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Giboulées de soleil de Lenka Horńáková-Civade.

« Je voudrais pouvoir raconter à ma fille une belle histoire d’amour, aussi courte qu’elle ait été. Parce que c’est ça que je vais faire, parler à ma fille, tout lui dire, lui conter ma nuit d’amour, décrire son père, le nommer. Il faut qu’elle sache. Ce sont les blancs dans nos vies qui nous font souffrir, je le sais. »

Souvent, j’entre en librairie et je demande des suggestions de lectures sur la thématique du fil en littérature. Les mêmes titres reviennent. Et puis cet été la libraire de L’Ivraie à Douarnenez m’a conseillé ce livre d’une autrice d’origine tchèque.

Le roman donne la parole à trois générations de femmes Magdalena, Libuse et Eva pour un même parcours matrilinéaire : une enfance sans père puis une vie de fille-mère.

Et c’est la vie qui passe entre leurs mains, l’instinct de survie dans l’histoire de la Tchécoslovaquie, pays disparu. De Prague à la révolution de velours, en passant par l’invasion des troupes du Pacte de Varsovie, un siècle de Grande Histoire en miroir des trois protagonistes.

« L’Europe, enceinte d’une envie de liberté, a fini par en accoucher dans un craquement de mur le 9 Novembre 1989. »

Dans ce livre, on peut pleurer quand on rencontre la beauté. De plus en plus, au fil du temps, on brode pour les placards.

« La broderie est une histoire de femmes, mais je trouve que les plus belles broderies sont portées par les hommes ».

Les hommes... des lâches cavaleurs ou des pères violents et les moments qu’ils offrent et qui s’accrochent dans les méandres des mémoires. La broderie aide à oublier ou se souvenir. Les femmes enfilent les événements qu’elles veulent occulter en même temps que le fil. Le motif prend forme sur le tissu, sur la page et l’événement se transforme en exutoire. La poésie de la langue de Lenka Horńáková-Civade c’est souffrir avec élégance.
L’écriture est toujours une forme de couture réparatrice.

Les femmes font avec ce qu’elles disposent face à la lâcheté des hommes, elles reprisent leur vie, elles recousent et surpiquent ce dont elles ont hérité, pour s’offrir une nouvelle vie.

Chaque génération passe à la suivante pour qu’elle y ajoute des points à sa tunique de peau.

L’histoire tchèque réside au cœur de cette complexité où chaque parcours de vie est fait de croisements et d’intrications complexes de fils.

Chaque femme déchire son deuil de l’homme perdu.

Une broderie déchirée à l’image d’un cœur, une béance qui ne pourra jamais parfaitement être raccommodée, un trou impossible à rapiécer.

Dans cette boutique pourrie du cœur ( « in the foul rag and bone shop of the heart » W.B.Yeats), la femme va chercher l’abnégation nécessaire pour repartir sereinement sur le fil de la vie.

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