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Le Tour de l’oie d’Erri de Luca.

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Je lis encore et toujours l’auteur de la ville des sangs, là où même les morts ne se tiennent pas tranquilles. Face à la mer, loin du « chiasso », le vacarme, Erri de Luca écrit comme il fait silence. En sa compagnie A’ iurnata è ‘nu muorzo. La journée est une bouchée.
De livre en livre, sa parole croit en force et en désir. Elle imprègne. Dans le livre ouvert, Le Tour de l’oie, repose le gracieux. Je sais la mer en face de moi et la lecture devient une violente secousse de l’être. Sur certaines pages, gli sono scoppiate le lacrime. Erri ouvre ciel et mer aux bras. Il remue les lèvres d’une langue assassinée dans un dialogue avec un fils imaginaire.
« Les mots, mon fils, n'inventent pas la réalité, qui existe de toute façon. Ils donnent à la réalité la lucidité soudaine qui lui retire son opacité naturelle et ainsi la révèle.

Les mots sont l'instrument des révélations. »

Il sait toucher la matière des mots par des faits ajustés. Erri de Luca écrit des histoires pour des livres.
« Dans mes écritures, je suis débiteur de voix, je les écoute dans une partie interne de mon oreille, dans les osselets du labyrinthe où je retrouve aussi les personnes absentes. »
Les livres d’Erri sont pour moi l’incarnation provisoire d’une adresse sans nom. C’est par la petite portion lumineuse des confidences d’un père à l’enfant qu’il n’a pas eu que l’on pressent leur lien secret à venir. C’est un texte de surgissement où l’auteur laisse à jamais dans son silence celui qui ouvrit le profond désir de l’écriture.
« Je ne lis pas pour rendre visite à des auteurs. Chaque livre se prête à la variante de celui qui le lit. Telle est ma façon de lire, l’ajout personnel qui change le résultat. » Sa langue est évidée du superflu, elle se superpose au peu de mots, au goutte-à-goutte de la langue di Gianmaria Testa. Elle est l’oubli ou l’absorption qui chasse les vilaines choses de l’esprit.
Quand je referme un livre d’Erri de Luca, j’apprends à faire confiance à la poussée de silence qui me réveille chaque matin, et m'éloigne du dégoût de la parole, parfois devenue monnaie de singe.

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