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Le Vent reprend ses tours de Sylvie Germain

Il déambulait dans la ville comme dans un livre, il la feuilletait dans tous les sens. Il considérait en effet les villes à l'égal de livres débrochés, aux pages éparses mais gravitant autour d'un axe invisible lentement dessiné par l'Histoire au fil des siècles. Certaines pages étaient sans intérêt, car non ou mal écrites, d'autres bruissaient de mémoire. Il disait qu'une ville, ça s'arpente et ça se lit, que marcher c'est lire, avec tout son corps, tous ses sens, et que lire c'est marcher, dans sa tête, dans le temps, jusqu'aux confins de soi, jusqu'aux lisières du monde.
[...]
Dénuder une femme, la regarder, la caresser, la pénétrer était aussi une forme de lecture. Tous les corps sont écrits, par les ressemblances familiales héritées, par les accidents petits et grands qui surviennent au fil du temps, par les ajouts et les soustractions qu'on leur impose, mais aussi, en filigrane, par les pensées qui s'y concoctent, par les rêves qui s'y trament, par les émotions qui les habitent et les desirs qui les hantent. Et l'union sexuelle est une expérience de lecture autant que d'écriture, du corps de l'autre et du sien propre, que la jouissance porte à un point d'incandescence aussi éblouissant que convulsif, intenable. Il aimait poser sa tête, après l'amour, sur le ventre des femmes, là où mugit le chant confus de la chair, où bat le sourd et lancinant fredon du sang, des entrailles, de la vie.

Sylvie Germain Le Vent reprend ses tours.

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