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Les Mots sont des pierres de Levi

"L'été s'abat sur la Sicile comme un faucon jaune sur l'étendue jaune des terres couvertes de chaumes. La lumière se multiplie dans une explosion continue, elle semble ouvrir, révéler les formes étranges des monts et rendre très durs, compacts, le ciel, la terre et la mer, mur ininterrompu de métal coloré. Sous le poids infini de cette lumière, hommes et animaux se déplacent en silence, acteurs d'un drame ancien dont le texte ne parvient pas à nos oreilles : mais leurs gestes suspendus dans l'air radieux sont comme des voix changeantes et pétrifiées, comme des troncs de figuiers de Barbarie, des branches tortes d'olivier, des pierres monstrueuses, de noires cavernes sans fond."

" Elle parle de la mort et de la vie de son fils comme si elle reprenait un propos interrompu par notre arrivée. Elle parle, raconte, raisonne, discute, accuse, très vive et précise, faisant alterner le dialecte et l’italien, la narration développée et la logique de l’interprétation, et elle n’est qu’à travers ce discours continu où elle tient tout entière, tout entière : sa vie de paysanne, son passé de femme abandonnée puis veuve, ses années de travail, et la mort de son fils, sa maison, Sciara, la Sicile, la vie entière contenue dans ce flot de mots violent et ordonné. Rien d’autre n’existe d’elle et pour elle, sinon ce procès qu’elle instruit et mène toute seule, assise sur sa chaise à côté du lit : le procès de la gestion de ces terres, de la condition servile des paysans, le procès de la mafia et de l’État. "

Révoltes des paysans sur les latifundia de la Sicile intérieure, grèves des mineurs dans les mines de soufre de Lercara Friddi, soulèvements des ouvriers soumis à des conditions de travail inhumaines ou aux lois d’une féodalité qui les maintient sous le joug et en état d’esclavage.

Attachante Sicile des années 1950, sous la plume de Carlo LEVI.

Et cette ville de Lercara Friddi, que mon grand-père Useppe a quitté lors de la " fuitina" (terme sicilien fuitina fait référence à une pratique courante en Sicile selon laquelle un jeune couple s’enfuyait pour se marier contre la volonté de leur famille), longuement décrite comme" une terre d'optimisme et de reconstruction. De courage et de ténacité. De cultures de vignobles et de vergers, champs d’agrumes et oliveraies. Les terres sont fertiles et la nature, généreuse. Les hommes, femmes, vieillards, enfants, courageux. Déterminés. Et puis l’on se nourrit des mythes. Chacun ici connait les légendes qui ont façonné les villages et leurs familles. " ( propos d'Angele Paoli).

Les Mots sont des pierres, Voyages en Sicile, de Carlo LEVI, traduit de l'italien par Laura Brignon, édition NOUS.

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