Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Rougeville de Patrick Varetz.

500BF7F6-3ECE-4BD4-8D40-1DD0B38D9D6E.jpeg

" Pourquoi continuer de m'appeler Rougeville puisque les âmes, ici, à l'instar des façades des maisons qui les abritent, semblent accepter comme une fatalité l'idée de devoir noircir? Les crises se succèdent, leurs effets s'additionnent, et la contamination gagne. Comment pourrait-il sérieusement en être autrement ? Dois-je vous rappeler les scores réalisés par les tenants de l'extrême droite lors des trois dernières élections ? Autrefois, on vous envoyait au fond de la mine- parfois dès votre plus jeune âge - , et le maigre salaire que vous en rapportiez, tous les quinze jours, servait à alimenter l'économie locale. Mais qu' en est-il à présent, quand il y a de moins en moins de travail et aucune perspective ? Pour exister, c’est comme partout: les gens n’ont de cesse de courir confier leur argent - celui bien souvent de l’allocation chômage ou des minima sociaux - aux grandes enseignes du commerce mondialisé ( celles-là même qui répandent le vide autour d’elles). Au siècle dernier et au siècle d’avant, les puissants qui nous faisaient courber la tête habitaient de grandes maisons sous les fenêtres desquelles on pouvait - le cas échéant - aller défiler pour hurler sa colère. Mais aujourd’hui, vers qui se tourner? On ignore jusqu’à l’endroit où se cachent ceux qui nous ont abandonnés. C’est sans doute pour cela que chacun peu à peu se replie dans le silence, occupé - faute de mieux- à cultiver la haine de l’étranger qu’il a cessé d’être. Oui. Car c’est soi-même que l’on apprend ainsi à détester. »

J’ai dévoré cette pépite publiée chez la Contre Allée. Un texte qui exprime avec force la structure fondamentale d’un espace, les couleurs d’une ville, et la contemplation rêveuse ou les réminiscences auxquelles elle invite. Souvenirs d’enfance qui ne masquent pas la complexité du réel. Rougeville, une telle prégnance qui résiste imaginairement et virtuellement aux ruptures de la géographie comme aux déchirures de l’histoire. Nourri de ses réalités sensibles, mais aussi de ses traditions culturelles du Nord de la France,l’auteur approfondit son imaginaire personnel et Rougeville enrichit en retour un imaginaire collectif des gens du Nord, sans rompre le fil d’un héritage. La ville natale comme un refuge est au-delà de sa simple fonction protectrice, un lieu initiatique, métaphore d’une descente en soi. C’est dans l’espace clos du refuge que l’auteur, par le déploiement d’une immensité intime, peut se régénérer.
« Si longtemps que tu ailles, c’est au point de départ que tu arriveras de nouveau. » Avicenne.

Rougeville, Patrick Varetz, La Contre Allée, collection Les Périphéries, mai 2018.

Écrire un commentaire

NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.

Optionnel