoisse d' une société en profonde mutation de la " dopostoria". Analyse brillante et érudite du cinéma pasolinien dans sa conception marxiste de l'histoire et sa vision théologique du monde, dans un mouvement anarchique et chaotique: ce désordre traversé par la société italienne lors du passage au néocapitalisme. Lucidité historique et visionnaire de Pasolini, né le 5 Mars 1922 qui anticipe l' émergence d'une nouvelle race d'homme, l'homme moyen incarné par Orson Welles dans La Ricotta (1963)



    Un écho étrange à l'actualité de l'Italie où la Tour de Pise n'a jamais autant penché à droite.

  • Ordalie de Cécile Ladjali.

    7D9BD636-ABF6-4296-9D7A-D185DEB8325E.jpeg

    Quand la poésie souffre de ne pouvoir dire le monde au lendemain de la seconde guerre mondiale, au pied du mur qui séparera l' Allemagne.
    La passion et l'inanité des mots de Zak pour l'esprit libre d'Ilse, sa cousine, double romanesque d' Ingeborg Bachmann. Elle est amoureuse de Lenz, l' écorché vif juif qui ne peut, à la manière de Paul Celan, accepter ce monde effroyable tombé dans l'ignominie de la guerre.
    Ilse et Lenz forment un dyptique impossible de feu et d'eau pour l'antisémite Zak.
    La talentueuse Cécile Ladjali propose une belle reflexion sur l'art, interieur pour le poète qui cherche les mots justes, extérieur pour Zak qui s'adonne à la photographie en admirant Riefenstahl.
    L' Ordalie, jugement de Dieu par l'eau ou le feu autorisera-t-elle la passion ?

  • L’Enfant qui Jeanne Benameur

    40DAB483-DED9-4A0D-8F84-C85BFA8E79F8.jpeg

    C'est une fugue. Celle d'une femme, d'une amante, d'une mère. Lorsque l'on croise cette femme vagabonde, elle devient une île.
    C'est une fable. Celle de l'enfant qui marche inlassablement dans les pas de sa mère.
    Les mains ouvertes des mères sont des livres d'images. Et l'enfance apprend le souci de la vie qui se perd.
    C'est la quête d'un homme entre deux mortes. La recherche de la liberté, la marche de sa vie.
    Les pensées des uns et des autres martèlent chaque page et nouent des liens avec les absents.
    " La peur est une bonne noueuse de liens. Et les morts font le reste."
    L'Enfant qui de Jeanne Benameur.

    2C12F56D-CF07-4EB7-8CD4-3E927438EECA.jpeg

     

  • Thérèse en mille morceaux Lyonel Trouillot

    8106D330-A5CF-4683-85CC-28D2D1D66688.jpeg

    « Ma main m’écrit, me constitue au fil de l’encre.
    Je prends naissance dans un cahier que j’ai moi-même acheté. »

    « Nous habitons nos peaux, nos maisons, nos quartiers, nos histoires personnelles comme si quelqu’un d’autre s’était donné un tel mal pour ranger nos affaires qu’il serait inconvenant de vouloir troubler l’ordre. »

    Le Cap haïtien, début des années 60. C’est l’histoire d’une femme, Thérèse, 26 ans, qui lève les interdits: d’épouse bienveillante et soumise vers une amoureuse du plaisir. Une autre Thérèse que l’on nommera folie. Lyonel Trouillot fait se battre une Thérèse en mille morceaux grâce à l’éclat d’une langue qui brise tous les poids de la tradition. Une fois le corps acquis à sa propre évidence, il n’y a plus matière à débat. Thérèse, au gré du corps, habitera désormais le léger et l’intense.
    C’est un texte court, curieux mais très beau sur l’émancipation féminine.

     

     

  • Illettré de Cécile Ladjali.

    DF65991C-5425-4FF6-84ED-CE70F6578C20.jpeg

    Quand on croise Léo, jeune homme de la cité Gargarine, porte de Saint Ouen, on ne se doute pas qu’il ponctue son déplacement en comptant les tâches au sol. Quand il prend le métro il n’utilise que les lignes aux repères colorés et celles qui l’informent oralement des stations. Sensible Léo, il écoute sa concierge quand elle lui parle du devoir d’aller voter. Quelle déception quand il ne sait pas déchiffrer les noms dans l’isoloir. Comment être digne d’appartenance dans la société quand on ne comprend pas ses codes?
    Les yeux de Léo passent sur les signes. Parfois ils s’arrêtent sur les courbes de Sybille, jeune infirmière venue panser ses plaies. Il a l’espoir Léo d’apprendre les mots pour elle.
    Il hisse cet infime espoir au sommet d’un mont triste mais l’abnégation permet-elle au bonheur la moindre ascension ?
    C’est le deuxième roman de Cécile Ladjali que je referme avec une profonde émotion doublée d’une grande réflexion sur l’importance des mots et le rôle de l’apprenant. Ce texte est moins lumineux que Benedict mais il porte une énergie poétique. Tout respire le talent et l’intelligence dans ce livre.

  • Laver les ombres de Jeanne Benameur

    D8982896-19CC-4C5D-AF25-169FA5035D7C.jpeg

    Mettre en lumière un visage pour en faire le portrait, autrement dit « laver les ombres ». Effacer les traces obscures dans un mouvement de danse, celles des hommes sur le corps des femmes. Un gynécée mère-fille, l’une dans l’immobilisme, l’autre dans le mouvement. Puis la danse synchronisée d’une nuit de tempête,face à l’océan, où les mots de Jeanne Benameur telles les vagues animent onze tableaux d’absents en contrepoint. Un théâtre dansé de la vie, sa nécessaire cruauté...son irréductible liberté.
    « Aimer c’est juste accorder la lumière à la solitude. Et c’est immense. »

    12BA0FC5-BA3D-416C-A900-22ADB99099BE.jpeg

    Photo de Madeline Roth

  • Tristesse de la terre Eric Vuillard

    C010262A-9064-45C2-AF9E-ACFCB4437242.jpeg

    Beaucoup d'élégance et de richesse stylistique pour évoquer l' indécence du spectacle de masse notamment celui du Wild West Show, mis en scène par Buffalo Bill. Eric Vuillard maîtrise l'art de la critique acerbe qui sous couvert de la description du reality show, étendard de l' Amérique, montre la réelle destruction du peuple indien et l' anéantissement de la dignité humaine. La réécriture par le spectacle confrontée à sa propre vérité et indécence. Un texte percutant.

    7A7239B7-9BF4-4582-8BBD-35E26FFC1228.jpeg

    Eric Vuillard chez Gwalarn