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dimanche, 25 août 2013

La Vie à côté de Mariapia Veladiano.

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Rebecca en hébreu signifie « jeune et belle » mais la jeune héroïne du roman de Veladiano souligne le paradoxe de ce prénom. Rebecca est née laide et n’a pas le recul nécessaire pour commenter sa propre vie ébréchée. L’objectivité manque à Rebecca et c’est sous l’angle où  la vie l’a contrainte, par la brèche que la honte et la peur l’ont laissée  qu’elle nous conte son histoire. «  Une petite fille laide n’a pas de projets pour son avenir. Elle le craint et ne le désire pas car elle ne peut l’imaginer meilleur que son présent. »

 

Dans la maison au bord du fleuve, Rebecca vit en silence. Son père, médecin, est très souvent absent et sa mère a pris le deuil à sa naissance. La mère et la fille ne se parlent pas. Quel douloureux secret cache ce mutisme de part et d’autre? C’est grâce à l’apprentissage du piano que Rebecca perçoit la vie à côté, celle du langage, de la parole au travers des mains. Veladiano offre un roman troublant sur le dépassement de soi et la maîtrise de son destin. La musique est un formidable échappatoire à la monotonie du quotidien et donne voix à la différence.

Je remercie Caroline et Clémence chez Dialogues Croisés pour ce très bon moment de lecture. 

 

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Sous la terre de Courtney Collins.

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Le roman s'ouvre sur un déluge, celui de la naissance d'une petite fille,  bercée par sa mère, dans la boue et l'obscurité. Quelques instants plus tard, elle lui tranche la gorge et l'enterre. Nous sommes en Australie, en 1921. La jeune Jessie a tué quelques heures plus tôt son mari honni. Avant de prendre la fuite, elle a mis le feu à la ferme, lieu de leur habitation, lieu de ses souffrances.
 
Sous une prose lumineuse, c'est la voix de l'enfant d'outre-tombe qui nous conte l'échappée de sa mère, Jessie Hickman, première femme bushranger. "Vous aimeriez peut-être imaginer votre mère occupée à tricoter des plaids qui grandissaient dans tous les sens et toutes les couleurs pendant qu'elle vous portait dans son sein. Ou, au pis, à vomir dans un seau. La veille de ma naissance, ma mère dessouda mon père pendant que je reposais en elle."
 
Très vite traquée par son ancien amant Jack Brown et un sergent héroïnomane Andrew Barlow, elle croisera au cours de sa cavale des filles de joie, des voleurs de chevaux, des enfants nomades...
 
L'histoire vraie de Jessie Hickman, première femme hors-la-loi du XIX ème siècle, est joliment romancée dans ce premier roman de Courtney Collins. Jessie commença à gagner sa vie à l'âge de huit ans dans un cirque où elle apprit à dresser les chevaux avec beaucoup d'habileté. Une fois le cirque vendu, elle gagna sa vie en volant les cheveux. Elle fut emprisonnée puis mariée à Fitz, son tuteur, un homme violent.
 
C'est là le point de départ du roman même si la narration relate des événements de la prime enfance de Jessie. Cette voix d'outre-tombe nous emporte au fil de la narration.
"La terre, telle que je la perçois, est tassée à certains endroits et brisée à d'autres. Les événements semblent donc se télescoper. Ainsi, la mise en terre et la mise au monde. Ce n'est pas la beauté lisse et ondoyante du ruban qui se déploie. Non. La terre se gondole sous l'effet de toutes les histoires qu'elle recèle, histoires de ceux qui vagissent et de ceux qui crèvent."
 
Ce roman offre un merveilleux voyage dans les grands espaces de l'Australie, les paysages sont décrits avec précision, les  montagnes et les rivières de la Nouvelle Galles du Sud sont un cadre splendide pour ces longues chevauchées  au travers de la région. On suit les traces laissées par les oiseaux et le bétail et les chevaux et les humains qui partout s'entrecroisent. Les histoires se chevauchent, comme les corps en terre, tissant entre elles les intimités les plus insolites.
 

 

Roman lu dans le cadre de l'opération On vous lit tout, organisée par Libfly et Le Furet du Nord.

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samedi, 11 mai 2013

Six femmes au foot de Luigi Carletti.

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"-Tu vois, Lola, le monde dans lequel nous vivons n'est qu'une vaste foire aux apparences. Chacun de nous, au fond, aimerait passer pour quelqu'un d'autre. C'est un mécanisme naturel, même les plantes et les animaux y obéissent. En général, on le fait pour améliorer son existence. Parfois, c'est une question de survie. Pour moi, c'est autre chose. Une mission. Je dois l'accomplir pour le bien de tous."

Voici un roman époustouflant! Pourtant, le thème n'est pas vraiment en adéquation avec mes affinités de lecture.J'ai vraiment bien apprécié l'univers de ce roman. Première rencontre avec la plume de Luigi Carletti, qui a déjà publié en France Prison avec piscine, que je n'ai pas encore lu.

La toile de fond c'est le huis clos brûlant du match Milan AC et l'Inter (non, ne partez pas...le foot en littérature offre de belles surprises). L'incipit du roman s'ouvre sur une ambiance lourde d'attente. Les deux équipes s'échauffent, les supporters soutiennent leurs équipes avec ferveur. Dans cette liesse, les femmes sont aussi présentes à leur manière: celles comme Annarosa qui suivent leur mari avec ennui, d'autres comme Renata, de ferventes admiratrices dont le rêve est d'approcher Materazzi, mais aussi Lola la chroniqueuse radio qui commente le match.On accompagne également Gemma, âgée de quatre-vingts ans. Elle a connu son mari Attilio au stade. Même mort, elle n'est jamais parvenue à le quitter et c'est tout naturellement qu'elle prend une place sur les gradins à son attention et continue à lui commenter le match.

 Ce roman dribble entre comédie et mystère et prend doucement le chemin du polar. Certaines femmes ne sont pas là pour le match, certaines sont en mission et observent les hommes, prêtes à tuer.

Ce qui m'a particulièrement plu dans ce roman, c'est l'esprit de la tragi-comédie à l'italienne. La plume de Luigi Carletti est tour à tour élégante et satirique. L'auteur nous présente un concentré de l'Italie d'aujourd'hui: l'immigration mal digérée, les systèmes mafieux, la corruption...et cette formidable aptitude à rire de ce spectacle désolant.

"Renata soupire et secoue la tête: l'amnésie de ce pays est un véritable handicap. C'est désolant, sur ce point, la gauche a raison, avouons-le: une nation sans mémoire est une nation sans avenir. Nous aurions donc tout oublié? Vraiment, plus personne ne se souvient de l'époque où, dans ce virage, on sifflait les joueurs noirs des équipes adverses? Et ces cris de singes qui fusaient, sonores, de toutes parts? On les voyait chanceler sous la bourrasque, et certains d'entre eux ne touchaient plus la balle. C'est fini tout ça? C'est du passé?"

Roman machiavélique dont la vivacité du rythme  vous emporte sur la voie d'un thriller.

Six femmes au foot de Luigi Carletti,traduit de l'italien par Marianne Faurobert, Liana Levi,Mai 2013.

 

Je remercie Caroline et Clémence chez Dialogues Croisés pour cette bonne découverte.

 

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samedi, 27 avril 2013

Le Cherche Bonheur de Michael Zadoorian.

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"Comme je l'ai déjà dit, j'ai évacué depuis longtemps toute notion de religion et de paradis: les anges, les harpes, les nuages et toutes ces fariboles. Et cependant mon côté idiot et puéril veut toujours y croire. A un univers étincelant d'énergie et de lumière, où rien ne serait exactement de la même teinte qu'ici-bas: plus bleu, plus vert, plus rouge. Ou bien on devient des couleurs, ces lumières célestes qui saupoudrent le château. C'est peut-être un endroit que nous connaissons déjà, là où nous étions avant notre naissance, si bien que la mort est un simple retour aux sources. Auquel cas, j'imagine que nous en gardons une trace quelque part. Voilà qui expliquerait ce voyage, la recherche d'un lieu parmi mes souvenirs, perdu au fond d'une crevasse de mon âme. Qui sait?" 

D'une période plutôt tragique,la vieillesse et la fin de vie inéluctable, Zadoorian parvient à construire un roman drôle où l'on se retient parfois de rire. Un couple de quadragénaire, maladie d'Alzheimer et cancer en bandoulière, décide de prendre la Route 66 aussi décrépie qu'eux, pour un road movie extraordinaire. A bord de leur camping-car, nommé très justement "le Cherche Bonheur", Ella et John Robina se font la malle malgré l'opposition ferme de leurs enfants à ce périple. On les accompagne sur la route comme des funambules sur leur fil, dans un juste équilibre entre tragique et comédie. Ils avancent sur le chemin de la vie, profite des rencontres offertes sur la route et regarde leurs diapositives de famille à chacune des étapes sur les aires de camping.

Le message de ce livre est très troublant...et si c'était ça la vieillesse? Se donner toutes les libertés possibles pour cette fin de vie? L'indicible en littérature est un thème que j'affectionne particulièrement lorsqu'il est aussi joliment abordé à la lisière du jubilatoire malgré le tragique de la situation.

Sous couvert du road movie, une très belle leçon de vie émane au fil des pages.

Le Cherche Bonheur, Michael Zadoorian chez Fleuve Noir, Octobre 2010.

mercredi, 20 février 2013

L'Homme vertical de Davide Longo.

 

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J'ai refermé ce livre depuis quelques heures et je reste sans voix...

Je ne sais pas trouver les mots pour témoigner mon ressenti de lecture. Ma motivation première à lire ce roman était de partir à la rencontre d'un auteur italien. La quatrième de couverture le présente comme le grand écivain italien de ces cinq dernières années, pour reprendre les mots d' Alessandro Barrico. Et puis le thème abordé, proche de La Route de Cormac Mc Carthy, me séduisait beaucoup.

L'histoire c'est celle de Leonardo, intellectuel, écrivain et professeur à l'université,fuyant son pays dévasté. Parti chercher de l’huile d’olive, de retour à son hôtel, il s’aperçoit qu’un individu est en train de forcer le coffre de sa voiture. Puis survient une histoire de meutes de chiens… Dès la première scène, les éléments d’un monde étrange se mettent en place, un monde violent.

La barbarie pullule dans le pays, on ne dispose que de très peu d'éléments sur l'espace-temps de la narration. Alors, on avance fébrilement dans l'histoire de Leonardo. Cet homme vit reclus à la campagne, au milieu des livres. Il relit avec plaisir Un Coeur simple  de Flaubert et cite régulièrement de grands auteurs, des poètes également. Je pense notamment à Anna de Noailles ( Poème XXXIII, L'Honneur de souffrir)citée dans la cinquième partie du roman.

Ce roman est dense. La barbarie s'est répandue dans un pays en proie à la menace de ceux qu’on appelle les "extérieurs ". Les habitants ont peur et ils prennent les armes. La maison de Leonardo est pillée, il décide de prendre la route, l'exil vers la Suisse ou la France semble la seule issue possible.

L'incertitude plane au fil des pages. Roman d’anticipation? Métaphore de la société actuelle?

"Les pensées se bousculaient dans sa tête. Des pensées qui tournaient autour de la mort, de l'indignité, du courage et de la possibilité de forcer sa propre nature. Ce n'étaient pas des pensées dont il espèrait tirer le moindre soulagement, mais il savait qu'il devait les affronter.[...]Il tenta d'accrocher à ce clou fragile le tableau de sa vie, dont il n'avait jamais autant perçu l'indigence et la torpeur."

Les longues pages sur le déroulement de scènes violentes m'ont dérangée, je ne parvenais pas toujours à cerner leur utilité, toutefois, j'étais saisie par l'envie de connaître l'issue de ce périple mené par Leonardo et les enfants. L'apocalypse est en cours.

L'auteur nous entraîne dans ce délitement des choses, des lois et du monde. Etrangement, le personnage principal se montre alors beaucoup plus profond, plus "vertical" en somme. Dans un pays où règne le culte de la virilité machiste, ce roman prend tout son sens. La décadence devient le sel de ce roman. Le destin de Leonardo, marqué par la rupture sentimentale suite à une sombre histoire d'adultère avec une jeune étudiante, est une jolie  mise en abyme du roman. Ce texte fait écho également à la contre-utopie de Fahrenheit 451 de Bradbury lorsqu'au coeur de la barbarie on réclame la lecture.

J'ai refermé ce roman avec beaucoup de questions sur les causes sociétales de cette fiction, sur l'intérêt d'une telle barbarie et le sens profond de cette dérive.

Roman traduit de l'italien par Dominique Vittoz, Stock Janvier 2013.

Je remercie Caroline chez Dialogues Croisés pour cette bonne découverte.

 

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mardi, 22 janvier 2013

Moi, Jean Gabin de Goliarda Sapienza.

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Comment trouver les bons mots pour décrire ma passion pour cette femme, Goliarda Sapienza...

J'ai découvert son oeuvre, comme beaucoup avec L'Art de la joie  publié aux Editions Viviane Hamy en Septembre 2005. Je remercie les énergies éditoriales de la maison Attila de nous offrir la publication française du roman Io, Jean Gabin, traduit par Nathalie Castagné.

Goliarda Sapienza est née à catane, en Sicile, en 1924. Fille d'anarcho-gauchistes, elle ne fréquente pas l'école et reçoit une éducation très originale dans une famille qui ne l'est pas moins.Très jeune, Goliarda s'intéresse aux textes philosophiques, aux écrits révolutionnaires mais aussi aux croyances populaires de la Sicile.

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(Tapuscrit de Io, Jean gabin)

 

Moi, Jean Gabin fait partie des écrits autobiographiques de Goliarda.Ecrit dans les années 1980, il ne sera publié qu'après sa mort. Dans les années 30, la petite sicilienne se passionne pour l'acteur Jean gabin, depuis la projection du film Pépé le moko.

Goliarda arpente les bassi (logis misérables de l'Italie méridionale) des ruelles de la Civita , un vieux quartier populaire où réside sa famille. Elle explore le monde des plus humbles, un monde très sombre où évoluent les prostituées, les artisans et les pêcheurs. Au quotidien, elle fréquente le milieu des idéalistes insoumis au régime fasciste.

A l'heure de la montée des nationalismes, de l'ascension du Duce, la petite Goliarda va se passionner pour Jean Gabin, le rebelle idéal.

"Tu ne dois jamais te soumettre à personne et moins que quiconque à ton père ou à moi. Si quelque chose ne te convainc pas, rebelle-toi toujours."

Loin du manichéisme ambiant à cette époque, entre fascisme et mafia, l'enfance de Goliarda est un souffle de liberté. Ce texte ressemble à un conte surréaliste d'une enfance et de sa propre loi de vie.

Les valeurs de cette terre de sang et de feu forment une sublime toile de fond pour le regard insatiable de curiosités de la jeune Goliarda. Sous le déluge des mots, elle ne veut renoncer à ses idéaux.

"Essaie de vivre libre, toi, et tu verras le temps qu'il te reste pour dormir".

 Moi, jean Gabin donne les clés de L'Art de la joie et donne l'envie de découvrir tous les textes de Sapienza, certains seront publiés à l'automne prochain par la maison Attila. C'est le roman d'une époque, un petit bijou d'une enfance singulière et surréaliste.

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(Une petite coquille sur mon exemplaire pour le prénom de Goliarda)

L'interview de l'éditeur  ici.

jeudi, 17 janvier 2013

Je t'écoute de Federica de Paolis.

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 J'ai refermé ce roman mardi... et depuis les mots me manquent pour en parler. Pourtant, j'aimerais tellement trouver les mots justes pour souligner la beauté de ce texte.

Diego, grand baroudeur, se voit contraint de rentrer en Italie, dans l'appartement familial qu'occupe sa soeur, le temps d'une opération et d'une convalescence. Dans cet appartement, il va découvrir qu'un problème sur la ligne téléphonique lui permet d'écouter les conversations des autres habitants de l'immeuble.

Je pensais plonger dans un roman à l'image du film "Fenêtre sur cour" et assister impuissante à un huis-clos mêlé à un suspens qui va crescendo. Mais le roman de Federica de Paolis est bien plus que cela...

Diego écoute les vicissitudes d'esprit de ses colocataires, à leur insu. S'ouvre alors un très bel éventail de personnalités les plus touchantes , les unes que les autres... de jolis portraits d'hommes et de femmes, en souffrance, parfois, dans le doute, toujours...

"La maladie, ici en Occident, est un problème, c'est comme avoir dix points en moins sur son permis de conduire, un casier judiciaire ou une jambe amputée, c'est un handicap, ça ne fait pas partie du cours de la vie, c'est un accident de parcours. En Occident quand on est malade, on est dangereux, on est viral avec nos pensées métaphysiques et cette intimité acquise tout à coup avec la mort, celle à laquelle le corps échappe jour après jour, celle à laquelle on ne peut penser pendant que l'on vit sa vie. Qui frôle la mort la contemple, les autres la fuient, c'est tout, il n'y a pas de moyen terme." 

Au fil des pages, des scènes d'une sensualité à faire pâlir l'Ariane d'Albert Cohen sont de toute beauté. Diego sera tour à tour, un aiguillon spirituel, mi-ange, mi-démon parmi ces hommes et ces femmes, englués dans un sable mobile. Tout le monde est contraint de se cacher derrière les symptômes d'une perfection, se cacher dans une idée qui n'est pas une identité. Le monde est enveloppé dans un mensonge blanc, sans lequel il semble impossible de survivre.

"Il se passe que personne ne dit la vérité, que personne n'a le courage d'être ce qu'il est, que nous vivons de mensonges par omission, nous vivons de mensonges, nous sommes assis sur des mensonges, nous sommes ce que voudraient les autres,... c'est notre seule préoccupation, ils nous demandent trop, toujours trop, le modèle est inatteignable. Qui est vraiment lui-même?"
 

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Crédit photo: Anna Kharina.

Roman léger et mystérieux qui amène à la réflexion ...
 
Ti Ascolto, traduit de l'italien par Françoise Liffran, publié en Mai 2012 chez Grasset.
 
A lire avec ce sublime accompagnement musical...

lundi, 14 janvier 2013

Certaines n'avaient jamais vu la mer de Julie Otsuka.

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Changer de vie, fuir son pays.

C'est la destinée de ces femmes qui quittent le Japon pour les Etats-Unis dans les années 1920. 

Leur quête: rejoindre un mari qu'elles ne connaissent pas encore et aspirer au bonheur loin de chez elles.

 Dans leurs valises, elles emportent un joli kimono de soie pour la noce, la terre aride de leur pays et quelques photos du beau prétendant... mais surtout l'espoir.

 On voyage avec elles sur la bateau où l'air est putride, on découvre en même temps qu'elles ces hommes parfois violents, très différents des photos.

Julie Otsuka en utilisant le pronom personnel de la première personne du pluriel offre aux lecteur un très beau chant choral.

 Néanmoins, l'énumération des anecdotes du quotidien de ces femmes rend la lecture parfois lassante.

 Pourtant ce texte est très beau et le thème fort en sensibilité, mais je n'ai pas eu le coup de coeur espéré.

J'aurais aimé une focalisation sur l'une de ces femmes pour apprécier davantage la lecture.

Le fond m'a séduite mais moins la forme.

 C'est ce procédé d'énonciation originale qui a contrario fait tout le sel du roman mais il est déroutant...

Lecture commune avec  Valérie, Jeneen, Hélène, Monpetitchapitre,Mélo et Sandrine (je suis en retard, toujours en dilettante Mirontaine)

jeudi, 03 janvier 2013

Cette nuit-là de Gila Lustiger.

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"De quoi ces photos étaient-elles le témoignage? Sûrement pas du bonheur. Si elles démontraient quelque chose, c'était uniquement que leurs parents avaient sacrifié au rite de l'immortalisation des évènements constitutifs de la vie familiale enregistrés et classés dans des albums en similicuir rouge, afin de n'y plus jamais revenir."

En 2008, j'ai beaucoup aimé Un Bonheur insoupçonnable  et c'est avec un certain plaisir que j'ai ouvert le dernier roman de Gila Lustiger.

A la mort de leur oncle, Tania et Lisa se souviennent des moments passés à ses côtés dans la maison où il est né, dévoilant peu à peu les secrets de leur famille. La narration oscille d'une voix féminine à l'autre, un dialogue entre les deux soeurs, troublées par la disparition de leur oncle.

La plume est délicate et bien différente des précédents romans.

Cette nuit-là ne reprend pas le thème du conflit entre juifs et allemands mais pourtant il ne s'en éloigne qu'en apparence. Le sujet est abordé de manière plus subtile et au fil des réminiscences des deux soeurs, Gila Lustiger distille par petites touches un passé douloureux que l'on tente d'oublier.

C'est un très bon livre sur les sentiments, parfois différents, désormais transormés par une société déroutante. C'est une belle déclaration d'amour à la vie, un joli écrin pour les secrets de famille, un huis-clos troublant...

Roman publié chez Stock, Janvier 2013.

 

Merci à Dialogues Croisés pour cette très belle découverte.

 

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samedi, 29 décembre 2012

La Station thermale de Ginevra Bompiani.

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"Comme si la vie passait à côté d'elle. Ou peut-être que c'est moi qui suis comme ça et que je me revois en elle quand j'étais petite. Avec cette impression que ma vraie vie s'écoule dans le lit d'un fleuve à côté de moi, je pourrais la rejoindre d'un bond, mais ce bond, je ne veux pas le faire. Et quand je découvrirai pourquoi, il sera trop tard. Ou quand la terre de la berge cédera tout simplement et que je me retrouverai dans le lit de mon fleuve, le courant m'emportera sans que je nage. Ce ne sont pas des choses qu'une enfant pense. Mais qu'elle vit. Moi je les vivais. Peut-être qu'elle est plus pragmatique, moins imaginative, plus moderne, elle nous supporte, je ne sais pas pourquoi elle nous supporte".

Je vous emmène dans une station thermale. Un hâvre de paix soit-disant. C'est probablement ce que pensent les trois femmes et la fillette qui se rencontrent dans ce lieu.Le temps est suspendu et on entre à pas feutrés dans ce gynécée. Loin du monde, celui des hommes, les femmes vont s'observer, apprendre à se connaître et révéler des secrets enfouis.

Lucy, la fillette, s'ennuie. Elle tente de débusquer les secrets de sa tante Emma. Giuseppina, telle une impératrice, jouit des plaisirs pantagruéliques de la vie. Lucia se montre soucieuse du temps qui passe et tente de conjurer le sort en s'adonnant aux soins de chirurgie esthétique.

Peut-on échapper à ce que l'on est? Telle est la question posée par Ginevra Bompiani dans ce très beau roman "mélancomique" . Dans le huis-clos, les femmes se révèlent à elles-mêmes.La plume est incisive au sujet du temps qui passe, de la vieilesse et de la maladie. Ces femmes souffrent toutes d'une timidité affective. Le lieu de la station thermale crée l'illusion, celle d'échapper au temps, de se créer un nouveau départ à force de bains de mer.

La chute est très belle et marque l'apogée de toutes les vérités. 

Roman publié chez Liana Levi en Octobre 2012, traduit de l'italien par Jean-Luc Defromont. 

Merci à Dialogues Croisés pour cette très belle découverte.

 

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mardi, 20 novembre 2012

Le Ciel tout autour d'Amanda Eyre Ward

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Trois voix féminines se font écho dans ce roman. Celle de Karen, 29 ans,atteinte du sida, qui attend sa peine de mort, dans un couloir de prison au Texas. Celle de Célia, veuve d'une victime de Karen, avec laquelle elle tentera de communiquer. Puis, celle de Franny, médecin originaire du Texas,qui décide de quitter New-York pour trouver un sens à sa vie. 

Au fil des pages, on prend part au sentiment de solitude qui relie ces trois femmes. Très vite, on avance dans la lecture, avec cette curiosité de connaître l'histoire de ces trois destinées. L'univers carcéral est décrit avec émotion et humanité. Ce roman polyphonique permet d'appréhender le crime sous plusieurs angles de vue. Il n'invite pas au jugement sur un grand débat comme celui de la peine de mort mais permet d'aborder le thème du pardon. Ce roman rappelle celui de Naseem Rhaka L'Arbre des pleurs.

Karen évoque le quotidien des femmes du couloir, comment elle se prépare à la mort et surmonte l'attente.Comment évolue-t-elle de la vie de femme normale à celle de criminelle? C'est probablement cette dimension du roman d'Amanda Eyre Ward qui m'a le plus touchée.

" La nuit allongée dans sa cellule, la télé éteinte, les bruits enfin calmés, elle repense à ce soir-là, sur la véranda. Elle tente de se convaincre qu'elle l'a vraiment vécu. Elle compte les minutes qu'il lui reste à vivre. Le 25 août est dans soixante-deux jours 89 280 minutes. "

Un livre intense, vecteur de nombreuses émotions. Merci à  Sandrine pour ce livre voyageur. Son billet coup de coeur ici. 

jeudi, 01 novembre 2012

La Fille de l'Irlandais de Susan Fletcher.

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Eve Green, huit ans, de père inconnu, sa mère subitement morte, se trouve renvoyée chez ses grands-parents dans un petit village du beau et sauvage pays de Galles. Un univers dur, où les mesquineries et le mépris jalonnent sa vie d'écolière.

Un jour, la plus jolie fille de la classe disparaît, et le microcosme villageois se met en ébullition: enquête, soupçons, mensonges, faux témoignages, vengeance, culpabilité.

A huit ans, c'est une drôle d'initiation à la vie qui lui tombe dessus.

Seuls deux amis réussissent à gagner sa confiance, jusqu'au jour où l'un d'eux disparaît à son tour...

Vingt ans plus tard, enceinte de son premier enfant, Eve remet en place, dans la sérénnité et dans l'amour, le puzzle de sa vie.

Voici le troisième roman de Susan Fletcher que je lis. Les pièces du puzzle s'imbriquent au fur et à mesure. Ce roman pourrait être seulement une histoire sombre et larmoyante mais il reflète plutôt un magnifique conte d'innocence perdue. Bien évidemment, j'ai apprécié la description des paysages sauvages. La nature est sublimée par la plume de Fletcher.

Je reproche cependant trop d'allées et venues dans la narration, parfois je me suis perdue dans cette vision kaléïdoscopique. J'aime beaucoup les romans de Susan Fletcher mais je préfère de loin Un Bûcher sous la neige.

 Une lecture commune avec Liliba, Solenn , Sandrine, Titou le matou et Philisine Cave.

jeudi, 20 septembre 2012

En compagnie de Rosie...

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Je viens de refermer ce très bon roman. J'ai voyagé en Irlande, à Dublin plus précisément mais aussi à New-York. La plume de cette auteure irlandaise est sensible et elle apporte à la narration quelques touches d'humour non dénuées d'intérêt au fil des pages.  En ouvrant ce livre, vous ferez la connaissance de Rosie, quinquagénaire, de retour à Dublin pour venir en aide à sa vieille tante Min. La vieille tante est devenue au fil des ans alcoolique et déprimée. Soucieuse de lui apporter le réconfort nécessaire, elle lit des ouvrages de psychologie et de ses découvertes naît l'envie d'écrire son propre livre de développement personnel. Afin de mener à bien ce projet, elle regagne New-York, accompagnée de sa vieille tante. La grande ville en ébullition ravit la vieille dame qui ne veut plus quitter les Etats-Unis, lieu de toutes les envies. Rosie, quant à elle rentre à Dublin. Elle retrouve la vieille maison de son enfance et c'est indubitablement à ce moment de la narration que mon plaisir de lecture est allé grandissant! La description du lieu simple, entouré de plantes, animaux et vieilles compagnies offre de beaux moments de quiétude à Rosie. Voilà de doux moments de poésie, de finesse à s'offrir en découvrant la vie de ces deux femmes, intimement liées.

Ce roman c'est   Best Love Rosie de Nuala O' Faolain.

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"La lune répandait son éclat sur un parterre de nuages floconneux jusqu'aux confins du monde. Comment les humains font-ils pour oublier qu'ils tournoient dans l'espace?"

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Le couvre livre en tissu est une oeuvre réalisée par l'Association Dominos au profit des enfants hospitalisés.

 

vendredi, 24 août 2012

La Capitana d'Elsa Osorio.

 

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Mika, Micaela Feldman, fille d’émigrés juifs, rencontre en 1920 à Buenos Aires, Hippo, Hippolito Etchebéhère, fils d’émigrés français.

Anarchistes, antifascistes et antistaliniens, ils font partie d’un groupe d’intellectuels férus de liberté.

À partir des notes de Mika, des rencontres avec les gens qui l’ont connue, des recoupements de l’Histoire, Elsa Osorio transforme ce qui pourrait n’être qu’une biographie en littérature.

Mika et Hippo prennent la route vers l’Europe. Ils s’installent à Paris puis assistent à la montée au pouvoir du nazisme à Berlin et  rejoignent  enfin les miliciens du POUM en Espagne. Mika parviendra au grade de capitaine.

Elsa Osorio brosse le portrait d’une femme engagée, grande militante anarchiste, très peu connue du grand public.

La narration est scandée par des allers et retours dans les faits chronologiques, des années 30 aux années 70. Elle décrit le Paris du Front Populaire, la montée des nationalismes, la guerre civile en Espagne.

Seule femme dans les tranchées, Mika fait  preuve de courage et de bravoure au sein de l’armée. Elle partage avec ses soldats son idéal révolutionnaire.

La variation fréquente de narrateurs perturbe parfois le lecteur. A mi-chemin entre le roman d’aventures et la biographie, Elsa Osorio parvient à susciter l’intérêt pour cette période historique et la volonté de Micaela à faire progresser ses idées révolutionnaires.

J’ai découvert cet auteur avec Luz ou le temps sauvage et j’ai retrouvé ce souci du détail dans cette biographie romancée.

Merci à Dialogues Croisés pour cette très belle découverte.

 

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jeudi, 23 août 2012

Le Monde libre de David Bezmozgsis.

 

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Eté 1978, Brejnev a entrebâillé le Rideau de fer. Des milliers de juifs soviétiques se sont échappés de leur pays et affluent dans Rome, lieu transitoire avant le monde libre.  Parmi eux, la famille Krasnansky dont le patriarche Samuil est un communiste expérimenté, né en 1913, avant la Révolution bolchévique, a vu son père assassiné par l’Armée Blanche.

La Ville éternelle est un passage entre deux mondes et la famille Krasnansky montre à quel point ils sont étrangers à une terre puis à nouveau dans une autre. A travers un demi-siècle de l’expérience juive, l’auteur dépeint les promesses et les périls du Monde libre prétendu dans lequel ils sont arrivés. Parvenus à Rome les Krasnansky réalisent que Rome ne représente pas la liberté mais la preuve de leur désobéissance.  

« Mon existence sera la même partout où nous allons » souligne Samuil qui s’impatiente à aller au-delà des limites de Rome. 

L’épopée des Krasnansky souligne la difficulté du déracinement entre violence humaine et marché noir. Samuil, sa femme et leurs fils Alec et Karl, semblent porter le poids de l’Histoire. Les jeunes fils de Samuil ne sont pas mis en évidence dans le récit, pour eux l’expérience juive dans des sociétés tant tsaristes que soviétiques, existera principalement dans les histoires qu’ils liront, mêlées à celles que les parents raconteront.

 David Bezmozgis, observateur compatissant, historien méticuleux et styliste doué commente la vie des Kranansky comme un  parallèle à sa propre immigration familiale pour le  Canada dans les années 1980.

Ecrit dans une prose précise et musicale, Le Monde Libre raconte une scène intermédiaire et kafkaïenne dans la vie des immigrés juifs qui choisissent l’exil en Amérique du Nord plutôt qu’en Israël afin de fuir les lieux où les balles fusent.

Un très bon roman sur la promesse d’une nouvelle vie et la difficulté du déracinement.

 

Livre lu dans le cadre de l'opération "on vous lit tout !" Merci à Libfly et la librairie le furet du Nord pour la découverte.

Le site dédié à l'opération est ouvert.

Parution Septembre 2012 chez Belfond.

 

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jeudi, 28 juin 2012

Avis de tempête de Susan Fletcher

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J'ai découvert la plume de Susan Fletcher avec son troisième roman intitulé Un Bûcher sous la neige. Je n'ai donc pas résisté à la lecture commune avec Liliba, Enna, Titoulematou , L’or des chambres  et Solenn pour découvrir Avis de tempête.

Encore un très bon roman balayé par les embruns,au coeur du Pays de Galle.

Moïra, une écorchée vive de vingt-huit ans, se rend chaque jour au chevet de sa soeur Amy, plongée dans le coma depuis cinq ans. Au fil des jours, elle remonte le temps et confie aux lecteurs sa propre histoire. Elle nous éclaire sur la relation difficile qu'elle entretient avec sa cadette. Pour quelles raisons se montre-t-elle si hostile envers Amy? Quels ont été ses choix de vie? 

Susan Fletcher met en scène un personnage ambigü, une pseudo-héroïne. Moïra est une jeune femme mièvre, étudiant sans cesse, recluse dans le monde des études et mal à l'aise en société.Face à sa soeur endormie, elle livre sa vie, s'interroge sur ses décisions. Pétrie de culpabilité, elle explique son sentiment de jalousie lorsqu'à la naissance d'Amy, elle fut placée en internat.

Une forme de sagesse se dessine au fil de la narration. Moïra confesse sa vie de femme mariée. Les secrets jaillissent et le thème de la méprise apportent une vivacité au coeur du roman. On assiste à l'éclosion d'une personnalité dans l'analyse fine des sentiments. Les descriptions de la nature et de la mer apportent un souffle sensoriel à cette confidence émouvante.

"Les rêves, Amy. Les rêves que j’ai faits, au cours de ces quelques semaines. Til n’avait pas tort. On n’échappe pas aux rêves, on ne peut pas les laisser sur les draps de son lit quand n se réveille. On peut essayer. Mais ils vous suivent à pas feutrés. Ils respirent, et vous le sentez. Et cela fait peur, ma petite chérie. Ils ne contiennent ni baume ni douceur. Les rêves, si inoffensifs qu’ils paraissent, donnent un sentiment de malaise, quand on se les remémore. On se retourne pour les voir. On en sent les abîmes."

Un très bon roman publié chez Plon en Février 2008, réédité chez J'ai lu.

vendredi, 08 juin 2012

La Robe couleur café de Maria Messina.

 

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A la vieille fille dont la jeunesse se fane sous l’égoïste regard des siens, au commerçant avare victime de la regrettable fécondité de sa femme, à l’adolescente amoureuse trahie par l’officier volage — sans parler des déçus du "rêve américain" qui reviennent de l’Eldorado plus misérables encore que naguère… —, à ces destins ingrats, à ces victimes du tragique ordinaire, Maria Messina rend le seul véritable hommage : celui d’une compassion qui soumet aux exigences de l’écriture la sincérité du témoignage.
On trouvera à la fin de ce recueil les lettres que Maria Messina adressait à Giovanni Verga entre 1909 et 1919, où la romancière sicilienne — dont la vie fut aussi tragique que celle de ses personnages — confie à son "maître" ses espoirs, ses incertitudes et ses premiers succès.

Née à Palerme, elle publie son premier livre en 19O9 et connait un succès
croissant jusqu'à ce que la sclérose en plaque l'oblige à cesser toute activité dans les années 2O. Elle meurt oubliée en 1944 à Pistoia sous les bombardements.

A la lecture de cette quatrième de couverture, j'étais curieuse de découvrir la plume de cette femme sicilienne au début du siècle dernier.

Ce que je retiens surtout à la lecture de ces nouvelles, c'est le portrait de la Sicile et des siciliens en toile de fond. Une société qui repose dès le début du 20 ème siècle sur un code de l'honneur. Les femmes jouent un rôle particulier dans les familles. On s'intéresse peu à leur désirs mais plus à ce qu'elles représentent d'où l'intérêt porté, par exemple, à leur virginité avant le mariage.

J'ai bien aimé retrouver la tendance proverbiale des siciliens à la discrétion voire au mutisme dans certaines nouvelles. Appréciée de son vivant par des romanciers comme Verga ou Borgese, elle sera redécouverte par Leonardo Sciascia, son compatriote sicilien. Il écrit :

"La vie sicilienne, telle que la dépeint Maria Messina, n'offre ni paysages grandioses ni drames sanglants.
Elle est toute en la mineur. Ce sont des "petits remous" dans une eau
marécageuse où sans bruit, disparaissent des êtres qui n'ont meme pas la force de se plaindre."

Nouvelles traduites par Marguerite Pozzoli chez Actes Sud, Nov. 91.

 

mercredi, 16 mai 2012

Les Tétins de Sainte Agathe de Giuseppina Torregrossa.

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Quel bonheur ce petit roman de Giuseppina Torregrossa! Elle nous conte l'histoire de la famille sicilienne d'Agatina au coeur de Palerme. Le roman s'ouvre sur la recette des cassatelle "Les Tétins d'Agathe", petites spécialités en l'honneur de la sainte que les siciliens fêtent chaque année le 5 Février.

"Au moment du café, les cassatelle étaient accueillies par des applaudissements. Le grand plateau débordait de ces petites montagnes invitantes, disposées deux par deux. Elles incitaient d'abord à toucher, puis à lêcher le sucre glace et enfin à mordre avec délicatesse, pour ne pas les blesser. Quand je croquais, la crème à la ricotta, au sucre et au chocolat envahissait ma bouche, je la sentais s'étaler sur mon palais ; je fermais les yeux et le plaisir s'étendait à tout mon corps de petite fille (...)"

La recette reste un secret entre Agatina et sa grand-mère. Les minne ("seins" en italien et mot qui désigne les gâteaux de Sainte Agathe) ont cette faculté de conjurer le mauvais sort gâce à la protection de Sainte Agathe. Cette sainte fut martyrisée: on a ordonné l'ablation de ses seins parce qu'elle s'est opposée au consentement d'un homme.

Sous le soleil de la Sicile, mêlée au parfum de la ricotta, des agrumes et de la canelle, c'est l'histoire d'une filiation, une histoire de la vie mouvementée des femmes siciliennes. Dans une langue savoureuse et malicieuse, de Catane à Palerme, ce sont toutes les traditions siciliennes qui nous sont confiées. Tandis que les femmes pétrissent les cassatelle en forme de sein, toute l'éducation féminine se livre au fil des années, de mères en filles.

En toile de fond, l'auteur évoque la montée de la mafia sicilienne et l'industrialisation mafieuse de Palerme.

Agatina est la dernière de cette lignée de femmes et on assiste impuissant à sa destinée vertigineuse malgré sa réussite professionnelle. Elle exerce le métier de gynécologue et soigne les maladies "delle minne", celle qui a emporté son arrière grand-mère, qui a frappé ses tantes et qui lui a valu cette année singulière dans son propre chemin de vie. Dans cette petite galerie de portraits féminins, le courage des femmes culmine qu'elles soient soumises ou émancipées. La société sicilienne est évoquée sans fioritures, l'évolution des moeurs, de la dévotion à la liberté sexuelle, se déploie dans la famille Badalamenti.

J'ai beaucoup aimé ce voyage dans les ruelles poussiéreuses de la Sicile, île de mes origines. La cérémonie culinaire des Tétins de Sainte Agathe est une jolie mise en abyme de la destinée des femmes, qui mènent le monde des hommes par la beauté "delle minne", ceux-là même qui étourdissent les machos siciliens et qui parfois sont source d'inquiétude.

"Les Tétins de sainte Agathe étaient une assurance sur ma santé, la douce amulette qui m'accompagnerait dans ma vie de femme". Ce roman est tour à tour, drôle, sensuel et gourmand!

Née à Palerme en 1956, Giuseppina Torregrossa vit entre la Sicile et Rome, où elle a exercé pendant plus de vingt ans la profession de gynécologue, s’occupant entre autres activement de la prévention et du traitement
du cancer du sein.

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Roman publié en 2009 en Italie Il Conto delle minne publié par Mandalori, édité en France chez Jean-Claude Lattès en 2011, sorti poche en 2012.

lundi, 30 avril 2012

Le Dernier des juges , entretien de Roberto Scarpinato et Anna Rizello.

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Voici un livre salutaire: l'entretien entre Roberto Scarpinato, mémoire vivante de la justice anti-mafia et Anna Rizello. Lors de l'édition de Citéphilo 2008 à Lille, où elle était interprète, elle a rencontré le sicilien Roberto Scarpinato, "le dernier des juges". De cette rencontre est né un livre d'entretiens menés et traduits par la jeune femme et paru en Juin 2011 aux éditions La Contre Allée. 

Quarante-huit pages pour établir le constat saisissant de l'organisation du système mafieux italien. Roberto Scarpinato est procureur général du Parquet à Caltanissette (Sicilia), dernier survivant de la génération des juges Falcone et Borsellino, brutalement assassinés par la mafia en 1992. Il est également l'un des procureurs du procès Andreotti (sur ce sujet, je vous conseille le très bon film de Paolo Sorrentino "Il Divo" primé à Cannes en 2008).

Roberto Scarpinato au delà de la magistrature est avant tout un intellectuel humaniste qui interroge la corrélation entre la justice, le pouvoir et la religion sur les questions mafieuses. Depuis vingt-trois ans sous escorte permanente, il a une grande faculté d'analyse et d'imagination. Il livre dans cet entretien le contraste saisissant entre sa solitude et son besoin de communiquer. Il mène une action de sensibilisation du public sur les problèmes de la mafia.

Roberto Scarpinato explique l'état historique de la corruption en Italie. L'histoire italienne, depuis le XVIème siècle est marquée par la criminalité du pouvoir.Il explique que la mafia ne peut exister sans pouvoir politique. La portée des propos du juge Scarpinato va bien au delà du territoire italien puisque la mafia s'est diffusée dans le monde entier.On assiste à la russification de la méthode mafieuse, c'est " la force gagnante du troisième millénaire". La mafia est la nouvelle entreprise qui mène le marché.

Scarpinato en dernier survivant des juges anti-mafia veut donner du sens à la disparition du juge Falcone (mort en 92). Falcone est le premier juge qui a déchiffré la mafia. Il a évoqué la criminalité non commune de son organisation. Depuis 1994, la mafia est en étroite relation avec le pouvoir et prend donc un autre visage.

Selon Falcone et Scarpinato, la mafia est un phénomène humain qui a donc un début et une fin. Ils ont foi en la lutte de la majorité désorganisée sur cette minorité avide du pouvoir.

Inutile d'être passionnée comme moi sur ce sujet, cela va bien au delà de mes origines siciliennes pour apprécier cet entretien. J'ai aimé la manière particulière de Scarpinato d'interpréter cette mafia. Sa voix sur la question de la justice est singulière lorsqu'il souligne sa volonté "à défendre le droit à la fragilité humaine par rapport au cynisme". Le droit est analysé comme un moyen de libérer la parole de la fragilité. 

Palerme est décrite comme le lieu éthique par excellence dans une vision très manichéiste entre le bien et le mal. A Palerme, il est nécessaire de faire un choix, de quel côté on décide d'agir, acceptation ou non du jeu mafieux. Vivre à Palerme c'est vivre dans une intensité telle que nous sommes toujours à la frontière entre la vie et la mort.

Je voulais souligner aussi la question de la mort dans ce court entretien. Scarpinato mène une existence blindée, il est potentiellement comme Roberto Saviano, la prochaine victime. Dans cette vie singulière, il y voit la possibilité d'être dans la réflexion au sujet de la mort. Une citation a attiré mon attention: "Vivez comme si vous deviez mourir demain et pensez comme si vous étiez éternel". Cette maxime de l'Ecclésiaste  façonne son univers mental. L'intensité du moment est primordiale, puisque Scarpinato évoque son "déficit de futuration".Il donne donc de l'intensité à chaque instant de sa vie.

Ce livre est la parole retranscrite d'un homme qui se sait mortel, sous le joug d'une possible tentative d'assassinat mais néanmoins il poursuit cette lutte absolue et nous fait part de sa pensée.

Ce livre va plus loin que le domaine du droit, c'est un point de vue humaniste qui convoque un grand nombre de disciplines ( la philosophie, les sciences politiques, la sociologie, la littérature avec Machiavel, l'histoire...) car le langage juridique ne peut suffire pour expliquer le phénomène de la mafia.

J'ai beaucoup aimé la diversité des points de vue qu'il exploite, ce n'est pas seulement le travail d'un juge mais celui d'un Homme.

 

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Le texte est accompagné d'une explication de la photographe Letizia Battaglia (voir le documentaire  ici)dans lesquelles la phto a été réalisée. Sur le toît du Palais de Justice, le juge Scarpinato nous regarde, entouré de ses gardes du corps. Ce regard comme ses propos sont une invitation à faire comprendre aux gens la corruption.

 

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Ce texte passionnant annonce la publication ce mois-ci aux Editions La Contre Allée du livre Le Retour du Prince, enfin traduit en France ainsi que Cosa Nostra, entretien unique du juge Falcone publié en 91, quelques mois avant son assassinat.

Roberto Scarpinato et Anna Rizello seront présents ce mardi premier Mai au Salon du livre de la ville d'arras, organisé par ttp://www.coleresdupresent.com/

Pour élargir le sujet, je vous conseille vivement le lien de la maison d'édition Éditions La Contre Allée  mais aussi la thèse de Fabrice Rizzoli

Mafias italiennes et relations internationales.

 

dimanche, 25 mars 2012

Les Prétendants de Marco Lodoli.

 

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Les Prétendants est composé de trois textes : La Nuit, Le Vent, Les Fleurs.

Leur point commun : la nuit romaine comme toile de fond. Marco Lodoli entraîne ses lecteurs dans un univers singulier, plutôt sombre et surprenant. La vie, la mort, le temps, la nuit et Rome offrent des histoires étranges où l’imagination est reine. L’histoire commence de manière ordinaire puis au fil des pages la marginalité se déploie jusqu’au point de non retour, jusqu’au pays de la peur.

Il est très difficile de commenter ce livre sans lui ôter sa beauté transcendée par l’art de Marco Lodoli lorsqu’il distille un malaise poétique. La peur de la faucheuse s’entremêle aux rêves.

Dans le premier récit La Nuit,  Costantino, semble aux prises avec l’inéluctable. Les deux hommes de main du Fou – Fedele et Ottavio – lui offrent une dernière nuit de ripailles avant son exécution. Cela fait pourtant des dizaines d'année que Costantino obéit scrupuleusement au Fou : d'abord coursier d'étranges colis, puis jardinier d'un domaine inhabité, il a laissé le fou diriger sa vie. Mais Costantino ne réussit pas à étouffer ce désir d'amour et de bonheur qui le tiraille depuis l'adolescence.

Dès l’incipit, on pense à une sordide histoire de mafia mais très vite se profile un univers surréaliste.

Le Vent est assez différent. Lucas arpente chaque nuit la capitale  à la recherche de quelques clients. Mais ce soir-là c'est un étrange passager qui prend place dans sa voiture et commence pour Lucas et ses proches une folle course contre la montre. Le Vent est  le récit le plus amusant de la trilogie. Il interroge le processus de création littéraire. En effet, dans une amusante mise en abîme, Marco Lodoli s'invite dans l'action et s'interroge sur son statut d'écrivain.

Avec Les Fleurs, la quête du sens en écriture s’intensifie. Le narrateur, simple postier d'un petit village, a tout abandonné pour se consacrer à la poésie. Il quitte son métier et son village. Arrivé à  Rome, il attend d'être remarqué par le directeur de la revue La Tanière. Mais l'attente va s’éterniser.

Les intrigues sont différentes mais la ville de Rome apparaît dans chaque récit comme un lieu  de tous les possibles. Les rencontres sont angoissantes.

J’ai beaucoup aimé l’interprétation d’une transcendance qui manipulerait chaque individu ( le fou, le directeur de la revue puis Marco Lodoli lui-même). Les personnages se montrent comme des marionnettes.

Louise Boudonnat, la traductrice, ajoute : «  ils sont les prétendants à l'impossible : aller plus loin que l'amour, que la mort, que l'écriture. »

Le style poétique de Marco Lodoli est très surprenant. Mais il faut aller au-delà des métaphores, du merveilleux et des hallucinations pour apprécier la beauté de ces histoires à dormir debout.

Un très bon livre sur le pouvoir de l’imagination.

Merci à  Dialogues Croisés pour cette très belle découverte.

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mardi, 31 janvier 2012

Lignes de faille de Nancy Huston et adaptation théâtrale de Catherine Marnas.

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Ce livre est un grand coup de coeur!

Une construction romanesque très singulière: quatre chapitres pour quatre portraits d'enfants, remontant la ligne d'un arbre généalogique, des membres d'une même famille l'année de leurs six ans. Quatre enfants se racontent, de fils en pères ou de filles en mères, et nous décrivent leur entourage.

Deux petits garçons (Sol 2004 et Randall 1982)et deux petites filles(Sadie 1962 et Kristina 1944) qui de drame en drame, vont nous faire traverser à rebours 60 ans d'histoire familiale et mondiale.

Suivant le fil d'un naevus qui se transmet de génération en génération, le récit nous conduit en Allemagne à la fin de la seconde guerre mondiale, où Kristina, l'arrière grand-mère de Sol, nous délivre la clé de voûte, le lourd secret de famille.

J'ai très vite été absorbée par ce roman polyphonique même si parfois la maturité de Solomon me perturbait du haut de ses six ans.

"En les écoutant je repense à cette idée de théâtre et me demande si au fond les gens ne passent pas leur temps à jouer des rôles, non seulement lors des mariages mais tout au long de leur existence" Sadie.

J'avais hâte de voir la potentialité théâtrale de ce roman dans la mise en scène de Catherine Marnas.Elle est très respectueuse du texte. Les décors sont minimalistes mais néanmoins très judicieux.La pièce dure quatre heures mais la prouesse des acteurs nous emporte littéralement.

Je vous invite vivement à lire ce roman où les blessures secrètes et intimes du passé marquent à notre insu nos existences actuelles.

vendredi, 30 septembre 2011

L'Innocent de Palerme de Silvana Gandolfi.

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Dans l'île des jardins et des soufrières, des délices et des souffrances, des idylles et des violences, des fleurs d'oranger et du fiel, dans la terre des civilisations et des barbaries, de la science et de l'innocence, de la vérité et de l'imposture, la première voix est celle de Santino, sept ans dont le papa fréquente le milieu de la mafia sicilienne.

La seconde voix est celle de Lucio, un garçon de 12 ans qui, vit avec sa petite sœur et sa mère à Livourne. A 12 ans Lucio, lui est l’homme de la famille sur qui tout repose, sa mère refusant de sortir de chez elle, se croyant l’objet d’un mauvais sort jeté par une « magara »...Pour se défouler, il écrit des lettres à un personnage qu’il nomme «le chasseur » des lettres qu’il cache sous son lit…

Deux narrations parallèles pour un sublime roman jeunesse, tel un Gomorra, Silvana Gandolfi octroie à ses personnages une densité dramatique. Le suspens est à son comble et l'auteur réussit le pari d'une justice possible dans l'île.

Voilà un roman coup de coeur, je remercie Bauchette de m'avoir permise de retrouver mes racines siciliennes( petit clin d'oeil avec La Trinacria, amulette que je porte en pendentif) dans ce très bon roman jeunesse publié dans une maison d'édition prometteuse. 

 

 

lundi, 26 septembre 2011

Le Monde à ma fenêtre de Cesarina Vighy.

 

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Z. est malade d'une maladie plutôt mystérieuse qui réduit ses possibilités de déplacement. Elle continue de vivre dans son appartement vénitien et observe le monde depuis sa fenêtre.

Comment la vie de cette femme malade peut-elle intéresser le lecteur? Peut-être simplement parce que Z. cultive un sens de l'humour face à cette terrible destinée.

Lorsque la maladie prend le dessus, Z. manifeste une curiosité aiguë, inépuisable pour le monde extérieur. Pour les autres et pour elle-même. Pour son passé tout d’abord, qu’elle esquisse au lecteur avec beaucoup d’ironie et sans aucun regret. Si, peut-être un seul, pour cet enfant illégitime qu’elle a dû sacrifier aux convenances de l’époque.

La fiction se mêle à la réalité autobiographique et le personnage de la mère despotique est développé longuement dans certains chapitres.

J'ai beaucoup aimé ce roman pour la magnificence apportée par Cesarina Vighy sur ce sujet plutôt sombre. Elle semble se dédoubler pour observer son corps de l'extérieur. J'ai aimé les nombreuses descriptions de Rome à la fin des années 50.

Vitalité et ironie sont les maître-mots de ce très beau roman italien traduit par Jérôme Nicolas, publié chez Seuil en Février 2011.

 

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lundi, 27 juin 2011

Darling River de Sara Stridsberg.

 

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Darling River est une variation autour du personnage de Nabokov, Lolita.

Lo a treize ans et parcourt avec son père les routes à bord d'une vieille jaguar le long du Darling River. Le périple semble apocalyptique. Les décors sont vides, la terre aride et les forêts en feu.

Dolores, un autre personnage, est la vraie Dolores Haze de Nabokov. Sara Stridsberg imagine sa mort en Alaska, tandis qu'elle donne naissance à un enfant.

Autre personnage avec cette jeune shimpanzée dont un scientifique français tente de lui apprendre le dessin au Jardin des Plantes. Cette histoire est la source selon Nabokov de son roman Lolita.

Dernier personnage, avec cette femme énigmatique qui sillonne les autoroutes proches de la ville, serait-elle la mère que recherchent Lo et son père?

Le récit se veut amoral même si l'atmosphère est décrite avec beaucoup de légèreté. Ce roman offre une variation sur le thème de l'instinct maternel sous couvert de l'ambivalence entre les personnages.

Le regard est assez abrupte sur le monde de l'enfance et la décrépitude du genre humain. Le thème du sordide et du laid n'est pas vraiment ma tasse de thé mais je dois avouer que je me suis laissée charmer par cette plume poétique surprenante. Sara Sridsberg réussit à creuser au plus profond de l'âme humaine dans cette Amérique décadente. Un bon roman sur l'amour, le féminisme, la chair et les variations Dolorès. Dolores veut dire douleur. Selon Stridsberg, la femme serait condamnée à la douleur, celle d'enfanter, d'être fille, mère et amante. La femme apparaît comme un animal dépecé.

 

« La sage-femme passe le rasoir sans penser qu'entre les jambes de Dolorès toujours hâlées et gluantes et tremblantes et nues enfle une bulle de chewing-gum rose et que dans sa tête un parfum de fraises et de soleil et d'espérances explose. »

 

Roman surprenant qui me donne l'envie de découvrir La faculté des rêves paru en 2009.

Roman traduit du suédois par Jean-baptiste Coursaud, Stock, mai 2011.

Je remercie la Librairie Dialogues de Brest pour cet envoi dans le cadre de Dialogues croisés.

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vendredi, 17 juin 2011

Un été sans les hommes de Siri Hustvedt.

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Après des années de mariage, Boris s'offre une Pause. La Pause est une jeune femme qui laisse sous le choc Mia, l'épouse bafouée.

Mia se retrouve hospitalisée dans un service psychiatrique. Siri Hustvedt choisit de s'intéresser à la promesse d'une conclusion positive sur ce noyau tragique.

Mia (I am) est poétesse et enseignante. Elle décide de se réfugier chez sa mère dans le Minnesota. Elle s'isole dès lors dans un gynécée moral et féminin décliné à tous les âges: des étudiantes adolescentes à qui elle donne des cours d'été, les vieilles amies de sa mère et une jeune voisine, mère de famille, Lola. Mia va se reconstruire grâce aux relations affectueuses que tissent toutes ces femmes réunies.

C'est un très bon roman où Siri Hustvedt choisit d'exprimer la particularité de la gent féminine sous couvert de féminisme, de psychologie et de philosophie. Les femmes sont au devant de la scène, les hommes ne sont évoqués que par le biais du souvenir ou de mails, le seul petit être masculin, le fils de Lola, est privé de paroles en raison de son jeune âge. J'ai beaucoup aimé le personnage d'Abigail, une brodeuse coquine et révoltée bien avant l'heure.

Le seul bémol dans ce livre repose sur les digressions incessantes, moments d'érudition qui brisent le rythme narratif. Quatre images viennent ponctuer le récit de Mia et apportent une touche sensible et comique.

Roman publié chez Actes Sud, mai 2011

Traduit par Christine Le Boeuf.

Merci Clara pour le prêt!

mercredi, 08 juin 2011

Laura Willowes de Sylvia Townsend Warner.

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Voilà plusieurs jours passés avec Laura Willowes. Nous sommes au début du siècle en Angleterre. Laura a 28 ans, elle n'est pas mariée. A la mort de son père, elle s'installe chez son frère et sa belle soeur à Londres. Elle devient très vite la douce tante « Lolly » qui s'occupe de tout ce petit monde sans penser à ses propres désirs.

Le quotidien est parsemé de petits bonheurs ordinaires, quelques excentricités langagières parfois au cours des repas mais Laura occupe ses journées entre broderies, réalisation de bouquets de fleurs et tea-time.Il est loin le temps de la communion avec la nature dans sa campagne natale, à la recherche des fleurs sauvages pour réaliser des philtres dont elle a le secret. La ville de Londres est caractérisée par sa grisaille, la monotonie s'invite dans ce quotidien et Laura Willowes s'ennuie.

«Son esprit tâtonnait à la recherche de quelque chose qui échappait à son expérience, quelque chose d’obscur et de menaçant, mais en même temps de séduisant ; quelque chose qui se cachait dans les lieux déserts, qui ressemblait au bruit de l’eau gargouillant au fond d’une gorge encaissée ou au cri d’un oiseau de mauvais augure. »

Et puis vint le moment de la découverte dans Moscow road, d'une petite échoppe fantaisiste où sont réunies des fleurs, des fruits, des légumes, dans un désordre de bric et de broc campagnard.

« Elle oublia la boutique, les autres clients, les chandeliers. Elle oublia l’air de froid de l’hiver, les gens qui marchaient sur les trottoirs mouillés. Elle oublia qu’elle était à Londres, elle oublia toute sa vie à Londres. Elle avait l’impression de se trouver seule dans un verger à la nuit tombante, les bras tendus vers le canevas de feuilles et de fruits, cherchant des doigts les courbes rebondies des fruits parmi les courbes sans relief des feuilles. »

Quelques branches de hêtres qu'elle harmonise en bouquets lui feront découvrir Great Mop. Elle oublie dès lors la monotonie de Londres et n'a plus qu'un seul souhait: s'exiler à Great Mop où les sorcières, les nuits de sabbat s'accorderont à son caractère mystérieux.

L'exil à Great Mop dévoile une rupture dans la narration et devient de plus en plus fantastique. J'aurais aimé connaître l'élan du personnage vers sa réalisation personnelle mais Sylvia Towsend Warner a choisi de conter les péripéties nosturnes de Laura, ses mystères et sa foi absolue en la liberté.

C'est un très bon roman publié chez Arcanes aux Editions Joëlle Losfeld, préfacée ici par Geneviève Brisac.

 

mercredi, 18 mai 2011

Le Jardin secret de Frances Hodgson Burnett.

 

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Quelques amies m'ont mise sur le chemin de ce livre. Pour nombre d'entre elles, c'est un formidable souvenir d'enfance. Voici l'histoire publiée en 1910 et traduite par Carole Grattias en 1980.

 

Mary Lennox, jeune fillette anglaise de dix ans, quitte l’Inde après la mort de ses parents pour vivre auprès de son oncle dans le Yorkshire. Pour elle, rien ne change vraiment: les deux pays lui sont hostiles, et elle est toujours aussi solitaire et mal aimée, et pour cause: Mary Lennox est une fille désagréable, autoritaire, méprisante, froide et princesse. Et en plus elle est laide. Ses seules occupations sont d’explorer la demeure de son oncle, puis le parc, quand finalement elle entend parler d’un mystérieux jardin emmuré dont la clef aurait été jetée. Mary parvient à pénétrer dans ce jardin, elle fait tout pour le métamorphoser et lui rendre sa splendeur d’antan.

 " - Tu sais, pour qu'elles poussent bien, expliquait Dickon à sa mère, il faut les aimer. C'est comme pour les animaux, il faut leur donner à manger quand elles ont faim, et leur donner à boire quand elles ont soif ! Les fleurs, elles sont comme nous, elles ne demandent qu'à vivre."

J'ai aimé le mystère qui plane dans ce livre. Le titre évoque déjà la dimension secrète du jardin. Le manoir est décrit de manière gothique.

La mort hante les personnages et les murs de la maison. Ce texte est nourri d'une très belle intertextualité avec le conte de Barbe Bleue (le cabinet interdit). J'ai aimé relire l'album de Kitty Crowther Moi et rien (l'oiseau bleu de l'Himalaya remplace le rouge-gorge) très jolie réécriture de l'oeuvre de Burnett.

La campagne anglaise au fil des descriptions donne à ce roman un accent bucolique et enchanteur. Un très bel hymne à la nature considérée comme un personnage dans ce roman.

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J'ai pris plaisir à visionner le film de Agnieszka Holland, produit par Francis Ford Coppola en 1994. Malgré quelques libertés dans l'adaptation, la mise en images du texte de Burnett est un très bon moment de poésie. Les décors sont magnifiques et j'ai apprécié l'univers à la Jane Eyre. 

 

lundi, 02 mai 2011

Pas ici, pas maintenant d'Erri de Luca.

 

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(Café Bicerin, boisson piémontaise originaire de Turin, préparée à partir d'expresso, d'une pâte chocolatée chaude et de crème servis dans un verre.)

 

Un homme de soixante ans croise dans la vitre d'un bus sa mère. Le visage de sa mère est celui de sa trentaine. « Le possible est la limite mouvante de ce qu'on est disposé à admettre ». Il s'adresse à sa mère et évoque son enfance et son adolescence à Naples. La parole d'Erri de Luca est très touchante. Il raconte des petits souvenirs de son enfance, bercée dans un quotidien initiatique et déréglé(le bégaiement du narrateur, les lapsus, les jouets qui se brisent). Il évoque les enfants battus à l'époque, puis ses joies auprès de Filomena, la domestique. Il n'a pas connu les violences physiques mais les remontrances verbales étaient son pain quotidien d'enfant bègue « Jevvveux pas des mots ».

"Entre mère et fils le progrès n'existe pas, la civilisation n'évolue pas : les mots seront toujours réduits et ne seront que des mots, rares, préservés. Ils ne remplacent rien, ni les coups, ni les caresses."

Récit d'une enfance napolitaine où la mémoire ne console pas.La ville de Naples est baignée d'une lumière blanche, elle semble dénudée et privée de ses atours baroques.

Pas ici, pas maintenant n'est pas une évocation nostalgique, mais un « livre abrupt et fier » sur le monde et l'enfance et les réminiscences des gestes tendres d'une mère.

 

 

(Première parution en français aux Editions Verdier en 1992 sous le titre Une fois, un jour)

Non ora, non qui, 1989

Traduit de l'italien par Danièle Valinchallenge Giro in Italia -Nane

Challenge organisé par  Nane.

mardi, 12 avril 2011

Le Livre sauvage de Juan Villoro.

 

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« Un livre peut arriver jusqu'à toi de deux façons: une normale et l'autre secrète. La normale consiste à acheter l'ouvrage, à se le faire prêter ou offrir. La secrète est bien plus intéressante: dans ce cas, c'est le livre qui choisit son lecteur . Parfois, il se passe deux choses à la fois. Tu crois avoir pris la décision d'acheter un livre alors qu'en réalité, c'est lui qui s'est mis devant toi pour que tu le voies, que tu te sentes attiré par lui. Les livres ne veulent pas n'importe quels lecteurs, mais les personnes les plus douées. »

« … il n'est pas nécessaire d'être un élève appliqué pour devenir un grand lecteur. Mes livres sentent que tu peux les aimer comme personne ne l'a jamais fait, que tu peux les partager avec quelqu'un que tu apprécies beaucoup... »

« … les livres sont des miroirs qui nous reflètent... »

« - Tu trouves normal d'avoir à toute heure du jour et de la nuit le nez dans un livre? Je sais que tu aimes ça, mais quand on ne leur impose pas de limites, les bonnes choses deviennent des vices. »

« Les livres sont la mémoire externe des hommes, un entrepôt de souvenirs. »

« … les livres sont fabriqués avec des arbres et qu'à ce titre, une bibliothèque est une sorte de forêt. »

« Depuis ma plus tendre enfance, je m'inventais des amis invisibles qui se retrouvaient la nuit, mais j'ignorais alors que ces compagnons étaient des livres. »

« Chaque ouvrage dort jusqu'à ce qu'un lecteur le réveille et contient dans ses pages l'ombre de son auteur. »

 Soyez curieux, lisez-le!

Roman publié chez Bayard Jeunesse, traduit par Isabelle Gugnon.

mercredi, 16 mars 2011

Chienne de vie de Helle Helle

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Chienne de vie... J'ai emporté ce roman lors de mon dernier passage en librairie. Tout d'abord, j'étais assez tentée suite à l'article paru dans la revue Lire et puis une précision dans la quatrième de couverture m'a convaincue: « c'est le récit troublant de l'arrivée d'un écrivain dans la vie de ses personnages ».

Nous sommes au Danemark. Le roman s'ouvre sur la fuite de Bente. Elle est écrivain, mariée à un dermatologue. Elle est en panne d'inspiration. « Devant la page blanche, j'ai l'impression de disparaître ». Elle vient de traverser une longue période de déprime.

Elle n'a qu'une valise à roulettes lorsqu'elle rencontre à l'autre bout du pays Johnny et Cocotte. Ils se proposent de l'héberger. La maison de ce couple est tout de suite un formidable refuge pour Bente. Elle va nous narrer les petits riens de la vie quotidienne avec ce minimalisme positif que je recherche bien souvent en littérature. Bente évolue dans ce milieu plutôt rustre et silencieux, s'attardant sur des petits détails. On savoure le bruit du feu qui crépite, le bruit du vent, la rigueur d'une tempête de neige. Helle Helle cherche à percer le mystère des êtres grâce aux sensations et à l'ambiance de cette maison danoise.

J'ai repensé en refermant ce roman à la quatrième de couverture...ces personnages existent-ils vraiment? Sont-ils le fruit de son imagination? A-t-elle retrouvé l'inspiration? Helle Helle joue avec les frontières de la fiction, nous invitant à une très habile réflexion sur la création.

Traduit du danois par Catherine Lise Dubost.

Roman publié chez Le Serpent à plumes, mars 2011.

L'auteur sera présent au salon du livre de Paris ce week-end.

 Si vous le souhaitez, Bente aimerait encore voyager...vous pouvez vous inscrire en commentaire.