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  • Des Fleurs dans le vent de Sonia Ristić

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    «  Personne n’ose provoquer l’avenir. Il faudrait être fou pour provoquer l’avenir. »
    Naissance de l’amour, film de Philippe Garel.

    Les lumières dansent dans la cage d’escalier, boulevard Barbès. Le yukka de la concierge n’est pas le seul à souffrir de cette période où l’âge fait défaut pour Summer, Douma et JC. Les trois amis se retrouvent quotidiennement et depuis leur prime enfance, dans ce hall. Triskèle de notre mémoire commune, face à l’écran le 10 Mai 1981. La tête de tonton, nos parents crient de joie ou de colère, c’est selon. On se souvient encore de l’image pixellisée du nouveau président. Entre les pages, le kaléidoscope d’une génération désenchantée. La politique s’use. Que nous soyons fille de bobos, post 68, comme Summer, ou fils d’immigrés, bosseurs et acharnés pour se faire une place dans un « nôtre pays » comme Douma ou encore fils de ceux qui expriment leurs peurs à coups de poing pour exprimer leur regard haineux sur les différences, comme JC. Nous sommes tous enfants de ceux-là et cette souffrance suggérée par Sonia Ristic dans les pas de côté. La mémoire partagée s’impose au fil du texte. C’est l’histoire d’une jeunesse qui emprunte le chemin de la vie sans savoir où il mène ; c’est la voie actuelle sans reconnaissance matérielle ni reconnaissance sociale. Des Fleurs dans le vent nous fait partager ce quotidien de trois jeunes amis, leur choix de vie, parfois marginal, tantôt léger ou grave, sur plusieurs années de 1980 à 2000 et les majorités silencieuses de nos souvenirs en commun. Des fleurs dans le vent: des fleurs vivaces pour certains, des mauvaises herbes pour d’autres. Fragments de différentes époques de leur vie, leur histoire est constamment reliée à la nôtre. Une fiction flottante sur la différence au moment où la République est allée trop loin sur le chemin du désamour de ses enfants.
    «  [...] ne laissez jamais la couleur de votre peau vous définir. Ne laissez surtout jamais personne vous définir par rapport à ce qu’il voit dans cette couleur de peau. »
    J’ai été troublée en refermant le livre de Sonia Ristic, en laissant ces fleurs au vent quand la poésie, la vérité et la beauté surgissent des bouches des égarés, dans leur urgence de vivre à l’heure où la jeunesse vacille au cœur des tempêtes de notre siècle.

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    Des Fleurs dans le vent de Sonia Ristic, éditions Intervalles.

  • La Palestine comme métaphore, Mahmoud Darwich

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    Nous sommes tous étrangers sur cette terre. [...]Le mélange des peuples, leurs migrations ne sont que cheminements d'étrangers. La paix elle-même ne s'accomplit à certains moments de l'Histoire, que dans la mesure où elle est la reconnaissance par des étrangers d'autres étrangers. Si bien qu'il devient impossible aux uns et aux autres de savoir qui est le véritable étranger. [...] L'étranger n'est pas uniquement l'Autre. Il est aussi en moi. Je n'en parle pas pour m'en plaindre ou pour refuser l'Autre. Il est en moi.
    La Palestine comme métaphore Mahmoud Darwich, traduction Elias Sanbar , Actes Sud.

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    #mahmouddarwich #eliassanbar #nakba

  • Revenir à Palerme de Sébastien Berlendis

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    La ville de Palerme, couchée au milieu de montagnes nues. Son exubérance et son envoûtement. Une idée de concordance et d’apaisement au sein d’une Sicile froissée. Un homme revient dans un ancien palais, chambre du sirocco, refuge d’un amour perdu. Le soleil darde ses rayons à la verticale et les gens se meuvent à l’intérieur des ruelles, d’où pendent telles des oriflammes les lessives du jour. L’homme arpente le ventre de Palerme, son cœur aussi. Dans la tiédeur du mezzogiorno, il se remémore les failles de son histoire avec Délia, et ses voies d’évasion. Tel Cola Pesce, le narrateur plonge dans le passé pour explorer des histoires entrevues ou imaginées, avide de sensations charnelles, redoutant toutefois de se retrouver prisonnier des tréfonds d’un monde de pouvoir imaginaire, vide et désolé. Comment l’homme peut-il se maintenir à flot sur l’île? Il est prêt à plonger en espérant pouvoir refaire surface, ou trouver tout au moins une déchirure dans le filet. La touffeur écrasante de l’air immobile de « Panormus », « le havre de tranquillité » et ses ruines sont le théâtre brillant des réminiscences où la voûte des toiles continue à faire obstacle à la lumière aveuglante d’un amour passé.
    Le croissant fertile de la Conca d’Oro et son éternelle promesse d’évasion par la mer sont sublimés dans ce texte fragmentaire, poétique et sensuel.
    Revenir à Palerme, Sébastien Berlendis, Stock, avril 2018.